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Joseph ESQUIROL (1870-1934)

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    M. Esquirol Joseph naquit le 23 novembre 1870 dans la pa­roisse de Plaisance, au diocèse de Rodez, de parents profondément chrétiens qui donnèrent de bonne heure à leurs nombreux enfants des habitudes de piété virile, de courage et de persévérance dans l’accomplissement du devoir quotidien, habitudes que ceux-ci garderont toute leur vie. De son enfance et de sa prime jeu­nesse, Joseph garda toujours le sentiment de la responsabilité. Aîné de plusieurs frères dont le plus jeune est actuellement Provi­caire de la Mission de Lanlong, et d’une sœur  unique morte au noviciat des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, il eut souvent à commander, et aussi à répondre de tous. Ses études primaires terminées, il entra au petit séminaire de Belmont. Ceux qui l’ont connu en mission se l’imaginent volontiers sérieux, appliqué dès cette époque, étendant méthodiquement ses connaissances, sans s’inquiéter de la pluie, ni du beau temps, encore moins du qu’en dira-t-on... Le cycle de ses études secondaires parcouru, on essaya de faire de lui autre chose qu’un prêtre ; peine perdue, la voca­tion missionnaire était bien née dans son jeune cœur, et la re­traite qu’il dut faire auprès d’excellents religieux fut seulement préparatoire à son entrée à la rue du Bac.

    Il y arriva laïque par conséquent. Ses études furent inter­rompues seulement par le devoir militaire. Prêtre le 30 juin 1895, il quittait Paris le 15 août suivant pour la Mission du Kouytchéou. C’était aux temps anciens, où, pour atteindre cette province recu­lée, il fallait, par Shanghai, remonter en jonque le Fleuve Bleu jusqu’à Chungking, soit deux grands mois de navigation lente, tantôt à la voile, tantôt à la rame, tantôt à la corde de halage. Une quinzaine d’étapes en palanquin, et on arrivait ensuite à Kweiyang, par la grande route du nord.

    Les rêves, le feu sacré, l’enthousiasme, qui animent le jeune partant et qui ne doivent jamais déserter le cœur d’un vrai mis­sionnaire, trouvaient en ces années-là , un puissant écho dans la légendaire entreprise de M. Schotter. De Lanlong à Lofou, c’est-à-dire sur 500 kilom. en bordure du fleuve Hong-choui-kiang, d’immenses régions entièrement peuplées de Dioys s’ouvraient à l’apostolat. Pour ces splendides perspectives, il fallait des ouvriers ardents et solides. M. Schotter demanda et obtint le nouvel arrivé, l’emmena dans le sud de la Mission, le forma à son école, et en fit pour la vie le type du missionnaire de la brousse : prêtre pour qui vie apostolique impliquait austérité, dur pour lui-même, exigeant pour ses chrétiens qu’il voulait parfaits. Jusqu’à sa mort M. Esquirol vécut pauvrement de légumes cuits à l’eau rele­vés de sel et de piment. A soixante-cinq ans, il voyageait encore à cheval : il était beau à voir ce vétéran des pays Dioys, coiffé du large chapeau de bambou, assis à la mode chinoise sur sa grande mule blanche. Et sur quels sentiers ne l’a-t-on pas rencontré cet apôtre infatigable, digne émule en cela du regretté mentor de sa jeunesse apostolique. Là où à l’heure actuelle dix missionnaires travaillent, ils n’étaient que deux.

    Quand il put voler de ses propres ailes, il reçut la sous-préfec­ture de Tséhen en partage. C’était en 1895. L’année suivante, il cédait à M. Williatte une moitié de son champ d’action. Tous deux avaient leur district respectif, mais ils mirent beaucoup en commun, entre autres choses, leurs notes linguistiques. D’une collaboration intelligente et diligente devait sortir le précieux « Essai de Dictionnaire Dioy-Français et Français-Dioy » ; un ensemble copieux de mots, de phrases, de notes sur les mœurs, la poésie, les proverbes les plus expressifs, la flore, etc... M. Esqui­rol alla lui-même à Hongkong pour en surveiller l’impression en 1908.

    À son retour de Hongkong, M. Esquirol fut nommé à Lofou où il succéda à M. Cousin. Il avait alors sous sa juridiction la région de Wangmou qui est divisée actuellement en quatre dis­tricts. Pays de la malaria par excellence. Comme tous les confrè­res que l’obéissance y appelle, notre héros y prit le teint pâle et la peau fine : « Nous n’avions pas de quinine autrefois », disait-il. Quand il en eut, il ne mesura pas soigneusement les doses, d’où une surdité précoce qui devait s’accentuer avec le temps. Son dis­trict fut dédoublé en 1910. En 1912, il vint de Lofou à Wangmou, y construisit la résidence qui devait être incendiée en 1928, et y vécut lui-même jusqu’en 1924. A cette date, il revint pour la troi­sième fois à Tchenfong. Ce devait être son dernier poste. Là en­core comme à Tchéchou, il constata que pour évangéliser les populations, il est nécessaire de connaître la langue, il étudia cette nouvelle langue et se mit à composer un dictionnaire Kanao­-Français et Français-Kanao. Délégué de ses confrères à l’assem­blée décennale, M. Esquirol partit pour Hongkong avec son ma­nuscrit dont il surveilla lui-même l’impression.

    Son séjour à Lofou lui a valu d’être souvent malade du foie. Les crises hépatiques se succédaient à des intervalles de plus en plus rapprochés et l’affaiblissaient considérablement. Il eut un dernier accès en juin 1934. M. Esquirol n’en écrivit à personne. Mais son vieux catéchiste, bien qu’accoutumé depuis longtemps à voir ainsi son curé souffrir terriblement, crut cette fois la crise plus grave que de coutume. Il écrivit au Vicaire Apostolique qui envoya M. Williatte auprès du malade avec ordre de l’amener à l’évêché. Notre confrère, lui, ne se croyait pas en danger ; il comptait que cette fois encore ce ne serait qu’un incident dou­loureux et transitoire : « Vous n’avez donc rien à faire au sémi­naire » ? dit-il, en voyant arriver son ancien vicaire. Ce ne fut pas chose facile que de le décider à partir pour Anlung ; il fallut l’intervention énergique de M. Huc, son collaborateur en qui il avait grande confiance. Il arriva enfin à Anlung, mais pour y mourir auprès de son frère et de son Supérieur le 8 août en effet, à 1 heure son âme quitta ce monde pour se présenter devant celui qu’il avait servi pendant quarante années de dur mais fécond apostolat.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2180
    • Pays : Chine
    • Année : 1895