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Benjamin CHOULET (1870-1954)

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    Le 7 juin 1889, Monsieur Gire, supérieur de Notre-Dame de Montciel, à Lons-le-Saunier, présentait ainsi le jeune Choulet aux supérieurs de la rue du Bac : “Voici la demande d’admission à votre Société de notre cher Préfet de Congrégation... C’est un saint jeune homme que nous vous donnons, une belle âme, bien droite et bien généreuse au service du Bon Dieu…”

     

    Toute sa vie, le missionnaire devait confirmer le clairvoyant jugement de ses maîtres. Les belles lignes que lui a consacrées une plume autorisée, le P. J.-B. Pinto, vicaire général de Bangalore, dans “The Examiner” de Bombay, en sont le meilleur témoignage :

     

    “Le Père Benjamin Choulet était tenu en très haute estime par les prêtres, les fidèles et des centaines de non-chrétiens qui l’ont connu. Sa simplicité, son humilité, sa douceur et sa solide piété, si évidente dans sa vie, de tous les jours, furent une source d’édification pour ceux qui l’ont approché. On réalisait qu’il vivait toujours dans une atmosphère de profonde spiritualité. Il y a quelque temps, le maire de la ville, un non-chrétien, qui avait été son élève, vint lui rendre visite, et avant de le quitter, il s’agenouilla et lui demanda sa bénédiction.

     

    Arrivé à la mission de Mysore, il fut envoyé dans un village, mais il n’y demeura que peu de temps, car il fut bientôt nommé professeur à l’Ecole Européenne du Collège St-Joseph de Bangalore. Tout en enseignant et surveillant les élèves, il était aumônier des Petites Sœurs des Pauvres et le resta 40 ans. Quand le Collège fut cédé par les Pères des Missions-Étrangères aux Pères Jésuites, en 1937, le Père Choulet devint aumônier du couvent des Carmélites de Bangalore et il le resta jusqu’en 1953, quand la maladie le força à se retirer à l’hôpital Ste-Marthe de la ville.

     

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    1. CHOULET Benjamin, né le 22 décembre 1870 à La Motte Servolex, par Le Tremblay, au diocèse de Chambéry. Entré laïque aux MEP le 11 septembre 1889. Sous-diacre le 24 septembre 1892, diacre le 25 février, prêtre le 2 juillet et partant pour la mission de Maïssour le 13 septembre 1893. Retourné à Dieu le 5 février 1954.

     

    Ce qui le caractérisait comme professeur à St-Joseph, c’étaient l’esprit de discipline, le dévouement sans bornes, sa régularité et le soin minutieux avec lequel il accomplissait son devoir. Il enseigna l’anglais, les langues et l’histoire dans les classes supérieures et rédigeait le journal de l’Ecole qui paraissait tous les ans dans le magazine qu’elle publiait. L’influence qu’il exerçait sur les élèves était profonde. Ses anciens étudiants se souviennent avec vénération et gratitude de ses classes, des devoirs qu’il corrigeait avec un soin minutieux, et surtout du bien qu’il leur faisait au confessionnal et dans ses causeries aux congréganistes.

     

    Sa vie fut toute de prière, de recueillement, il aimait le silence, l’obscurité et dès qu’il avait terminé ses classes et la correction des devoirs dans sa chambre qui ressemblait davantage, à la cellule d’un moine qu’au bureau d’un professeur, il se dirigeait vers la chapelle du collège et y demeurait de longues heures en prière et toujours à genoux. Les élèves l’eurent vite remarqué, et eux qui, à St-Joseph comme dans toutes les maisons d’éducation, sont toujours portés à discuter ou à critiquer les moindres défauts ou les petites manies de leurs maîtres, éprouvaient une véritable vénération pour celui qu’ils appelaient entre eux “le Saint”, “Jésus ambulant.”

     

    Lui qui était par nature réservé et recueilli se révélait plus agréable et le plus fin des causeurs avec ses confrères à table. Quand il devint l’aumônier des Carmélites, il accentua encore la part qu’il avait jusque-là donnée à la prière dans sa vie, il faisait l’admiration des religieuses mais effrayait quelque peu la sœur qui lui apportait ses repas. A midi, il prenait un peu de potage, deux œufs, quelques pommes de terre et une tranche de pain. Le soir il était plus frugal encore et se contentait d’un peu de pain et d’un bol de lait. Mais son appétit de silence et de prière devant le Saint-Sacrement était insatiable.

     

    Pendant les derniers jours de sa vie, il fut admirable de patience et d’humilité. Quand on venait le voir, il vous remerciait et demandait qu’on priât pour lui obtenir une bonne mort avec une toute petite place près du Bon Dieu en paradis.

     

    Pendant son agonie, on l’entendait murmurer : “Que Dieu m’accorde la grâce de souffrir jusqu’au bout”. Deux ou trois fois il se plaignit d’avoir soif. Les religieuses qui le veillaient essayèrent de verser quelques gouttes d’eau sur ses lèvres brûlantes. Mais il refusa et on dut se contenter de mouiller un linge et de le poser sur ses lèvres. Peu avant sa mort, il embrassa son crucifix, prit son chapelet dans ses mains et mourut le sourire aux lèvres.

     

    Ses anciens élèves demandèrent à porter son cercueil eux-mêmes du couvent du Carmel chez les Petites Sœurs des Pauvres, puis à la cathédrale pour la messe des funérailles. On dut attendre le lendemain pour aller au cimetière, car l’archevêque de Bangalore, qui avait le Père Choulet en admiration, avait demandé qu’on le prévint alors qu’il était en tournée de confirmation. Il revint immédiatement en auto et présida la cérémonie au cimetière du Sacré-Cœur. Dans l’allocution qu’il prononça à cette occasion, Monseigneur fit remarquer combien le défunt avait été un véritable modèle de prêtre, pour tous il semblait être le témoin des réalités invisibles de l’au-delà. Sa mémoire demeurerait ancrée dans tous les cœurs, comme une bénédiction et un stimulant à marcher sur ses traces. Pour lui plus que pour quiconque il est vrai de dire avec saint Paul : “J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Au reste est préparée pour moi la couronne de justice que me rendra le Seigneur.”

     

     

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    • Numéro : 2076
    • Pays : Inde
    • Année : None