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Joseph Augustin CHEVALIER (1814-1880)

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    Mgr Joseph-Augustin Chevalier appartient par sa naissance au diocèse de Besançon qui, dans ce siècle , a donné à l’Église tant de généreux missionnaires , d’illustres pontifes et de glorieux martyrs. Il naquit à Arc-et-Sénans (Doubs), le 19 mars 1814. Après avoir achevé ses études et reçu la prêtrise à Besançon, il entra le 13 octobre 1837 au séminaire des Missions Étrangères , dans le dessein de se consacrer à l’apostolat chez les peuples infidèles. Le 3 septembre de l’année suivante, le nouveau missionnaire s’embarqua à Bordeaux pour se rendre à Pondichéry .

    Nous reproduisons la relation de la vie et de la mort du vénérable prélat , qui nous a été envoyée du Mayssour.

    « A son arrivée dans les Indes, le futur évêque de Hiérapolis fut envoyé dans la partie de la Mission de Pondichéry , qui a formé depuis le Vicariat du Mayssour. Il fixa sa résidence habituelle à Bangalore ; mais il visitait, selon les besoins, les districts de Mysore et du Nagar, et les districts Télougous de Ballapuram , Ponganour, etc. Il assista à l’important Synode tenu à Pondichéry en 1844, sous l’administration de Mgr Bonnand. Quand le Mayssour fut érigé en vicariat distinct, Mgr Charbonneau ayant confié à M. Chevalier le soin de former un Séminaire indigène, celui-ci recueillit un certain nombre d’enfants et de jeunes gens, qui le suivaient dans la visite des districts environnants, et auxquels il faisait la classe dans les moments de loisir que lui laissait le soin des chrétiens . Ce Séminaire ambulant fut le noyau du Séminaire actuel.

    « En 1852, M. Chevalier fut nommé chapelain militaire ; et, pendant les 22 ans qu’il a gardé ce poste, son abord facile et ses manières avenantes et cordiales lui ont valu une rare popularité. Les soldats catholiques des régiments qui ont successivement tenu garnison à Bangalore, ne se sont séparés de lui qu’avec regret, et leur affectueuse reconnaissance a donné à son nom une grande notoriété, jusque dans les stations les plus reculées de l’Inde et de la Birmanie.

    « Les appointements des chapelains catholiques étaient alors plus que modestes ; pourtant, avec ce traitement, le nouveau titulaire se crut riche : l’humble viatique du missionnaire ne lui avait-il pas suffi jusqu’à ce moment ? Le surplus, joint aux charités que de bonnes âmes faisaient passer par ses mains, lui servit à soulager d’innombrables misères. Nulle porte dans Bangalore n’a été aussi constamment assiégée que la sienne par des malheureux de toute condition, auxquels il distribuait des secours passagers, ou même servait une modique pension hebdomadaire. A mesure que le traitement du chapelain monta à un chiffre plus élevé, il entreprit d’autres œuvres . C’est à lui que la Mission doit l’église du Nagar, la chapelle du Séminaire indigène et, en grande partie, l’église de Saint François-Xavier à Bangalore, qui compte parmi les trois ou quatre des plus considérables du Vicariat.

     

     

    (1)  Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la mort de Mgr Ponsot, évêque de Philomélie et vicaire apostolique du Yun-Nan et celle de M. Bossard, missionnaire de la Cochinchine Orientale. N’ayant encore pu nous procurer aucun détail, nous publierons dans la lettre comune de 1881 les articles nécrologiques que nous espérons recevoir sur ces deux bien regrettés défunts.

    « Sentant vivement le besoin de maîtres d’écoles qui fussent capables de donner à l’enfance et à la jeunesse une instruction solide et une éducation chrétienne, il conçut le projet d’instituer une Société de Religieux voués à l’enseignement. Il mûrit ce dessein pendant quelque temps, et un petit synode, qui suivit la Retraite commune de 1859, lui ayant fourni l’occasion d’en proposer l’exécution, il rencontra chez ses confrères une adhésion si vive, des encouragements si unanimes et si manifestes, qu’il se mit aussitôt à l’œuvre . Les sujets sur lesquels il fondait le plus d’espérances étaient pour la plupart des soldats en activité de service ; il fallut acheter leur exonération au prix de sommes qui faisaient un total énorme.

    « Jusqu’au dernier jour de sa vie, la Société des Frères de Saint-Joseph fut son œuvre de prédilection, celle à l’entretien de laquelle il a consacré la meilleure partie de ses ressources disponibles.

    « Mgr Charbonneau étant décédé en 1873, M. Chevalier qui, depuis plusieurs années, était Provicaire de la Mission, fut nommé Vicaire Apostolique et sacré le 1er mars de l’année suivante, avec le titre d’Évêque d’Hiérapolis. Son court épiscopat de six ans a été attristé par l’horrible famine qui, dans les années 1876 et 1877, désola plusieurs contrées de l’Inde Méridionale et sévit avec beaucoup de rigueur dans le Mayssour.

    « Bien secondé par l’activité et le zèle de ses prêtres, leprélat s’occupa de faire face aux besoins immédiats des fidèles, distribua les secours que lui envoyait la charité de l’Europe et ceux que le Gouvernement mettait à sa disposition ; il multiplia les orphelinats, acheta des terres pour y établir des familles indigentes, fonda à quelque distance de Bangalore une ferme agricole, où travaillent aujourd’hui un grand nombre d’enfants recueillis à l’époque du fléau, et ne fut un peu consolé des tristesses de ce malheureux temps que par la considération de la multitude d’âmes, pour lesquelles les afflictions corporelles ont été le moyen providentiel de la régénération et du salut éternel.

    « La solide constitution de Mgr Chevalier avait reçu une rude secousse, même avant qu’il fût promu à l’épiscopat. Sacré évêque à 60 ans, après en avoir passé 35 ans dans l’Inde, il devait s’attendre à ressentir plus qu’un autre les fatigues des tournées pastorales. Presque invariablement, en effet, il a rapporté de ses visites une fièvre qui le tenait quelques jours et disparaissait peu à peu.

    « En novembre et décembre derniers, il visita les deux districts du Wynaad, la seule partie du Vicariat qu’il n’eût pas encore vue comme pasteur, et quand il rentra à Bangalore le 10 janvier de cette année , il sembla par exception n’avoir rien perdu de sa santé.

    « Quelques semaines après, en dépit des chaleurs qui commençaient à se faire sentir, il se rendit dans une localité située à une quinzaine de milles et y passa plusieurs jours. A son retour il alla à diverses reprises voir cette colonie de nouveaux chrétiens pour lesquels il avait acheté des terres non loin de Bangalore. Le 13 mars, veille du dimanche de la Passion, il conférait le sous-diaconat à deux minorés indigènes : jamais il ne s’était mieux porté.

    « Le 17, jour anniversaire de sa naissance, il célébra la sainte Messe sans éprouver la plus légère fatigue ou indisposition : et pourtant ce fut la dernière fois qu’il monta à l’autel. Dès le lendemain il fut pris de maux de tête et de poitrine ; la fièvre se déclara. Les docteurs reconnurent une pleurésie ; et comme, dans les jours suivants, la fièvre de l’après-midi était accompagnée d’un délire presque continuel, ils parlèrent d’un danger sérieux.

    « Le 21, dimanche des Rameaux, le confesseur du Prélat lui ayant déclaré que la maladie était grave, Monseigneur reçut la nouvelle avec une admirable résignation.

    « Le 23 au matin, tout le clergé de Bangalore accompagnait le Saint Sacrement qui allait être administré en viatique au vénérable malade. Celui-ci, en rochet, mosette et étole, vint au-devant du Saint-Sacrement jusqu’à la porte de sa chambre, puis s’assit, prononça clairement les paroles de la profession de Foi, prescrite en pareille circonstance, et fit la sainte communion à genoux. Quelques moments après, le Provicaire lui conféra l’Extrême-Onction. Le malade avait sa pleine connaissance, ainsi qu’il arrivait chaque jour durant la matinée, et il répondait aux invocations, d’une voix cassée par la souffrance, mais forte encore et très distincte. Dans l’après-midi, tant ce jour-là que le lendemain, il fut en proie au délire, mais dans la matinée, sa tête étant parfaitement libre, il priait souvent de lui-même, et toutes les fois qu’une oraison jaculatoire lui était suggérée, il ne manquait pas de la répéter avec ferveur.

    « Le 25, Jeudi-Saint et fête de l’Annonciation, M. Clémot ayant offert à Monseigneur de dire la Messe dans son appartement, il accueillit cette offre avec joie ; mais en raison de sa faiblesse toujours croissante, il n’est pas certain qu’il ait pu suivre le saint Sacrifice qui s’accomplissait sous ses yeux. Vers 10 heures, des convulsions commençant à se produire, les Missionnaires qui l’assistaient se mirent à réciter les prières de l’agonie. On donna au mourant une dernière absolution et l’Indulgence in articulo mortis. Bientôt après il eut une crise violente, et au bout de quelques instants il rendit son âme à Dieu. – Il venait d’entrer dans sa 67è année .

    « Averti par un télégramme, Mgr Bardou de Coïmbatour accourut à Bangalore et Sa Grandeur officia à la cérémonie de l’enterrement, qui eut lieu le matin du Vendredi-Saint.

    « Les restes mortels de Mgr Chevalier reposent dans le chœur de la cathédrale, au pied de l’autel de Saint-Patrick, le Patron aimé de ces chers soldats irlandais, auxquels le Vénérable défunt avait consacré la meilleure partie de sa vie apostolique. »

    Un journal anglais et protestant de la localité, l’Examiner, termine ainsi un article nécrologique qu’il a consacré à la mémoire de Mgr de Hiérapolis. « Dans la personne de Mgr Chevalier, Bangalore a perdu un ami infatigable au service des pauvres, et il est hors de doute que sa mémoire sera longtemps l’objet du respect et de l’affection de tous. On peut dire de lui ce que l’on répétait il y a quelques années du P. Beauclair de Blackpally :  Bien que morts, ils sont encore vivants car leurs œuvres leur survivent. »

     

    • Numéro : 443
    • Pays : Inde
    • Année : None