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Antoine Louis CLAVIÈRES (1878-1964)

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    Le Père Louis Clavières est né le 21 janvier 1878, à Bordeaux, dans la paroisse Saint-Louis. Il fit ses études primaires chez lui, puis, de 1888 à 1897, ses études secondaires au collège Tivoli. Admis au séminaire des Missions Etrangères le 12 septembre 1900, il fut ordonné prêtre le 26 juin 1904, et affecté à la Mission du Setchoan occidental. Il partit le 17 août suivant pour Chengtu, siège du vicariat apostolique, où il arriva à la fin de la même  année, en compagnie de deux autres missionnaires.

     

    En 1905, il fut envoyé dans les montagnes, à Moupin, pour y apprendre la langue, sous la direction d’un catéchiste. On ne peut pas dire qu’il y fit de rapides progrès ni même qu’il réussit à assimiler parfaitement. cet idiome assez difficile. Il se faisait comprendre de ses gens et de ses chrétiens, qui s’étaient habitués à sa façon de parler ; mais il était incapable d’entretenir une conversation suivie avec les Chinois étrangers à sa paroisse.

     

    En 1911, il fut transféré au poste de Té-yang-hiên, à une journée de pousse-pousse au nord de Chengtu. Il devait y rester quarante ans, jusqu’en 1951. C’était. une. petite paroisse de quelque sept cents chrétiens, disséminés en onze stations, qu’il visitait deux fois par an pour l’administration spirituelle. A son poste central, il institua un dispensaire gratuit et ouvrit un orphelinat pour une quinzaine de fillettes. Avec l’âge il prit de l’embonpoint, ce qui l’encourageait peu à faire de longs déplacements ; il prit l’habitude de se rendre chaque année deux fois à l’évêché et deux fois chez ses deux plus proches confrères du nord. Il entreprit, il est vrai, un beaucoup plus grand voyage ; mais ce fut pour se rendre par bateau à Shanghaï, afin de se faire opérer de l’appendicite. Ce fut sa seule sortie ; il ne rentra jamais en France pour prendre un congé. En 1917, lors d’une visite épiscopale, l’autobus qui transportait les voyageurs se renversa dans le ravin ; mais l’accident n’eut pas de suite fâcheuse. Il passait la plus grande partie de son temps en longues conversations avec ses familiers, et surtout en lectures, dont il faisait profiter les confrères qui venaient le voir. Ceux-ci étaient plutôt rares, mais ils étaient accueillis chaleureusement ; les repas étaient bien préparés et arrosés, du moins au début, par un bon vieux Bordeaux qu’il recevait en bonbonnes de chez lui ; au fin fond de la Chine, c’était réconfortant et cela vous redonnait du cœur à l’ouvrage.

     

    Ses quarante-sept ans d’apostolat en Chine furent marqués par de multiples convulsions politiques, sociales ou militaires, qui secouèrent son champ d’apostolat : chute de l’Empire, guerres civiles, conflit sino-japonais, révolution marxiste. En 1923, pendant l’une de ces guerres intestines, une dizaine d’obus tombèrent sur la ville, dont deux dans la maison même du Père ; heureusement il n’y eut pas de victimes ; et toutes les autorités civiles vinrent se réfugier à la résidence du missionnaire.

     

    Après 1940, la santé du Père devint défaillante ; il dut se décharger d’une partie de son district et ne garda que les stations à proximité de son poste central. En 1951, malgré ses 72 ans passés, il se vit mettre à la porte de son presbytère puis de son oratoire, et dut aller chercher refuge dans une famille chrétienne du voisinage. Finalement, il réussit à se retirer à l’évêché. Il ne tarda pas à en être expulsé par les Rouges et le 15 novembre 1951 il arrivait à Hongkong d’où il partait pour la France le 3 décembre suivant.

     

    Après quelques mois de repos, il demanda à reprendre du ministère. Pendant huit ans, il assura l’aumônerie de l’hôpital de Bazas, et se mit à l’entière disposition du curé pour les messes à la cathédrale et pour les visites aux malades de la clinique. En 1960, il fut contraint de limiter son action apostolique à l’hôpital, puis, la station debout lui étant devenue impossible, il dut se résoudre à se retirer au Moulleau, à la villa « Silvae Stella », dont le personnel lui témoigna toujours un dévouement sans faille.

     

    Il lui coûta certainement beaucoup de se voir réduit à l’extrême sujétion des moribonds ; il l’accepta cependant avec générosité, en souvenir de ses anciens chrétiens persécutés et en imitation du Sauveur en croix. Quelques jours après son admission à la maison de retraite Saint-Paul de Fontaudin, en Pessac, le 27 mars 1964, Vendredi Saint, il mourut à 86 ans, à la veille de fêter son jubilé sacerdotal de diamant. Mourir le même jour que son Rédempteur est, pour le croyant, une grâce insigne ; ce l’est d’autant plus pour celui qui a consacré à Dieu sa vie et a souffert persécution pour Lui.

     

    Le 31 mars eurent lieu les obsèques du P. Clavières. La petite chapelle de la maison de retraite avait peine à contenir la foule de ses neveux et petits-neveux éplorés, venus lui témoigner, une fois encore, leur affectueux dévouement. Ce dévouement inlassable pour leur oncle, faisant suite à l’aide substantielle apportée jadis au missionnaire, ainsi que leur sollicitude pour le vieillard dans les dernières étapes de sa maladie, méritent d’être signalés. L’évêque de Cheng-Tu, S. Exc. Mgr Pinault, avait tenu à rendre un dernier témoignage d’affection et de fidélité à un vétéran de son diocèse, en présidant les cérémonies. La messe de Requiem fut chantée par le P. Etcheverry. Tous les confrères du domaine de Fontaudin et un groupe de religieuses représentaient le diocèse de Bordeaux.

     

    « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course ; il ne me reste qu’à attendre la couronne qui m’est réservée. »

     

     

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    • Numéro : 2797
    • Pays : Chine
    • Année : None