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Andréa ÉLOY (1864-1947)

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    Né le 11 juillet 1864à Diéval (Pas-de-Calais), Andréa-Léonce Eloy se prépara au sacerdoce au grand séminaire d’Arras, où il fut ordonné prêtre le 15 juillet 1888. Il exerça le saint ministère comme vicaire à Boulogne-sur-Mer pendant cinq ans, avant de pouvoir réaliser son rêve d’être missionnaire. Il entra au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris en 1893, et après une année de préparation, il fut envoyé en Indochine, dans la Mission qui s’appelait alors le Tonkin méridional et porte aujourd’hui le nom de Vicariat apostolique de Vinh. Il s’initia à la langue et aux usages annamites dans la paroisse de Dông-Thap, à une cinquantaine de kilomètres de Vinh, et fut bientôt chargé de diriger le district de Dông-Thanh qui comprenait plusieurs paroisses déjà anciennes et aussi de nouvelles chrétientés. Ce fut surtout au développement de ces groupements de néophytes que travailla M. Eloy pendant près de dix ans, jusqu’au jour où il fut nommé Supérieur du grand séminaire de la Mission. Il y enseigna lui-même la théologie morale, et composa à l’usage de ses élèves un manuel particulièrement bien adapté au ministère dans les pays de mission, et qui fut et reste, pour cette raison, utilisé dans de nombreux séminaires d’Extrême-Orient. Il composa également un ouvrage sur les causes du mariage qui rend aussi de grands services.

    Après s’être consacré neuf ans à la formation du clergé annamite, il fut appelé par le Saint-Siège à succéder en 1912 A Mgr Belleville à la têtedu Vicariat apostolique du Tonkin méridional, avec le titre d’évêque de Magydos. Pendant son long épiscopat et sous sa direction, cette Mission qui était déjà florissante, connut un développement qui en fait l’une des plus belles de l’Extrême-Orient. Le nombre des chrétiens passa de 120.000 à 180.000, celui des prêtres indigènes fut doublé. A. la préoccupation d’accroître le nombre des prêtres, Mgr Eloy joignait celle de leur sanctification, et il leur prodiguait avis et exhortations surtout lors des retraites pastorales annuelles. Les paroisses se multiplièrent.

    Il faisait régulièrement chaque année deux tournées pastorales de un ou deux mois chacune, passant deux ou trois jours dans chaque paroisse, y prêchant, administrant le sacrement de confirmation, visitant les chrétientés. Rentré à l’évêché, modeste maison en bois, établi à Xadoai, gros village chrétien, il réglait au jour le jour les multiples problèmes que posait l’administration de son vaste et difficile Vicariat.

    Il eut sa bonne part dans toutes les œuvres d’apostolat qui s’accomplirent dans la Mission sous sa direction, avec ses encouragements et son aide : construction du grand et du petit séminaire, du probatorium, de nombreuses églises et écoles, de l’hôpital de la Mission, fondation de nouvelles chrétientés, etc. Il accueillit dans son Vicariat plusieurs Ordres ou Congrégations religieuses : Franciscains, Clarisses, Fransciscaines Missionnaires de Marie.

    Il dirigea la codification, en 1933, des usages et règles particulières de la Mission dans un « Directoire » à l’usage du clergé, où rien d’important n’était oublié. Chaque fois qu’il en était besoin, il donnait dans des « Lettres communes » les directives que les circonstances demandaient. Il participa activement au premier Concile plénier de l’Indochine, qui se tint à Hanoi en 1934.

     

    Pendant les 53 années qu’il passa en mission, il ne rentra que deux fois en France, en 1925 et en 1930 pour participer à l’Assemblée générale de la Société des Missions-Étrangères.

    Mgr Eloy fut véritablement « Sacerdos et Pontifex et virtutum opifex, Pastor bone in populo ».. Modèle de vie sacerdotale, homme de devoir dans toute la force du terme, il s’appliqua sans défaillance aux grandes et petites tâches de sa charge, simplement et sans bruit. Son blason épiscopal portait la croix de Saint-André, son patron, avec la devise « In patientia et caritate ». Il fut constamment fidèle à cette devise, au milieu des occupations ordinaires de son ministère, comme dans les difficultés plus graves, telles que par exemple les troubles communistes de 1931 et la révolution de 1945.

    Par la dignité de sa vie, sa simplicité, sa bonté, sa générosité, il avait gagné la vénération et l’affection de tous. Aussi, ses prêtres et son peuple saisirent-ils, en 1938, l’heureuse coïncidence de ses noces d’or sacerdotales et de ses noces d’argent épiscopales, pour lui témoigner leur respectueuse et filiale affection. Dans sa modestie et son horreur de toute apparence même de faste, il aurait volontiers célébré ce double jubilé dans l’intimité. Mais il aimait faire plaisir, se laissa fêter, et il le fut magnifiquement. Il fut sensible aux sentiments que lui exprimèrent ses enfants ; mais il ne le fut pas moins à la lettre autographe que le Saint-Père lui adressa à cette occasion.

    Sa robuste santé et sa verte vieillesse permettaient l’espérance de fêter bientôt ses noces de diamant. Mais une longue et terrible épreuve devait le briser à l’aurore de sa soixantième année de sacerdoce. Lors de la révolution qui explosa en Indochine au mois­ d’août 1945, il assista avec calme mais non sans en être affecté, à un, déchaînement de haine et de violence que rien ne pouvait faire prévoir. Gardé à l’évêché par des révolutionnaires en armes pendant plusieurs jours, il fut conduit à Vinh le 1er septembre, et soumis comme tous ses missionnaires au régime de la résidence forcée et surveillée. Après quatorze mois de ce régime, particulièrement pénible à un homme de son âge, il fut autorisé en novembre 1946 à regagner son évêché à Xadoai. Il y fut reçu avec joie par le clergé et par ­les chrétiens annamites qui le conduisirent en cortège à sa cathédrale dont les cloches saluèrent son retour. Mais un mois plus tard, la guerre éclatait entre le Viet-Minh et les troupes françaises stationnées en Indochine, et tous les missionnaires du nord-Annam, zone particulièrement contrôlée par le parti communiste Viet-Minh, furent groupés et gardés comme otages. Un télégramme du 1er juin transmis par la Croix-Rouge, nous faisait savoir que Mgr Eloy, « fatigué » était soigné à  l’hôpital de la Mission. Un second télégramme vient de nous apprendre son décès, survenu le 30 juillet 1947.

    Le vénéré prélat n’aura pas en la satisfaction de voir la fin de la tempête qui s’est abattue sur sa Mission. Du moins a-t-il sans doute déjà reçu la récompense de sa longue carrière toute consacrée à l’extension du règne de Dieu, et du haut du ciel, il continuera à veiller sur le troupeau qui lui avait été confié, et dont il a été, pendant 35 ans le bon pasteur.

    • Numéro : 2115
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1894