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Elie René CHAUVET (1905-1976)

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    • Né le 1er février 1905 à Chavagnes-en-Paillers (Vendée).
    • Entré tonsuré aux Missions Etrangères le 26 octobre 1927.
    • Prêtre le 29 juin 1931.
    • En mission à Pondichéry de 1931 à 1973.
    • Rentré en France, malade, le 23 décembre 1973.
    • Décédé à Montbeton le 14 septembre 1976.

     

     

    Enfance et jeunesse

     

    Elie René CHAUVET naquit à Chavagnes-en-Paillers, diocèse de Luçon, le 1er février 1905. Il était le septième d’une belle famille de 12 enfants dont trois prêtres missionnaires, Gabriel, le sixième, missionnaire en Côte d’Ivoire depuis 50 ans, Jean-Marie, le deuxième, missionnaire aux Antilles pendant 30 ans et le septième, Elie René, missionnaire en Inde pendant plus de 40 ans. Tous les autres enfants sont restés à la terre ou dans des professions proches du milieu paysan. Cette floraison de vocations dans la famille, fut en quelque sorte la récompense d’une longue fidélité au Seigneur.

     

    L’intelligence et la piété de René Chauvet attirèrent l’attention du curé de la paroisse, l’abbé Crouzat. Il le fit entrer à 12 ans au petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers où il accomplit le cycle de ses études secondaires. Tout naturellement, ses études terminées, il se dirigea vers le grand séminaire où il entra à 18 ans. A l’issue de ses deux années de philosophie, il accomplit son service militaire pendant un an, au 8e Zouaves, aux confins des frontières algéro-marocaines.

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    C’est à la fin de cette année de service militaire qu’il entra aux Missions Etrangères le 26 octobre 1927 pour continuer sa préparation au sacerdoce, à Bièvres d’abord pendant un an, puis à Paris. Ordonné prêtre le 29 juin 1931, il reçut sa destination pour la mission de Pondichéry. Le 7 septembre, il s’embarquait pour l’Inde où il allait travailler pendant plus de 40 ans jusqu’au moment où son état de santé l’obligea à rentrer en France, au mois de décembre 1973.

     

    En mission en Inde

     

    Suivons-le durant ses années d’apostolat en Inde. Arrivé à Pondichéry en octobre 1931, il se mit tout de suite à l’étude de la langue tamoule sous la direction du P. Dequidt. Une fois acquis les premiers éléments, il fut envoyé, dès le début de 1932, près du Père Peyroutet, à Viriyur, pour continuer l’étude et l’apprentissage de la langue et s’initier aux us et coutumes du pays. Il adopta très facilement le style de vie des Indiens et acquit rapidement une bonne connaissance de la langue, surtout la langue populaire. Il était arrivé à parler exactement comme les Indiens, ce qui naturellement l’aida beaucoup dans ses prédications de retraites, de missions dans tous les milieux. — Mais en Inde (surtout à cette époque) la connaissance du tamoul ne suffit pas. On a également couramment besoin de l’anglais. Aussi le P. Chauvet, déjà bien « équipé » en tamoul, fut-il envoyé, de février à juin 1933, au collège St-Joseph de Cuddalore pour y étudier l’anglais.

     

    Ainsi préparé, le P. Chauvet pouvait prendre une paroisse en charge. En juin 1933, il fut envoyé à Vadalur, paroisse située au milieu des rizières au sud du diocèse, puis en 1935 à Irudayampettu, très grosse paroisse au nord-ouest, près de Viriyur, où il avait fait ses premières armes. Il succédait là au P. Bonis, rappelé à Paris comme représentant des missions de l’Inde. Il sillonnera sa vaste paroisse, formée surtout de solides cultivateurs de caste, et fera aussi une percée à Eléangany dans ce village d’Hindous intouchables. Il y amorça un mouvement de conversions, travail que continuera son successeur avec succès. C’est dans ces deux paroisses que le P. Chauvet commença à révéler ses qualités de « missionnaire- broussard ».

     

    Il se trouvait très à l’aise dans ce milieu indien de la campagne. Mais on eut besoin de lui ailleurs et en 1938 il fut nommé procureur de la mission, fonction qu’il exerça jusqu’en 1943. Son travail de procureur ne fut pas de tout repos, notamment en raison des difficultés dues à la guerre en Europe. Tout en remplissant soigneusement cette tâche importante, le P. Chauvet s’intéressa aussi à la paroisse de Nellitoppe, située dans la proche banlieue de Pondichéry. La fondation en remontait à Madame Dupleix. C’était une paroisse ouvrière avec de grosses usines de textiles, paroisse remuante, agitée, avec d’interminables querelles de castes, tant et si bien que l’église avait été fermée. Le P. Chauvet réussit à la faire ouvrir de nouveau au culte et il s’adapta à ce milieu ouvrier comme il s’était adapté au milieu paysan. — Déchargé du soin de la procure en 1943, il fut officiellement nommé curé de Nellitoppe et pendant 3 ans il put s’occuper à plein temps de cette paroisse difficile. Pendant qu’il était procureur, la Mission avait acheté une vieille usine désaffectée, mais très bien située. Le P. Chauvet l’aménagea pour en faire un centre de réunion pour les ouvriers avec une chapelle installée dans le vaste hall.

     

    Les difficultés étaient grandes, les conflits plus ou moins latents entre ouvriers et patrons et donc la situation du curé assez délicate. Est-ce que l’on craignit que le P. Chauvet ne se laisse malgré lui entraîner dans la politique ? On ne sait, mais toujours est-il que, en 1946, le P. Chauvet fut nommé à Sinnasalem. C’est le nom que tous associent au nom du P. Chauvet. Il a retrouvé là la campagne... Il est vraiment là « broussard », missionnaire « ad gentes ». Sinnasalem est une petite ville de l’ouest du diocèse. Au centre peu de chrétiens, mais disséminées dans une trentaine de villages, des familles de « blanchisseurs », au bas de l’échelle des « hors-caste », vieux chrétiens perdus au milieu de la masse hindoue, et aussi de nouveaux chrétiens qui n’avaient pu être suivis pour leur formation. Il va rester 13 ans dans cette paroisse, sillonnant à bicyclette, sur des pistes et des routes en piteux état, ce vaste district. Père et providence de ses pauvres « blanchisseurs » il connaissait tout le monde. Aucun confort, peu de consolations spirituelles ; il était sans cesse sur les pistes, logeant dans des huttes sordides ou à la belle étoile, mangeant un peu de riz ou une boîte de conserves, toujours à la disposition de ses chrétiens pour leur enseigner le catéchisme, les préparer à la réception des sacrements, écouter leurs difficultés, trancher les litiges toujours nombreux, parlementer avec les chefs de villages pour aider ses chrétiens, tout à tous, sans jamais rechercher ni son intérêt ni ses aises, en un mot le vrai « broussard » tel que les anciens récits missionnaires le décrivent. — Au centre, il avait un orphelinat pour recueillir les enfants abandonnés. Il employa aussi tous ses efforts, son temps et son argent pour créer une sorte de colonie agricole en faveur des plus démunis, dans ce secteur de la mission qui est plutôt aride.

     

    Au bout de 13 ans de dur labeur, le P. Chauvet quitta Sinnasalem pour la paroisse de Aniladhy où il resta deux ans avant de prendre un congé en France. Il trouva là une paroisse bien organisée ; il n’y fut pas pour autant un curé « sédentaire ». Il visitait assidûment les diverses chrétientés.

     

    A son retour de congé, en fin 1961, il accepta la charge d’économe de la maison de repos de la Société aux Nilgiris. Tout en s’occupant activement et avec compétence de la maison et des plantations qui en dépendaient, il était toujours prêt à rendre service ; confessions, prédications diverses, soit dans les paroisses voisines, soit dans les couvents de la montagne. Il resta dans ce poste jusqu’en février 1965. C’est alors qu’il revint dans la plaine, au sud du diocèse, dans la paroisse nouvellement fondée de Thurinjicollai, non loin de Vadalur où, jeune missionnaire, il avait été curé en 1933. Pays de rizières aux routes ou pistes très difficiles, souvent boueuses ou inondées. Malgré ces difficultés, il se trouvait à son aise dans ce milieu campagnard et il n’épargna ni son temps ni sa peine pour visiter les villages, faire la connaissance de ses ouailles et établir le contact avec tous, petits et grands, chrétiens ou non. Dans cette paroisse, il se trouvait à proximité du diocèse du Kumbakonam ; ce qui lui permettait de rendre visite à quelques prêtres indiens avec lesquels il était lié et aux Religieuses Catéchistes de Marie chez qui il avait une cousine. Il leur réservait du temps pour des récollections.

     

    Ce fut son dernier poste... Vers 1971, apparut un bouton sur la joue ; il n’y fit guère attention. Au bout d’un an, la plaie ne guérissant pas, il se décida à consulter le médecin qui diagnostiqua un cancer. Après un traitement énergique de quelques mois à Madras, on crut que le mal était conjuré. Le P. Chauvet revint donc dans sa paroisse. Hélas ! ce n’était qu’une guérison apparente. Le mal reprit à un autre endroit de la tête et s’étendit... C’est avec le plus grand regret que le P. Chauvet quitta sa paroisse pour se retirer aux Nilgiris. Mais ce n’était pas une solution. Peut-être y avait-il un espoir de guérison ou au moins de stabilisation en France ? C’est pourquoi son retour fut décidé et il arriva à Paris le 23 décembre 1973.

     

    Extérieurement, il ne semblait pas en mauvaise forme. Tout juste un ou deux points noirs à la tête. Il suivit d’abord un traitement à l’hôpital Curie, puis s’en alla en famille. Il avait bon espoir de pouvoir être encore utile, comme aumônier dans une maison des Frères de St-Gabriel au diocèse de Périgueux. En attendant que cette place soit libre, il séjourna à St-Laurent-sur-Sèvres où il fut charitablement accueilli par les Frères à qui il rendait quelques services. Périodiquement il venait à Paris pour se faire examiner. Pendant au moins un an, son mal parut enrayé, mais sa vue fut alors gravement atteinte, sans espoir de guérison ni même d’amélioration. Puis la progression du cancer reprit de façon rapide. Au printemps de 1976, il revint à Paris, d’abord au séminaire, puis à l’hôpital Curie pendant plusieurs semaines. Il souffrait terriblement. A l’hôpital Curie, par une série de séances de rayons, on réussit à assécher la plaie derrière l’oreille. Une fois ce traitement terminé, il rentra dans sa famille pour peu de temps, puis se retira à Montbeton où il arriva le 17 août.

     

    Voici ce qu’écrit le P. Supérieur de Montbeton : « A son arrivée à Montbeton, le P. Chauvet pouvait encore marcher, bien qu’avec peine. Mais au bout de deux ou trois jours, ses jambes lui refusèrent tout service. Ses forces diminuèrent rapidement et le cœur commença à donner des signes de fatigue. Son état ne fit qu’empirer malgré quelques améliorations passagères. Quelques jours avant sa mort, il eut la joie de recevoir la visite d’un de ses frères et il manifesta encore tout l’intérêt qu’il portait à sa famille. Bien que ne quittant plus son lit, il put communier presque tous les jours. Il reçut les derniers sacrements en pleine connaissance avec une résignation totale à la volonté de Dieu. Le 14 septembre, après une nuit très pénible, il rendait son âme à Dieu, achevant ainsi le sacrifice qu’il avait fait de lui-même pour les Missions ».

     

    L’homme — Le prêtre

     

    Telle fut, dans ses grandes lignes, la vie du P. Chauvet. Ajoutons quelques notations, relevées par ses confrères de Pondichéry, qui nous permettront de mieux connaître l’homme, le prêtre, le missionnaire que fut le P. Chauvet, et qui par certains côtés ne manquent pas de pittoresque.

     

    Le Père Chauvet fut missionnaire à sa façon à lui évidemment, mais il fut un vrai missionnaire qui se voulait dans la lignée des grands mission­naires de Pondichéry.

     

    Son ancien Supérieur régional écrit « qu’il fut d’une régularité exemplaire pour ses exercices spirituels : visite au St-Sacrement, bréviaire, chapelet, même au milieu des travaux accablants de son ministère ».

     

    A part quelques années en procure, puis dans la banlieue de Pondichéry, le P. Chauvet passa toute sa vie missionnaire à la campagne. Il était près du peuple, de tous, se dévouant à tous. C’était l’homme du « contact » avec tous, chrétiens ou non-chrétiens. Il était de plain-pied avec tous, magnifiquement servi en cela par sa connaissance extraordinaire de la langue du peuple, par son adaptation totale au mode de vie des Indiens les plus pauvres. Dans tous les districts où il a vécu, il s’est dépensé sans compter... Il avait son accoutrement. Il fallait le voir suant, soufflant sur son vieux vélo ou le poussant dans la boue ou le sable, sous le soleil, une serviette coincée sous le casque et déployée sur la nuque ou bien roulée en turban. La barbe en bataille, de loin on le prenait pour un Indien... Peu de missionnaires ont parcouru autant de kilomètres à bicyclette, dans le sable, la boue, sur des pistes innommables, pour visiter une foule de villages. Si vraiment la bicyclette était inutilisable, de nuit ou par grosses pluies, le P. Chauvet s’en allait dans ses villages avec sa charrette à bœufs, comme les anciens missionnaires… Mais une charrette à bœufs, cela pose son homme à la campagne ! C’est un signe de « respectabilité » ! N’a pas sa charrette qui veut. Pour le P .Chauvet, cela faisait partie du « paysage » de la vie de la campagne et il jouait le jeu. Sans doute il y avait chez lui, consciemment ou inconsciemment, un côté folklorique, mais il estimait qu’à la campagne tel devait être le mode de vie, tout à tous, sans souci du confort. Aux jeunes missionnaires, il aimait répéter : « Toujours sur les routes. Ne manger que ce que l’on trouve. Coucher n’importe où, faire toilette lorsqu’il y a de l’eau... Voilà la vie missionnaire rêvée... » Et ce programme, le P. Chauvet l’a suivi de fait pendant des lustres. Mais cela ne l’empêchait pas d’être hospitalier pour les confrères. Toujours prêt à recevoir, gardant toujours quelques bonnes boîtes de conserves pour les visiteurs arrivant à l’improviste. Il aimait recevoir et aussi aller visiter voisins et confrères. Chez lui, c’était évidemment un peu « bohême » et style « caravansérail ». Il y avait toujours du monde. Mais l’Inde aime la foule, le bruit... la musique.

     

    Le P. Chauvet aimait parler. Cette facilité de parole lui permettait d’entrer en relation avec tout le monde, le long des routes, dans les villages, à sa résidence où les visites étaient fréquentes. Il était ainsi très proche des gens, de leur vie, de leurs problèmes...

     

    Le P. Chauvet était orateur et il aimait prêcher. Il était surtout à l’aise dans les milieux simples, tel le milieu ouvrier de Nellitoppe et surtout le milieu campagnard dans les diverses paroisses de « brousse » où il a œuvré. Il prenait les gens là où ils étaient, essayant de les faire monter vers plus de justice et de charité. Il fut surtout remarquable lors de la visite de la statue de N.-D. de Fatima. Il fallait le voir, l’entendre prêcher au coin des rues, sur les places publiques, au fond des villages, partout où s’assemblait la foule. Il y mettait tout son cœur, tout son enthousiasme, toute sa sensibilité et cela plaisait aux gens. Il fut unanimement apprécié, soulevant admiration et enthousiasme !

     

    Ses prédications n’étaient pas une accumulation de mots sans substance doctrinale. Il s’entretenait en lisant les classiques de la théologie et de la spiritualité qui lui servaient pour ses sermons, ses conférences et les récollections qu’il donna, surtout vers la fin de sa vie en Inde, aux religieuses de Kumbakonam et environs.

     

    Quant aux problèmes du jour, locaux et indiens, il se tenait au courant par les journaux tamouls et par la radio, sans compter les palabres avec toutes sortes de gens qui lui rapportaient les diverses petites nouvelles du coin...

     

    Le P. Chauvet vécut une vie vraiment missionnaire au milieu de ses Indiens. Et sa plus grande douleur sera de devoir quitter sa mission après plus de 40 ans de travaux et de zèle... »

     

    « Et cela pour une dernière « étape » de souffrances, de purification, de dépouillement : souffrances physiques du mal qui progresse, de la vue qui baisse, souffrances morales de se sentir dépaysé, loin de l’Inde. Mais si la terre indienne n’a pu garder son corps, nous savons bien que son cœur, son affection, son souvenir sont restés en Inde. Jusqu’au bout sa pensée, sa prière, sa souffrance, son argent, tout sera pour l’Inde ».

     

    La Vierge de Fatima qu’il a tant chantée, tant aimée et fait aimer aura accueilli avec tendresse son enfant, cet enfant un peu « expansif », mais si simple, si humble et qui aimait tant les Indiens.

     

     

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    er février 1905 à Chavagnes-en-Paillers (Vendée).

    Entré tonsuré aux Missions Etrangères le 26 octobre 1927.

    Prêtre le 29 juin 1931.

    En mission à Pondichéry de 1931 à 1973.

    Rentré en France, malade, le 23 décembre 1973.

    Décédé à Montbeton le 14 septembre 1976.

     

     

    Enfance et jeunesse

     

    Elie René CHAUVET naquit à Chavagnes-en-Paillers, diocèse de Luçon, le 1er février 1905. Il était le septième d’une belle famille de 12 enfants dont trois prêtres missionnaires, Gabriel, le sixième, missionnaire en Côte d’Ivoire depuis 50 ans, Jean-Marie, le deuxième, missionnaire aux Antilles pendant 30 ans et le septième, Elie René, missionnaire en Inde pendant plus de 40 ans. Tous les autres enfants sont restés à la terre ou dans des professions proches du milieu paysan. Cette floraison de vocations dans la famille, fut en quelque sorte la récompense d’une longue fidélité au Seigneur.

     

    L’intelligence et la piété de René Chauvet attirèrent l’attention du curé de la paroisse, l’abbé Crouzat. Il le fit entrer à 12 ans au petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers où il accomplit le cycle de ses études secondaires. Tout naturellement, ses études terminées, il se dirigea vers le grand séminaire où il entra à 18 ans. A l’issue de ses deux années de philosophie, il accomplit son service militaire pendant un an, au 8e Zouaves, aux confins des frontières algéro-marocaines.

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    C’est à la fin de cette année de service militaire qu’il entra aux Missions Etrangères le 26 octobre 1927 pour continuer sa préparation au sacerdoce, à Bièvres d’abord pendant un an, puis à Paris. Ordonné prêtre le 29 juin 1931, il reçut sa destination pour la mission de Pondichéry. Le 7 septembre, il s’embarquait pour l’Inde où il allait travailler pendant plus de 40 ans jusqu’au moment où son état de santé l’obligea à rentrer en France, au mois de décembre 1973.

     

    En mission en Inde

     

    Suivons-le durant ses années d’apostolat en Inde. Arrivé à Pondichéry en octobre 1931, il se mit tout de suite à l’étude de la langue tamoule sous la direction du P. Dequidt. Une fois acquis les premiers éléments, il fut envoyé, dès le début de 1932, près du Père Peyroutet, à Viriyur, pour continuer l’étude et l’apprentissage de la langue et s’initier aux us et coutumes du pays. Il adopta très facilement le style de vie des Indiens et acquit rapidement une bonne connaissance de la langue, surtout la langue populaire. Il était arrivé à parler exactement comme les Indiens, ce qui naturellement l’aida beaucoup dans ses prédications de retraites, de missions dans tous les milieux. — Mais en Inde (surtout à cette époque) la connaissance du tamoul ne suffit pas. On a également couramment besoin de l’anglais. Aussi le P. Chauvet, déjà bien « équipé » en tamoul, fut-il envoyé, de février à juin 1933, au collège St-Joseph de Cuddalore pour y étudier l’anglais.

     

    Ainsi préparé, le P. Chauvet pouvait prendre une paroisse en charge. En juin 1933, il fut envoyé à Vadalur, paroisse située au milieu des rizières au sud du diocèse, puis en 1935 à Irudayampettu, très grosse paroisse au nord-ouest, près de Viriyur, où il avait fait ses premières armes. Il succédait là au P. Bonis, rappelé à Paris comme représentant des missions de l’Inde. Il sillonnera sa vaste paroisse, formée surtout de solides cultivateurs de caste, et fera aussi une percée à Eléangany dans ce village d’Hindous intouchables. Il y amorça un mouvement de conversions, travail que continuera son successeur avec succès. C’est dans ces deux paroisses que le P. Chauvet commença à révéler ses qualités de « missionnaire- broussard ».

     

    Il se trouvait très à l’aise dans ce milieu indien de la campagne. Mais on eut besoin de lui ailleurs et en 1938 il fut nommé procureur de la mission, fonction qu’il exerça jusqu’en 1943. Son travail de procureur ne fut pas de tout repos, notamment en raison des difficultés dues à la guerre en Europe. Tout en remplissant soigneusement cette tâche importante, le P. Chauvet s’intéressa aussi à la paroisse de Nellitoppe, située dans la proche banlieue de Pondichéry. La fondation en remontait à Madame Dupleix. C’était une paroisse ouvrière avec de grosses usines de textiles, paroisse remuante, agitée, avec d’interminables querelles de castes, tant et si bien que l’église avait été fermée. Le P. Chauvet réussit à la faire ouvrir de nouveau au culte et il s’adapta à ce milieu ouvrier comme il s’était adapté au milieu paysan. — Déchargé du soin de la procure en 1943, il fut officiellement nommé curé de Nellitoppe et pendant 3 ans il put s’occuper à plein temps de cette paroisse difficile. Pendant qu’il était procureur, la Mission avait acheté une vieille usine désaffectée, mais très bien située. Le P. Chauvet l’aménagea pour en faire un centre de réunion pour les ouvriers avec une chapelle installée dans le vaste hall.

     

    Les difficultés étaient grandes, les conflits plus ou moins latents entre ouvriers et patrons et donc la situation du curé assez délicate. Est-ce que l’on craignit que le P. Chauvet ne se laisse malgré lui entraîner dans la politique ? On ne sait, mais toujours est-il que, en 1946, le P. Chauvet fut nommé à Sinnasalem. C’est le nom que tous associent au nom du P. Chauvet. Il a retrouvé là la campagne... Il est vraiment là « broussard », missionnaire « ad gentes ». Sinnasalem est une petite ville de l’ouest du diocèse. Au centre peu de chrétiens, mais disséminées dans une trentaine de villages, des familles de « blanchisseurs », au bas de l’échelle des « hors-caste », vieux chrétiens perdus au milieu de la masse hindoue, et aussi de nouveaux chrétiens qui n’avaient pu être suivis pour leur formation. Il va rester 13 ans dans cette paroisse, sillonnant à bicyclette, sur des pistes et des routes en piteux état, ce vaste district. Père et providence de ses pauvres « blanchisseurs » il connaissait tout le monde. Aucun confort, peu de consolations spirituelles ; il était sans cesse sur les pistes, logeant dans des huttes sordides ou à la belle étoile, mangeant un peu de riz ou une boîte de conserves, toujours à la disposition de ses chrétiens pour leur enseigner le catéchisme, les préparer à la réception des sacrements, écouter leurs difficultés, trancher les litiges toujours nombreux, parlementer avec les chefs de villages pour aider ses chrétiens, tout à tous, sans jamais rechercher ni son intérêt ni ses aises, en un mot le vrai « broussard » tel que les anciens récits missionnaires le décrivent. — Au centre, il avait un orphelinat pour recueillir les enfants abandonnés. Il employa aussi tous ses efforts, son temps et son argent pour créer une sorte de colonie agricole en faveur des plus démunis, dans ce secteur de la mission qui est plutôt aride.

     

    Au bout de 13 ans de dur labeur, le P. Chauvet quitta Sinnasalem pour la paroisse de Aniladhy où il resta deux ans avant de prendre un congé en France. Il trouva là une paroisse bien organisée ; il n’y fut pas pour autant un curé « sédentaire ». Il visitait assidûment les diverses chrétientés.

     

    A son retour de congé, en fin 1961, il accepta la charge d’économe de la maison de repos de la Société aux Nilgiris. Tout en s’occupant activement et avec compétence de la maison et des plantations qui en dépendaient, il était toujours prêt à rendre service ; confessions, prédications diverses, soit dans les paroisses voisines, soit dans les couvents de la montagne. Il resta dans ce poste jusqu’en février 1965. C’est alors qu’il revint dans la plaine, au sud du diocèse, dans la paroisse nouvellement fondée de Thurinjicollai, non loin de Vadalur où, jeune missionnaire, il avait été curé en 1933. Pays de rizières aux routes ou pistes très difficiles, souvent boueuses ou inondées. Malgré ces difficultés, il se trouvait à son aise dans ce milieu campagnard et il n’épargna ni son temps ni sa peine pour visiter les villages, faire la connaissance de ses ouailles et établir le contact avec tous, petits et grands, chrétiens ou non. Dans cette paroisse, il se trouvait à proximité du diocèse du Kumbakonam ; ce qui lui permettait de rendre visite à quelques prêtres indiens avec lesquels il était lié et aux Religieuses Catéchistes de Marie chez qui il avait une cousine. Il leur réservait du temps pour des récollections.

     

    Ce fut son dernier poste... Vers 1971, apparut un bouton sur la joue ; il n’y fit guère attention. Au bout d’un an, la plaie ne guérissant pas, il se décida à consulter le médecin qui diagnostiqua un cancer. Après un traitement énergique de quelques mois à Madras, on crut que le mal était conjuré. Le P. Chauvet revint donc dans sa paroisse. Hélas ! ce n’était qu’une guérison apparente. Le mal reprit à un autre endroit de la tête et s’étendit... C’est avec le plus grand regret que le P. Chauvet quitta sa paroisse pour se retirer aux Nilgiris. Mais ce n’était pas une solution. Peut-être y avait-il un espoir de guérison ou au moins de stabilisation en France ? C’est pourquoi son retour fut décidé et il arriva à Paris le 23 décembre 1973.

     

    Extérieurement, il ne semblait pas en mauvaise forme. Tout juste un ou deux points noirs à la tête. Il suivit d’abord un traitement à l’hôpital Curie, puis s’en alla en famille. Il avait bon espoir de pouvoir être encore utile, comme aumônier dans une maison des Frères de St-Gabriel au diocèse de Périgueux. En attendant que cette place soit libre, il séjourna à St-Laurent-sur-Sèvres où il fut charitablement accueilli par les Frères à qui il rendait quelques services. Périodiquement il venait à Paris pour se faire examiner. Pendant au moins un an, son mal parut enrayé, mais sa vue fut alors gravement atteinte, sans espoir de guérison ni même d’amélioration. Puis la progression du cancer reprit de façon rapide. Au printemps de 1976, il revint à Paris, d’abord au séminaire, puis à l’hôpital Curie pendant plusieurs semaines. Il souffrait terriblement. A l’hôpital Curie, par une série de séances de rayons, on réussit à assécher la plaie derrière l’oreille. Une fois ce traitement terminé, il rentra dans sa famille pour peu de temps, puis se retira à Montbeton où il arriva le 17 août.

     

    Voici ce qu’écrit le P. Supérieur de Montbeton : « A son arrivée à Montbeton, le P. Chauvet pouvait encore marcher, bien qu’avec peine. Mais au bout de deux ou trois jours, ses jambes lui refusèrent tout service. Ses forces diminuèrent rapidement et le cœur commença à donner des signes de fatigue. Son état ne fit qu’empirer malgré quelques améliorations passagères. Quelques jours avant sa mort, il eut la joie de recevoir la visite d’un de ses frères et il manifesta encore tout l’intérêt qu’il portait à sa famille. Bien que ne quittant plus son lit, il put communier presque tous les jours. Il reçut les derniers sacrements en pleine connaissance avec une résignation totale à la volonté de Dieu. Le 14 septembre, après une nuit très pénible, il rendait son âme à Dieu, achevant ainsi le sacrifice qu’il avait fait de lui-même pour les Missions ».

     

    L’homme — Le prêtre

     

    Telle fut, dans ses grandes lignes, la vie du P. Chauvet. Ajoutons quelques notations, relevées par ses confrères de Pondichéry, qui nous permettront de mieux connaître l’homme, le prêtre, le missionnaire que fut le P. Chauvet, et qui par certains côtés ne manquent pas de pittoresque.

     

    Le Père Chauvet fut missionnaire à sa façon à lui évidemment, mais il fut un vrai missionnaire qui se voulait dans la lignée des grands mission­naires de Pondichéry.

     

    Son ancien Supérieur régional écrit « qu’il fut d’une régularité exemplaire pour ses exercices spirituels : visite au St-Sacrement, bréviaire, chapelet, même au milieu des travaux accablants de son ministère ».

     

    A part quelques années en procure, puis dans la banlieue de Pondichéry, le P. Chauvet passa toute sa vie missionnaire à la campagne. Il était près du peuple, de tous, se dévouant à tous. C’était l’homme du « contact » avec tous, chrétiens ou non-chrétiens. Il était de plain-pied avec tous, magnifiquement servi en cela par sa connaissance extraordinaire de la langue du peuple, par son adaptation totale au mode de vie des Indiens les plus pauvres. Dans tous les districts où il a vécu, il s’est dépensé sans compter... Il avait son accoutrement. Il fallait le voir suant, soufflant sur son vieux vélo ou le poussant dans la boue ou le sable, sous le soleil, une serviette coincée sous le casque et déployée sur la nuque ou bien roulée en turban. La barbe en bataille, de loin on le prenait pour un Indien... Peu de missionnaires ont parcouru autant de kilomètres à bicyclette, dans le sable, la boue, sur des pistes innommables, pour visiter une foule de villages. Si vraiment la bicyclette était inutilisable, de nuit ou par grosses pluies, le P. Chauvet s’en allait dans ses villages avec sa charrette à bœufs, comme les anciens missionnaires… Mais une charrette à bœufs, cela pose son homme à la campagne ! C’est un signe de « respectabilité » ! N’a pas sa charrette qui veut. Pour le P .Chauvet, cela faisait partie du « paysage » de la vie de la campagne et il jouait le jeu. Sans doute il y avait chez lui, consciemment ou inconsciemment, un côté folklorique, mais il estimait qu’à la campagne tel devait être le mode de vie, tout à tous, sans souci du confort. Aux jeunes missionnaires, il aimait répéter : « Toujours sur les routes. Ne manger que ce que l’on trouve. Coucher n’importe où, faire toilette lorsqu’il y a de l’eau... Voilà la vie missionnaire rêvée... » Et ce programme, le P. Chauvet l’a suivi de fait pendant des lustres. Mais cela ne l’empêchait pas d’être hospitalier pour les confrères. Toujours prêt à recevoir, gardant toujours quelques bonnes boîtes de conserves pour les visiteurs arrivant à l’improviste. Il aimait recevoir et aussi aller visiter voisins et confrères. Chez lui, c’était évidemment un peu « bohême » et style « caravansérail ». Il y avait toujours du monde. Mais l’Inde aime la foule, le bruit... la musique.

     

    Le P. Chauvet aimait parler. Cette facilité de parole lui permettait d’entrer en relation avec tout le monde, le long des routes, dans les villages, à sa résidence où les visites étaient fréquentes. Il était ainsi très proche des gens, de leur vie, de leurs problèmes...

     

    Le P. Chauvet était orateur et il aimait prêcher. Il était surtout à l’aise dans les milieux simples, tel le milieu ouvrier de Nellitoppe et surtout le milieu campagnard dans les diverses paroisses de « brousse » où il a œuvré. Il prenait les gens là où ils étaient, essayant de les faire monter vers plus de justice et de charité. Il fut surtout remarquable lors de la visite de la statue de N.-D. de Fatima. Il fallait le voir, l’entendre prêcher au coin des rues, sur les places publiques, au fond des villages, partout où s’assemblait la foule. Il y mettait tout son cœur, tout son enthousiasme, toute sa sensibilité et cela plaisait aux gens. Il fut unanimement apprécié, soulevant admiration et enthousiasme !

     

    Ses prédications n’étaient pas une accumulation de mots sans substance doctrinale. Il s’entretenait en lisant les classiques de la théologie et de la spiritualité qui lui servaient pour ses sermons, ses conférences et les récollections qu’il donna, surtout vers la fin de sa vie en Inde, aux religieuses de Kumbakonam et environs.

     

    Quant aux problèmes du jour, locaux et indiens, il se tenait au courant par les journaux tamouls et par la radio, sans compter les palabres avec toutes sortes de gens qui lui rapportaient les diverses petites nouvelles du coin...

     

    Le P. Chauvet vécut une vie vraiment missionnaire au milieu de ses Indiens. Et sa plus grande douleur sera de devoir quitter sa mission après plus de 40 ans de travaux et de zèle... »

     

    « Et cela pour une dernière « étape » de souffrances, de purification, de dépouillement : souffrances physiques du mal qui progresse, de la vue qui baisse, souffrances morales de se sentir dépaysé, loin de l’Inde. Mais si la terre indienne n’a pu garder son corps, nous savons bien que son cœur, son affection, son souvenir sont restés en Inde. Jusqu’au bout sa pensée, sa prière, sa souffrance, son argent, tout sera pour l’Inde ».

     

    La Vierge de Fatima qu’il a tant chantée, tant aimée et fait aimer aura accueilli avec tendresse son enfant, cet enfant un peu « expansif », mais si simple, si humble et qui aimait tant les Indiens.

     

     

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    • Numéro : 3434
    • Pays : Inde
    • Année : None