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Louis ESQUIROL (1878-1949)

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    Le 8 janvier, dans sa 71e année, mourait, à l’évêché, notre regretté vicaire général, le Père Esquirol.

    Arrivé à Kweiyang en 1903, il eut la joie d’y retrouver son frère Joseph, son aîné de huit ans. Ses progrès dans l’étude de la langue furent rapides, et, au bout de quelques mois, il était jugé capable de tenir le poste de Hwangts’aopa, qu’il dirigea jusqu’en 1914. Démobilisé, il fut nommé curé de l’important district de Tseny. Cinq ans après, il venait à Anlung en qualité de vicaire forain. Après le sac de cette ville par la bande Youyong, en 1922, il fut assez heureux pour obtenir des secours du Gouvernement et les distribua aux plus misérables, non sans faire quelques jaloux. Après la division de la Mission, il cumula les fonctions de Propréfet, procureur et curé. L’année suivante — l’année de la famine —, il obtint encore des secours que distribua un comité dont il faisait partie, et qui sauvèrent de nombreuses vies. A quelque temps de là, la ville de Anlung fut la proie des révoltés. Le mandarin eut juste le temps de se sauver à la Mission qui fut assiégée pendant trois jours. Après des pourparlers interminables, le missionnaire réussit à tout arranger. Les réguliers arrivèrent par la suite, reprirent la ville, et vinrent nous montrer l’autorisation obtenue d’un pillage de trois jours. Notre cher provicaire fut encore choisi par les notables pour s’entremettre et fixer une somme pour le rachat de la ville. La Mission dut même l’avancer et en attend encore le remboursement. — Une autre fois, ce fut l’armée yunnanaise, qui revenait, affamée et vaincue, de Canton et du Kwangsi, et menaçait la ville. Supplié, le Père alla parlementer avec ses chefs, réussit merveilleusement, et même put souffler à son compagnon le “mot de passe” qu’il avait oublié. Dans une autre occasion, il sauva la vie à certaine dame, qui avait médit d’un ancien chef de brigands tenant garnison à Anlung. Condamnée à mort, les supplications des notables ne purent la sauver et pas davantage le missionnaire. Quand celui-ci vit l’inutilité de sa prière, ses larmes spontanément jaillirent. Le colonel en fut tellement touché, qu’il donna l’ordre d’élargissement. Après cela, on racontait : « Tu vois cet européen, il obtient tout ce qu’il veut...”. En 1934, malade, il demanda un congé pour Hongkong, et de là pour la France. Au retour, il reprit vaillamment le travail dans son district de Hingi, où il établit des écoles qui, cette année, comptaient plus de 150 élèves.

    Sa mort cause un grand vide. Il nous laisse l’exemple d’une régularité de séminariste. Travailleur infatigable, il fut toujours l’homme du devoir. Quelques jours avant sa mort, il demandait s’il ne pourrait aller à Hongkong. Son évêque lui dit qu’il était trop faible pour ce voyage. “C’est bien, répondit-il, je ne voudrais pas sortir de la ligne de la volonté de Dieu.” Sa mort fut édifiante, comme sa vie. A l’enterrement, assistait un long cortège de prêtres, d’écoliers, de chrétiens, de païens et même de protestants. Il repose maintenant près de son frère Joseph, dans notre cimetière, non loin du Séminaire Saint-Michel, à Kingkiachong.

    • Numéro : 2738
    • Pays : Chine
    • Année : 1903