Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Louis Ferdinand CHEVÈNEMENT (1858-1932)

Add this

    M. CHEVENEMENT (Louis-Ferdinand) né le 10 novembre 1858, à Lièvremont (Besan­çon, Doubs). Entré prêtre au Séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1883. Parti pour le Tonkin occidental le 16 juillet 1884. Mort à Hongkong le 7 juillet 1932.

     

    Louis-Ferdinand Chevenement naquit à Lièvremont, diocèse de Besançon, le 10 novembre 1858, de parents foncièrement chrétiens. Il fit ses études classiques au petit Séminaire de Consolation, puis ses études philosophiques et théologiques au grand Séminaire de Besançon, et fut ordonné prêtre le 15 juillet 1883.

     

    Entré au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris, au mois de septembre suivant, il y passa son temps d’épreuve réglementaire dans le recueillement, tout en suivant à l’Institut catholique le cours de Droit Canon professé alors par le futur Cardinal Gasparri. En juillet 1884 il partit pour le Tonkin Occidental en compagnie de trois autres nouveaux missionnaires qui, avaient déjà fait du ministère en France dans leurs diocèses respectifs.

     

    C’était l’époque où se dessinait au Tonkin un grand mouvement de conversions. « Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud », avait écrit le vénéré Mgr Puginier à MM. les Directeurs du Séminaire de la rue du Bac ; c’est pour lui donner satisfaction que le Conseil lui envoyait ces 4 sujets expérimentés, en attendant d’autres renforts.

     

    Après quelques mois d’acclimatement passés au chef-lieu de la Mission avec ses compagnons de voyage, M. Chevenement fut envoyé dans la paroisse de Bai-Vang. Là il fit de rapides progrès dans l’étude de la langue annamite, si bien que dès le mois de juillet 1885, il est nommé vicaire de M. Ramond, qui succombait à la tâche devant le nombre des villages qui demandaient à se convertir.

     

    En 1887 il dut aller prêcher des missions, seul avec les prêtres indigènes, dans la paroisse de Phu-My, en ce temps là dans la province de Ha-Nôi. L’année suivante, il est nommé professeur au petit Séminaire de Hoang-Nguvên, autrement dit « La source Jaune » dont il est parlé dans la vie du Bx. Théophane Vénard, et dans celle de Mgr Retord. Ce Séminaire se trouve assez près de Phù-My ; bien que M. Chevenement réussit fort bien auprès des élèves, il n’y resta qu’un an, pour devenir à nouveau vicaire de M. Ramond, qui se plaignait de ne pas avoir assez d’auxiliaires expérimentés, capables d’assurer la visite, l’instruction et l’adminis-tration religieuse de ses nombreux villages de néophytes.

     

    Après la mort de Mgr Puginier, 25 avril 1892, notre confrère alla au sud de la Mission et reçut en partage le district qui comprend presque toutes les paroisses du nord de la province de Ninh-Binh. Il l’administra de main de maître pendant trois ans, 1892-1895.

     

    A l’automne de 1895, la Mission du Tonkin Occidental fut divisée ; sa partie nord prit le nom de Haut-Tonkin et fut confiée à Mgr Ramond, qui, de ce fait, quitta son district de nouveaux chrétiens de Nam-Xang. M. Chevenement fut appelé à lui succéder. C’était un poste de choix, très important, bien connu de son nouveau titulaire, puisqu’il y avait déjà travaillé à plusieurs intervalles sous les ordres de son prédécesseur, pendant plus de cinq années.

     

    Vers la fin de 1899, M. Ravier, Supérieur du petit Séminaire de Phuc-Nhac, province de Ninh-Binh, mourut à Paris des suites d’une opération très délicate. Dès le début de 1900, M. Chevenement prit sa place au petit Séminaire. Tout faisait espérer que l’établissement allait prendre un nouvel essor, sous sa sage direction, surtout depuis que la Mission de Phatdiem était détachée de celle de Hanoï en 1901. Par malheur la maladie vint faire échec à ses plans et à ceux de son évêque. En 1903 il dut partir pour Hong-kong, afin de suivre au Sanatorium des Missions-Étrangères un régime spécial et prolongé. Au bout d’un an, il s’avéra que ce n était pas la vie sédentaire qu’il lui fallait. Lorsqu’il revint au Tonkin, Mgr Marcou lui rendit une partie de son ancien district de Ninh-Binh, et en particulier les paroisses de Hiêu-Thuân, Cach-Tâm et Duong-Diêm.

     

    Il y travailla beaucoup et prépara la fondation de deux  nouvelles chrétientés, Nhu-Son et Phuc-Hai. En 1908 la dysenterie le reprit. Force lui fut de retourner à Hong-kong d’abord ; puis, sa santé ne s’améliorant pas, la Faculté lui ordonna un voyage en France.

     

    A son retour au Tonkin, 1911, notre missionnaire reprit son district, au Kim-Son, et s’occupa surtout de Tôn-Dào. En 1919, il fut transféré à Ninh-Binh et y créa la paroisse de Ang-Son. Mais l’âge et les infirmités commençaient à lui peser. Il ne put résister que quelques mois au travail très pénible de ce poste. Monseigneur jugea alors opportun de lui confier un autre district, celui de Vang-Hai, au sud de Phatdiem, presque au bord de la mer. Là le travail ne manquerait pas assurément, mais il serait moins absorbant et plus proportionné à ses forces déjà usées. Il occupa cette place pendant 13 ans, jusqu’au jour où, à bout de souffle, il dut donner sa démission, décembre 1931.

     

    En janvier 1932, M. Chevenement se rendait au Sanatorium des Missions-Étrangères de Hong-kong. Après une fervente retraite, où il songea à se préparer à la mort, il resta en traitement dans cette pieuse maison, afin d’essayer d’y reprendre assez de forces pour pouvoir revenir travailler encore au Tonkin. Malheureusement sa santé ne fit que décliner de jour en jour. En juin, le Docteur diagnostiqua chez lui un cancer à l’estomac, qui en 15 jours s’était développé d’une façon foudroyante. Dès lors tout espoir était perdu.

     

    Le 4 juillet, Mgr Deswazières, Supérieur de la Maison de Nazareth, écrivait à Mgr l’évêque de Phatdiem : « M. Chevenement s’achemine vers l’éternité. Ses nuits sont de plus « en plus mauvaises, les vomissements plus fréquents et les douleurs de l’estomac plus « violentes. Le cancer prend de plus en plus de développement et je pense que notre cher « confrère ne tardera pas à aller jouir de la récompense promise aux bons serviteurs. Le moral « reste excellent malgré les souffrances, et j’admire la profonde humilité de notre malade. Il a « voulu recevoir les derniers sacrements en pleine connaissance, et bien volontiers j’ai accepté « de vous remplacer, en acquiesçant à son désir de recevoir de ma main les derniers « sacrements. Il est pleinement résigné à la volonté du divin Maître et attend en paix le « moment du suprême départ... »

     

    Quelques jours plus tard M. Marie, Supérieur du Sanatorium écrivait à son tour : « Notre « bon M. Chevenement a rendu son âme à Dieu le 7 juillet, à 9 h. 05 du soir, tout doucement, « comme une lampe qui s’éteint. Je crois qu’il a conservé toute sa connaissance jusqu’à la fin. « Toutefois, à partir de 3 h. ½  de l’après-midi il ne pouvait plus parler. Et c’est à ce moment « que nous avons récité les prières des agonisants. Le 21 juin, il avait demandé et reçu « l’Extrême-Onction. Rien ne pressait encore, mais un accident est si vite arrivé qu’il valait « mieux répondre de suite aux désirs du malade. Quant au Saint-Viatique, il l’a reçu les jours « suivants, mais bien souvent il ne put communier comme il l’aurait voulu, à cause de ses « fréquents vomissements. Les trois derniers jours il ne prenait plus guère que de l’eau, et « après un certain temps la rendait par la bouche. Parfois il souffrait beaucoup, mais en « général ne ressentait pas de douleurs très violentes ; les nuits sans sommeil lui furent surtout « pénibles. Notre confrère a gardé, en face de la mort et jusqu’à la fin, un excellent moral, tout « à fait résigné à la sainte volonté du bon Dieu. L’inhumation a eu lieu, le 9 juillet au matin, « après le service funèbre qui a été chanté par M .Décréau, assisté de M. Cuenot, du Kouang-« Si, et de M. Mongellaz de Nazareth. »

     

    Monsieur Chevenement ne fut pas un missionnaire ordinaire. Toujours gai, zélé, charitable, volontairement pauvre, il resta toute sa vie essentiellement prêtre et apôtre dans toute la force des termes.

     

    Arrivé au Tonkin à l’époque héroïque, où l’on manquait de beaucoup de choses, il ne changea guère sa manière d’être et de vivre, quand les circonstances auraient pu lui permettre de s’offrir quelques commodités. Si parfois il prenait volontiers la prosaïque barque annamite, le pousse-pousse, une chaloupe ou le chemin de fer, moyens de locomotion que tout le monde emploie ici, jamais il ne se servit de cheval ni de bicyclette. C’est à pied qu’il voyageait de préférence, et même nu-pieds, tant que les chemins ne furent pas empierrés, et cela par tous les temps.

     

    M. Chevenement a été très longtemps et jusqu’à la fin vicaire forain et chef de très vastes districts. C’est à ce titre qu’on le remarqua toujours débordant de zèle et d’activité. Sans y être obligée, c’est lui qui  présidait la retraite mensuelle des catéchistes de son district, et celle des prêtres réunis pour les conférences trimestrielles. Sans y être obligé non plus, il ne manquait aucune des adorations prescrites le dimanche, tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre de ses paroisses. Une de ses joies était alors de prêcher l’heure d’adoration aux enfants. Mais ce qu’il se réservait surtout –– et ce que personne généralement ne lui disputait — c’était la grande Messe de 10 heures ces jours-là. Inutile de faire ressortir qu’une pareille cérémonie, à une heure si tardive, est considérée dans ce pays comme très pénible. Très dur plus lui-même, notre confrère la célébrait volontiers, et pour mieux s’y préparer entendait les confessions depuis le matin. Quant on pense aux distances qui séparent ici les paroisses les unes des autres, on saisit mieux ce qu’il fallait de dévouement à cet excellent curé pour s’imposer l’obligation d’aller assister à toutes les processions, adorations ou autres fêtes particulières de chacune de ses paroisses.

     

    Très charitable, M. Chevenement donnait tout ce qu’il avait. Sa chambre était dans le plus complet dénuement, ce qui ne l’empêchait pas de recevoir très aimablement ceux qui allaient le voir. Pendant la guerre, étant à Tôn-Dào, il fut la providence de nombreux annamites, partis pour aller au secours de 1a France. Exilés loin de leur pays, tous ces jeunes soldats avaient la nostalgie, et leur plus grande joie était de recevoir de petits cadeaux de chez eux : tabac, papier, pinceaux, livres, médicaments chinois, etc… Trois ans durant, le Père mit le plus grand empressement à faire parvenir à ces engagés volontaires les objets qui  leur parlaient au cœur. Evidemment rien ne l’obligeait à rendre ces services à des centaines d’inconnus, tant chrétiens que païens, et toujours gratuitement, bien entendu, pour faire plaisir aux familles.

     

    Il avait deux vicaires, auxquels il facilitait charitablement la tâche en se réservant les plus pénibles besognes pour lui-même. Extrêmement bon et toujours infatigable, c’est continuellement à lui que les chrétiens avaient recours, quand il fallait visiter les malades ou se rendre dans les chrétientés pour y régler des affaires délicates.

     

    M. Chevenement aimait la Liturgie. Depuis les années de son Séminaire à Besançon et à Paris, il montra toujours beaucoup d’aptitudes pour cette science sacrée. En bien des circonstances il fut l’ordonnateur des cérémonies officielles : sacres, synodes, etc. Il possédait à fond toutes les rubriques et, sur ce point, il était difficile de le prendre en défaut. Il travailla à la rédaction de l’Ordo, pendant les cinquante années de sa vie de Mission. Quelle ne fut pas notre émotion en juillet dernier de recevoir en même temps que l’annonce de son décès, le manuscrit de l’Ordo diocésain pour 1933, document auquel il avait mis la dernière main et apposé en tremblant sa signature, quatre jours seulement avant sa mort.

     

    M. Chevenement a été un bon ouvrier dans les champs du Père de famille. Dieu veuille en donner beaucoup de cette trempe aux Missions en pays infidèles !

     

     

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 1598
    • Pays : Vietnam
    • Année : None