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Pierre CHEVALLIER (1901-1983)

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    • Né le 29 juin 1901 à Noisy-le-Sec, diocèse de Paris
    • Entré aux Missions Étrangères le 30 septembre 1919
    • Prêtre le 29 juin 1927
    • Destination pour Rangoon (Birmanie)
    • Parti le 18 septembre 1927
    • En Mission : de 1927 à 1972
    • En France : 1973 à 1983
    • Décédé à Mortefontaine le 31 janvier 1983

     

    Enfance et jeunesse

     

    Pierre Chevallier naquit à Noisy-le-Sec, faisant alors partie du diocèse de Paris. Sa famille compta 5 enfants. Ses études primaires terminées, il entra au petit séminaire de Conflans pour ses études secondaires (1913-1919). Nous n’avons aucun renseignement sur l’origine et le développement de sa vocation pendant ses études au petit séminaire. Le 17 septembre 1919, il fit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères. Admis le 23 septembre, il entra à Bièvres le 30 pour se préparer au sacerdoce et à la vie missionnaire. D’octobre 1921 à septembre 1923, il accomplit son service militaire, puis rentra au séminaire. Ordonné prêtre le 29 juin 1927, il reçut sa destination pour la mission de Rangoon, en Birmanie du sud. Parti le 18 septembre 1927, il arriva à Rangoon environ un mois après et se mit immédiatement à l’étude de l’anglais. Au mois de mai 1928, une fois qu’il eut acquis suffisamment d’anglais, il fut envoyé chez le P. Mignot, à Nyaunglebin pour s’initier au birman. Il ne devait rester là que quelques mois, sans doute jusqu’au début de 1929. Sans être expert en birman, il était cependant capable de faire un peu de ministère. C’est pourquoi il fut envoyé à Moulmein, plus au sud de la mission pour seconder le P. Boulanger qui, étant donné son âge, ne pouvait plus faire face à la tâche. Il se dépensa dans ce poste jusqu’en 1935. A cette date, ce poste de Moulmein fut pourvu autrement et le P. Chevallier reçut une autre destination, vers le nord, cette fois. Il alla rejoindre le P. Maisonable à Prome. L’ethnie dominante dans cette région était l’ethnie Chin, mais c’étaient des Chins birmanisés. Un mouvement de conversions se dessinait dans cette région et le P. Maisonable avait besoin de renfort. Prome, à cette époque, n’était qu’un gros bourg et tout était à installer afin de créer peu à peu un centre. Le P. Maisonable, toujours infatigable, circulait de village en village pour former les catéchumènes tandis que le P. Chevallier restait plutôt au centre, et, tout en exerçant son ministère sacerdotal, il entreprenait des constructions. Le Compte rendu de 1937 relate que, malgré la pénurie et la misère des temps, il a réussi à construire une résidence, une école de garçons et une école de filles. En 1938, arrivent trois religieuses carianes qui prennent en charge l’école des filles et l’orphelinat. Cette même année, il a pu aussi, à force d’économies et de privations, édifier une modeste chapelle qui n’a encore comme porte qu’un treillis de bambou. En un mot, le P. Chevallier et le P. Maisonable travaillaient à installer solidement ce centre de Prome qui deviendra ainsi peu à peu le centre du district Chin de la plaine. Parallèlement, le nombre des conversions augmentait. Il y eut 131 baptêmes en 1935 et 149 baptêmes en 1936. Dans les années suivantes la progression continua. Le travail des Pères Maisonable et Chevallier porta des fruits. Prome est devenu depuis de nombreuses années le centre d’un diocèse. Le premier évêque fut un Américain des Pères de La Salette. Actuellement, le diocèse est dirigé par un évêque autochtone, originaire de la mission de Rangoon.

     

    En 1939, le P. Chevallier, fatigué, obtint un congé de repos en France. Arrivé en avril 1939, il repartit pour la Birmanie en octobre 1939. En 1941, il fut chargé de la léproserie de Kemmendine, faubourg populeux de Rangoon. D’un côté de la rue se trouvaient les pavillons des hommes et de l’autre, ceux des femmes, ainsi que le couvent des Sœurs Franciscaines missionnaires de Marie qui secondaient le P. Chevallier. Les lépreux appartenaient à de nombreuses ethnies. On y trouvait des Birmans, des Carians, des Indiens, des Chinois, de toutes les classes d’âge. Il n’était pas toujours facile de faire régner la paix dans tout ce monde si varié.

     

    De graves événements survinrent en Birmanie, dans ces années-là, du fait de l’invasion japonaise. Les Anglais qui s’étaient repliés en Inde venaient bombarder Rangoon. En 1948, le P. Chevallier est encore tout occupé à relever ou réparer les pavillons de la léproserie. En 1948, l’indépendance de la Birmanie fut proclamée. Mais la nationalisation des écoles et des établissements charitables n’eut lieu qu’en 1965 et 1966. Le P. Chevallier et les Sœurs restèrent libres de leurs mouvements jusqu’à cette date. Après la nationalisation, le Gouvernement promit des subventions. En fait, à plusieurs reprises, le P. Chevallier eut à défendre vigoureusement les intérêts de ses pensionnaires. Jusque dans le courant de 1966, les autorités tolérèrent sa présence et celle des religieuses, tout en lui faisant sentir qu’elle n’était pas souhaitée. Le P. Chevallier dut se résigner à se retirer. C’est alors qu’il fut affecté à la Mission chinoise, à la paroisse Sainte-Thérèse dont le P. Danis, fatigué, ne pouvait pratiquement plus s’occuper. Il remplaça le P. Jeannequin qui dut quitter le pays ainsi que tous les jeunes missionnaires arrivés en Birmanie après la proclamation de l’indépendance.

     

    La paroisse chinoise ne fut pas, pour le P. Chevallier, un poste de tout repos. La situation se compliqua encore lorsque éclatèrent des troubles graves parmi la population chinoise. La position du P. Chevallier et celle du P. Danis était délicate et présentait même un certain danger. Une fois ces troubles apaisés, le P. Chevallier reprit son apostolat avec ardeur. En plus de l’animation de divers groupes d’Action catholique, de retraites aux religieuses, le Père n’oubliait pas ses lépreux. Il leur faisait de fréquentes visites et continuait à leur assurer la messe et les sacrements.

     

    Le P. Chevallier n’écoutait que son zèle et son bon cœur, mais ne mesurait pas suffisamment ses forces. Aussi, en avril et mai 1971, fut-il victime d’une grave crise cardiaque qui brisa totalement son élan. Il ne put jamais retrouver une vie pleinement active. De plus, la situation de l’Église à Rangoon avait changé. L’archevêque lui-même, Mgr Bazin, avait été obligé de regagner définitivement la France pour raison de santé. Toutes ces raisons firent que le P. Chevallier jugea plus sage de quitter, lui aussi, Rangoon.

     

    Arrivé en France, le 12 janvier 1972, il se reposa quelque temps à Noisy-le-Sec et, comme il se sentait de nouveau en bonne forme, il se mit, en accord avec les Supérieurs de la Société et l’évêque du lieu, au service de la paroisse : permanence, confessions, visite des malades et des personnes âgées. Cela dura pendant trois ans. Mais à l’occasion d’une nouvelle organisation de la paroisse, on fit comprendre au P. Chevallier que sa présence n’était plus souhaitée. Le voilà donc en chômage. Mais ce ne fut pas pour bien longtemps. Un poste à sa mesure se présenta. Il devint aumônier auxiliaire au collège Saint-Dominique à Mortefontaine, dans l’Oise, en 1976. C’est là qu’il est décédé, le 31 janvier 1983. Il avait célébré la messe comme d’habitude à 7 heures 15. Après le petit déjeuner, il s’était donné un peu d’exercice en balayant les feuilles mortes devant sa porte. A midi, ne le voyant pas venir pour le repas, une religieuse se rendit chez lui. Elle trouva le P. Chevallier allongé sur son lit, décédé depuis quelques ins­tants.

     

    Ses obsèques eurent lieu dans la chapelle du collège Saint-Dominique, le 2 février 1983. Le P. Jean-Paul Bayzelon, Supérieur général, présida la concélébration, entouré de onze prêtres dont cinq confrères des Missions Étrangères. C’est le P. Barberot qui fit l’homélie. L’inhumation eut lieu au cimetière de Mortefontaine.

     

    Telles furent les grandes étapes de la vie sacerdotale et missionnaire du P. Chevallier.

     

    En Birmanie, le P. Chevallier fut toujours un homme très actif, ne ménageant pas ses efforts dans tous les postes dont il eut la charge, tout spécialement à la léproserie qu’il dirigea pendant trente ans. Sans doute, il avait le souci du bien matériel des malades et leur assurait les soins dont ils avaient besoin. Mais il ne négligeait pas pour autant leur bien spirituel, à tous, chrétiens comme non chrétiens. Souvent, c’est à l’article de la mort que les lépreux demandaient à recevoir le baptême. Les documents que nous avons entre les mains signalent 169 baptêmes en 1950 et 90 en 1951. Les autres années, il en fut plus ou moins de même. A l’asile des incurables, attenant à la léproserie, on trouvait, non seulement des adultes, mais aussi des enfants malades, rachitiques, pratiquement abandonnés par leurs parents. Le Père et les religieuses veillaient à les baptiser. Ainsi en 1951, on signale 119 baptêmes d’enfants à l’article de la mort. Ces quelques chiffres sont significatifs, mais sont loin de donner le nombre total des conversions et baptêmes à la léproserie et à l’asile des incurables pendant trente ans.

     

    Au début de l’année 1952 arrivaient à Rangoon trois jeunes missionnaires. Comme ils y restèrent quelques semaines, ils en profitèrent pour visiter les diverses paroisses de la ville. Ils furent très bien accueillis partout. Mais c’est le P. Chevallier qui leur réserva l’accueil le plus chaleureux. C’est surtout grâce à lui que ces jeunes purent visiter Rangoon. Il les emmenait dans sa vieille « guimbarde » d’alors. Tout en roulant, il lâchait le volant pour indiquer, à droite ou à gauche, tel ou tel monument digne d’attention, et donner des explications. Les voyageurs avaient un peu peur tandis que le P. Chevallier, imperturbable, continuait à rouler et à donner ses explications. L’un d’entre eux eut même si peur qu’il renonça à voyager dans Rangoon avec le P. Chevallier.

     

    Le P. Chevallier était un homme gai avec un cœur d’or qui savait accueillir et rendre service. Il était aussi animé d’une foi profonde. Il était venu apporter la Bonne Nouvelle. Non seulement il la proclamait, mais la vivait et c’est pour cela qu’on aimait le rencontrer.

     

    Le P. Chevallier était un homme désintéressé : tout ce dont il pouvait disposer, il le remettait en procure pour la Mission de Rangoon. Quelques jours avant sa mort, il était venu à Paris. Sentait-il venir sa fin ? En tout cas, il remit au Père procureur tout ce qui lui restait.

     

    Arrivé en France, au début de 1972, il se remit rapidement de sa fatigue et se mit au service de sa paroisse. Il conquit rapidement l’estime et l’amitié de tous et son départ fut très regretté.

     

    Quelques jours après son arrivée à Mortefontaine, vers le 15 septembre 1976, la Prieure écrivait dans une lettre du 22 septembre 1976 : « Le P. Chevallier est arrivé chez nous lundi dernier. Au premier contact que j’ai eu avec lui, j’ai senti un homme de Dieu, un homme de prière et, comme les missionnaires, habitué à se contenter de peu. » Et, en février 1983, après le décès du P. Chevallier, la Prieure écrivait : « C’est maintenant que nous nous rendons compte vraiment à quel point le P. Chevallier a marqué notre maison. Il continue de nous aider. »

     

    Lors des obsèques, le P. aumônier prononça quelques mots avant de conclure la prière universelle. En voici un extrait : « Le P. Chevallier avait le souci pastoral du règne de Dieu. Rigoureux sur les principes, il était compréhensif aux faiblesses humaines. Son zèle le portait vers les enfants ; il souffrait de pas avoir plus de contacts avec eux. Le P. Chevallier était un homme de prière. Les “médias” audiovisuels ou écrits lui semblaient une perte de temps. »

     

    Très dévoué pour rendre service aux prêtres des environs, et même assurer un remplacement de quelques semaines, il ne voulait jamais accepter de rétribution.

     

    Les malades étaient l’objet de tous ses soins. Il leur portait la sainte communion, les encourageait dans leurs souffrances et leur prêchait inlassablement la confiance dans la prière. Une fois même, le 26 février 1982, il tomba dans un escalier, et fut contusionné a la tête et à l’épaule. Par précaution, on l’hospitalisa à Senlis. Mais on constata qu’il n’avait pas de fracture. Quelques jours après, il rentrait à Mortefontaine et reprenait ses activités coutumières.

     

    Il faut souligner que le P. Chevallier avait un réel talent de radiesthésiste. Il s’était, avec l’expérience, composé sa propre méthode. Il s’était surtout orienté vers la médecine. Il est vrai qu’il rendit service à beaucoup de gens. Il était intarissable sur ce sujet. Cependant, il ne voulait pas se laisser accaparer par cette occupation au détriment des devoirs de sa vie sacerdotale.

     

    On peut dire que le P. Chevallier a bien fait fructifier les talents que le Seigneur lui avait confiés. Nous espérons qu’il a reçu la récompense promise au bon et fidèle serviteur.

     

     

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    • Numéro : 3342
    • Pays : Birmanie
    • Année : None