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Pierre ETCHEBARNE (1870-1938)

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    Pierre Etchebarne naquit à Saint-Etienne-de-Baïgorry, au diocèse de Bayonne, le 23 septembre 1870. Il fit de bonnes études secondaires au petit séminaire de Larressore, et entra au Sémi­naire des Missions-Étrangères de Paris, le 25 septembre 1888, âgé seulement de dix-huit ans.

    Ordonné prêtre par Mgr Biet, vicaire apostolique du Thibet, se trouvant en France, le 15 octobre 1893, il reçut le soir même sa destination pour la Mission de Cochinchine septentrionale, dénommée aujourd’hui Mission de Hué. En la lui donnant, le P. Delpech, de vénérée mémoire, fit remarquer aux aspirants, que c’était de Hué qu’étaient partis les édits de persécution qui jadis avaient ensanglanté l’Annam, et fait beaucoup de martyrs. De­puis longtemps déjà les temps étaient changés, Pierre Etchebarne n’était pas destiné au martyre du sang comme ses illustres devanciers, mais à quarante-cinq ans d’apostolat obscur et pénible sous un climat meurtrier.

    Parti de Paris le 19 décembre 1893, il arrivait à Hué le 29 jan­vier suivant. Le Vicaire apostolique, Mgr Caspar, le plaça dès son arrivée au petit séminaire d’An-Ninh, où il apprit la langue et fut professeur pendant onze ans.

    Sauf la chapelle, qui était la même qu’aujourd’hui, cet établis­sement n’avait alors qu’une bien modeste apparence, mais la vie y était agréable pour les confrères et joyeuse avec une centaine d’élèves. Aussi l’acclimatement et l’étude de la langue lui furent-ils faciles ; dans l’accomplissement de ses fonctions de professeur il se révéla. bon éducateur et fournit un travail sérieux et durable surtout pour la formation des jeunes élèves. On a remarqué, en effet, qu’ils étaient de bons latinistes ; rien de sur­prenant à cela, car notre confrère était un excellent professeur, très instruit, s’assimilant facilement ce qu’il lisait ou étudiait, et enseignant merveilleusement ce qu’il possédait si bien lui-même. On peut donc affirmer que les onze années qu’il passa à An-Ninh furent grandement profitables à cette maison.

    Après ces longues années de professorat, ce ne fut pas encore pour lui la vie de district dans la brousse comme il l’avait rêvé au séminaire, mais bien la procure de la Mission qui lui fut confiée avec l’administration spirituelle de la crèche et de l’hôpital de Phu-xuân. Pendant huit ans, M. Etchebarne s’occupa de ces délicates fonctions avec régularité et ponctualité. Bonne tenue des comptes, service des commissions, visite des malades, instruc­tion catéchistique des enfants, tout était réglé et allait de pair, quand survinrent inopinément plusieurs graves événements qui lui donnèrent d’autres soucis. Ce fut d’abord l’effroyable typhon du 11 septembre 1904 qui fit des dégâts considérables dans la Mission et causa la mort de M. Dangelzer ; puis le départ pour la France de Mgr Caspar qui ne devait plus revenir, ensuite la nomination de Mgr Allys comme Vicaire apostolique de Hué et enfin le trans­fert de la procure à Phù-Cam.

    La nouvelle installation une fois terminée, M. Léculier fut nommé procureur et M. Etchebarne reçut, sans manifester d’éton­nement, sa nomination pour Diêm-Tu. C’était son premier poste en district après 18 ans de mission. Plus d’un confrère fut surpris de la décision du Vicaire apostolique, car le poste de Diêm-Tu, de fondation récente et composé uniquement de néophytes, était dif­ficile à administrer. Malgré tout, M. Etchebarne l’accepta avec une soumission et une résignation édifiantes. Il ne s’y rendit pas avec enthousiasme, mais il avait la volonté ferme d’y travailler et de s’y dévouer pour le plus grand bien de ces pauvres néophytes assurément dignes d’intérêt.

    Il raviva la foi des fidèles dans les diverses chrétientés, encouragea les timides, et soulagea bien des misères par une vie vraiment sacerdotale et la pratique scrupuleuse des devoirs de ­sa charge, faisant lui-même le catéchisme aux enfants et aux catéchumènes. Il fut pour eux le pasteur zélé et prudent, jus­qu’au jour où il reçut sa nomination pour Ké-Bang, au nord de la Mission.

    Cette chrétienté ayant un millier d’âmes environ et composée presque uniquement d’anciens chrétiens, lui donna quelques conso­lations. Il s’en occupait d’ailleurs avec un grand soin. Le temps qu’il n’employait pas pour ses ouailles était partagé entre l’étude et la prière, ce qui n’empêchait pas ses confrères de trouver en lui un excellent voisin d’un caractère agréable et toujours gai et les missionnaires en profitaient pour recevoir de lui les conseils les plus judicieux.

    Après douze ans de séjour au pied des montagnes de Son-­Bàng, Mgr Allys le rappela à Hué pour lui confier la chrétienté de Kim-Long près du grand séminaire, mais il n’y resta pas longtemps. M. Etchebarne était déjà habitué à ses chrétiens, ils l’estimaient et s’attachaient à lui, quand dix mois plus tard, des circonstances imprévues obligèrent Mgr Chabanon à lui confier une seconde fois la procure de la Mission. Personne n’était plus capable que lui de remplir cette fonction puisqu’il en avait été chargé autrefois pendant de longues années et à la satisfaction de tous. Malgré ses soixante ans passés, il reprit en toute sim­plicité et avec bonne humeur l’emploi souvent ingrat de pro­cureur, et il s’en acquitta avec une scrupuleuse fidélité. M. Etche­barne jouissait d’une excellente santé ; aussi espérait-on qu’il occuperait longtemps encore sa nouvelle place. Malheureu­sement ces dernières années il commença à ressentir des dou­leurs aux jambes. La marche lui devint de plus en plus pénible et difficile, toutefois il continua son travail autant qu’il en était capable. Le 8 décembre 1937, il était atteint de paralysie par­tielle et le mal s’aggrava sans qu’on pût y apporter remède ; c’est alors que M. Fasseaux lui fut adjoint temporairement pour le service de la procure. Il put encore célébrer la messe pendant quelques mois, mais à la fin de mars, ses jambes refusant de le porter, il dut s’en abstenir.

    La privation d’offrir le saint sacrifice fut pour lui bien pénible, il voulut cependant y assister et communier chaque jour. Peu à peu la paralysie s’étendit aux mains et lui rendit tout mouvement presque impossible. Plusieurs séjours à l’hôpital ne réussirent pas à améliorer son état de santé. Constatant l’inefficacité du trai­tement et prévoyant que la mort ne tarderait pas à venir, il se disposa, le 21 octobre 1938, à recevoir le sacrement d’extrême-onction qui lui fut administré le lendemain.

    A partir de ce jour, ce fut une préparation immédiate au grand passage, préparation nullement triste, mais plutôt joyeuse et confiante, car toute sa vie n’avait-il pas servi le meilleur des maîtres, et n’était-il pas resté fidèle à sa vocation missionnaire, malgré les belles propositions qu’autrefois on lui fit de la lointaine Amérique, en faveur de ses compatriotes du pays basque, qui n’avaient pas de prêtre parlant leur langue ?

    Durant de longs mois de souffrances, il fit l’édification de tous ses confrères ; jamais une plainte ne sortit de sa bouche, jamais il ne donna des signes d’impatience ; il n’avait plus qu’un vif désir, celui de revoir son compatriote M. Urrutia à son retour de France, et de ce plaisir, il dut en faire le sacrifice, car il mourut quelques jours avant son arrivée.

    Le 1er novembre, il entra en agonie à 9 heures du matin, et à 11 heures un quart, il rendait son âme à Dieu pendant que MM. Chapuis et Darbon, ainsi que plusieurs religieuses de Saint-Paul de Chartres récitaient les prières des agonisants.

    Son corps fut immédiatement transporté à la procure de la Mission où de nombreux chrétiens vinrent prier pour le repos de l’âme de notre regretté confrère. Les obsèques furent célébrées le 3 novembre dans l’église de Phù-Cam. Mgr  Lemasle chanta la messe pontificale ; Mgr le Délégué apostolique en Indochine était présent entouré d’une trentaine de prêtres et d’élèves du grand séminaire. M. le Résident supérieur an Annam et de nombreuses personnalités civiles et militaires y assistaient. Une délégation des Frères des Écoles chrétiennes, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, et de nombreux fidèles français et annamites étaient venus prier pour le missionnaire dont ils avaient su apprécier les qualités.

    Les restes mortels de M. Etchebarne reposent dans le petit cimetière des prêtres à Phù-Cam, à côté de Mgr Allys.

    Daigne la divine Providence envoyer à la Mission de Hué beaucoup de missionnaires de cette valeur.

     

     

     

    • Numéro : 2090
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1893