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Joseph Victor CLAUSE (1901-1971)

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    Père Joseph CLAUSE

    Missionnaire au Viêt-Nam (Nhatrang)

    1901 - 1971

     

     

    • Né le 23 septembre 1901 à Ham-sous-Varsberg, diocèse de Metz.
    • Entré aux Missions Etrangères en septembre 1922.
    • Prêtre le 6 mai 1925.
    • En mission à Quinhon et à Nhatrang de 1926 à 1971.
    • Décédé à Saigon le 18 novembre 1971.

     

     

    Enfance et jeunesse

     

    Le Père Joseph Victor CLAUSE naquit à Ham-sous-Varsberg en Moselle, au diocèse de Metz, le 23 septembre 1901. Il était le quatrième d’une famille de cinq enfants, deux filles et trois garçons. Le père était instituteur, homme de grande foi, organiste de la paroisse. Les enfants se consacrèrent tous à l’enseignement. Mais les malheurs de la guerre frappèrent durement cette famille. Eugène fut tué à Bitche en 1918 ; Edouard fut tué à Héricourt en 1940, Marie mourut en 1944. Seule, Jeanne, restée célibataire, survécut. Chaque mois arrivait une lettre de Lorraine à laquelle répondait fidèlement le frère missionnaire.

     

    Joseph entra au collège épiscopal de Bitche en 1914 où il fit de solides études secondaires. Le peu que nous savons sur ses années de jeunesse permet d’affirmer qu’il fut un bon élève, très travailleur, avide d’apprendre, toujours dans les premiers rangs de sa classe, étant doué de qualités intellectuelles au-dessus de la moyenne.

     

     

    Aux Missions Étrangères

     

    En 1919, Joseph entra au grand séminaire de Metz où il passa les deux années de philosophie et la première année de théologie. Après quelques hésitations dues aux réticences de son directeur, il arriva au séminaire des Missions Etrangères (rue du Bac) en 1922. Les premiers mois furent pénibles. De caractère timide, se méfiant de son français hésitant (car enfant il ne parlait que l’allemand) il fut dérouté par l’ambiance tout autre que celle du séminaire lorrain. Puis le calme revint grâce à la compagnie de son ami Camille Rohmer, deux inséparables lors des promenades du mercredi. Au milieu des hardis aspirants de l’après-guerre, Joseph resta bien effacé, à part une petite mise en vedette : musicien très doué, il fut nommé organiste.

     

    Prêtre le 6 juin 1925, il rentra dans son diocèse pour y faire une année de ministère : ce qui lui permit d’être exempté du service militaire actif selon les accords du concordat pour l’Alsace-Lorraine. Et c’est en juin 1926 qu’il reçut une lettre de Monseigneur de Guébriant, Supérieur général de la Société, lui donnant sa destination pour la mission de Quinhon, au Viêt-Nam.

     

     

    En mission

     

    Parti de Paris le 12 septembre, il était à l’évêché de Lang-Sông (près de Quinhon) un mois plus tard. C’est à Go-Dai qu’il apprit la langue sous la direction du Père Solvignon, dont il devint vicaire l’été suivant, avec résidence à Tân-Thanh, puis à Lac-Diên. Il garda un excellent souvenir de ce temps de ministère actif, malgré une certaine crainte révérencielle pour son curé.

     

    Au début de 1930, le P. Lassalmonie, professeur au grand séminaire de Dai-An tomba malade. Le P. Clause fut appelé pour le remplacer et prendre la charge de l’économat, des cours de dogme et d’écriture sainte. Brillant latiniste, le Père malgré son jeune âge fut tout de suite à la hauteur de la situation. Il travailla en 1932 à l’installation du grand séminaire dans les nouveaux bâtiments de Quinhon.

     

    En 1936, il interrompt son enseignement pour remplir les fonctions de procureur. Un an plus tard, il fut nommé supérieur du petit séminaire. C’est à ce poste qu’il va consacrer la majeure partie de sa vie missionnaire. Là surtout, le P. Clause ne ménagea pas sa peine. Il eut le souci constant de la formation spirituelle des séminaristes. Il profitait des vacances pour rédiger de longues séries de méditations et de lectures spirituelles qu’il donnait très régulièrement à la section des Grands et aussi à la section des Petits. Le P. Clause avait une profonde connaissance de la langue vietnamienne qu’il parlait avec aisance et clarté. Il avait aussi une facilité étonnante pour développer un sujet en un style clair, riche d’enseignement doctrinal, il ne recherchait pas l’effet oratoire et son débit un peu monotone convenait aux entretiens spirituels.

     

    Mais il était aussi un enseignant émérite. Expert dans toutes les disciplines, il assurait de nombreuses heures de classe. Spécialiste en mathématiques et en sciences, il était aussi un érudit en grammaire et la langue latine n’avait pas de secrets pour lui. Aussi, au cours des années, il réussit à relever le niveau des études pour arriver au stade de l’enseigne­ment officiel du cycle secondaire français.

     

    A 40 ans il dut endosser la tenue militaire, en juin 1940, et jusqu’en mars 1941 il servit à Hué et au Laos en qualité de colombophile. Il n’était pas rare de voir le « Père pigeon » roulant en vélo sur la route de Quangtri, emmenant ses volatiles le plus loin possible pour les lâcher et revenir le soir pour contrôler si ses messages étaient bien rentrés.

     

    Puis la vie reprit au séminaire de Lang-Sông. En 1942, le Père fut nommé Vicaire délégué, charge qui prit fin en décembre à la mort de Mgr Tardieu. Le 1er mai, les Nippons apprenant que trois Français vivaient encore en liberté dans la campagne les considérèrent comme de dangereux résistants et les mirent à l’ombre à la gendarmerie de Quinhon d’où ils ne sortirent que le 15 août suivant. Le P. Clause supporta patiemment cette épreuve, mais garda toujours une blessure morale du fait d’avoir été arraché de force à son poste avec l’approbation apparente de la communauté...

     

    Ensuite, ce fut le sort commun de tous les missionnaires regroupés à l’évêché de Quinhon, puis de Hué. Au mois d’août 1946, nous retrouvons le Père à Dinh-Tuy (Phanrang) où il remet en marche un petit séminaire, faisant face à de nombreuses difficultés matérielles, en particulier le manque de livres scolaires. Il assure aussi le service dominical dans l’une ou l’autre chrétienté du district. Surtout il se consacre avec un dévouement admirable au service des prisonniers détenus à la prison militaire française de Phanrang. Etant le seul à pouvoir les approcher, il sert d’intermédiaire et les familles l’accablent de provisions que presque chaque jour il va distribuer à ces malheureux, essayant de se rendre favorable les gardiens pas toujours commodes. Vingt-cinq ans plus tard, des païens se souviendront encore de cette charité et demanderont des prières pour leur ancien bienfaiteur.

     

    En mars 1951, les communistes font une incursion nocturne. Le Père se présente et se constitue prisonnier à la condition qu’on n’inquiète pas les élèves. Il est ainsi emmené pour une dizaine de jours à la montagne d’où il revient sans dommage ; sa force d’âme lui a fait traverser cette épreuve sans porter atteinte à son caractère toujours égal.

     

    En 1952, il a la joie de pouvoir installer sa communauté plus commodément à l’évêché de Nhatrang et en 1956 dans un séminaire définitif, nouvellement bâti sur la plage, au nord de la ville.

     

    Le Père pense alors qu’il vaut mieux laisser la direction à des mains plus jeunes et, lui qui n’a jamais rien demandé, il insiste tellement que Mgr Piquet lui donne un remplaçant à la rentrée de 1959. Mais le Père accepte volontiers de rester au séminaire pour continuer son enseignement et remplir la charge de directeur spirituel. Etant donné sa réserve et sa délicatesse, cette solution ne peut être que bénéfique.

     

    C’est en 1964 que le Père Clause quitte définitivement le séminaire pour prendre le poste d’aumônier des Sœurs de l’Immaculée Conception à Binh-Cang, maison-mère de cette congrégation naissante. Mais ce ne fut pas un poste de retraite, car le Père ne put refuser d’ajouter des heures de classe à ses nombreuses instructions spirituelles. Surtout il dut remplacer le curé de la paroisse, son ami le P. Paul Valour pendant son congé. Dès le mois de mais 1967, il dut de nouveau remplacer le P. Valour accidenté. Peu de temps après le P. Valour partit en congé de maladie et le P. Clause continua à être à la fois curé et aumônier pendant presque deux ans encore. Son énergie et son esprit de dévouement lui permirent de faire face à la situation.

     

    Un nouveau curé étant nommé dans cette paroisse, le P. Clause put reprendre son train de vie normal. Il voulut cependant continuer à faire un peu de ministère actif. Pendant un an et demi, il alla tous les dimanches matin célébrer la messe dans une paroisse éloignée, rendant ainsi un grand service au P. Jeanningros. Le dimanche 17 octobre 1971, il revenait en vélo et n’était plus qu’à un kilomètre de Binh-Cang lorsqu’une jeep le culbuta et la roue avant lui brisa les jambes ; il avait en particulier une plaie profonde au genou droit. Trois jours plus tard, il était admis à l’hôpital Grall de Saigon. Comme le Père était atteint de diabète, les antibiotiques furent sans effet et la septicémie ne put être enrayée. Il reçut en toute connaissance le sacrement des malades le 16 novembre et s’éteignit le 18 au matin, ayant fait l’admiration des personnes qui le soignaient, par son détachement total.

     

    Son corps fut ramené à Binh-Cang. Le lundi 22 novembre la cérémonie des obsèques se déroula dans l’église paroissiale. Malgré une pluie battante et un début d’inondation, 45 prêtres étaient présents ; beaucoup parmi eux concélébraient. Monseigneur de Nhatrang et Mgr de Quinhon étaient officiants. Mgr Thuân de Nhatrang prononça l’éloge funèbre, remerciant Dieu et la Société des Missions Etrangères d’avoir donné à la mission un prêtre exemplaire. Son Excellence souligna en particulier l’esprit de zèle, de charité et d’abnégation dont fit preuve le Père Clause pendant 45 ans ininterrompus de vie apostolique. L’inondation empêchant la conduite au cimetière, le corps fut inhumé dans le jardin du couvent de Binh-Cang.

     

    Pendant ces jours de deuil, de nombreuses marques de sympathie montrèrent combien le P. Clause était unanimement estimé.

     

     

    L’Homme — Le prêtre

     

    Les religieuses et les juvénistes du couvent considèrent leur aumônier comme un saint. Tous ses anciens élèves, prêtres ou laïcs, gardent de leur maître un souvenir profond.

     

    Sans parler de sa science qui était grande, le P. Clause en effet avait une somme de qualités morales qui forcent le respect. Sa piété était un peu expansive, mais se traduisait par une régularité sans défaut dans sa vie de prière. C’était un humble qui ne cherchait pas l’éclat ou la popularité. C’était un pauvre, d’une très grande économie pour tout ce qui le touchait personnellement, fuyant le confort, faisant secrètement la charité. C’était un travailleur acharné, ennemi de toute perte de temps. Les seules distractions qu’il se permettait était une lecture rapide des journaux et revues et de secrets calculs algébriques griffonnés sur de vieilles enveloppes. Il a rempli une dizaine de cahiers d’une écriture serrée développant tous les sujets religieux pouvant servir à ses instructions. Pendant de nombreuses années, Monseigneur Piquet eut recours à lui, à ses services, pour une grande part de la correspondance officielle.

     

    Sans exagérer, on peut dire que le Père Clause était l’homme de devoir d’une très grande droiture, allant parfois jusqu’au scrupule, mais toujours très compréhensif avec les autres. Malgré un abord réservé, il était un excellent confrère, délicat et charitable. Tous ceux qui ont vécu en sa compagnie ressentent la perte d’un ami.

     

    Le Seigneur l’a rappelé à Lui alors qu’il aurait pu rendre encore de précieux services. Mais il avait déjà mérité l’invitation : « Euge serve bone et fidelis ! ».

     

     

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    • Numéro : 3304
    • Pays : Vietnam
    • Année : None