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Maurice CHIROU (1828-1911)

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    Né le   20  septembre  1828
    Parti le  29  avril 1852
    Mort le   8  avril 1911

    Dans le Numéro de Mars-Avril 1902 des Annales de la Société des Missions-Etrangères, nous avons donné, à l’occasion de ses noces d’or, une légère esquisse d’une partie de la belle carrière de notre respectable et vénéré confrère, M. Chirou, directeur dans notre Séminaire pendant plus de quarante ans.

    Nous la complétons aujourd’hui, sans sortir toutefois des limites d’une courte notice, car si cette vie a été longue et bien remplie, elle ne s’est pas déroulée, pour sa plus grande partie, dans un cadre d’événements sortant de l’uniformité un peu monotone de la vie d’un séminaire.

    Maurice Chirou vint au monde le 20 septembre 1828, à Pontacq, diocèse de Bayonne, dans une famille assez à l’aise, profondément chrétienne, aux mœurs douces et vraiment patriarcales, comme on en rencontre encore en bon nombre au milieu des robustes populations des montagnes du Béarn.

    Il garda, toute sa vie, dans les traits de sa physionomie et le fond de son caractère, l’empreinte du type familial, que de nombreuses générations d’ancêtres, vivant sur le sol béarnais, avaient contribué à former. Son frère, plus jeune de neuf ans, et qui est encore plein de vie dans la Congrégation des Pères de Bétharram, reproduit exactement aussi ce même type, composé harmonieux de vigueur physique, de santé florissante, en même temps que de gravité sereine et de bonté affectueuse.

    Notre futur Missionnaire passa ses premières années à Pontacq, et puisa auprès d’un bon vieux maître d’école quelques notions de lecture, d’écriture et d’arithmétique.

    Vers l’âge de dix ans, on le conduisit à Bétharrarn, auprès d’un de ses oncles, missionnaire diocésain. C’est là qu’il fit sa première communion, sous le regard maternel de la douce Vierge du Beau-Rameau.

    Il n’y avait pas alors d’école d’enseignement secondaire à Bétharram, et comme ses parents voulaient qu’il fit ses études, on l’envoya au Petit Séminaire de Saint-Pé (Hautes-Pyrénées), que l’on estimait être la meilleure maison d’éducation de toute la région. Il s’y fit remarquer comme un très bon élève à tous les points de vue.

    Ses études classiques terminées, la voix du Maître l’appelant à le suivre dans les pays lointains pour la conversion des infidèles, ne s’était pas encore fait entendre. D’autre part, Maurice sentant de l’attrait pour la carrière militaire, obtint l’autorisation de se rendre à Toulouse, pour se préparer au baccalauréat.

    C’est là que le bon Dieu l’attendait. Un soir qu’il réfléchissait sur le noble métier des armes, — comme nous l’a raconté son vé­nérable frère —, il entendit au fond de son cœur une voix douce et forte, qui lui disait : De quoi te serviront ces projets d’avenir à l’heure de la mort !... Tout passe, excepté Dieu !

    Aussitôt la lumière se fit dans l’esprit du jeune étudiant, il prit la résolution de renoncer au monde, et il sollicita son entrée au Grand Séminaire de Bayonne.

    Dans le calme et le recueillement de cette sainte maison, il ne tarda pas à entendre la voix de Dieu, qui, depuis longtemps peut-être sans qu’il s’en doutât, l’appelait à l’apostolat dans les Missions étrangères.

    Pendant les vacances, il s’en ouvrit à son oncle, qui lui conseilla de prendre l’avis d’un grand serviteur de Dieu, qui était en train de fonder la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram, le P. Garicoïts, dont la cause de béatification a été introduite à Rome le 15 mai 1899, et pour les procès de laquelle le séminariste d’alors devait être appelé à donner plus tard son témoignage.

    Après avoir écouté attentivement notre jeune abbé, le vénérable Père lui dit : « Je me propose d’établir une école pour l’enseignement secondaire, restez ici : vous serez un de mes professeurs, et nous examinerons à loisir, durant l’année, votre désir d’être missionnaire. »

    Maurice, qui était d’une grande docilité, accepta volontiers. Il avait beaucoup d’aptitudes pour le professorat : à une belle intelligence il joignait une grande mémoire ; il avait de plus du goût pour l’Histoire, la Géographie et pour les Sciences naturelles. Ce qui lui aurait peut-être fait le plus défaut eût été la vivacité et le brillant de l’imagination.

    Pendant deux années il demeura dans cette maison, à titre de professeur auxiliaire, suivant toutes les règles de la Communauté, à l’instar des plus fervents novices, et le 14 septembre 1849 il entra au Séminaire des Missions-Etrangères, où il se rencontra successivement avec plusieurs futurs martyrs, entre autres les Bienheureux Chapdelaine et Théophane Vénard.

    Nous n’avons pas de renseignements précis sur cette époque déjà lointaine, mais nous sommes assurés de ne pas nous tromper en affirmant que l’aspirant-missionnaire fut ce qu’il avait toujours été jusque-là, un modèle accompli sous tous les rapports.

    Entré minoré au Séminaire, il suivit les différents cours réguliers de théologie, et reçut le sous-diaconat et le diaconat en 1850, et la prêtrise en 1851.

     

     

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    Le 29 avril 1852, il quittait enfin le Séminaire des Missions-Etrangères, à destination de la Mission du Yun-Nan dans laquelle il devait travailler pendant seize ans.

    Dès le début de sa carrière apostolique, son caractère — qui ne fera que s’accentuer toujours dans le même sens sans jamais subir de variations notables, quelle que soit la diversité des circonstances qu’il aura à traverser — se dessine nettement sous des traits de douceur aimable, empressée à faire plaisir, de charité indulgente, de calme et d’intrépidité en face des dangers, le tout rehaussé par beaucoup de modestie et d’humilité et surtout par un cachet de poli­tesse et de distinction qui ne se démentira jamais.

    Voici, par exemple, comment il écrivait en cours de route, au sortir de la Province de Canton, à la date du 27 septembre 1853, à M. Guillemin, chargé de la procure de cette Mission, après un voyage pénible et rempli de difficultés

    « Monsieur et bien cher Confrère — Merci, mille fois merci ! Grâce à vos soins, notre voyage a été aussi heureux qu’il peut l’être sur une barque chinoise. Nous n’avons eu qu’à nous louer des gens qui nous entouraient, sans en excepter les matelots eux-mêmes. Le courrier Ly, surtout, nous a servis avec autant d’affection que de respect, et il nous a singulièrement édifiés par son exactitude à réciter ses prières du matin et du soir. Je crois avoir remarqué aussi qu’il disait son chapelet plusieurs fois par jour...

    La petite écriture fine et régulière de ses lettres, dont tous les traits étaient égaux, sans qu’aucun en dépassât jamais un autre, reflétait la tranquillité la plus complète et la paix de sa belle âme, même lorsqu’il racontait les dangers qu’il avait courus.

    Il apprit le chinois avec facilité. Arrivé dans sa Mission dans les derniers jours de l’année 1853, il écrivait le 6 août 1854 : « ... Maintenant, grâces à Dieu, je sais au moins le nécessaire ; je confesse depuis longtemps, et même je puis faire quelques instructions, toutefois rarement et surtout pas très longues... »

    Pendant quelques mois il administra plusieurs chrétientés avec zèle et succès, puis il fut chargé de la direction du petit Collège de la Mission à Tchen-Fong-Chan (Loung-Ki).

    « ... Notre Collège subsiste toujours, écrivait, le 1er décembre 1861, le vénérable M. Huot, provicaire de la Mission, et il est fort bien tenu par M. Chirou. »

    Depuis plusieurs années cette pauvre Mission du Yun-Nan était en butte à des dévastations continuelles. Les Mahométans, les Mantsés, les Lolos, les rebelles Tchang-Mao... parcouraient tour à tour le pays en bandes formidables, fortes quelquefois de plus de 100.000 hommes. La contrée était couverte de ruines ; de nombreux chrétiens avaient été massacrés ou menés en captivité.

    Dans ces conjonctures, désireux de se garantir contre de nouvelles incursions, les missionnaires se mirent à élever des retranchements autour de leurs résidences, et s’approvisionnèrent d’armes. Ce fut leur salut ! Les barbares, redoutant beaucoup les armes à feu, respectèrent désormais ces forteresses qui devinrent par le fait des lieux de refuge pour tous les chrétiens des environs.

    Par les soins du provicaire, M. Huot, le Collège de Loung-Ki avait été aussi fortifié, et put échapper à toutes les incursions.

    « ... L’année dernière, écrivait M. Chirou le 6 septembre 1863, nous avons été témoins d’une invasion de rebelles, dits Longs cheveux. Il nous a donc été facile de nous convaincre par nos propres yeux que ces fameux Tchang-Mao — comme les appellent les Chinois — ne sont, en effet, qu’un ramassis de brigands de la pire espèce, qui se rendent coupables des crimes les plus abominables. En se mettant en état de rébellion, ils veulent tout simplement satisfaire leurs appétits les plus grossiers. La propriété, c’est le vol, voilà un de leurs principes de prédilection ; laissant la spéculation à vos savants d’Europe, ils vont tout droit à la pratique. Ainsi ils saccagent, brûlent, massacrent, enlèvent les femmes et les jeunes filles ; puis, quand ils ont fait un désert des pays les plus magnifiques, ils vont dans un autre endroit recommencer leur œuvre de destruction. En route, leur nombre se grossit de tous les mauvais sujets des environs, et de beaucoup de jeunes gens qu’ils forcent à les suivre, de sorte qu’ils forment bientôt une troupe très considé­rable.

    « La bande qui nous a honorés de sa présence était composée de 100.000 aventuriers au moins. Mais la sainte Vierge, en qui nous avions mis toute notre confiance, nous a protégés d’une manière vraiment spéciale. L’avant-garde de ces mauvais sujets ne s’est jamais approchée de nous, qu’à la distance de quatre kilomètres au plus. Grâces soient rendues à cette bonne Mère, qu’on n’implore jamais en vain

    « En nous quittant, les rebelles nous ont laissé la peste ; et c’est en allant visiter un malade atteint du fléau, que M. Huot a contracté la maladie dont il est mort... »

    C’est au Collège que ce vénérable provicaire avait rendu le dernier soupir, le 7 mai précédent, entre les bras de M. Chirou, qui ne l’avait pas quitté un seul instant, pendant les quelques jours que dura sa maladie.

    En 1865, nous retrouvons encore notre Missionnaire à la tête du Collège, et toujours dans les alarmes.

    « . .. Les Mantsés, qui nous laissaient tranquilles depuis longtemps, écrivait-il le 24 juin 1865, viennent de se révéler à nous d’une manière aussi terrible qu’inattendue. Le dimanche dans l’octave de l’Ascension, je commençais à m’habiller pour célébrer la sainte messe, lorsque tout à coup les chrétiens se précipitent en foule hors de la chapelle, en criant : Les Mantsés ! Les Mantsés ! Ce n’était que trop vrai ! Ces maudits Lolos étaient déjà arrivés dans la forêt qui se trouve derrière notre petit Collège. Cependant les chrétiens, qui ont coutume de venir chercher un refuge dans notre petite forteresse, construite par les soins de M. Huot, dont nous regrettons encore la perte prématurée, eurent le temps d’accourir et de se mettre en sûreté. Mais ailleurs nous avons fait les pertes les plus douloureuses... »

    Un peu plus tard, à la date du 31 janvier 1866, M. Bourgeois écrivait de son côté : « ... Le P. Chirou, directeur du Collège, ... s’est débarrassé de l’enseignement de la théologie, et a pensé me rendre grand service en m’imposant cette obligation... Je ne lui en veux certainement pas ; d’ailleurs c’est un si saint homme, que je me trouve trop heureux d’être son indigne confrère et de pouvoir jouir quelquefois de sa douce présence. »

    Cette note de spéciale estime et d’affection de la part de ses Confrères se retrouve souvent dans leurs lettres : lorsque l’occasion se présente sous leur plume de parler de lui, il leur arrive ordinairement de joindre à son nom la qualification de bon et de l’appeler le bon Père Chirou.

    L’année suivante (1867}, un des plus anciens directeurs du Séminaire de Paris, M. Voisin, crut devoir, en raison de son grand âge et de ses infirmités, donner sa démission de procureur des Missions de Chine, qu’il représentait au Séminaire, et il fallait songer à le remplacer, en rappelant un nouveau directeur.

    A cette occasion, le nom de M. Chirou fut mis en avant par le Conseil des Directeurs, en même temps que celui d’un jeune missionnaire de la Mission de Canton, neveu de l’Evêque de Langres, M. Léon Guerrin.

    Quoique ce dernier ne fût pas missionnaire de la partie la plus importante du groupe à représenter, il fut néanmoins choisi par les Vicaires Apostoliques qui avaient le droit de faire l’élection, non pas tant en considération du mérite personnel, qui, de la part des deux candidats était incontestable, qu’en raison d’une campagne un peu diplomatique menée auprès d’eux par le vénérable Vicaire apostolique du Yun-Nan, Mgr Ponsot, à l’effet de garder son Missionnaire.

    Voici comment, pour justifier son refus de laisser partir M. Chirou, il écrivait alors au Séminaire de Paris : « ... M. Chirou est attaqué de la poitrine, ne peut presque éprouver aucune fatigue sans se sentir mal ; il ne pourrait donc pas vous être d’une grande utilité. »

    Il faut avouer que, pour un homme qui devait encore travailler avec ardeur pendant plus de 40 ans, avoir trouvé qu’il était poitrinaire constituait une invention point banale du tout !

    Il est vrai que le bon vieil évêque, dans la phrase qui suivait cette allégation, la corrigeait en partie : « Si, dans la suite, vous aviez besoin d’un sujet un peu distingué, et que quelqu’un de nos Missionnaires pût vous convenir (sans exclure M. Chirou), je vous l’accorderais volontiers, à condition que vous m’en renverriez un autre, afin de ne pas trop affaiblir la. Mission... »

    On le voit, M. Chirou, soit dans la Mission, soit au Séminaire de Paris, était universellement apprécié. Il n’est donc pas surprenant si, en 1869, une nouvelle vacance s’étant produite dans le Conseil des Directeurs, on songea de nouveau à lui pour la combler.

     

     

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    Ce fut le 12 juillet 1869 que le bon Père Chirou prit rang parmi les directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères. Il était alors âgé de quarante et un ans. Ses nombreuses qualités et sa longue expérience le rendaient apte à rendre les services les plus variés dans l’exercice de ses nouvelles fonctions.

    Il était avant tout homme de prudence et de bon conseil, et se faisait remarquer par une piété vive et un grand fonds d’esprit in­térieur et surnaturel ; il aimait la vie de communauté, évitait le bruit et l’éclat, et était toujours porté à s’effacer plutôt qu’à se mettre en avant. Il semblait avoir constamment en vue la réalisation dans la pratique de la maxime de l’Imitation : Ama nesciri et pro nihilo reputari.

    Sa charité était à la hauteur de son humilité et de sa modestie. Sa qualité maîtresse, comme nous l’avons déjà dit, était la bonté, et la vertu l’avait considérablement développée en lui. Il était bon et charitable dans ses actions, dans ses paroles, et dans ses gestes. Il ne parlait pas volontiers, et jamais sans raison, des défauts d’autrui. Il évitait jusqu’aux petites taquineries et tout ce qui aurait pu faire de la peine.

    Un côté de sa nature digne d’être noté, c’est que, tout en étant d’une humeur douce et tranquille, il était loin d’avoir des idées étroites, et avait au contraire l’esprit largement ouvert. Il s’intéressait à tous les progrès des sciences et à toutes les inventions modernes. Il ne craignait pas d’aborder l’examen des questions litigieuses, des théories ou des méthodes nouvelles, tant sous le rapport politique ou social, qu’au point de vue philosophique, ce qui avait fait dire un jour, sur un ton plaisant et avec un fin sourire, au vénérable Mgr Ponsot, tenant de toutes les antiques traditions, en parlant du jeune Père Chirou, peu de temps après son arrivée au Yun-Nan : « Ce Monsieur Chirou, c’est un rouge ! » — Ce n’est pas qu’il fût bien révolutionnaire ! Oh ! loin de là ! Son jugement très droit et bien équilibré ne l’aurait jamais laissé dévier du juste milieu, et, s’il ne se croyait pas obligé à suivre toujours aveuglément la routine, il ne se serait jamais laissé entraîner dans les nouveautés téméraires, surtout en fait de doctrine ou d’exégèse.

    Il savait allier enfin une économie, même minutieuse, dans ses dépenses personnelles, à une véritable générosité envers ceux qui étaient dans le besoin, lorsque l’occasion se présentait de leur venir en aide.

    Telles sont les qualités principales dont il ne cessa de donner des preuves non équivoques durant tout le cours de sa longue carrière.

    S’il eût été permis de lui reprocher quelque chose, c’eût été un certain fonds de timidité naturelle, dont il ne put jamais réussir à se débarrasser entièrement. N’ayant pas eu occasion de prêcher en français avant son retour de mission, il ne put jamais se résoudre à porter la parole en public.

    Ce n’est pas que sa timidité dégénérât en peur : il était véritablement courageux, sans éclat, et intrépide sans forfanterie.

    Peu de temps après avoir pris possession de ses nouvelles fonctions de directeur du Séminaire de Paris, éclata la guerre avec l’Allemagne. Pendant le siège meurtrier que la capitale de la France eut à subir, M. Chirou demeura au Séminaire avec trois autres directeurs et quelques aspirants. Personne ne fut surpris de le voir s’enrôler alors, avec son confrère, M. Guerrin, parmi les brancardiers volontaires qui se dévouèrent pour aller relever sur les champs de bataille autour de Paris, sous les balles et les obus, les blessés et les mourants.

    Pendant la Commune, il courut encore de véritables dangers dans notre maison de campagne, à Meudon, où se livrèrent plusieurs combats entre les troupes de Versailles et les Fédérés.

     

     

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    A partir de cette époque, la vie de notre directeur s’écoula sans secousses, dans le calme et la tranquillité, et nous le trouvons, tour à tour, chargé d’un cours de morale ou remplissant les fonctions d’économe ou de procureur des commissions.

    Celui qui, en 1867, était soi-disant attaqué de la poitrine, continua à jouir pendant de longues années d’une santé florissante.

    En 1902, le 6 mars, le Séminaire des Missions-Etrangères eut la joie de célébrer avec une solennité toute intime les noces d’or de ce modeste vétéran. Le vénéré jubilaire chanta lui-même une messe votive très solennelle du Saint-Sacrement. Le Supérieur du Séminaire, M. Delpech, qui avait également célébré ses noces d’or plu­sieurs années auparavant, remplissait les fonctions de diacre et le sous-diacre était le frère même du jubilaire, le P. Prosper Chirou, missionnaire de Bétharram.

    Ce ne fut qu’en 1905, vers la fin du mois d’août, que la santé de M. Chirou se trouva subitement compromise. Il fut pris de violentes douleurs d’entrailles, qui ne discontinuèrent pas pendant près de deux mois. Les médecins reconnurent enfin la présence à l’intérieur d’un foyer purulent, et l’on jugea une opération nécessaire.

    Le malade étant déjà très affaibli et ses souffrances très vives, on ne put songer à l’endormir, et il supporta l’opération avec beau­coup de courage.

    Cependant la plaie ne se fermait point et les forces continuaient à décroître, ce qui détermina les docteurs à tenter une nouvelle opération. Celle-ci dura vingt longues minutes, pendant lesquelles le malade, tenu dans les bras du P. Grosjean, serrait son crucifix sur sa poitrine, sans proférer la moindre plainte.

    Grâce à l’habileté et aux bons soins des docteurs, la plaie finit par se cicatriser et les forces revinrent graduellement. Le jour de Pâques, le vénérable malade, appuyé sur son bâton, fit son apparition dans le réfectoire, et, à la grande joie de tous, prit part au repas de la Communauté.

    La convalescence fut assez rapide, et, dès le mois de mai, il pouvait, sans trop de fatigue, se rendre à Meudon pour prendre part aux élections municipales.

    Durant plusieurs années, il continue son petit train de vie paisible, toujours doux et affable pour tous, malgré l’augmentation de la surdité dont il était affligé depuis longtemps, et toujours très reconnaissant pour toutes les petites attentions dont il pouvait être l’objet de la part de ses Confrères et des aspirants.

    Au mois d’octobre 1910, il fut atteint d’une bronchite qui l’obligea bientôt à garder la chambre et même le lit.

    Sans attendre plus longtemps, dans les derniers jours du mois, on lui administra, en présence de toute la Communauté réunie, les derniers sacrements, qu’il reçut avec les sentiments de la foi la plus vive. Au commencement de décembre, il se rétablit encore suffisamment pour pouvoir célébrer la sainte messe pendant une quinzaine de jours. Mais aux approches de Noël, une rechute l’abattit de nouveau, et pendant quatre mois, le cher malade resta entre la vie et la mort. Tantôt il paraissait être sur le point d’entrer en agonie, tantôt, au contraire, les forces semblaient se ranimer et il pouvait se lever et demeurer assis plusieurs heures dans son fauteuil.

    Tous les jours il recevait la sainte communion, et souvent il ne pouvait s’empêcher d’exprimer son ardent désir de célébrer la sainte messe. Plusieurs fois il fallut le laisser — mais en vain —, essayer ses forces pour se rendre à l’oratoire de Sainte-Claire à cet effet. Et quand il comprenait que cela lui était absolument impossible, il était touchant de lui entendre faire son acte de résignation : « A la volonté du bon Dieu ! »

    Que de fois, durant sa longue maladie, il redisait de son ton calme et toujours le même : « Oui ! Comme le bon Dieu voudra ! Le bon Dieu sait mieux que nous ce qu’il nous faut ! »

    Le malin esprit ne laissait pas, toutefois, de susciter souvent en son âme des sentiments de crainte de la justice divine ; mais dès qu’on lui suggérait les motifs de confiance et qu’on lui parlait de la miséricorde de Dieu, son cœur se dilatait aussitôt et il redisait avec amour : In te, Domine, speravi, non confundar in œternum !... Misericordias Domini in œternum cantabo !...

    C’est dans ces sentiments de piété, de résignation et de confiance, que le vénéré M. Chirou rendit son âme à Dieu la veille du dimanche des Rameaux, 8 avril 1911.

    Les obsèques eurent lieu le Lundi-Saint, et la dépouille mortelle fut déposée au cimetière Montparnasse, dans le caveau du Séminaire des Missions-Etrangères.

     

     

     

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    • Numéro : 621
    • Pays : Chine
    • Année : None