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Jean-Jacques FABAS (1930-1964)

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    « Un charmant confrère avec qui il faisait bon vivre, un prêtre tout simple, vivant au jour le jour son sacerdoce au service de tous. S’il n’y avait que des prêtres de cette trempe, les évêques seraient bien heureux — et le bon Dieu aussi ».

    (Un de ses confrères).

     

     

    Le 25 novembre 1964, au début de l’après-midi, un terrible accident frappait la Mission d’Ubon. Alors que les Pères Fabas, Le Bézu et Boucher, partis de Bangkok en jeep se dirigeaient sur Ubon, la roue arrière droite de leur voiture fut brusquement crevée par une longue tige de fer. La jeep, conduite à ce moment-là par le P. Fabas, zigzagua sur la route, fit une embardée et capota. Ses trois occupants furent éjectés sur la berme. Le P. Le Bézu se relevait aussitôt n’étant que superficiellement blessé. Gravement atteint, le P. Boucher, quoique n’ayant pas perdu connaissance, ne pouvait se relever. Quant au P. Fabas, il gisait sans connaissance, avec une plaie à la tempe droite. Transporté à l’hôpital de Roï-Et, à une quarantaine de kilomètres, il y mourait le soir même vers 21 h 30, sans avoir repris connaissance, mais après avoir reçu l’Extrême-Onction des mains du P. Le Bézu. Juste au moment où il commençait à travailler à la pleine mesure de ses capacités, le Seigneur rappelait ainsi à lui un jeune missionnaire doué de riches possibilités.

     

    C’est dans les Landes, à Saint-Vincent de Xaintes, que Jean-Jacques FABAS était né 34 ans plus tôt, le 4 décembre 1930, d’une famille très religieuse, dont le père était ouvrier menuisier. Des sept enfants, un autre se consacra également au service de Dieu, comme Frère des Ecoles chrétiennes. On ne peut mieux résumer la jeunesse de Jean-Jacques qu’en reproduisant le témoignage d’un prêtre d’Anglet, dans la banlieue de Bayonne, où il passa son enfance, et où habite encore sa famille. « Jean-Jacques : un de ces petits gars d’Anglet. enjoué, bon camarade, éveillé très tôt au sens des autres par ses parents et l’abbé de cette époque qui portait très fort le souci de la formation spirituelle des enfants. Un très bon curé, tout donné aux autres, très attentif aux vocations, très près de ses séminaristes, devait le marquer fortement ». Ses vacances d’enfant se passaient dans un village du Béarn. Là aussi, Jean-Jacques rencontre un curé qui parle souvent des vocations et des missions.

     

    Dès lors, Jean-Jacques sait ce qu’il va faire : « Je veux être missionnaire ». Il en parle à ses chers parents, à sa famille qui l’aideront tour à tour à répondre à cet appel. Sa maman lui demande périodiquement : « Que veux-tu faire plus tard, Jean-Jacques ? » — « Tu le sais, maman, j’ai toujours la même idée ». Avec d’autres garçons de la paroisse, Jean-Jacques commence ses études. Il devait toujours garder sa bonne humeur, son amabilité. Sa maman me confiait hier : « Jean-Jacques ne m’a jamais donné de difficultés, je ne pourrais pas vous dire si j’ai eu à sévir à son égard, je ne le crois pas ».

     

    Dans sa paroisse, dans son quartier, dans son patro, il se sentait chez lui. Tous l’aimaient.

     

    « Tous l’aimaient »... Que ce soit à la maîtrise épiscopale de Bayonne, où il étudie en 6e et 5e de 1943 à 1945, au petit séminaire d’Ustaritz, au séminaire des Missions Etrangères de Paris où il entre en septembre 1950, dans la Mission d’Ubon enfin, où il arrive fin 1958, partout il fut aimé et apprécié.

     

    Tous l’aimaient, parce que lui aimait les autres, se montrait toujours bon camarade et charmant confrère. De son caractère, il était plus actif qu’intellectuel, très doué pour le sport et le chant, d’où, en partie, son prestige auprès de ses camarades et auprès des jeunes, en mission. Mais son ascendant était loin de provenir seulement de ses qualités sportives ou musicales. Si déjà, dans sa dernière année de petit séminaire, il avait été remarqué et estimé par ses professeurs, au point qu’on lui confia la surveillance de l’étude des petits, cela supposait combien son travail était sérieux et son autorité profonde. Sérieux dans le travail intellectuel, Jean-Jacques le sera toujours, et au séminaire et en mission, où ses efforts lui permettront d’acquérir une bonne connaissance de la langue. Si ses dons intellectuels n’étaient pas exceptionnels — et il le savait — ils étaient cependant très honnêtes et, grâce à un travail appliqué, lui valurent de bons résultats.

     

    « Tous l’aimaient »... Ses confrères étaient unanimes dans leur estime et leur sympathie pour Jean-Jacques, parce qu’il était gai, très facile d’abord, ouvert mais aussi très discret, parlant très peu de lui, ne disant jamais de mal d’autrui, mais toujours prêt à écouter, à tout comprendre. Selon le bel hommage que lui a rendu l’un de ceux qui ont travaillé avec lui, c’était « un confrère qui a su épauler les autres ». Dans les moments de découragement ou dans les difficultés, loin de condamner, il prenait part aux peines et savait trouver les mots qu’il fallait. Prenant la vie sérieusement, mais en souplesse, il s’arrangeait toujours pour voir le bon côté des choses, et le bon côté de chaque personne. Toujours prêt à rendre service, jamais il ne donnait l’impression d’être importuné, ni ne se départait de son sourire et de sa joie. D’un tempérament sensible, mais sans aucune sensiblerie, un rien lui faisait plaisir. Habillé d’une façon toujours impeccable, cela sentait cependant toujours le naturel. Rien ne sonnait faux en lui.

     

    Aimé et apprécié de ses supérieurs et de ses confrères, le P. Fabas ne le fut pas moins des chrétiens dont il eut la charge. Après quelques mois d’étude théorique de la langue au petit séminaire de Tharé, puis un stage pratique à Sriracha et Chanthabung, il commençait son ministère dans l’importante chrétienté de Nongkhu, où il resta d’avril 1960 à novembre 1961, comme vicaire du P. Rassinier. Dès son arrivée, le contact et la sympathie entre lui et les enfants furent immédiats. Toujours il avait beaucoup d’enfants dans sa chambre, et ils pouvaient toucher à tout. Aux enfants malades qui venaient se faire soigner, il distribuait des bonbons : la file des malades s’allongea rapidement ! Il trouvait cela très normal, car il les plaignait de tout son cœur : « ils reçoivent si peu d’amour chez eux », disait-il. Cette affection, les enfants la lui rendaient bien. Partout où il passa d’ailleurs, enfants et jeunes gens furent son milieu d’apostolat préféré, celui pour lequel il avait un véritable charisme.

     

    Cette douceur que le P. Fabas avait pour les enfants, douceur pas seulement innée, mais acquise aussi, car ce doux éclatait parfois, il la montrait tout autant envers les pécheurs. Il savait contrôler son tempérament, très vif en soi, pour être d’une patience admirable.

     

    Nongkhu, c’était la campagne, la brousse, la vie parmi des gens aux mœurs rudes, sans hygiène, à la nourriture très pauvre. Le P. Fabas aurait probablement préféré la ville, et il souffrit certainement dans ce milieu si peu évolué, mais il ne le montra pas et s’adapta très bien.

     

    De Nongkhu, c’est à Non Kéo (aujourd’hui diocèse de Khôrat), à l’autre bout de la Mission d’Ubon, qu’il fut envoyé pour seconder le P. Lamoureux. Changement de lieu, mais le milieu restait à peu près identique. L’apostolat du P. Fabas s’exercera même alors dans des conditions matérielles beaucoup plus difficiles qu’à Nongkhu, car il sera souvent en déplacement dans les postes secondaires, spécialement à Nôn Prasath, qui n’était alors qu’un petit village en formation, situé en plein cœur de la forêt, près de la frontière cambodgienne, dans une région infestée de brigands et difficile d’accès. Pour y parvenir, la route se terminait par une marche de 30 km, dans la boue, ou sous le soleil tropical suivant les saisons. Très vite le P. Fabas s’habituera aux conditions de vie très pénibles du village : insécurité, travail manuel (il aidait les villageois à raboter le bois pour construire une maison-chapelle), nourriture maigre et mal préparée. Il lui arriva même, en compagnie du P. Lamoureux, dans un autre poste où la « chapelle » n’était qu’une paillote ouverte à tous vents… et à toute pluie, d’être surpris par une pluie torrentielle et d’être obligé de passer toute la nuit recroquevillé sous une toile cirée. Mais, quoi qu’il arrivât, il ne se plaignait point.

     

    Fin 1962, c’est à Ubon que Mgr Bayet affecte le P. Fabas, comme vicaire du P. Brisson, à la cathédrale. Dans un milieu plus urbain, où il est très à l’aise, parmi les enfants, jeunes gens et jeunes filles, il se donne de tout son cœur à son apostolat : catéchismes d’enfants et de catéchumènes adultes, chant, Légion de Marie, etc. Sa prédication, dans une langue simple et correcte, clairement prononcée, était très bien comprise. Grâce à sa moto, il circule facilement — et intrépidement —, ce qui lui vaut quelques menus accidents sans gravité. Cette moto est, pour lui, un excellent instrument de travail, mais aussi de détente. On le sent épanoui, bien à son travail. Ce n’était pas le missionnaire fourmillant d’idées plus ou moins valables et cherchant à tout changer, à tout bouleverser. Prenant la paroisse et les gens tels qu’ils étaient, il tâchait d’y faire de son mieux son travail tout ordinaire. Mais parce qu’il aimait son travail et ceux qui lui étaient confiés, parce qu’il était zélé tant avec les chrétiens qu’avec les non-chrétiens, parce qu’il était homme de devoir et doué d’un jugement droit, il fut un excellent missionnaire.

     

    Ce labeur si bien commencé, il a plu au Seigneur qu’il s’interrompit brutalement. Ce fut pour tous, confrères et chrétiens, une perte cruellement ressentie. Dans une belle lettre adressée à ses parents, les jeunes légionnaires d’Ubon, dont il était le directeur spirituel, déclaraient : « Tout le temps que le P. Fabas a été à Ubon, il n’a fait que du bien selon la volonté de Dieu... nous avons beaucoup reçu de lui ; il nous donnait la force dont nous avions besoin ».

     

    Les obsèques, célébrées le dimanche 29 novembre, furent triomphales. Depuis le jeudi, jour où le corps fut ramené à Ubon, les chrétiens s’étaient succédé jour et nuit pour prier devant la chapelle ardente. Des milliers de personnes, dont un certain nombre de non-chrétiens, tous les prêtres de la Mission et quelques-uns des Missions voisines assistaient à la cérémonie. Et le P. Brisson ne pouvait mieux faire que de relire quelques passages du dernier sermon du P. Fabas, sur les fins dernières, prononcé la semaine précédente :

     

    « Nous ne savons ni le jour ni l’heure, mais ce n’est pas une raison d’avoir peur... Nous sommes dans les mains du Seigneur, comme un bébé dans les bras de sa maman. La mort ne change rien, elle ne fait qu’épanouir une vie contenue comme un bouton de rose encore non éclos ».

     

     

     

     

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    • Numéro : 4062
    • Pays : Thailande
    • Année : 1958