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Louis Auguste Clément CHORIN (1888-1965)

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    • Né le 17 juillet 1888 à St-Pierre-de-Montsort d’Alençon (Orne), diocèse de Sées.
    • Etudes primaires à Montligeon. Etudes secondaires au petit séminaire de Sées.
    • Entré aux Missions Etrangères de Paris le 4 novembre 1908. Ordonné prêtre le 29 septembre 1912.
    • Parti pour Bangkok (Thaïlande), le 27 novembre 1912.

     

    Postes occupés

     

    Il n’occupa qu’un seul poste avant de devenir vicaire apostolique, celui de procureur de la mission de Bangkok, de 1913 à 1947. C’est pendant un séjour en France, en 1947, qu’il reçut sa nomination d’évêque de Polystylos et de vicaire apostolique de Bangkok (10 juillet 1947).

     

    Il fut sacré le 5 octobre 1947, dans la basilique de La Chapelle-Montligeon, par Mgr Pasquet, évêque de Sées, assisté de Mgr Piquet, vicaire apostolique de Quinhon (Vietnam).

    • Pendant son épiscopat, il vaut noter :
    • — La cession de la nouvelle préfecture apostolique de Chieng-Mai aux Pères de Bétharram en 1960.
    • — La rétrocession. en 1960, à la mission de Ubon, de la région de Khorat qui devint mission indépendante en avril 1965.
    • Il obtint un coadjuteur siamois le 13 septembre 1963.
    • Décédé à Bangkok le 29 avril 1965.

     

     

    MONSEIGNEUR CHORIN

     

    Monseigneur Chorin, évêque de Polystylos, vicaire apostolique de Bangkok, est décédé le 29 Avril 1965 à 17h. 30 à l’hôpital Saint Louis. Il avait 77 ans.

    Monseigneur Louis Auguste Clément Chorin naquit le 17 Juillet 1888 dans le diocèse de Sées. Encore jeune il perdit son père et fut élevé par sa mère qui consacra tout son temps et tout son cœur à son éducation. Madame Chorin fut dame de compagnie de la Comtesse de Sémalet, présidente de l’œuvre des partants, ce qui valut, à Louis Chorin, séminariste à la Rue du Bac, le voisinage affectueux et attentionné de sa mère, avec l’estime et la considération de ses supérieurs. Il fut ordonné aux Missions Etrangères de Paris le 29 Septembre 1912, et le 31 Décembre de la même année il débarquait jeune mis­sionnaire à Bangkok.

     

    Monseigneur Perros l’envoya étudier le Chinois parmi les Chinois catholiques de Bannokwèk, qui était à l’époque l’une des plus belles paroisses de la mission de Bangkok et qui a été depuis confié aux Pères Salésiens. Mais le P. Chorin fut très vite rappelé à Bangkok où l’imprimerie de l’Assomption réclamait un directeur ; et les leçons de Chinois cessèrent. A temps perdu le nouveau directeur de l’imprimerie se mit au Siamois ; il n’arriva d’ailleurs jamais à le parler comme on l’eut souhaité chez un évêque de Bangkok.

     

    Le 23 Avril 1925, le Père Chorin devenait procureur de la mission de Bangkok sans cesser pour cela d’être le directeur de l’imprimerie.

     

    Tandis qu’il se trouvait en France, le Père Chorin fut nommé par Rome, coadjuteur de Mgr. Péros, le 10 Juillet 1947. Il fut sacré à Montligeon le 5 Octobre.

     

    De retour en Thaïlande dès le mois suivant, il prit toute la direction du vicariat, Mgr. Péros s’étant retiré dans le poste de Chiengmai tout au nord du pays. Mgr. Péros mourut en 1952 et Mgr. Chorin devint de ce fait Vicaire apostolique de Bangkok, mais cela ne changea pratiquement rien, il était déjà le chef du vicariat depuis 1947.

     

    Mgr. Chorin ne fut pas ce que l’on évoque d’habitude en parlant d’“évêque missionnaire”. De l’image évoquée, il n’avait de ressemblant que la barbe, et encore n’était- elle qu’un bouc qui alla s’amenuisant au cours des années. Mgr. Chorin ne fut pas un grand voyageur. Il visitait les postes, faisait ses tournées de confirmation, mais il n’eut jamais l’âme d’un voyageur et ne s’aventura jamais que sur les chemins bien battus. Mgr. Chorin n’avait rien d’un conquistador, et s’il permit. à certains de ses missionnaires à l’âme conquérante de se risquer dans les régions non encore ouvertes à l’Evangile, ce fut toujours avec beaucoup d’appréhension et sans jamais oser engager sa responsabilité. Mgr. Chorin ne fut jamais un de ces chefs populaires qui aiment descendre dans la foule et vivre près des petites gens. Son action ne se fit jamais sentir directement sur les chrétiens, mais à travers ses missionnaires et parmi eux principalement ceux qui ayant quelque responsabilité spéciale venaient prendre chez lui les consignes.

     

    Ni voyageur, ni conquérant, ni populaire... il n’est pas étonnant que plusieurs jeunes missionnaires encore tout vibrants du beau geste de leur départ en mission où il rêvaient de rencontrer un nouveau Monseigneur Retord, aient été surpris en arrivant à Bangkok.

     

    Mgr. Chorin était un homme bien élevé. Il fut toujours d’une grande politesse. Quiconque allait le voir était toujours reçu comme s’il était attendu. Monseigneur ne faisait jamais autre chose que vous écouter pendant que vous racontiez votre affaire, il était tout à vous. Il avait fixé des jours et des heures de visite pour l’aller voir, et cela ne manqua pas de révolter les partisans de la “disponibilité-à-toute-heure-et-à-tous”, mais ce n’était là pour lui qu’un moyen d’être tout à ses visiteurs.

     

    Mgr. Chorin savait dire merci. Sans être encombrant ni exigeant, il aimait certainement qu’on s’occupât de lui, qu’on le considérât et le traitât comme un évêque qu’il était, mais il appréciait grandement égards et attentions qu’on avait eus pour lui, et n’eut jamais aucune timidité à dire qu’il l’appréciait. Il était connu comme celui qui disait toujours merci même à la rue du Bac où il était chez lui et eut pu se considérer dispensé de dire merci.

     

    Mgr. Chorin aimait ce qui était en ordre, il avait horreur du débraillé et du désordonné. Tout chez lui reflétait cette habitude de l’ordre en tout : il aimait ce qui était écrit proprement et clairement, il aimait qu’on lui exposât les faits avec clarté, et eut toujours une grande confiance dans les chiffres et les statistiques. Dans son bureau tout était classé, numéroté, et il n’avait aucune difficulté à retrouver une référence lorsqu’il en avait besoin, elle était en ordre à sa place. Aimant l’ordre, Mgr. Chorin était toujours exact, ponctuel, et il aimait que les autres soient comme lui ponctuels.

     

    Bien élevé et n’aimant pas le débraillé, Mgr. Chorin n’aimait pas les histoires “vertes” et les expressions de caserne. Son Style avait beaucoup de tenue, et aidé d’une excellente mémoire, ce grand amateur de livres écrivait des articles d’une plume très distinguée. D’ailleurs cette élégance dans le style se retrouvait un peu partout chez Mgr. Chorin. Il se fit construire une maison qui, sans être luxueuse, ne manquait jamais d’impressionner le visiteur par l’atmosphère confortable et “homely” qui s’en dégageait. Dans cette maison Mgr. Chorin eut moultes fois l’occasion de recevoir des visiteurs de marque, et il était bien connu que Mgr. Chorin savait bien recevoir ses hôtes, il y mettait même son point d’honneur avec un peu d’orgueil.

     

    Même sur ses vieux jours Mgr. Chorin ne fut jamais “bon papa”. Il a toujours gardé une certaine distance avec ceux qui l’approchaient, même avec ses missionnaires et ses plus proches collaborateurs. Il n’était pas pour cela hautain, il avait sa manière à lui de traiter les affaires et de régler les questions avec une certaine désinvolture, sans se perdre en ce qu’il jugeait sans doute des considérations oiseuses.

     

    Il arriva que des missionnaires (car tous ne sont encore pas des anges de douceur) osèrent lui parler durement. Mgr. Chorin ne garda jamais la moindre rancune à aucun. A une parole dure, à une insulte Mgr. Chorin répondait toujours, s’expliquait, voire se rendait, mais il oubliait vite, en cela encore c’était un gentleman.

     

    Mais ce qui frappait surtout chez Mgr. Chorin c’était son assurance, son aplomb. En quelque circonstance que ce fut, Mgr. Chorin n’était jamais à court de mot, jamais à court d’argument, jamais à court de solution. Il paraissait très sûr de lui, et très satisfait d’être ce qu’il était. En cela il n’était pas moderne. De nos jours on doute, on cherche, on a des problèmes. De nos jours les prêtres sont comme gênés de l’être et les évêques cherchent à se faire pardonner leur croix pectorale et leur anneau. Aujourd’hui on se fait une règle d’être au goût du jour, au goût du peuple. Si c’en est vraiment là, Mgr. Chorin n’était décidément pas moderne. Il était très satisfait d’être ce qu’il était et de l’être tel qu’il l’était. Il n’avait certainement aucun complexe dû à son épiscopat, il était visiblement très heureux d’être évêque, donnait ses ordres d’une voix pleine et signait ses documents d’une main ferme, ne s’étant jamais demandé s’il fallait consulter les laïques ou créer des comités d’étude. Comme la vérité est toujours entre deux extrêmes, on peut se demander si Mgr. Chorin eut toujours raison d’être l’évêque comme il l’a été. En tout cas,­tel qu’il était, il rassurait tous ceux qui allaient le voir, et pour un patron c’est là une des principales qualités : être celui qui ne doute jamais ni de lui-même ni de son œuvre ; Mgr. Chorin ne douta jamais ni de l’un ni de l’autre.

     

    Mgr. Chorin était français et il était très fier de l’être. Sans être précisément un lettré, il connaissait le Thaï et il pouvait converser avec une certaine aisance en anglais, mais il condescendait rarement à parler une autre langue que celle de sa mère. En nos temps d’adaptation, cela lui fut reproché, mais il ne pouvait faire autrement, il ne désirait pas être autre chose que ce qu’il était, il ne voulait pas plus être Thaï qu’Américain, il était Français et tenait à ce qu’on le sache, et il parlait sa langue qu’il jugeait la plus belle de toutes, sans autre problème.

     

    Procureur, bâtisseur, administrateur financier de la mission jusqu’à sa dernière heure, Mgr. Chorin ne ressemblait en rien au “saint-homme-de-Dieu” comme le caricaturent certains romanciers en mal de mysticisme. Il n’était ascétique ni dans son aspect ni dans ce que chacun pouvait voir de sa vie. Et s’il n’inspirait pas l’ascétisme, il ne l’exigeait non plus de personne. Cet homme qui ne pouvait résister à l’envie de vous parler de sa santé et qui racontait en détails ses opérations chirurgicales et ses séjours à l’hôpital, ne souffla jamais mot de ses expériences spirituelles ou mystiques. Il s’inquiétait de la santé de ses missionnaires, mais il n’osa jamais interroger aucun d’eux sur sa santé spirituelle. C’était là pour lui un domaine absolument privé où chacun s’arrangeait avec Dieu.

     

    Dans sa nouvelle maison la petite chapelle privée qu’il fit construire se trouve dans un endroit tel qu’elle semble être le centre de tout et que le tabernacle semble observer tout ce qui se passe au cœur de la maison. Dans ses conseils aux missionnaires à l’occasion des retraites annuelles, dans ses sermons, dans ses multiples articles, sonne toujours une note de conviction qui frappe et qui révèle que cet homme qu’une étrange pudeur empêchait de parler de vie spirituelle, était un homme de foi, et de foi toute simple et solide ; comme il était évêque, il était chrétien, catholique, romain, et il était tout heureux de l’être sans qu’aucun problème jamais ne vint le troubler.

     

    On a souvent dit de Mgr. Chorin ce que Mgr. De Circé (3ème vicaire apostolique de Bangkok) disait de son coadjuteur, Mgr. Tessier de Quéralay ancien procureur de Pondichéry : “il est trop habitué à rester dans sa ‘chambre” ; et il est indéniable que Mgr. Chorin a passé la plus grande partie de son épiscopat à travailler dans son bureau ; mais il est aussi indéniable que sous son épiscopat, l’Eglise en Thaïlande a été de l’avant et a progressé : Tout le nord du pays s’est organisé et on l’a ouvert à l’Evangile, de nouvelles paroisses ont été créées et de nouvelles églises ont été construites à Bangkok (dont l’église Saint Louis qui est l’œuvre de Mgr. Chorin lui-même) et dans ce que nous appelons ici la campagne, des centres se sont construits pour les étudiants d’université à Bangkok et à Chiengmai, il y a de nouvelles écoles autant pour les garçons que pour les filles à Bangkok, à Paknampo, à Bangkoe et ailleurs, des œuvres sociales ont été créées, etc... Bien sûr, diront certains, mais tout cela c’est l’œuvre des Bétharramites, des expulsés de Chine venus travailler en Thaïlande, des Jésuites, des M.E.P., des Rédemptoristes, des Frères de saint Gabriel, des Frères des Ecoles Chrétiennes, des sœurs de Saint Maur, des Sœurs du Bon Pasteur, etc. etc... Cela enlèverait-il à Mgr. Chorin quelque mérite ?.... C’est précisément tout à son honneur qu’il ait su accepter dans son diocèse à une heure providentielle, tous les ouvriers apostoliques qui s’offraient à y travailler. Et puis il demanda et obtint un coadjuteur en la personne de Mgr. Nittayo qui le remplace aujourd’hui ; cela aussi est tout à son honneur. Tout “vieille France” qu’il parut aux yeux de certains, Mgr. Chorin avait le souci de l’Eglise à enraciner en Thaïlande et à confier à ses fils de Thaïlande.

     

    Mgr. Chorin était plutôt petit et tout rond. Il avait une tête ronde avec un petit nez rond sur lequel les lunettes tenaient mal et un menton rond tout piquant d’une barbe courte et raide. Il avait de petites mains charnues et un embonpoint qu’il semblait porter avec une certaine fierté. Quand on avait vu Mgr. Chorin, on avait mieux compris à qui on avait à faire. Très sûr de lui-même, assez jaloux de son autorité, pas très liant, casanier et vivant assez isolé, on eut pu imaginer un personnage dur et tranchant, un évêque qui exige et qui casse. Mais il n’en fut pas ainsi du tout. Mgr. Chorin n’était pas plus anguleux dans le caractère que dans la silhouette. D’abord Mgr. Chorin n’impressionnait pas ; il n’était pas de ces personnages dont le regard ou le geste vous glace. Son assurance, sa réponse à tout, ses déclarations les plus saugrenues lancées avec un aplomb imperturbable vous surprenaient parfois et vous laissaient sans parole, vaincu… mais vous n’aviez pas peur ni l’envie de vous en aller. Au contraire, le personnage devenait amusant ; il y avait en lui comme de la bonhomie et il vous rappelait Monsieur Perrichon.

     

    Parfois, au plus fort d’une déclaration publique péremptoire et solennelle, personne ne se sentait convaincu, mais on souriait et il était le seul à se prendre au sérieux. La plaisanterie ne semblait pas lui déplaire et arrivait à le détendre ; il riait alors tout bonnement, sans éclat mais de bon cœur et on avait soudain l’impression de le reconnaître ; car ce petit évêque tout rond, à la voix grasse et à l’élocution claire et un peu étudiée, ne pouvait pas être un patron autoritaire et secret. Il paraissait alors comme un brave homme jouant au grand seigneur et voulant paraître l’évêque un peu solennel qu’il se croyait devoir être. A le connaître d’un peu près, on finissait par se demander si Mgr. Chorin n’était pas un timide qui se cachait sous des dehors de majesté. Dans le fond de son être Mgr. Chorin n’était pas ce qu’il voulait paraître et ça finissait par se sentir sinon par se voir, c’est ce qui explique sans doute qu’on riait de lui assez ouvertement en dépit de ses grands airs.

     

    La première fois que l’on voyait pleurer Mgr. Chorin, on ne pouvait en croire ses yeux, le personnage avait si peu préparé son auditoire à un tel débordement d’émotion. Ces larmes, ces sanglots révélaient un cœur extrêmement sensible. Mgr. Chorin ne pouvait contenir son émotion à l’évocation de l’amitié, de la souffrance, et ses missionnaires ont eu maintes fois l’occasion de le constater. Au repas qui suivit les dernières ordinations du mois de Janvier, il ne put retenir ses larmes en disant “C’est un grand jour pour un évêque de Bangkok… Allez, mes enfants, donnez le sacerdoce que vous venez de recevoir...” S’il se raidissait devant quelqu’un qui exigeait quelque chose de lui, il s’attendrissait facilement et se faisait généreux envers celui qui lui disait sa misère et ses besoins. Il avait deux chiens qu’il aimait d’une réelle tendresse et qui étaient ses compagnons dans cette grande maison où il vivait seul.

     

    Ce grand enfant gâté que sembla toujours être Mgr. Chorin, ne fut pas sans souffrance dans la vie. Dès sa jeunesse il eut la douleur de perdre son père. Mgr. Chorin, ne paraissait pas borgne, (ses missionnaires n’ont jamais su exactement, quel œil était le bon) mais il ne voyait que d’un œil et cela lui fut toujours une gêne, d’autant qu’il aimait beaucoup lire. Il ne fut jamais ce que l’on dirait rayonnant de santé, et ses dernières années furent telles qu’il devait toujours se surveiller et avoir recours au docteur voire au chirurgien. Il passa de pénibles années pendant la guerre tandis que les japonais étaient en Thaïlande. Ce fut un temps des plus désagréables pour les missionnaires qui, français, étaient considérés comme les ennemis de la Thaïlande. Il n’eut pas la joie d’assister aux sessions du concile. Il était pourtant parti pour l’ouverture et on se souvient avec un peu de malice à Bangkok, qu’il disait en quittant le pays, “J’y vais, mais je ne ferai certainement pas parler de moi”… et tous les journaux du monde quelques jours plus tard annonçaient en toutes langues, que Mgr. Chorin de Bangkok avait. eu une faiblesse au cours de la première session. Pauvre Mgr. Chorin. Il passa le reste de la session à l’hôpital et rentra en Thaïlande. Heureusement pour lui il obtint alors un coadjuteur qui assista aux sessions du Concile et qui le tint~ au courant de tout ce qui s’y faisait.

     

    Mgr. Chorin supportait sa souffrance avec beaucoup de résignation et ne se départait jamais d’une certaine dignité même sur un lit d’ hôpital. Après une opération ou un séjour en clinique, il racontait toujours (et souvent écrivait) tout ce qui s’y était passé et tout ce qu’on lui avait fait, mais il le racontait comme s’il en avait été lui-même un témoin, il ne disait jamais combien il avait souffert. Il décrivait tout à grand renfort de détails, mais on ne revivait jamais la scène de l’intérieur, car il gardait toujours secrètes ses appréhensions, ses anxiétés, ses­ souffrances, sa tristesse ; il n’ en parlait jamais.

     

    Dans les derniers temps, il se sentait vieillir, il faisait souvent allusion à sa mort qu’il semblait sentir approcher. Et puis un beau jour, sa vue se voila, son œil, le seul bon, était atteint de cataracte. Les docteurs interrogés pensèrent l’opération tout à fait possible et il s’y préparait. Elle était prévue pour la Semaine Sainte et il se réjouissait de cette coïncidence “Ce sera une bonne manière de vivre un Vendredi Saint”. ‘En fait, on ne put faire l’opération à ce moment là, Mgr. ayant trop de tension. Elle fut retardée de quelques jours pendant lesquels les docteurs s’efforcèrent de faire baisser la tension. C’est le 24 Avril que Mgr. Chorin fut opéré, et l’opération de l’œil réussit mais l’état général devint mauvais. Le patient suffoquait, il fallut faire une trachéotomie. Dans la nuit qui suivit l’opération, Mgr. Nittayo lui donnait le sacrement des malades, et Mgr. Chorin resta dans un état comateux jusqu’au lundi. Un mieux se fit sentir alors et il put communiquer avec les rares ­visiteurs admis auprès de lui. Il demanda même du champagne, mais n’y trouva pas grand goût. Il écrivit sur une feuille de papier “Est-ce la vie ou la mort ?” et la présenta à la sœur infirmière qui s’empressa de le rassurer “C’est la vie, Monseigneur” et le malade leva les bras en un geste qui disait son scepticisme. Mais la sœur  avait raison, c’était la vie, la vraie. Mgr. Chorin s’en alla vers son Seigneur, doucement, le 29 Avril à 17 h. 30.

     

     

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    • Numéro : 3143
    • Pays : ThaÏlande
    • Année : None