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Casimir ENJALBAL (1860-1888)

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    M.Casimir-Jean Enjalbal est né à Saint-Sever ( Aveyron), le 28 mai 1860. Ses parents vinrent, peu de temps après, se fixer à Camarès, où il fut élevé. Il fit ses études au petit séminaire de Belmont, qui a donné déjà tant de missionnaires à notre Société. Au témoignage de ses condisciples, il fut aimé de tous ceux qui l’ont connu. Sans être brillant, il fut bon élève, et sa distingua surtout par une grande piété , un culte particulier pour Marie et une grande gaieté de caractère.

    Entré au Séminaire des Missions-Étrangères, le 9 October 1881, il y fit toutes ses études de philosophie et de théologie, et fut ordonné prêtre le 27 septembre 1885. Destiné au Japon Septentrional, il arriva dans sa mission à fin de cette même  année 1885.

    « Il fut envoyé de suite, écrit le P. Vigroux, provicaire, dans l’intérieur du pays, à Morioka, près d’un ancien missionnaire, et au centre d’une chrétienté naissante. Il devait se former là aux usages du pays, et se livrer à l’étude de la langue japonnaise. Notre jeune confrère n’eut pas de peine à s’initier à cette étude et à ces usages. L’amour du peuple japonais, qu’il était venu évangéliser, lui donnait pour cela une rare facilité. Mais, hélas ! une terrible maladie ne devait pas tarder à arrêter ces heureux commencements. Rappelé à la capitale par son Vicaire Apostolique, qui eut bruit de l’état maladif du cher missionnaire, M. Enjalbal fut ausculté et reconnu phtisique. Averti de son état, notre cher malade fut de suite résigné ; ce n’est pas assez dire ; il fut rempli d’une sainte jubilation. Il parlait toujours de sa maladie, et des suites qu’il prévoyait, avec une expression d’allégresse, qui surprenait et édifiait ses confrères. Le sourire était à toute heure sur ses lèvres, et son âme semblait déborder de joie .

    « Quelques semaines après. M. Enjalbal allait demander au Sanatorium de Hong-kong, des soins meilleurs que ceux qui auraient pu lui être donnés au Japon. Tous les soins furent prodigués, mais le mal était incurable ; notre confrère alla toujours déclinant, et un télégramme vient de nous annoncer que, le 13 décembre, il a rendu sa belle âme à Dieu.

    « M. Enjalbal n’a fait que passer au Japon, et cependant son angélique piété y  a laissé un parfum, qui ne s’effacera pas de sitôt. Une douce gaieté faisait le fond de son heureux caractère. Cœur aimant et expansif, il avait pour amis tous ceux qui le connaissaient. Mais ce qui fut plus admirable en lui, dans son état de maladie, ce fut son entière résignation à la sainte volonté de Dieu. On eût dit que le sacrifice de sa vie ne lui coûtait point. Il parlait de son heure dernière avec un saint enjouement. Le 30 avril, il m’écrivait ces lignes : « Le « commerce ne va plus : mes poumons, ne pouvant plus équilibrer les dépenses, sont près de « faire faillite. La déconfiture peut encore tarder deux ou trois ans, comme aussi arriver au « premier jour. Alors, je me retirerai sous les frais ombrages du P. Patriat et là, lieu « délicieux ! j’attendrai jusqu’à la dernière heure, la fin du monde !»

    « Un seul regret, bien légitime du reste, et bien honorable, venait parfois assiéger son cœur. Il regrettait de ne pouvoir travailler, quelques années avant de mourir, au salut du peuple japonais qi’il aimait. Le 24 septembre, il m’écrivait ces deux mots : « Si vous avez « besoin d’un petit missionnaire pour l’endroit le plus sauvage de votre district : Non recuso « laborem. » Et de suite il ajoutait : «  Mais si Dieu ne veut pas de moi, que sa sainte volonté « soit faite et non la mienne ; et vive la joie !» Dans la même  lettre, il disait encore :« Mes « poumons ont pris très sérieusement la résolution très forte, bien plus, énergique, de ne plus « fournir leurs services aux besoins de mon pauvre corps : Non serviam ! Ils ont raison. Que « de fois j’ai, moi aussi, refusé de servir le bon Dieu ; à chacun son tour, et tant mieux ! Je « ne sais pas encore l’heure de ma mort ; mais mes poumons crachent beaucoup ; c’est pire « que les volcans du Japon !… Quand croulera l’édifice ?…Un fil tout mince sera bientôt « rompu, et alors, adieu !…»

    « Notre cher confrère se peint tout entier dans ses lettres. C’est une âme douce, humble, résignée, que dis-je ? heureuse et joyeuse de son sort ! Sa maladie a été longue ; elle a duré deux ans ; notre cher malade se préparait tous les jours au suprême passage ; il renouvelait sans cesse le sacrifice de sa vie. Qui pourrait dire le trésor des mérites amassés, en ces deux années de lente agonie ! C’est le secret de Dieu ; et si notre confrères n’a pas eu la consolation de travailler de longues années à l’évangélisation du peuple japonais, s’il est mort au début des labeurs de l’apostolat, on peut cependant dire de lui qu’il a beaucoup travaillé, en peu de temps, par ses souffrances et par sa patience. »

    « Vers la fin d’octobre 1888, écrit le P. Holhann, il fut pris d’une fièvre assez intense, et à partir de ce moment, il lui fut impossible de célébrer le saint sacrifice ; mais il recevait la sainte Communion tous les dimanches et les jours de fêtes. J’ai admiré pendant tout ce temps sa résignation exemplaire, et son entière soumission à la sainte volonté de Dieu. Au milieu de ses souffrances, il répétait souvent pendant la journée ces paroles : « Que la sainte volonté du bon Dieu soit faite, et non pas la mienne. » Il était aussi d’une reconnaissance extrême pour les petits soins ou services qu’on lui rendait . Ayant tenu compagnie au cher Père presque tout le temps que dura sa dernière maladie, j’ai pu m’édifier à loisir de ses sentiments apostoliques et de ses solides vertus.

    « Vers le 8 décembre, il ne put presque plus se lever sans éprouver une sorte de défaillance. Il me demanda alors de lui administrer les derniers sacrements. Je crus pouvoir différer encore, ne croyant pas le moment suprême si rapproché. Le 10, le cher confrère me réitéra sa demande ; et, dans la crainte d’un accident imprévu, j’accédai à son désir, et lui donnai l’Extrême-Onction. Le lendemain matin, je lui portai le Saint-Viatique. La journée se passa encore comme la précédente, toutefois le cher malade demeurait presque continuellement assoupi. Dans la nuit, il m’appela deux fois près de lui ; il éprouvait des douleurs très vives dans poumons. Je fis mon possible pour le soulager, et il put reposer jusqu’au matin, sans trop de souffrances, excepté pendant les accès de toux, qui, malheureusement, se renouvelaient trop souvent. La journée du 12 fut très mauvaise.Les mains et le visage devenaient bleuâtres. Le malade transpira abondamment ; cependant, dans la soirée, il se sentit mieux. A huit heures et demie, je lui donnai de bénite, il en aspergea son lit, puis il me demanda quelle était la fête du lendemain. Je lui répondis que c’était la fête de sainte Lucie. Il me demanda encore de l’eau bénite, et, sur l’observation que je lui faisais, qu’il en avait déjà pris une fois, il me répondit qu’il en voulait beaucoup. Je lui en présentai encore, et il se signa, et en aspergea de nouveau son lit. Il s’endormit aussitôt, ou plutôt s’assoupit, comme il le faisait fréquemment, depuis quelques jours. Entre dix et onze heures du soir, la respiration devint plus bruyante et plaintive, mais je crois qu’à ce moment, le cher malade n’avait pas connaissance de son mal. Enfin, quelques minutes après minuit, il s’éteignit doucement, sans agonie apparente, les bras étendus sur le lit. Le visage était parfaitement calme, et les traits ne dénotaient aucune expression de souffrance.»

     

     

    • Numéro : 1666
    • Pays : Japon
    • Année : 1885