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René CHEVALIER (1909-1981)

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    • Né le 12 mars 1909 à Beaupréau (Maine-et-Loire), diocèse d’Angers
    • Entré aux Missions Etrangères le 14 septembre 1935
    • Prêtre le 29 juin 1942 — Destination pour Canton
    • Ministère dans le diocèse d’Angers à cause de la guerre
    • Parti pour Canton le 24 mai 1946
    • En Mission : A Canton : 1946-1952
    • A Hongkong : 1952-1981
    • Décédé accidentellement en Thaïlande le 25 avril 1981
    • Obsèques à Hongkong le 4 mai 1981

     

    Enfance et jeunesse

     

    René Chevalier naquit à Beaupréau, à la ferme des Châtaigniers, sur la paroisse St-Martin, le 12 mars 1909. Il appartenait à une famille patriarcale qui compta 7 enfants. Après ses études primaires, il revint à la ferme et se livra pendant plusieurs années au travail de la terre. Mais tout en retournant ses sillons, René pensait à autre chose. Cependant il gardait tout cela dans son cœur. C’est pendant son service militaire que sa vocation se précisa, mûrit et, une fois libéré, il alla de lui-même s’en ouvrir à son curé, en fin d’année 1932. Il précisa même qu’il pensait à devenir missionnaire. L’abbé Ménard, le curé de la paroisse, un ami de la Société qui avait alors un petit séminaire à Beaupréau, présenta René Chevalier comme postulant. Il fut agréé et le 2 mai 1933, il entra au séminaire des vocations tardives N.-D. de Lourdes à St-Jean-de-Changis en Seine-et-Marne, pour y faire ses études secondaires suivant un programme spécialement étudié pour les jeunes gens dans sa situation. Au mois de février 1935, il présenta sa demande d’admission au séminaire des Missions Etrangères. Les renseignements donnés alors à son sujet tracent déjà le portrait de ce que sera René Chevalier pendant toute sa vie : « René Chevalier s’est toujours comporté comme un excellent séminariste : pieux, travailleur, consciencieux, d’une extrême complaisance et. d’excellent caractère ; doué d’une intelligence bien équilibrée, il paraît réaliser toutes les conditions requises pour faire un bon missionnaire. » Admis le 22 février 1935, il entra à Bièvres le 14 septembre suivant. Ordonné prêtre le 29 juin 1942, il reçut sa destination pour la Mission de Canton. Mais on était en pleine guerre et il n’était pas question pour lui de partir. Aussi fit-il quelques années de ministère dans son diocèse d’origine, à St-Pierre-Montlimart.

     

    La guerre terminée, le P. Chevalier put envisager son départ et c’est le 24 mai 1946 qu’il quitta la France pour rejoindre sa Mission. Arrivé à Canton, le 6 août 1946, il était à pied d’œuvre, mais pas au bout de ses peines. Il s’agit alors pour lui de se livrer à l’étude de cette langue chinoise compliquée et aux intonations très subtiles (9 intonations dans le cantonais). Il s’y accrocha avec tout son courage ; pour se distraire, il se livrait à quelques petits travaux manuels mais, tout en les accomplissant, il répétait à haute voix sa leçon de chinois... Quelques mois après, il fut envoyé à la léproserie de Sheklung ; c’est là qu’il continua son étude de la langue et commença à exercer son apostolat, d’abord de 1947 à 1949, puis du mois de juillet 1949 jusqu’au 3 juillet 1952.

     

    Depuis des années, les communistes chinois ferraillaient avec les troupes nationalistes de Chang kai Shek. De mois en mois ils avançaient, tant et si bien qu’ils occupèrent tout le pays. Dans toutes les provinces de Chine les étrangers furent expulsés avec plus ou moins de ménagements ; certains même passèrent de longs mois en prison. Pour le P. Chevalier, il fut expulsé le 3 juillet 1952 et il arriva à Hongkong le 6. Affecté à la Maison de Nazareth, il fut nommé curé de la paroisse de Tai-Kou-Lao, paroisse des ouvriers de l’imprimerie de Nazareth. Il y resta de 1952 à 1971. Il y travailla avec tout le dévouement qui le caractérisait ; les témoignages qu’on lira plus bas en donneront un aperçu. En 1971, il reçut une affectation qui surprit tout le monde à commencer par lui-même : il fut nommé directeur spirituel au Grand séminaire de Hongkong à Aberdeen : fonction très délicate pour un étranger, fonction dont il s’acquitta avec beaucoup d’esprit surnaturel et à la satisfaction tant des responsables du séminaire que des élèves. Déchargé de cette lourde tâche en 1980, il aurait pu aspirer à la retraite... Mais l’évêque de Hongkong était à la recherche d’un curé pour la paroisse N.-D. du Rosaire à Kennedy Town. Il proposa le poste au P. Chevalier… qui accepta au grand étonnement des confrères qui ne le jugeaient plus capable, à son âge et vu son état de santé, de diriger convenablement cette paroisse.

     

    Au mois d’avril 1981, après avoir assuré son remplacement à la paroisse, il partit pour un congé bien mérité. Comme son neveu, le P. Maurice Chevalier, est missionnaire en Thaïlande, il fit une escale dans ce pays pour voir son neveu et aussi pour aller visiter des camps de réfugiés dont on parle beaucoup dans la presse. Il voulait voir sur place ce qu’il en était... Au retour d’une de ces visites, il fut victime d’un accident d’auto et pratiquement tué sur le coup... C’était le 23 avril 1981. L’émotion fut grande à Hongkong à la nouvelle du décès brutal du P. Chevalier.

     

    Par pitié filiale, les prêtres de Hongkong décidèrent de ramener son corps ; deux d’entre eux allèrent à Bangkok et ramenèrent le corps du P. Chevalier qui fut exposé dans l’église N.-D. du Rosaire pour une veillée funèbre. Le 4 mai eurent lieu ses obsèques dans la chapelle des Sœurs de St-Paul de Chartres. Mgr Jean-Baptiste Wu, évêque de Hongkong avec Mgr Lemaire, ancien supérieur général de la Société des Missions Etrangères, Mgr Rodriguez da Costa, évêque de Macau entourés d’une centaine de prêtres concélébrèrent l’Eucharistie. Plus d’un millier de personnes assistaient à la cérémonie dont plusieurs vieilles femmes âgées, non chrétiennes. Ces femmes étaient du nombre de ces 40 pauvresses pour lesquelles le P. Chevalier avait accompli sa dernière œuvre de charité, c’est-à-dire l’aménagement d’un dortoir pour femmes pauvres et âgées, à Western. Le corps du P. Chevalier repose dans le cimetière catholique de Happy Valley, « la vallée du bonheur ».

     

    Telle fut, brièvement résumée, la vie du P. René Chevalier. Mais ce bref curriculum vitae ne suffit pas à nous faire connaître en profondeur ce qu’il fut, comment il fut vu et apprécié tant par ses confrères des Missions Etrangères que par les prêtres chinois et aussi par d’autres personnes. Voici donc quelques témoignages qui nous feront mieux connaître son rayonnement. Malgré certaines répétitions, ces témoignages nous permettront de mieux saisir quelle fut l’estime que l’on avait pour lui. Voici d’abord des extraits du témoignage donné par le P. Dominic Chan Chi Ming, au cours de la veillée funèbre à la paroisse N.-D. du Rosaire, le 3 mai 1981 : « Je voudrais vous faire part, au moyen de quelques images, de l’influence que le P. Chevalier a eue sur ma vie : d’abord, je suis arrivé à Hongkong en même temps que lui ! C’est en 1952 qu’il a été obligé de quitter le continent pour venir à Hongkong et c’est dans sa vieille voiture qui servait à tous les usages qu’il a conduit ma mère à l’hôpital pour me mettre au monde ; ainsi c’est grâce à son aide que j’ai vu le jour. — Pendant notre enfance, au village de Taikoulao, devant la carrure du P. Chevalier, nous avions l’impression d’être tout petits. Et il nous faisait très peur ; mais son sourire et sa barbe avaient vite fait de transformer nos peurs en une profonde affection pour lui ; nous étions si petits que c’était un honneur d’arriver à toucher cette barbe ; quant à son sourire tranquille, on peut dire que c’était son signe particulier.

     

    Pendant des années, chaque dimanche je l’ai accompagné à l’île de Lamma pour l’enseignement du catéchisme et la messe. En se faisant tout à tous, en se préoccupant des petites choses et des petites gens, il est devenu pour cette île un phare et un prophète. C’est lui qui tout seul y a fondé l’école Notre-Dame de Lourdes.

     

    Au cours de mon séminaire, je l’ai suivi pendant deux ans dans ses visites aux hôpitaux Grantham et Lady Trench. Si aujourd’hui je puis tout naturellement et avec amour visiter les malades, c’est à vous, Père, que je le dois. Je vous remercie de me l’avoir appris.

     

    Nous avons tous profité des consolations et des encouragements du P. Chevalier. Je me souviens qu’il y a quinze ans, quand j’ai voulu entrer au séminaire, mes parents n’étaient pas d’accord ; ils craignaient les moqueries des gens qui diraient que nous voulions profiter de l’Eglise. Mais le Père alla les trouver et leur prodigua explications, encouragements, consolations, les exhorta à ne pas laisser le jeune Chi Ming (moi-même) manquer l’occasion. C’est ainsi que si, aujourd’hui, je suis prêtre, c’est à lui que je le dois. Toute ma vie, il a été mon compagnon, mon conseiller. Il est mon plus grand bienfaiteur, celui de qui je me sens le plus proche... Chers frères et sœurs qui m’écoutez, “le bon combat, le P. Chevalier l’a mené jusqu’au bout; la course qu’il devait faire, il l’a achevée”. Mais pour nous, notre devoir et notre mission de répandre son esprit ne sont pas terminés : nous devons faire tous nos efforts pour continuer la tâche et le service du Père, en particulier à l’égard de tous ces vieillards abandonnés et sans voix. Que notre tristesse se transforme en force, que notre douleur se transforme en union ; tous d’un seul cœur : cela aussi c’est le testament du P. Chevalier.

     

    Apprenons encore de lui sa façon toute simple de vivre qui le rendait encore plus semblable au Christ souffrant et ressuscité. Prenons aussi exemple sur sa pitié pour les gens, sur sa façon de consoler et d’encourager tout un chacun afin que notre prochain soit en mesure de faire l’expérience de l’amour du Seigneur en nous voyant vivre, nous les chrétiens. »

     

    A la messe d’enterrement, l’homélie fut prononcée par le P. Lawrence Yiu Shun Kit, grand ami du P. Chevalier. En voici les passages essentiels. Le Père commenta la parole de l’Evangile : « Si le grain ne meurt » — « Cette parole de l’Ecriture s’est réalisée pour le P. Chevalier. » Toute sa vie fut une mise en pratique de l’Evangile. Pendant trente-cinq ans, il a travaillé sans faire de bruit sur cette terre de Chine. Ce n’est pas avec des méthodes modernes d’apostolat mais avec le cœur du Christ qu’il a prêché l’Evangile. Ce n’était pas un prédicateur, encore moins un théologien, mais c’était un pasteur. Il était à tout instant avec son troupeau, connaissant chacune de ses brebis, s’occupant de chacune d’elles avec une prédilection pour les plus faibles et les plus pauvres. Et c’est en allant visiter celles qui sont le plus méprisées, le plus oubliées — les réfugiés — qu’il a fait le sacrifice de sa vie.

     

    Il s’est toujours préoccupé des besoins des autres avant de penser à soi. Selon le témoignage des paroissiens de Taikoulao, quand il allait évangéliser l’île de Lamma, il emportait ce dont les pauvres de là-bas pouvaient avoir besoin et tout en leur annonçant la Bonne Nouvelle, il leur donnait ce qu’il pouvait. C’est ainsi qu’il mit tout en œuvre pour ouvrir une école sur cette île. Quand il pensait que quelque chose devait se faire, il n’était pas homme à se laisser arrêter, pas plus par le manque d’argent que par les remarques des gens. Et cela parce qu’il avait totalement foi en la Providence ; il disait souvent : « A quoi bon s’inquiéter des questions d’argent ? Mettons-nous au travail et, pour le reste, Dieu y pourvoira.

     

    S’il n’avait pas le savoir étendu d’un théologien, il avait la sagesse du Saint-Esprit. Il était très capable de distinguer ce qu’il fallait faire et ce qu’il ne fallait pas faire, quand le faire et comment le faire. Pendant les huit ans où j’ai partagé sa vie au séminaire du Saint-Esprit, j’ai eu l’expérience concrète de sa sagesse. Dans beaucoup d’occasions, alors que les autres étaient encore dans le vague, lui avait déjà une vue claire des choses... Dans les moments de dépression ou de tristesse, j’allais le voir. Immanquablement il mettait sa main sur mon épaule et me disait : “Ah Yiu, nous ne sommes bons à rien, mais Dieu sait comment faire ; avec lui, pas de problème ; ne crains rien… pas de problème. Les projets de Dieu, personne ne les connaît. Si les hommes savaient tout, c’est alors qu’il y aurait des problèmes... » Vraiment il vivait chaque instant dans une confiance absolue en Dieu.

     

    Il me disait toujours : “Ah Yiu, notre vie doit être simple. Plus elle est simple, mieux ça vaut.” Et c’est vrai que la simplicité de sa vie lui laissait le cœur d’autant plus disponible pour accueillir tout le monde, pour aimer tout le monde. Cette simplicité le rendait aussi plus capable de discerner les vrais besoins de chacun. Par exemple, lorsque le diocèse dut trouver un curé pour la paroisse de Kennedy-Town et qu’il ne se trouvait pas de prêtre disponible, l’évêque lui demanda s’il acceptait d’y aller. Je me trouvais à ce moment à côté de lui. Sa réponse fut toute simple : “Je suis déjà vieux, je ne suis sans doute plus capable d’être curé.” Mais quand il se rendit compte que le diocèse avait vraiment besoin de lui, malgré ses 71 ans, il accepta la nomination de l’évêque. On eut beau lui dire : “Père, vous devriez réfléchir, vous devriez vous reposer.” Il prit sa voix grave et profonde qui venait du fond du cœur pour répondre : “Croyez-vous que je ne suis pas capable de profiter de la vie ?” Oui, il savait se reposer, il était capable de profiter de la vie. Seulement devant les besoins des gens, il travaillait sans discontinuer... Après son arrivée à Kennedy-Town, quand il eut découvert les besoins concrets et réels des chrétiens, il se mit immédiatement au travail, jusqu’à la dernière minute.

     

    Malgré qu’il eût passé 70 ans, son cœur était plus jeune que celui de beaucoup de jeunes et il comprenait très bien le cœur des jeunes. Après sa nomination, la première fois que je le rencontrai il me dit : “Nous prêtres, nous devons avoir un cœur disponible, nous devons prendre le temps d’écouter les gens, nous devons toujours avoir le temps de les recevoir.” Il était de fait quelqu’un qui avait toujours le temps d’écouter et de comprendre les gens et, en même temps, il était quelqu’un de très occupé pour aider les gens qui avaient besoin de lui. Lorsque, la veille de son départ, j’arrivai à Kennedy-Town pour aider la paroisse, le cher Père prit le temps de m’enseigner comment faire un bon prêtre de paroisse. Il me dit : “Ah Yiu, ne t’en fais pas ; nous, en tant que prêtres, ce n’est pas à nous de travailler. Les chrétiens travaillent plus que nous. Ils nous enseignent comment faire. Ce qui importe avant tout, c’est de ne pas les empêcher de travailler. Pour nous, il nous faut sans cesse être avec eux.” C’est maintenant, en voyant la paroisse préparer son enterrement que je me suis rendu compte combien sa façon de penser et d’agir était juste. Puis pour terminer le P. Yiu ajouta : “Chers frères et Sœurs, je suis sûr que nous tous qui sommes rassemblés ici nous aurons à cœur de renforcer notre foi à l’exemple du P. Chevalier et qu’en suivant ses enseignements, nous deviendrons de vrais disciples du Christ. Et même il est permis d’espérer que parmi les assistants à cette cérémonie se lèveront de nombreux pasteurs comme le P. Chevalier.”»

     

    Citons maintenant ce que dit un handicapé physique, en guise de prière universelle, au cours de la cérémonie : « Pères, frères et sœurs, c’est avec une grande douleur que je pleure aujourd’hui un homme qui pendant plusieurs dizaines d’années porta sur ses épaules la Croix de Jésus qui remplit la mission à lui confiée par le Seigneur du Ciel de répandre la Foi en Dieu et de montrer par chacune de ses actions. l’importance de la Charité.

     

    Cette soutane noire, cette pipe continuellement à la bouche, dans les hôpitaux près des malades, dans les orphelinats près des enfants, c’était la figure d’un papa toujours accueilli avec joie.

     

    Il visitait sans répit les hôpitaux, s’asseyait au bord du lit des malades ; ses paroles consolantes, son visage plein de bonté leur redonnait l’espoir et la joie. C’est de cette façon que le P. Chevalier a passé plusieurs dizaines d’années à rayonner la charité et la miséricorde de Dieu. Merci, Seigneur.

     

    Père Chevalier, nous nous souviendrons toujours de vous, nous continuerons votre mission, toujours plus forts dans la Foi et dans l’Amour des autres. »

     

    Un prêtre chinois de l’Ile Maurice qui a fait ses études au séminaire du Saint-Esprit à Hongkong garde lui aussi un excellent souvenir du P. Chevalier : « J’ai eu l’honneur de séjourner chez le P. Chevalier une quinzaine de jours, à Taikoulao, en 1956, car on m’avait envoyé me reposer chez lui. Ce qui m’a tout de suite frappé chez le P. Chevalier, ce fut sa grande charité sous un air un peu bourru et son grand dévouement au service de ses paroissiens, à longueur de jour. C’est plutôt après la prière du soir qu’il recevait les gens qui avaient quelque chose à lui demander et cela jusqu’au moins 10 h.

     

    Il avait un enthousiasme débordant pour sa mission et était toujours de bonne humeur. Il vivait très frugalement mais veillait à bien traiter ses hôtes.

     

    Je me souviens du témoignage d’une pauvre femme qui disait au P. Chevalier et avec une grande sincérité : “Père, vous êtes bon” et le Père de lui répondre : “En quoi suis-je bon ?” — Il était d’une grande humilité, ne parlait jamais de lui ni de son pays ; c’est pourquoi il a pu si bien s’adapter à la mentalité chinoise et être aimé et respecté de tous. Le Seigneur a voulu récompenser son dévouement en lui accordant la joie de mourir en pays de mission et de reposer parmi les siens à Hongkong où il a tant travaillé pendant près de trente ans » (Serge Ahkong).

     

    Pour terminer ces « témoignages », voici comment le Groupe Missionnaire des Missions Etrangères à Hongkong présente le P. Chevalier dans un article intitulé : « Surprenant P. Chevalier ». « René Chevalier, bien des fois a surpris son entourage. Même les plus familiers, ceux qui avaient le sentiment de bien le connaître, étaient parfois désarçonnés par ses réactions ! Par la façon dont il nous a quittés, par la façon dont sa mort a été ressentie par l’Eglise à Hongkong, par la cérémonie à la fois familiale et grandiose que fut son enterrement, il nous a étonnés encore une fois.

     

    Quelle ne fut pas notre surprise, il y a dix ans, de le voir quitter sa paroisse de Taikoulao, après dix-neuf ans de service pour accepter le poste de directeur spirituel au grand séminaire diocésain. Déjà âgé (62 ans), n’ayant jamais fait montre de qualités intellectuelles spéciales, non plus que d’idées particulièrement modernes susceptibles de plaire aux futurs prêtres, il aurait été, de toute évidence, bien plus à l’aise en continuant son ministère à la base, parmi le petit peuple. Pourtant il accepta dans la foi cette nouvelle vie et tous les témoignages concordent pour affirmer qu’il accomplit un travail remarquable auprès des séminaristes.

     

    Quand, à 7 I ans, il accepta de devenir curé de Kennedy-Town, ce ne fut plus de la surprise, mais une sorte d’indignation : ce n’était pas raisonnable ! L’ancien curé, le P. Madéore, physiquement épuisé, avait dû prendre sa retraite précisément à cet âge. Comment le P. Chevalier allait-il s’en sortir dans cette grosse paroisse ouvrière ? La disposition des lieux, avec l’église au 4e étage, aurait vite raison de ses forces, car il était malade du cœur. Les chrétiens, les nombreux jeunes surtout, l’épuiseraient vite, car ils sont exigeants et attendent beaucoup de leurs prêtres.

     

    En fait, il s’en sortit très bien, aidé très efficacement par un vicaire qui aurait pu être son petit-fils. « Débordé de travail, dit ce dernier, le P. Chevalier donnait l’impression d’avoir tout son temps : il trouvait le temps de prier longuement, d’écouter patiemment les gens qui venaient lui demander des conseils ou simplement parler de tout et de rien, et même de faire un peu de jardinage... Il semblait libre de tout souci. » Son style décontracté en a déconcerté beaucoup. Certains l’ont pris pour de l’indifférence ou de l’insouciance. Pourtant la majorité ne s’y est pas trompée, nous nous en sommes rendu compte lors de son enterrement. Son attitude était celle d’un homme capable de tout relativiser parce qu’il croyait vraiment à l’Absolu, celle de quelqu’un qui vivait profondément les paroles de saint Paul : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, pas même la mort » (Rm 8, 39). Se sachant à la merci d’une attaque cardiaque, il était toujours prêt à rencontrer celle-ci et il en parlait souvent en toute sérénité.

     

    Dans notre groupe MEP, plusieurs se sont trouvés, sur des points précis, en désaccord avec lui. Pourtant, au cours de la discussion, nous avions toujours devant nous un homme au cœur parfaitement en paix avec lui-même et avec les autres, libre de tout ressentiment, aigreur ou déception. Cela a grandement contribué à maintenir entre nous un climat fraternel.

     

    Responsable de notre petit groupe pendant trois ans, il a beaucoup fait pour son intégration dans le diocèse. Il suffisait de dire : « Je suis MEP » pour s’entendre répondre presqu’inévitablement : « Ah ! vous êtes du même Institut que le P. Chevalier. »

     

    A l’aéroport, au moment de son départ en congé, il nous a confié qu’il partait le cœur vraiment en paix. Il n’avait plus à se soucier de rien : le groupe MEP, il n’en était plus responsable ; le séminaire, il l’avait quitté un an plus tôt ; à Kennedy-Town, un de ses plus chers amis, le P. Laurent Yiu, avait accepté de venir aider le vicaire ; l’aumônerie des Français, il l’avait confiée à un Père jésuite. Deux jours plus tard nous apprenions brutalement son accident et sa mort en Thaïlande. Il a fallu que nous le revoyions dans son cercueil que deux prêtres chinois sont allés chercher à Bangkok, pour réaliser que notre ami René, si vivant et toujours joyeux, était retourné vers le Père.

     

    Comme nous l’avons dit plus haut, l’enterrement eut lieu dans la grande chapelle des Sœurs de St-Paul de Chartres. Mais dans cette église un peu froide, ce n’était pas le climat habituel des enterrements mais une ambiance de foi sereine et même, pour certains, d’action de grâces, tel cet handicapé qui perturba quelque peu la prière universelle en concluant son invocation par un retentissant « Merci Sei­gneur » au lieu de « Prions le Seigneur ».

     

    Pour conclure tout ce qui s’est passé à Hongkong, voici comment le P. Yiu dans son homélie résuma la vie du P. Chevalier : « Toute sa vie annonçait l’Evangile, c’était un missionnaire au sens le plus riche du mot. »

     

    Un vieux proverbe latin nous dit : « Verba movent, exempla trahunt = les paroles émeuvent, les exemples entraînent. » Les témoignages que l’on vient de lire nous ont fait mieux connaître la personnalité du P. Chevalier. Cependant il sera bon d’ajouter comme un résumé fait par un charitable confrère et intitulé : « Quelques particularités au sujet du P. Chevalier. » En voici de larges extraits :

     

    Tout d’abord son intégration remarquable dans l’Eglise locale. Il n’y avait pas d’individualisme dans sa manière d’agir : il adhérait aux directives de l’évêque, les défendant même au besoin quand dans une conversation quelqu’un les critiquait. C’est dans cet esprit qu’il faisait effort pour être présent aux réunions décidées par l’autorité pour l’étude d’une question concernant l’apostolat.

     

    Ses relations étaient visiblement très cordiales avec tous les prêtres, aussi bien les prêtres chinois que les autres. Il était avenant et manifestait beaucoup de bonne humeur, ce qui fait qu’il était unanimement respecté et aimé. D’ailleurs on le vit bien lors de ses obsèques.

     

    Il apporta une contribution active au Synode de Hongkong qui dura plusieurs mois ; il intervenait souvent, non pas en théoricien, mais en pasteur qui voyait les choses d’une façon pratique.

     

    Il avait aussi le souci des vocations sacerdotales et veillait tout spécialement sur les jeunes de sa paroisse qui paraissaient avoir des indices de vocation.

     

    Parfaitement adapté à la mentalité chinoise, il parlait le cantonais avec aisance et avait une bonne connaissance des caractères chinois. Cette bonne connaissance de la langue lui facilitait les contacts avec les gens ; mais dans ces contacts, il avait toujours un souci d’apostolat de façon discrète mais efficace. Un exemple remarquable entre tous, c’est la fondation de la chrétienté dans l’île de Lamma ; il s’y rendait chaque dimanche après le service paroissial à Pokfulum et parfois aussi en semaine. Il y fonda un jardin d’enfants pris en charge par les Sœurs des Missions Etrangères, puis ensuite par les religieuses canadiennes.

     

    Sa grande charité se manifesta surtout dans le secours qu’il apporta aux lépreux misérables établis sur sa paroisse, dans l’aide morale et matérielle à l’égard des tuberculeux pratiquement abandonnés dans un misérable centre situé sur la paroisse de Tai Kou Lao, puis comme ancien missionnaire de Canton, il était resté en relation, dans toute la mesure du possible, avec des prêtres et des chrétiens de ce diocèse ; il les aidait, mais gardait toujours sur ce point une discrétion absolue.

     

    Charité encore par les services en tous genres qu’il rendait à ses chrétiens, et même à des non-chrétiens ; il était toujours disponible. Sa voiture avait pratiquement plus d’utilité pour ses paroissiens que pour lui-même.

     

    Le travail ne lui manquait pas dans sa paroisse. Cependant il prit en charge l’aumônerie de la colonie française catholique de Hongkong lorsque le titulaire eut quitté Hongkong. Il s’en acquitta avec zèle : messe à la chapelle St-Paul, catéchisme aux enfants, visite des malades...

     

    Il se dépensait sans compter ; on peut même dire qu’il n’avait pas assez souci de sa santé. Il faisait même des imprudences qui auraient pu lui être fatales. Il en était de même pour sa nourriture plus que frugale : en tout cela, évidemment, il n’est pas à imiter...

     

    Ce zèle et toute cette activité apostolique étaient soutenus et entretenus par une profonde vie de prière ; il avait gardé, dans toute la mesure du possible, une grande fidélité à ses actes de prière traditionnels et avait une grande dévotion pour N.-D. de Lourdes.

     

    Tels sont les principaux traits caractéristiques du P. Chevalier relevés par un confrère...

     

    Le mercredi 6 mai (1981) fut célébrée à Beaupréau, paroisse Saint-Martin, un service funèbre pour le repos de l’âme du P. Chevalier. Six confrères des Missions Etrangères se joignirent à une vingtaine de prêtres de l’Anjou pour concélébrer la messe. Au premier rang de l’assemblée se tenaient les 5 frères du défunt. Sa vieille tante (95 ans) et sa belle-sœur, la maman du P. Maurice Chevalier de Thaïlande, n’avaient pu se rendre à l’église.

     

    Le P. Pierre Fleury présida la cérémonie et l’homélie fut faite par un jeune prêtre angevin, neveu du P. Emile Mauget, dont la famille habite les « Châtaigniers » comme celle du P. Chevalier.

     

    Les intentions de prière furent lues par une fillette chinoise venue de Nantes avec ses parents. Ceux-ci s’étaient mariés à Hongkong, il y avait une dizaine d’années et c’est le P. Chevalier qui avait béni leur union.

     

    L’église St-Martin de Beaupréau était comble et l’atmosphère très recueillie surtout lorsque, à la fin de la messe, le P. Pierre Fleury, ancien missionnaire de Canton comme le P. Chevalier, retraça brièvement la vie missionnaire du P. Chevalier en Chine, pendant trente-cinq ans.

     

    Le Cardinal Rossi, Préfet de la SC de la Propagande, ayant appris le décès du P. Chevalier envoya au Père Supérieur général la lettre dont voici le texte :

     

     

    SACRA CONGREGATIO

    PRO GENTIUM EVANGELIZATIONE

    SEU DE PROPAGANDA FIDE

     

    PROT 2739/81

     

    Rome, 30 juin 1981

    Très Révérend Père,

    Cette S. Congrégation vient d’apprendre, il y a quelques jours seulement, la mort du R..P. Chevalier, survenue accidentellement à Bangkok, le 23 avril dernier et je m’empresse de vous manifester mes plus vives condoléances et celles de ce S. Dicastère, en vous assurant de nos prières en suffrage pour le regretté défunt.

    Vrai missionnaire, le P. Chevalier se donnait avec zèle à toutes les occasions d’apostolat qui s’offraient à lui, avec une préférence pour les p/us déshérités. Les relations qu’il entretenait avec l’Archidiocèse de Canton lui permettaient de rendre service à cette Eglise, en particulier à son clergé. En même temps, il faisait bénéficier cette S. Congrégation des informations qui lui en parvenaient, ce dont on lui garde, ici, une vive reconnaissance.

    Ses dernières activités ont été en faveur des nombreux réfugiés des camps de Thaïlande qu’il venait de visiter. Les démonstrations de sympathie qui entourèrent ses funérailles prouvent combien il était estimé de tous. Propaganda s’y associe de tout cœur et tient à vous redire toute la gratitude qu’elle conserve envers ce vaillant missionnaire qui fait honneur à la Société des Missions Etrangères de Paris.

    Avec l’assurance de notre prière, veuillez agréer, Très Révérend Père, l’expression de mes sentiments sincèrement dévoués dans le Seigneur.

     

    Cardinal Rossi, Pref.

     

    Nous avons confiance que du haut du ciel le P. Chevalier continue à veiller sur l’Eglise à Canton et à Hongkong et qu’il intercède pour que se lèvent de nombreuses et généreuses vocations.

     

     

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    • Numéro : 3661
    • Pays : Chine Hongkong
    • Année : None