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Léon Jules Joseph CHOUFFOT (1869-1945)

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    M. CHOUFFOT (Jules-Léon-Joseph) né le 2 février 1869 à Le Bélieu, diocèse de Besançon (Doubs). Entré laïque au séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1889. Prêtre le 3 juillet 1892. Parti pour le Cambodge le 26 octobre 1892. Mort à Cantho le 5 décembre 1945.

     

    M. Léon Chouffot est né le 2 février 1869 au Bélieu, village d’origine du Bx Cuénot ; son père, instituteur public, était chantre à l’église paroissiale. Il fit ses études au petit séminaire de Notre-Dame de Consolation de 1882 à 1887. Il habitait la commune de Chaux-les-Passavant, où son père enseignait alors, quand il entra au Séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1889.

    Ordonné prêtre le 3 juillet 1892, et parti au Cambodge, il arriva en mission le 23 novembre de la même année. Après avoir étudié la langue annamite à Banam, il fut chargé du district de Somrong dans la province de Svai-rieng. Le district se composait alors de quatre ou cinq postes très éloignés les uns des autres et le seul moyen de locomotion existant à cette époque était la charrette à bœufs. Les déplacements étaient tellement pénibles que Mgr Cordier écrivait dans son rapport de 1895 : « Je vais être obligé de diviser le district de Somrong, autrement le missionnaire succombera vite à la fatigue extrême causée par de continuels et périlleux voyages.

    En 1895 M. Chouffot devint l’auxiliaire de M. Jules Duquet et vint s’installer à Talok. Le travail y était ingrat et, les difficultés nombreuses. A la fin de l’année, M. Duquet descendait en Cochinchine à Baclieu, et était remplacé par son frère Constant qui, à l’école de M. Chouffot, allait faire son apprentissage de missionnaire. Trois ans après, le district était confié au jeune M. Duquet, et M. Chouffot allait prendre possession de la chrétienté du chef-lieu de Svai-rieng. Après avoir pris connaissance de son nouveau poste, il prêcha une retraite paroissiale qui donna d’excellents résultats. Il fonda peu après Lot-sut, chrétienté commencée avec un entrain incroyable et qui fut désorganisée par ceux qui avaient mis le plus d’ardeur à l’établir. Ces néfastes individus ont ainsi forcé les bons catholiques à quitter le village pour aller demeurer en un lieu où il leur fut plus facile de rester fervents chrétiens.

    En 1901 une panique se produisit parmi la population. « Ce ne sont plus seulement nos catéchumènes, écrit-il, mais encore les païens qui ont été fortement secoués. » Un certain moment la peur fut si grande que de nombreux habitants cherchaient à émigrer. M. Chouffot constata que ce malheur eut pour résultat de rapprocher les brebis du pasteur ; il était devenu le confident des païens mêmes, qui venaient lui confier leurs appréhensions, lui raconter leurs misères ; il en profita pour jeter la semence de la parole divine dans leur cœur, espérant qu’elle germera en son temps. La plupart des catéchumènes de Lot-sut sont baptisés et très fervents.

    Dans le compte rendu de 1904, notre confrère vantait la ferveur de ses néophytes de Lot-sut. « Quand je fondai ce poste, écrit-il, tout alla bien, ce qui était pour moi un sujet de craindre, car l’œuvre de Dieu doit subir contradiction. Dans la suite je fus plus rassuré, le démon mécontent réussit à m’enlever quelques nouvelles brebis dont la foi n’était pas suffisamment enracinée dans leurs âmes. Maintenant la paix est rétablie et la ferveur de celles qui me restent compense les pertes subies. Chaque fois que je les visite, mes néophytes se confessent et tous les soirs ils font la prière en commun à l’église. »

    Cette même année il est tout heureux de fonder un nouveau poste à Sok-nok mais là Satan n’attend pas longtemps pour manifester sa colère. Un sous-chef de canton apostat fit l’office du diable, menaçant de sa vengeance quiconque se ferait chrétien. Sur ces entrefaites la nouvelle église à peine terminée fut brûlée ; le fondateur de la chrétienté a été dépouillé de ses biens, par le maire du village, puis accusé d’organiser une société secrète. M. Chouffot, fort du bon droit de ce néophyte, réclama de l’autorité française une enquête et le jugement. Notre brave homme fut remis en possession de toutes ses terres, le sous-chef de canton et le maire furent condamnés à deux ans de prison. Le démon était vaincu ; les catéchumènes augmentèrent en nombre, et l’église fut recons­truite.

    Jusqu’en 1908 le valeureux missionnaire se dépense infatigablement dans son district de Svai-rieng où il se fait aimer de tous ceux qui l’approchent, témoin ce postier annamite converti à Svai-rieng par M. Chouffot et qui tous les ans, au moment de la retraite des missionnaires à Culaogieng, ne manquait pas de venir lui faire une visite. Ses chrétiens avaient la foi du centurion de l’Evangile. En 1905, lors d’une épidémie de choléra, sur la demande des notables du village, il accorda la permission de faire une procession le jour du Rosaire ; celle-ci se fit en radeaux, car à cette époque tout le pays est inondé. La statue de Notre-Dame des Victoires fut portée triomphalement dans tout le village. On préparait la cérémonie, quand un jeune homme fut atteint du choléra. Son père, occupé à orner le dais de la Sainte-Vierge, refusa d’abandonner son travail pour aller le soigner, déclarant laisser ce souci à la Sainte-Vierge. Sa foi fut récompensée, son fils guérit.

    En 1908, M. Chouffot est nommé professeur de philosophieau séminaire de Culaogieng qu’il ne quittera qu’en 1945, emmené par ­les Viet-Minh. En 1938, ne se sentant plus la force de remplir la charge de supérieur du Séminaire, il demanda à Mgr Chabalier ­d’en être relevé tout en continuant à enseigner le catéchisme chez les Sœurs et à confesser. Ses élèves devenus prêtres gardèrent un excellent souvenir de leur supérieur et venaient le voir à chaque retraite et lui demandaient volontiers conseil.

    Les dernières années de sa vie furent assez douces, mais il n’en fut pas de même les quelques mois qui précédèrent sa mort. Le 20 août 1945 il se vit arraché à son Culaogieng et emmené par une bande de pillards sans ménagement pour sa vieillesse. Le séminaire fut envahi à deux heures de l’après-midi par des partisans du nouveau gouvernement de l’Indochine. La maison fut fouillée de fond en comble avec une indiscrétion remarquable ; tous les missionnaires furent emmenés et internés au chef-lieu de province jusqu’au 24 septembre, puis conduits à Chaudoc, à 60 kilomètres plus loin ; mis en cellule, ils ne virent guère la lumière pendant trois jours. M. Chouffot déjà très fatigué y contracta un ictère ; quand, le 3 octobre, fête de Sainte-Thérèse, les Japonais, sur le commandement des Anglais, vinrent les en sortir, et les mettre en lieu sûr sous leur garde, le médecin major nippon ne put enrayer le mal, il était trop tard.

    Enfin notre cher confrère eut avant de mourir la douce satisfaction de voir arriver le 30 octobre les soldats français, et parmi eux le lieutenant Jacquemin, un franc-comtois comme lui. Pendant tout le mois de novembre le malade put encore célébrer la messe ; ce n’est qu’au début de décembre, quatre jours avant sa mort, qu’il dut, à son grand regret, se contenter de recevoir la sainte communion. C’est le 5 décembre, dans la soirée, qu’il rendit son âme à Dieu. Les obsèques eurent lieu très simplement, en raison des événements. Il repose maintenant au cimetière de Cantho, où des Français sont morts, victimes du Viet-Minh.

     

     

     

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    • Numéro : 2029
    • Pays : Cambodge
    • Année : None