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Donatien ÉVEILLARD (1835-1883)

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    La Mission de Cochinchine Occidentale vient de perdre un de ses vétérans, le P. Donatien Éveillard, né à Nantes, le 4 juin 1835. Entré diacre au séminaire des Missions-Étrangères, au mois de septembre 1860, il fut ordonné prêtre à la Trinité suivante, et partit de Paris pour la Cochinchine, au mois d’août 1861, avec cinq autres Missionnaires Ils s’embarquèrent à Toulon le 20 septembre, à bord d’un transport de l’État, et ce ne fut que le 20 janvier 1862 qu’ils arrivèrent à Saïgon, après une traversée pénible et même  dangereuse.

    Le P. Éveillard fut de suite envoyé avec un de ses compagnons de voyage dans la Mission des sauvages, au nord de la colonie. Il y fit dès le début, dans la pauvreté et la maladie, l’épreuve des souffrances de la vie apostolique ; mais il ne resta pas longtemps dans ce poste. Au bout de six mois, Mgr Lefebvre le rappelait à Saïgon, et le donnait comme premier collaborateur au bon P. Wibaux, qui commençait alors, à travers mille difficultés, l’édification spirituelle et matérielle en même temps du séminaire indigène.

    Comme les Missionnaires étaient alors peu nombreux et surchargés de besogne, le P. Éveillard fut chargé tout à la fois de deux classes, de l’aumônerie du Carmel et de l’hôpital annamite ; dans les temps libres, il devait encore se faire architecte, même maçon, pour diriger l’inexpérience absolue des ouvriers annamites qui bâtissaient alors le séminaire.

    Un peu plus tard, il fut encore chargé de la procure de la Mission et des commissions à faire pour les confrères des Missions annamites. Grâce à son intelligence, à son activité, à son esprit d’ordre et de régularité, il trouvait du temps pour toutes ces occupations  si diverses, et rendit à cette époque de grands services à la Mission, surtout pour la construction du séminaire et de la procure.

    « C’était, écrit un de ses confrères qui l’ont le mieux connu, le P. Thiriet, provicaire de la Mission et supérieur du petit séminaire, un homme de tact et de bon conseil, un travailleur infatigable, plein de zèle et de dévouement, un peu Bourdoise parfois, mais par dessus tout d’une régularité exemplaire pour tous ses exercices de piété et ses devoirs de Missionnaire. »

    Au milieu de tant de travaux, une préoccupation le poursuivait. Grâce à la présence du drapeau français dans la colonie, la paix était désormais assurée aux chrétiens ; on s’empressait de tous côtés d’ouvrir des écoles ; mais il fallait des livres dans ces écoles ; il en fallait pour l’instruction des catéchumènes et l’édification des fidèles. Comment répondre à ces besoins urgents, sans imprimerie dans la Mission ? Le P. Éveillard proposa donc au vicaire apostolique. Mgr Miche, de se charger de cette œuvre difficile ; mais comme au sortir des persécutions la Mission était dénuée de toute espèce de ressources, il dut entreprendre cette œuvre à ses risques et périls, et il y consacra tout ce qu’il possédait. Il fit venir de France une petite presse, quelques milliers de caractères, et s’installa dans une pauvre case bien modeste, auprès du séminaire, avec deux orphelins de la Sainte-Enfance, âgés de 13 et 14 ans, qui furent ses premiers apprentis.

    Lui-même avait besoin de s’initier à ce nouveau métier ; pendant plusieurs mois, dès qu’il avait un instant de libre, il se rendait à l’imprimerie du gouvernement, et faisait courageusement son apprentissage.

    Comme toutes les œuvres de Dieu, cette œuvre, dont les commencements avaient été obscurs et difficiles, prit de l’accroissement et réussit pleinement, grâce à l’abnégation et au dévouement du Missionnaire. Transportée en 1874 dans la paroisse de Tan-Dinh, auprès de Saïgon, l’imprimerie de la Mission s’est développée peu à peu, et en mourant le vénérable Missionnaire a eu la consolation de la voir solidement établie et prospère. Une cinquantaine d’ouvrages, la plupart traduits de nos meilleurs ascétiques par les Missionnaires des différentes Missions annamites, sont sortis de ses presses, pendant ces dix dernières années :  – Le Pensez-y bien, l’Introduction à la vie dévote, l’Imitation, la Perfection chrétienne de Rodriguez, des Catéchismes, un Mois de Marie, des Manuels de prière, les Evangiles, l’Ancien et le Nouveau Testament, une petite Histoire de l’Eglise, une Vie des Saints, sans parler des Dictionnaires et d’autres ouvrages à l’usage des écoles, forment une petite bibliothèque choisie qui s’enrichit chaque année, et qui rend beaucoup de services pour l’instruction des catéchumènes et la piété des chrétiens.

    Ce fut là l’œuvre par excellence de notre confrère, mais ce ne fut pas la seule. Chargé pendant plusieurs années de l’importante paroisse de Tan-Dinh, il bâtit en ce lieu une des plus belles églises de la Mission, construisit l’imprimerie, le presbytère, établit dans la paroisse l’œuvre de la Propagation de la Foi, l’œuvre de la Sainte-Enfance, et laissa toutes choses dans le meilleur état, aussi bien au spirituel qu’au temporel.

    Depuis cinq ans, une longue et cruelle maladie de poitrine était venue éprouver sa patience et sanctifier ses dernières années. Jusqu’au dernier soupir, il se montra simple et doux avec la souffrance.

    Quand on vit qu’il approchait de sa fin, Mgr Colombert vint lui-même apporter au pieux malade les derniers secours et les dernières bénédictions de la sainte Eglise ; et, chaque jour, de nombreux confrères de Saïgon et des environs venaient s’édifier du spectacle touchant de sa patience et de sa résignation.

    Enfin le 15 septembre dernier, il rendit paisiblement son âme à son Créateur, entre les bras de ses confrères de Tan-Dinh et des bonnes Sœurs de saint Paul, dont les soins dévoués avaient prolongé ses jours et adouci son agonie. Jusqu’au dernier moment, il garda la lucidité de son esprit, et le calme ne l’abandonna jamais au milieu des plus cruelles souffrances.

    Après être demeuré quelque temps dans la chapelle intérieure de l’établissement, le corps du vénérable défunt fut porté solennellement à l’église paroissiale, et, pendant tout le jour, ses anciens paroissiens se pressèrent en foule, pour réciter auprès de son corps les belles prières annamites, et contempler une dernière fois ses traits que la mort avait  respectés.

    Le 17 septembre, la grande église de Tan-Dinh était trop étroite pour contenir la foule accourue à la cérémonie des funérailles. Vingt Sœurs de Saint-Paul, leur vénérable supérieure à leur tête, étaient venues donner une dernière marque de respectueuse sympathie au cher défunt. Mgr Colombert, entouré d’une trentaine de Missionnaires, célébra solennellement les obsèques ; après l’absoute, le corps fut descendu dans un caveau creusé en face de l’autel de la Sainte-Vierge. C’est là que repose, au milieu de ses enfants et de ses anciens paroissiens, le bon serviteur, en attendant la résurrection glorieuse.

     

     

    • Numéro : 795
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1861