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Pierre Marie Richard Henri CHIRAC de (1863-1929)

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    M. de CHIRAC (Pierre-Marie-Richard-Henri), né le 14 mai 1863, à Malzieu-Ville (Mende, Lozère). Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Etrangères le 16 septembre 1882. Prêtre le 7 mars 1886. Parti pour la Birmanie Méridionale le 5 mai 1886. Mort à Moulmein le 20 janvier 1929.

    M. de Chirac (Pierre-Marie-Richard-Henri) naquit à Malzieu-Ville, diocèse de Mende, Lozère, le 14 mai 1863. Il fit ses études chez les Petits-Clercs d’Issy, puis entra au Séminaire de Saint-Sulpice d’Issy ; il y fut même Prieur de Lorette : ceux de nos confrères qui ont passé par Saint-Sulpice savent ce que cela veut dire. Il y fit ses études de philosophie ; mais son imagination ardente et son cœur enthousiaste que ne satisfaisaient pas entièrement les beautés un peu sévères de la scholastique, se sentirent définitivement attirés vers les terres lointaines des Missions, là où la moisson abondante attend les ouvriers, hélas, trop peu nombreux. Cédant à l’appel de la grâce, il entra, déjà tonsuré, au Séminaire des Missions-Etrangères en septembre 1882. Ses études théologiques terminées, il reçut l’ordination sacerdotale le 7 mars 1886, et sa destination pour la Mission de Birmanie Méridionale qu’il atteignit le 11 juin 1886 en compagnie de M. Luce.

    Quelques jours après, le 24 juin, M. de Chirac était envoyé  à Moulmein, où M. Cardot, alors curé de la paroisse de Saint-Patrice, devait l’initier à la vie apostolique et lui faciliter l’étude de l’anglais et du birman.

    Son noviciat ne fut pas de longue durée : au mois de septembre eut lieu un événement tragique qui coûta la vie à M. Louis Biet, privant ainsi la paroisse de Sainte-Marie de son pasteur. Ce fut M. de Chirac qui prit la direction de ce poste important ; il y demeura pendant quarante-trois ans, presque sans interruption, éloigné qu’il en fut seulement par un séjour de quelques mois à Thayetmyo comme aumônier militaire et trois congés de nécessité en France. Comment s’étonner après cela qu’il eût conçu un attachement si profond pour son troupeau ! il était vraiment le père de ses paroissiens, leur sage conseiller, leur défenseur au besoin, quand leurs intérêts étaient en jeu, et, comme il disposait d’abondantes ressources personnelles, il était aussi leur banquier à l’occasion, toujours prêt à les tirer d’embarras par des avances pécuniaires, où même des dons purs et simples quand il avait affaire à des malheureux vraiment dans le besoin.

    Désireux de pourvoir aux besoins spirituels des Tamouls qui formaient une partie de sa paroisse et d’assurer l’instruction de leurs enfants, il entreprit de construire pour eux une église avec école, sur le flanc d’une colline boisée dont il venait de faire l’acquisition. Malheureusement, pendant une de ses absences en France, au mois d’août 1895, un incendie détruisit la bâtisse presque achevée ; il ne se découragea pas, et, sitôt de retour, il dressa de nouveaux plans. La vieilIe église de Sainte-Marie, il la remplacerait par une cathédrale en miniature, résidence un peu moins indigne de l’Hôte divin, et qui perpétuerait longtemps, dans le cœur et la mémoire des paroissiens, le souvenir de celui qui dépensait sa vie entière à leur service.

    Il avait acheté une pièce de terrain en marge de l’enclos de la Mission ; il y bâtit d’abord un presbytère solide et spacieux pour remplacer le vieux hangar branlant et malsain qui pendant un demi-siècle avait servi de demeure aux missionnaires ; puis, sans toucher à la vieille église, il creusa les fondations de l’édifice projeté. Au mois d’août 1901, Mgr Cardot posait la première pierre. L’enthousiaste constructeur, qui ne doutait de rien, se faisait fort de l’achever en trois ou quatre ans ; ses prévisions ne se réalisèrent pas, et à l’heure actuelle l’église est encore loin d’être terminée. M. Chirac visait à la perfection, et sa devise était : « lentement, mais sûrement ». Lui reprochait-on cette lenteur, il répondait qu’il avait fallu plusieurs siècles pour achever la cathédrale de Cologne. Tout inachevé qu’il soit, cet édifice restera comme un témoignage des remarquables qualités d’architecte de notre confrère.

    M. de Chirac n’était pas seulement bon architecte, au besoin il se révélait poète. Fêtes et anniversaires lui étaient autant d’occasions d’exercer son talent et de composer quelque sonnet délicatement tourné. Voici une menue histoire qu’il aimait à raconter. Mgr Bigandet, l’homme pratique par excellence, avait expressément recommandé au Séminaire de Paris de ne lui envoyer ni poète ni musicien. M. de Chirac, qui voulait mettre son Evêque à l’épreuve, lui servit un jour un sonnet de son crû ; les choses étaient si bien dites, si bien tournées, que le bon Evêque ne put s’empêcher d’applaudir et de manifester toute sa satisfaction.

    Bon et charitable envers ses paroissiens, M. de Chirac le fut tout particulièrement envers ses confrères ; nombreux furent ceux qu’il aida dans leurs difficultés financières. Sa généro-sité, s’élevant plus haut, lui inspira de faire quelque chose pour les œuvres générales de la Mission : il la dota en effet d’un beau et vaste terrain pour l’établissement d’un Petit Séminaire ; il avait à cœur cette œuvre capitale, et la mort le surprit formant un fonds qui devait suffire à l’entretien d’une vingtaine de séminaristes. Par cet acte de bienfaisance vraiment éclairée, M. de Chirac s’assurait la très vive reconnaissance de la Mission de Birmanie Méridionale.

    La sollicitude de M. de Chirac ne s’arrêta pas à ses fidèles indigènes : pendant douze ans, il remplit les fonctions d’aumônier militaire, d’abord du corps des volontaires, puis du corps auxiliaire indien. Il prenait ces fonctions vraiment à cœur, et fut toujours un scrupuleux observateur des règlements militaires. On put le voir, maintes fois, prendre part à des défilés, et marcher au pas aussi crânement que n’importe lequel des officiers ou soldats de sa formation. Il jouissait auprès des hommes d’une grande popularité. D’ailleurs il était très goûté de la société anglaise ; ses manières distinguées, ses connaissances étendues, son esprit, ses reparties vives, son caractère aimable, lui avaient acquis des amis nombreux.

    La santé de M. de Chirac, qui depuis quatre ou cinq ans laissait beaucoup à désirer, inspira vers le mois de juillet 1928 les plus vives inquiétudes, une crise cardiaque violente étant survenue durant la nuit. Le danger parut si imminent qu’on put croire sa dernière heure venue, et qu’on lui administra les derniers sacrements. Contre toute attente, il se remit quelque peu. Mais ce mieux, de toute évidence, n’était que passager, et la fin ne pouvait être éloignée. Les quatre derniers mois de sa vie lui furent un vrai martyre, mais Dieu lui fit la grâce de sanctifier ses souffrances avec ce courage et cette ténacité que l’avaient toujours distingué. Il s’éteignit doucement le dimanche 20 juin, dans l’après-midi.

    C’est à l’occasion de ses funérailles, qui eurent lieu le 22 juin, qu’on put se rendre compte du degré de popularité dont jouissait M. de Chirac dans toutes les classes de la popularité de Moulmein, et plus particulièrement de la profondeur de l’affection que lui portaient ses paroissiens. L’église était comble, et le convoi fut suivi par une foule cosmopolite où toutes les races, toutes les religions, étaient largement représentées : Européens, Birmans, Carians, Indiens, Chinois, Baptistes, Anglicans, Bouddhistes, Musulmans, tous étaient émus, et semblaient aussi empressés à offrir au défunt leurs derniers hommages que l’étaient ses propres fidèles. Les honneurs militaires furent rendus à l’aumônier : le cercueil, drapé dans les plis du drapeau britannique, et porté tour à tour par les officiers et les sous-officiers, fut déposé dans le caveau d’une chapelle de l’église en construction destiné à servir de lieu de sépulture aux missionnaires de Moulmein.

     

     

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    • Numéro : 1691
    • Pays : Birmanie
    • Année : None