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Eusèbe Marie CHEVAUCHÉ (1880-1919)

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    M. CHEVAUCHÉ (Eusèbe-Marie), né à Beaumont-les-Autels (Chartres, Eure-et-Loire), le 14 août 1880. Entré sous-diacre au Séminaire des Missions-Étrangères le 10 août 1903. Prêtre le 24 septembre 1904. Parti pour la Mission de Malacca le 9 novembre 1904. Mort à Dreux le 17 mars 1919.

    Le décès de M. Chevauché porte à dix le nombre des ouvriers apostoliques perdus par la Mission de Malacca depuis le début de la guerre. De toutes ces pertes, la sienne fut assurément la plus inattendue, car il était dans la force de l’âge et la plénitude de la santé, quand la terrible grippe nous l’enleva au lendemain même de sa démobilisation, alors qu’il était tout à la joie de pouvoir enfin revenir dans sa chère Mission.

    M. Chevauché appartenait au diocèse de Chartres, où son oncle et son frère sont prêtres. Né le 14 août 1880, à Beaumont-les-Autels, il entra en 1892 au petit Séminaire de Nogent-le-Rotrou et s’y classa bientôt parmi les meilleurs élèves de la maison. Il passa ensuite trois années au grand Séminaire de Chartres, y reçut le sous-diaconat, puis fut admis en 1903, comme aspirant au Séminaire des Missions-Étrangères. Le 24 septembre 1904, il était ordonné prêtre et partait le 3 novembre suivant pour la Mission de Malacca.

    Son évêque l’appela à travailler parmi les Chinois. En conséquence, comme la plupart de ses devanciers, il fut tout d’abord attaché à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Singapore, mais avec mission spéciale de commencer l’étude du chinois par le dialecte cantonnais ou « pounti », afin de prêter immédiatement main forte au confrère chargé des chrétiens de ce dialecte, qui devenaient de plus en plus nombreux dans cette grande ville. De fait, grâce à son application soutenue, secondée par une mémoire très heureuse, il fut vite en mesure de se rendre utile dans l’exercice du saint ministère.

    Moins d’un an après son arrivée à Singapore, il était donné comme assistant à M. Ruaudel alors en charge des postes de Malacca et d’Ayer Salak. Là il se vit obligé de commencer l’étude d’un autre dialecte chinois ; le « Hakka », tout en s’assimilant le plus grand nombre possible de mots malais et anglais. Il passait ainsi de bonne heure par cette épreuve spéciale de l’étude des langues que doivent subir tous les missionnaires de la presqu’île de Malacca et autres pays cosmopolites. S’il est déjà difficile de bien apprendre une seule de ces langues orientales, que rien ne rattache à notre langue maternelle, la difficulté s’accroît et se complique à mesure que l’on aborde l’étude de différentes langues, ou de dialectes d’une même langue, presque aussi différents l’un de l’autre que l’anglais l’est du français. Mais comme on ne peut éviter cet obstacle les missionnaires de ces contrées doivent s’appliquer à le surmonter, coûte que coûte. Donc il ne faut pas ménager sa peine, surtout pendant ses premières années d’apostolat ; car, plus on s’adonne à l’étude des langues, plus on se met en mesure de faire face à toutes les situations présentes et futures. C’est bien ainsi que M. Chevauché envisageait cette question capitale. Depuis le commencement jusqu’à la fin de sa trop courte carrière apostolique, il étudia les langues avec tant d’ardeur et de succès que, de l’avis de tous, s’il était revenu en mission on aurait pu lui confier n’importe quel poste.

    Après quelques mois de séjour à Malacca, il pouvait déjà commencer à voler de ses propres ailes et en mai 1906, on le chargea du beau poste chinois de Batugajah dans l’état de Perak. A peine à l’œuvre, il comprit aussitôt qu’il lui fallait avant tout perfectionner sa connaissance encore bien rudimentaire du chinois, afin de pouvoir non seulement converser facilement avec ses chrétiens, mais encore les instruire et leur donner une solide formation. Bientôt ils eurent le grand plaisir de l’entendre, leur expliquer les vérités de la religion de cette manière claire et précise qui fut toujours la note caractéristique de ses instructions ; car il avait coutume, en les préparant, de recourir à son catéchiste et à son maître d’école pour que son langage fut bien à la portée de tous ses auditeurs.

    Le poste de Batugajah, dernière fondation du vieux P. Allard, dont la mémoire y est encore vivante et vénérée, a toujours été une bonne paroisse. La plupart de ses chrétiens gagnent assez péniblement leur vie, mais ils sont simples, pleins de respect pour leur missionnaire et ont bon esprit. M. Chevauché se trouvait donc en terrain propice pour donner libre cours à son zèle, il en profita largement.

    Il s’appliqua tout d’abord à les rendre tout à fait assidus aux offices et à la fréquentation des sacrements. Il y réussit si bien qu’il disait à ses confrères : « Mon cœur déborde de joie quand le dimanche je vois l’église remplie par les fidèles dont bon nombre s’approchent de la sainte Table. »

    D’autre part, son dévouement pour eux ne connaissait pas de bornes. Il se tenait constamment à leur disposition soit pour écouter l’exposé de leurs difficultés, soit pour leur venir en aide quand ce lui était possible. D’un tempérament ardent, il évitait soigneusement de les brusquer et de les froisser en quoi que ce fût, et lorsque, plus tard, on lui confia un autre poste, la grande recommandation qu’il osa faire à son successeur, fut de continuer à les traiter avec beaucoup de douceur.

    Tout dévoué à ses chrétiens, il ne négligeait pas la conversion des païens, comme le prouvent les nombreux baptêmes qu’il enregistrait chaque année. Dans ce but, il multiplia les chapelles et les maisons de doctrine dans son district. Il commença par Kampar, gros centre minier à douze milles de Batugajah, qui, depuis quelques années, était devenu une véritable ville. Il s’y procura un terrain et, en 1908, y bâtit une jolie petite chapelle qui fut ouverte au culte le 11 octobre de la même année. Un peu plus tard, il obtint du gouvernement anglais un petit terrain à Pusing pour y établir un catéchuménat ; mais maintes gens de cette localité sont difficiles à convertir et M. Chevauché ne resta pas assez longtemps à Batugajah pour mener cette entreprise à bonne fin.

    Pour montrer combien le dévouement du zélé missionnaire était apprécié de ses chrétiens, il suffira de citer les lignes suivantes de son successeur, M. Maury : « Les chrétiens de Batugajah, écrit-il, aimaient beaucoup le cher Père. Aussi, quand celui-ci venait me voir, accouraient-ils nombreux pour le saluer ; puis ils l’entretenaient de leurs petites affaires, comme autrefois. Souvent ils me parlaient de lui dans les termes les plus enthousiastes. A sa mort, j’ai chanté une grand’messe très solennelle, et les chrétiens, avertis le dimanche précédent, sont venus aussi nombreux qu’aux dimanches ordinaires, et beaucoup d’entre eux. ont communié pour lui. De temps en temps ils me demandent encore des messes pour le repos de son âme. Ils aiment à me parler de lui et l’on voit qu’ils le regrettent beaucoup. »

    En mars 1911, M. Chevauché fut transféré de Batugajah à Taiping qui est restée la capitale administrative de Perak, quoiqu’elle ait cessé d’en être la ville la plus importante. Taiping a deux églises : l’une pour les Indiens, l’autre pour les Anglais, les Eurasiens et les Chinois dont notre confrère devint le pasteur. Là il put savourer à loisir les charmes de la multiplicité des langues en se servant, de ses relations quotidiennes, du chinois, de l’anglais et du malais, sans compter le français. Habitué à prêcher en chinois, il dut encore se mettre à la prédication en anglais. Et les deux dialectes chinois qu’il avait appris ne lui suffisant plus, il se mit à en étudier un troisième : celui de la pro­vince de Fokien.

    On comprend que ce travail des langues prenait une grande partie du temps de M. Chevauché, mais son activité ne s’en effrayait pas. En s’appliquant à la formation des enfants, il s’aperçut très vite que ce qui manquait surtout au poste de Taiping, c’était une école catho-lique de garçons. Les Dames de Saint-Maur y avaient ouvert une école pour les filles ; mais les garçons devaient aller à l’école neutre du gouvernement. Notre confrère mit tout son œuvre pour combler cette lacune ; après bien des instances, il finit par obtenir, du Visiteur des Frères des Ecoles Chrétiennes à Penang, la promesse que les Frères se chargeraient de la fondation et de la direction de cette nouvelle école. Il s’engageait de son côté à les aider de tout son pouvoir à obtenir les fonds nécessaires à la construction. De concert avec les Frères, il se mit donc en campagne pour recueillir des souscriptions parmi les chrétiens et parmi les Eurasiens et en quelques mois, le succès de l’entreprise se trouva assuré. Si la paroisse de Taiping a maintenant deux bonnes écoles de filles et de garçons, elle doit principalement la première, à M. Grenier et la seconde à M. Chevauché.

    La ténacité qu’il montra dans cette circonstance était une de ses belles qualités, parce qu’elle était guidée par un grand tact et qu’elle s’alliait à cette affabilité persuasive et à cette franche gaieté qui l’ont fait aimer partout où il a passé, comme elles l’ont aidé à faire beaucoup de bien. C’est en raison de cet ensemble de qualités de tout premier ordre que son évêque lui confia la direction de notre jeune prêtre chinois, le P. Michel Seet, d’abord pendant son temps de probation avant la réception des ordres sacrés, puis après son ordination sacerdotale, dans le but de l’initier au saint ministère. Il s’acquitta au mieux de cette délicate mission. Aussi n’est-il pas difficile de deviner combien ce cher ami est regretté pas tous ses confrères, et quel deuil est pour le dio­cèse de Malacca la perte d’un tel missionnaire.

    Mobilisé dès le début de la guerre, il fut envoyé comme infirmier dans un hôpital de Nogent-le-Rotrou. Un peu plus tard, il fut nommé directeur d’un groupe d’ouvriers chinois à Boulogne-sur-Seine, puis à Saint-Etienne au Mans, enfin à la Seyne.

    Sitôt démobilisé, il vint au Séminaire de Paris voir plusieurs de ses confrères de Malacca démobilisés comme lui ; ils résolurent d’entreprendre ensemble, quelques jours plus tard, un voyage en Angleterre. En attendant, M. Chevauché se rendit chez son frère à Dreux et là tomba gravement malade. Prévenus par dépêche, ses confrères partirent aussitôt pour Dreux, mais ils n’arrivèrent que pour ses funérailles.

    Grâce à sa robuste constitution, M. Chevauché avait tant de fois bravé de pernicieux accès de fièvre que, lorsque la grippe le prit, il comptait bien guérir rapidement. Mais bientôt il fallut se rendre à l’évidence. Alors il fit à Dieu le sacrifice de sa vie, reçut les derniers sacrements, et, le 17 mars 1919, son âme quittait ce monde munie d’un double passeport pour le ciel : celui du devoir vaillamment accompli et celui de l’ardent désir de travailler encore davantage pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Euge serve bone et fidefis.

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    • Numéro : 2808
    • Pays : Malaisie Singapore
    • Année : None