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Charles CHERVIER (1903-1987)

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    • Né le 15 janvier 1903, à Lyon, paroisse de Sainte-Croix
    • Entré aux Missions Étrangères le 15 septembre 1922
    • Prêtre le 29 juin 1927 — Destination pour Coimbatore
    • Parti le il septembre 1927 pour Coimbatore
    • Décédé le 15 avril 1987 à Mysore

     

    Enfance et jeunesse

     

    Charles Chervier naquit à Lyon, paroisse de Sainte-Croix, le 15 jan­vier 1903. Il fit ses études primaires à Villefranche et à Notre-Dame de Bellegarde et ses études secondaires à l’institution Leirade à Lyon. Puis il entra au grand séminaire de Lyon, pour deux années (1920-1922).

     

    Se sentant une vocation missionnaire, il présenta sa demande d’entrée aux Missions Etrangères, le 6 juillet 1922. Les notes données à son sujet, par le supérieur du grand séminaire de Lyon, furent très favorables, et son admission prononcée le 20 juillet 1922. Entré aux. Missions Étrangères, le 15 septembre 1922, il poursuivit ses études avec une interruption, de mai 1923 à novembre 1924, pour accomplir son service militaire. Ordonné prêtre le 29 juin 1927, il reçut sa destination pour la mission de Coimbatore, en Inde, et partit le 11 septembre 1927. Au cours des années plusieurs subdivisions de diocèses ont eu lieu : ce qui explique que le P. Chervier s’est trouvé à Mysore.

     

     

    En mission

     

    Une dalle de granit noir, surmontée d’une croix du même granit, devant la façade de la nouvelle église d’Otherthotti, telle est la tombe du P. Chervier. Chaque jour, des guirlandes fraîches sont accrochées à la croix, et des lampes à huile sont allumées par des personnes qui ont recours à lui, car le Père est considéré comme un saint. Ainsi ce missionnaire est resté pour toujours près des gens qu’il a aimés.

     

    Arrivé à Coimbatore, une grande ville manufacturière du sud de l’Inde, le jeune missionnaire fut d’abord envoyé dans les montagnes Bleues, où il fut pendant trois ans et demi vicaire à la paroisse Sainte-Marie d’Oooty. Il y apprit le tamoul qu’il parla bien toute sa vie, mais on ne lui donna pas la possibilité d’étudier la langue écrite, si bien qu’il écrivait ses sermons en caractères romains.

     

    En 1936, il devint pour deux ans et demi curé de Kolappalur. Non content de s’occuper de la pastorale des chrétiens, il rayonna à bicyclette dans les villages voisins et baptisa plus de 300 chrétiens parmi les gens de basse caste. Environ 75% de ces convertis ont persévéré. À l’heure actuelle, leurs descendants sont plus de 1.000. C’est un résultat exceptionnel qui s’explique par l’excellente formation qu’il sut donner aux catéchumènes. Il prenait les candidats au baptême par groupes de 40 personnes au plus, enfants inclus et leur faisait donner une formation intensive par catéchistes.. « Je voyais, dit-il, leurs visages s’éclairer à mesure qu’ils absorbaient la doctrine chrétienne. »

     

    Sa seconde paroisse fut celle du Christ-Roi. Nouvelle paroisse qui venait d’être érigée dans la ville de Coimbatore, et dont il fut le premier titulaire. Sitôt la messe terminée, il partait visiter les familles pauvres et se rendait ainsi compte de leur extrême pénurie. Il se mit donc à les aider pour la nourriture, les vêtements et l’éducation des enfants. La formation spirituelle de ses paroissiens était son souci primordial. Il avait établi plusieurs confréries. Il s’attacha particulièrement à l’intronisation du Sacré-Cœur dans les familles, et il insistait pour que ces familles fassent, chaque premier vendredi du mois, une heure sainte, entre 22 heures et 3 heures du matin. Un père de famille fait savoir que sa famille est restée fidèle à cette pratique, depuis plus de cinquante ans. Le P. Chervier fut vicaire à Sainte-Marie d’Oooty, de 1941 à 1943. Entre temps, Oooty est devenu le siège d’un évêché et l’évêque actuel, Mgr James Aruldas écrit : « J’ai connu le P. Chervier depuis 1941, quand il fut mon curé à Sainte-Marie d’Oooty. J’étais son servant de messe. C’est lui qui a semé en moi le germe et l’idée de ma vocation. Il me demandait souvent : « N’aimerais-tu pas devenir prêtre ? Prie pour que le Seigneur t’appelle au sacerdoce ». Il enseignait le catéchisme et ses classes étaient très intéressantes.

     

    Il était plein de zèle pour les âmes. « Il faut, disait-il souvent, amener de plus en plus d’âmes au Christ. »

     

    Son caractère était très agréable ; il souriait toujours. C’était vraiment un saint prêtre, un saint missionnaire. Il se donnait de tout son cœur et faisait des kilomètres pour visiter les gens.

     

    À partir de 1943, il fut curé de Kodiveri, la paroisse la plus dure du diocèse. Mais sa diplomatie et son art de l’esquive lui permirent d’y travailler pendant neuf ans. La paroisse comptait alors sept dessertes que le P. Chervier et son vicaire visitaient régulièrement en vélo. Le Père s’occupa plus spécialement de Gendri, village situé dans la montagne et habité par une tribu nouvellement convertie. Pour les enfants de cette tribu, il créa deux pensionnats, l’un pour les garçons, à Saty, et l’autre pour les filles, à Kolliveri. Et c’est de Kolliveri que le Père partit pour son premier congé en France, après 25 ans de mission.

     

    Un an après son retour, il prenait la paroisse de Martalli, où il resta plus de seize ans. Martalli est situé dans une vallée fertile qui fut défrichée et mise en valeur par les chrétiens, des paysans émigrés du pays tamoul vers les années 1930. Ces paysans, de la caste des Padaiachi sont inébranlables dans leur foi et respectueux du prêtre. Ce sont des travailleurs courageux, mais buveurs.

     

    À cette époque, Martalli n’était relié au monde extérieur que par une mauvaise route et n’avait qu’une centaine d’élèves dans l’école sur une population d’environ 4.000 catholiques. Seize ans plus tard, la paroisse de Martalli comptait trois écoles primaires et une école secondaire, avec une population de près de 900 élèves. Entre temps, les jeunes avaient poursuivi des études supérieures à Madras, Mysore et dans d’autres villes.

     

    Tous ces résultats donnent une petite idée du travail du P. Chervier. Il était infatigable, car, en plus du souci des écoles, son vicaire et lui parcouraient la paroisse en vélo pour assurer les messes dans les dessertes. À son habitude, il avait établi des confréries pieuses dans lesquelles il cherchait à détecter des vocations sacerdotales ou religieuses. De fait, les vocations germèrent doucement. Le premier prêtre fut ordonné en 1977. Six autres l’ont été depuis lors. À l’heure actuelle, Martalli et les deux autres paroisses qui en ont été détachées comptent près de quarante séminaristes dans le clergé diocésain et chez les religieux.

     

    En 1970, le P. Chervier prit un deuxième congé en France. A son retour, il fut nommé curé de Cowdalli puis du Sacré-Cœur, dans la ville de Mysore. Il fut heureux de retrouver ses chers Padaiachis dans Sandanapalayam, une ancienne desserte de Martalli, érigée en paroisse. Toujours jeune d’esprit, et de santé excellente, il créa des ateliers de tissage pour donner un gagne-pain à la population. Mais la surdité et une diminution de la mémoire le forcèrent à prendre sa retraite, en 1982, à l’âge de 79 ans. Il était sur la brèche depuis 1927.

     

    Il vint s’installer à Otterthotti, autrefois desserte de Martalli, érigée en paroisse en 1962. Il restait donc au milieu de ses chers Padaichis qui, de leur côté, l’aimaient bien. Son pas était resté aussi alerte. Toujours jovial, il adorait les enfants qui venaient chaque jour autour de lui. Matin et soir, il priait plusieurs heures à l’église.

     

    En 1985, il fit une grave crise d’urémie dont il se remit au bout d’un mois. Le soigner n’était pas facile, car il refusait de parler de ses maux. Ainsi, toute sa vie, il souffrit de fortes migraines, mais restait aussi gai.

     

    Sa fin vint rapidement. Il fut souffrant pendant cinq jours, sans que les docteurs ne décèlent rien de spécifique. Quand il fut conduit à l’hôpital, il marcha sans difficulté jusqu’à sa chambre, mais trois heures plus tard, il succombait à un infarctus. C’était le 15 avril 1987.

     

    Son corps fut transporté à Otterthotti et exposé dans l’église ; il y resta sans altération pendant 44 heures. Les gens, chrétiens et non-chrétiens, accouraient nombreux pour le voir et le vénérer, car tous étaient convaincus que le Seigneur avait déjà récompensé son fidèle serviteur. La veillée de prière continua jusqu’à l’enterrement qui eut lieu le matin du vendredi saint. Comme une messe des funérailles n’était pas possible ce jour-là, une très belle liturgie fut organisée par les prêtres tamouls. L’administrateur du diocèse de Mysore, entouré de 26 prêtres, présida la cérémonie des funérailles. Une très grande foule remplissait la vaste église et ses abords : tous, chrétiens et non-chrétiens, étaient venus voir une dernière fois leur bien-aimé Père.

     

    François GODEST

     

     

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    • Numéro : 3337
    • Pays : Inde
    • Année : None