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Urbain Jacques Blaise CLAVAL (1868-1938)

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    M. CLAVAL ( Urbain-Jacques-Blaise) né le 2 février 1868 à Chauffour, diocèse de Tulle (Corrèze). Entré laïque au Séminaire des Missions-Etrangères le 17 septembre 1887. Prêtre le 27 septembre 1891. Parti pour le Setchoan oriental le 29 octobre 1891. Mort à Chungking le 25 janvier 1938.

    M. Urbain-Jacques-Blaise Claval naquit au village de Chauffour dans le diocèse de Tulle, le 2 février 1868. Les renseignements sur ces temps lointains manquent complètement. Nous savons cependant, par ses discrètes confidences, qu’il fut, tout enfant, conduit par sa mère au célèbre sanctuaire de Rocamadour. Ce pèlerinage lui laissa dans l’âme des souvenirs ineffaçables, puisque dans sa vieillesse il en parlait encore. Nous savons aussi, par la même source, que ses parents, largement à l’aise, cultivaient eux-mêmes leur propre domaine, et qu’ils avaient donné à leurs enfants une éducation forte et chrétienne, envoyant les fils au collège et les filles au pensionnat.

    Notre futur missionnaire commença l’étude du latin chez le vieux curé de la paroisse ; puis il fut envoyé au petit séminaire d’Ussel. En l’année 1887, il alla frapper à la porte du Séminaire des Missions-Etrangères de Paris où il fut admis. Ordonné prêtre le 27 septembre 1891 et destiné au Setchoan Oriental (Chungking), il s’embarqua pour Shanghaï le 29 octobre. La caravane destinée au Setchoan ne s’attarda pas longtemps à Shanghaï, puisqu’elle abordait à Chungking le 3 février 1892, le jour de Saint-Blaise, que M. Claval fêtait chaque année avec joie et piété.

    Après avoir passé quelques jours à l’évêché pour se reposer des fatigues du voyage, M. Claval fut envoyé au district de Hopaotchang pour apprendre la langue chinoise. Le curé de cette localité le confia à une famille d’anciens chrétiens ; là il dut forcément se familiariser avec les us et coutumes du pays : dur apprentissage de la vie apostolique, mais combien nécessaire ! Bien qu’il n’eût pas l’oreille musicale, il arriva cependant à connaître la langue de Confucius suffisamment pour être jugé capable de remplir son ministère. On l’envoya donc à une dizaine d’étapes de là, au nord de la Mission, au fameux district de Lytoupa dont tout le monde parlait et qui passait à bon droit pour être un des fleurons de la Mission de Chungking. Le curé d’alors était le bon M. Besombes, qui par sa douceur parvenait sans peine à gouverner ses turbulents chrétiens.

    M. Claval, grand observateur, commença à se rendre compte des difficultés qui attendent le nouveau missionnaire en Chine. D’ailleurs, il ne resta pas longtemps à Lytoupa. En 1894, Mgr Chouvellon l’appelait à Hotcheou. Le prêtre chinois à qui il succédait, avait  tenu le poste 18 ans, et avait été envoyé à Tongleang ; quatre ans après, les chefs de la ville le livraient par-dessus les remparts à Yumantse, le fameux chef bandit, qui le fit mourir au bout de quelque temps,  après l’avoir gardé prisonnier avec M. Fleury M. Claval ne séjourna que deux ans à Hotcheou. Il y fit du bon travail et montra qu’il aurait pu faire un excellent missionnaire en brousse. Mais, sauf un stage de trois ans à Tongleang et les cinq dernières années de sa vie qu’il passa à la paroisse Saint-François-Xavier de Chungking, il consacra ses forces et ses talents à d’autres labeurs.

    Après la tourmente de 1886 qui détruisit tous nos établissements, Mgr Chouvellon s’était décidé à construire le petit séminaire dans les montagnes de Tchangtcheou, à quatre jours de barque en aval de Chungking, espérant ainsi échapper plus facilement aux persécutions. De fait, le petit séminaire fut prêt en 1894 et les élèves qui, depuis la ruine de Pekochou, s’étaient réfugiés à Chapinpa, vinrent s’y installer. M. Dangy, premier supérieur, n’y demeura que deux ans, après lesquels Mgr Chouvellon le nomma curé de la cathédrale de Chungking, et appela M. Claval pour le remplacer au petit séminaire.

    Notre confrère montra dès les premiers jours des qualités exceptionnelles d’éducateur. Il savait que dans un séminaire, la formation intellectuelle doit céder le pas à la formation morale, au développement de la vie et des vertus chrétiennes. Il avait toutes les qualités voulues pour réussir, et de fait, il ne tarda pas à acquérir parmi ses élèves un grand prestige et à se faire aimer d’eux. Il le dut sans doute à la fermeté, mais surtout à la vertu, à la compétence et à la compréhension qu’il possédait du caractère chinois.

    Ces merveilleux talents d’éducateur étaient bien connus des Supérieurs du Séminaire des Missions-Etrangères, puisque, vers 1900, ils pensaient le rappeler à Paris comme Directeur ; mais la Providence permit finalement à Mgr Chouvellon de garder son missionnaire. Pendant dix ans notre confrère travailla au petit séminaire à inculquer à ses élèves l’esprit de piété, de régularité et de soumission.

    En 1907, le Vicaire apostolique eut besoin de lui pour le poste de Tong-Leang où il le nomma curé ; mais le départ du petit séminaire lui coûta énormément, car il aimait cette œuvre. Il laissa à ses élèves, comme un souvenir, un résumé succinct, en latin, de l’histoire chinoise qu’il venait de faire imprimer à Chapinpa. En 1911, il est appelé au grand séminaire où il succède à M. Dangy. Là encore M. Claval fut le Supérieur qui aima ses élèves et sut s’en faire aimer ; il leur donna l’exemple de la sainteté, aussi fut-il très respecté et obéi. Entre temps, en février 1913, M. Lorain étant décédé, il lui succéda dans la charge de provicaire, tout en continuant d’exercer ses fonctions de Supérieur. Mais voici qu’au mois d’août 1914 la guerre éclate : une quinzaine de missionnaires de la Mission de Chungking sont rappelés en France. M. Claval dut alors quitter le séminaire et venir s’installer à l’évêché où il cumula les fonctions de provicaire et de procureur : offices difficiles et délicats, mais dont il s’acquitta avec une rare compétence. M. Claval prêchait de vive voix et par l’exemple la surveillance la plus stricte, le contrôle le plus minutieux dans l’emploi des ressources de la Mission, les dépenses injustifiées trouvaient en lui un adversaire irréductible.

    Ces principes d’économie, il les mit en pratique dans les diverses constructions qu’il dirigea, d’abord à Yunkiache ; il éleva en cette chrétienté un oratoire et une résidence simple et commode. En 1911 Mgr Chouvellon ayant résolu de bâtir son grand séminaire pour remplacer celui de Pekochou brûlé pendant la persécution de 1886, M. Claval confia alors le soin des séminaristes à M. Bourgeois et construisit le magnifique grand séminaire de Chungking. En 1920 ce fut le tour du pensionnat Sainte-Thérèse. Malgré de multiples occupations, notre architecte ne craignait pas de passer de longues heures sur le chantier à surveiller scrupuleusement l’emploi des matériaux et le travail des ouvriers. En outre, à la mort du regretté M. Deroin, fondateur de la Congrégation des Sœurs indigènes du Sacré-Cœur, il devenait directeur et aumônier de ces religieuses. Par sa prudence, sa douceur et sa fermeté, il fit prospérer la jeune Société ; et ce furent ces religieuses qui l’aidèrent à diriger le pensionnat Sainte-Thérèse. Dès son ouverture, ce pensionnat jouit d’une réputation justement méritée. En 1931, vaincu par la fatigue, cet ardent missionnaire confia à son successeur M. Gallice et la Congrégation du Sacré-Cœur et le pensionnat Sainte-Thérèse, reconnu comme le premier établissement scolaire de la ville.

    L’œuvre la plus intéressante à laquelle le missionnaire se dévoua avec un zèle particulier fut la fondation du Carmel de Chungking. Mgr Chouvellon caressait depuis longtemps ce projet : « Ah ! disait-il, quand donc aurai-je un Carmel qui sera le paratonnerre de ma Mission ? » Mais Chungking est à 2.000 kilomètres environ de Shanghaï ; le pays est humide, terriblement chaud en été et froid en hiver, et surtout dangereux à cause des continuels bouleversements politiques. Après beaucoup de démarches, et de contretemps, la Mère Marie-Anne de Jésus, accompagnée de deux sœurs françaises et de quelques religieuses chinoises, quittait enfin le Carmel de Zikawei et arrivait à Chungking le 18 mai 1920.

    Dévoué pour toutes les œuvres de la Mission, M. Claval le fut aussi envers ses Supérieurs. Quand la guerre de 1914 fut déclarée, Mgr Chouvellon avait 68 ans ; le chagrin de voir sa belle Mission désorganisée en quelques jours par le départ pour la France d’une quinzaine de ses missionnaires fut si violent qu’il faillit perdre la vue. Du moins trouva-t-il en son Provicaire un auxiliaire incomparable sur lequel il put en toute confiance se décharger de ses responsabilités et de son administration. Le vieil évêque mourut le 27 avril 1924, à l’âge de 78 ans, plein de mérites, après 33 ans d’épiscopat. M. Claval lui ferma les yeux et devint le chef de la Mission jusqu’à la nomination du nouveau Vicaire apostolique. Sa façon d’agir pendant ces trente mois d’intérim, fut celle qu’il a toujours employée : douceur envers les confrères et le clergé indigène, mais aussi fermeté quand les circonstances l’exigaient.

    Quelle joie profonde pour lui le jour où Mgr Jantzen fut sacré évêque et prit en main la direction de la Mission, le 21 septembre 1926 ; tout heureux de déposer enfin le fardeau des responsabilités qui l’effrayaient et de reprendre le second rang si conforme à ses goûts. Volontiers il aurait remis entre les mains de son supérieur son titre de provicaire. Mais Mgr Jantzen, qui connaissait depuis de longues années le dévouement sans bornes, la science et l’expérience très étendues de son confrère, se hâta de lui confirmer la dignité de provicaire. On eut alors devant les yeux le spectacle touchant du vétéran chevronné, rompu aux affaires entourant de son respect, de sa déférence, de son affection, de sa tendresse même, le nouveau supérieur plus jeune que lui de 17 ans ! Toujours à son devoir, ferme et concis dans ses conseils, ne cachant jamais la vérité quelle qu’elle soit, il fut vraiment l’homme de confiance, l’auxiliaire fidèle, l’ami d’élite de son Vicaire apostolique.

    Quand, en 1930, Mgr Jantzen se rendit en France pour assister à l’Assemblée générale des Supérieurs de la Société, M. Claval reprit pour la seconde fois le gouvernail de la Mission. Il se trouvait donc de nouveau en face des responsabilités qu’il redoutait : « Ah ! écrivait-il à un confrère, que le temps paraît long quand on attend ! »

    Dès le retour de S. Excellence en 1931, il demanda à être déchargé de la direction de la Congrégation du Sacré-Cœur et du pensionnat Sainte-Thérèse. Les travaux, les soucis et les maladies avaient fatalement ruiné sa santé. En 1933, il se décida à prendre sa retraite tout en acceptant d’être curé de la paroisse de Saint-François-Xavier dans la banlieue de Chungking. Là encore, il nous donnera jusqu’au dernier jour de sa vie les plus magnifiques exemples de zèle missionnaire. Modèle des pasteurs, il accomplit scrupuleusement tous les devoirs de sa charge, faisant donner des missions à ses paroissiens, prêchant lui-même tous les dimanches, expliquant chaque jour, malgré la vieillesse et la maladie, le catéchisme à ses enfants, visitant et consolant ses malades, aidant spirituellement et matériellement ses chrétiens malheureux : aussi en était-il aimé et respecté.

    A ces travaux s’ajoutaient les labeurs de sa charge de provicaire. Chaque année, à l’époque de la retraite, on le voyait malgré le froid et la fatigue, arriver tous les matins à l’évêché, assister aux instructions et repartir chez lui avant la nuit. Beaucoup de ses confrères recouraient à sa science théologique et canonique pour obtenir la solution des cas difficiles qu’ils rencontraient dans l’exercice de leur ministère.

    Constatant la somme d’énergie, de travail et de dévouement qu’a fournie pendant sa vie notre cher confrère, on serait tenté de croire qu’il jouissait d’une santé parfaite. Loin de là, dès ses premières années de mission, il fut gravement malade de la fièvre typhoïde et ne dut son salut qu’aux bons soins de M. Lorain : en ces temps lointains il n’y avait pas de médecin européen à Chungking. Vers 1920, il eut une forte crise d’appendicite qui nécessita une intervention chirurgicale immédiate. Deux fois encore en cinq ans, en face d’une mort imminente, il subit une opération avec une tranquillité d’âme parfaite. Ces trois opérations eurent d’heureux résultats, mais il n’en est pas moins vrai qu’elles affaiblirent sensiblement un organisme déjà usé par tant de travaux, de tracas et de fatigues. Lui-même se rendait parfaitement compte qu’il ne devait plus vivre longtemps ; mais soutenu par une énergie peu commune, il continuait son travail sans se plaindre. Jamais il ne lui vint à la pensée de solliciter un retour en France pour se soigner et essayer de prolonger une existence si méritoire : il voulut mourir sur la brèche en bon soldat.

    La dernière année de sa vie, la pâleur de son visage finit par trahir l’acuité de ses souffrances : très dur pour lui-même, il ne parlait à personne de son mal. Tout au plus, si dans son entourage immédiat put-on savoir que depuis de longues années il souffrait de l’estomac. A la fête de Noël 1937, un mois à peine avant sa mort, il répondait à un jeune missionnaire qui lui présentait ses vœux de bonne année : « Soyez heureux ! pour moi, j’ai déjà un pied dans la tombe ; mon pèlerinage terrestre va bientôt finir. Ne m’oubliez pas dans vos prières. » Sa dernière heure, en effet, n’était pas éloignée. Tous ses confrères furent surpris de la voir arriver si vite, excepté lui ; il l’attendait tous les jours. Le 17 janvier, en pleine possession de ses facultés, il mit ordre à ses affaires temporelles et prit ses dernières dispositions comme s’il devait mourir le lendemain. Il ne se trompait pas ; car dans la nuit du 19 au 20 janvier il eut une crise terrible qui faillit l’emporter. Immédiatement alerté, Mgr Jantzen accourut près de son provicaire et sur-le-champ le fit transporter à l’hôpital de la Mission. Le médecin de l’établissement et celui de la canonnière française diagnostiquèrent une angine de poitrine. Tout fut tenté pour arrêter le progrès de la maladie sans beaucoup de succès parce que notre confrère était très âgé et complètement usé ; il devenait évident que le dénouement ne pouvait pas tarder. Mgr Jantzen désirant conserver plus longtemps un missionnaire si dévoué et si utile, et se souvenant qu’à chacune des trois interventions chirurgicales subies quelques années auparavant par M. Claval, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus était manifestement intervenue, il demanda à ses missionnaires et aux communautés religieuses une neuvaine à sainte Thérèse, persuadé qu’une fois encore elle guérirait son fidèle ami. Mais telle ne fut pas la volonté de Dieu ! Dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 janvier, il eut une nouvelle crise plus violente que la première. Mgr Jantzen, prévenu de l’état très grave de M. Claval, vint aussitôt à son chevet ; c’est alors que le malade demanda instamment à recevoir l’Extrême-Onction et l’Indulgence plénière de la bonne mort. Depuis ce moment jusqu’à son dernier soupir, l’agonie fut une longue et continuelle prière, notre cher confrère conserva jusqu’à la fin toute sa lucidité d’esprit : à peine la violence de la souffrance lui arracha-t-elle quelques paroles incohérentes. Pas la moindre anxiété devant la mort ; comme l’ouvrier qui prend son repos le soir après une journée de dur labeur, comme l’enfant qui s’endort dans les bras de sa mère, ainsi M. Claval s’est endormi dans le Seigneur.

    Le service funèbre fut célébré le jeudi 27 janvier par Mgr Jantzen dans la vaste cathédrale, assisté des prêtres de la ville et de la banlieue, des grands et petits séminaristes, des étudiants et étudiantes des quatre paroisses de la ville. Après l’absoute, le cortège s’organisa pour conduire la dépouille mortelle du cher disparu à sa dernière demeure. Elle fut portée au cimetière des missionnaires français de Tsenkiagay, tout proche du Carmel et de l’église Saint-François-Xavier dont il avait été le pasteur très aimé. Et c’est là que dans une humble tombe, à l’ombre de la Croix et à côté de M. Blettery, de Mgr Chouvellon et de nombreux missionnaires, repose, en attendant la glorieuse résurrection, celui qui fut un modèle de vie sacerdotale et missionnaire.

     

     

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    • Numéro : 1984
    • Pays : Chine
    • Année : None