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Joseph Pierre CHAUVEAU (1816-1877)

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    Le 21 décembre 1877, l’église du Thibet prenait le deuil et pleurait la mort de son vénéré Pateur et Père , Mgr Joseph-Marie Chauveau, Évêque de Sébatopolis et Vicaire-Apostolique de l’Hassa.

    Mg Chauveau naquit à Luçon , le 24 février 1810, de parents profondément chrétiens . Après avoir fait ses études à Chavagnes et aux Sables d’Olonne, il entra en 1834 au grand Séminaire de Luçon , et fut ordonné prêtre le 22 septembre 1838 à Mouilleron-en-Pareds, par Mgr Soyer, avec dispense d’âge. Nommé vicaire à Aizenay, M. Chauveau ne resta que cinq mois dans ce poste et fut transféré à Challans, où il demeura jusqu’à son entrée au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris, au mois d’octobre 1843.

    Quelques mois après, M. Chauveau s’embarque à Brest pour la Chine et arriva à Macao le 24 août 1844. Destiné à la Mission du Yun-nan, il se mit en route pour cette province, où , après mille difficultés , il parvint au commencemnt de l’année 1845. Le Yun-nan , récemment séparé du Su-tchuen, formait un nouveau Vicariat, dont l’administration avait été confiée à Mgr Ponsot, Évêque de Philomélie, M. Chauveau fut le premier collaborateur européen de son vénérable Vicaire Apostolique qui, l’année suivante, le nomma provicaire et, trois ans plus tard, le choisit avec l’autorisation du Saint-Siège pour coadjuteur avec future succession. Le 21 septembre 1850, le nouveau prélat reçut des mains de Mgr de Philomélie la consécration épiscopale avec le titre d’Évêque de Sébastopolis.

    Durant son séjour au Yun-nan, Mgr Chauveau commença cette longue carrière de maladies et de souffrances à laquelle Dieu l’avait destiné. Mais l’ardeur de son zèle suppléait à l’insuffisance de ses forces. Chargé d’un district, il ne négligeait rien pour procurer à ses néophytes les secours et les consolations de la religion, qui leur étaient particulièrement nécessaires au milieu des persécutions incessantes auxquelles ils étaient en butte. Lui-même courut souvent de grand dangers, plusieurs fois les mandarins mirent sa tête à prix, il n’échappa à leurs satellites que par la fuite. Plus tard, traqué par les rebelles, il lui fallut alors se réfugier avec ses chrétiens , tantôt au sommet de montagnes inaccessibles, tantôt dans des forteresses improvisées.

    Malgré la maladie , malgré les alertes continuelles, malgré les occupations du saint ministère , le laborieux prélat trouvait encore du temps pour se livrer à divers travaux littéraires et scientifiques. Malheureusement ses manuscrits ont eu le sort de sa maison et ont été brûlés par les rebelles.

    En 1864, Mgr Thomines que la maladie avait contraint de revenir en France, ayant dû renoncer à l’espoir de retourner en Mission, Mgr Chauveau fut désigné par le Saint-Siège pour succéder au vénérable Évêque de Sinopolis dans le gouvernement de la Mission du Thibet. Voici comment Mgr de Sébastopolis raconte ce fait et celui de sa prise de possession de son Vicariat.

    « Au consistoire du 24 septembre 1864, S.S. Pie IX me nomma Vicaire Apostolique du Thibet. Je n’en eus connaissance que le 23 mars 1865. En mai, M. Goutelle m’envoya deux hommes à Hong-pou-so pour m’apprendre ce qu’il croyait que j’ignorais encore, car tout s’était fait à mon insu, et pour me presser de me rendre à mon poste.

    « Il m’était pénible de quitter le Yun-nan, après vingt ans de séjour, et d’accepter une Mission comme celle du Thibet, persécutée par les lamas et par les mandarins et abandonnée par la Légation. Je fis des réclamations auprès du Souverain-Pontife qui daigna les écouter. Mais M. Albrand agit si efficacement à Rome que je dus me résigner. Il me paraissait évident que telle était la volonté de Dieu, quoique intimement convaincu que je n’étais point l’homme qu’il fallait pour le Thibet. Le plus sûr pourtant était d’obéir ; aussi , près de mûres réflexions et de longues luttes intérieures, je signai ma lettre au Souverain-Pontife, le 4 août 1865, sous mon nouveau titre de Vicaire Apostolique du Thibet ; puis , je dis adieu à mon petit ermitage de Hong-pou-so, le 18 septembre 1865, et je me mis en route pour Tà-tsien-loû, où j’arrivai le jeudi 21 décembre de la même année , après un voyage périlleux et fatigant à cause du froid et des pluies torrentielles.

    « A l’entrée de la ville, je fus reçu par M. Goutelle et par les chrétiens en petit nombre , mais tous en habits de fête. La douane nous laissa passer sans contestation. Vers neuf heures du matin, je fis ma modeste entrée à Tà-tsien-loû et dans notre maison, bien petite alors, du Lan-men-ouay. Je me présentai ensuite chez tous les mandarins ; aucun ne me reçut. »

    On pourrait appeler l’apostolat de Mgr Chauveau au Thibet l’apostolat de la souffrance. Toujours malade ; le cœur brisé à la vue des maux qui désolaient sa Mission ; dans des inquiétudes continuelles sur le sort de ses chers collaborateurs placés , en sentinelles avancées, à tous les chemins qui conduisent à ce Thibet dont la persécution leur ferme les portes ; ses épreuves ne furent égalées que par la patience admirable avec laquelle il les supporta. Condamné par les circonstances et par les infirmités à une inactivité relative, il partageait son temps entre le soin de la petite chrétienté de Tà-tsien-loû, la prière et l’étude. Il avait emporté dans sa résidence les habitudes et les pratiques du Séminaire . Sa journée commençait régulièrement à 4 heures du matin et finissait à 9 heures du soir. L’oraison , la sainte Messe, la récitation du saint Office, les examens de conscience, tout était à heure fixe, et, ces pratiques que sa piété multipliait, il les accomplissait avec un esprit de foi, avec une ferveur qui touchaient tous ceux qui en étaient témoins.

    Nous savons avec quelle obéissance il se soumit à la volonté du Chef de l’Église en acceptant le poste de douleur qui lui fut confié. Cette obéissance lui était inspirée par le profond respect qu’il avait pour le Père commun des fidèles. « En 1869, écrivait M. Déjean, Mgr Chauveau n’alla pas au Concile du Vatican, ses infirmités et surtout l’état précaire de la Mission du Thibet ne lui permirent pas de quitter son poste. Il lui en coûta beaucoup, et Dieu seul a pu apprécier le sacrifice qu’il a fait en cette occasion ; mais ceux qui ont connu son attachement au Siège apostolique peuvent s’en faire une idée. Ses sentiments particuliers de vénération pour Pie IX, débordaient de son cœur en toute circonstance. Combien il admirait les desseins de Dieu dans la conservation merveilleuse des jours de Sa Sainteté ! Combien il redoutait d’apprendre qu’un jour viendrait où , après avoir menti cent fois, l’agence Reuter dirait vrai en nous annonçant la mort du Pape ! » Dieu, en l’appelant à lui quelques semaines avant ce grand Pontife, lui épargna ce chagrin.

    Enfin arriva pour le bon serviteur le moment de recevoir la récompense et de couronner par une sainte mort une longue vie de souffrances et d’apostolat. Nous empruntons à la relation de M. Déjean le récit des derniers moments du vénéré prélat :

    « ….Dès le Yun-nan, Mgr Chauveau s’était senti vieillir avant l’âge. Au Thibet, il eut la petite vérole, la goutte, et deux fois il faillit être empoisonné.

    « ….La mort vint au devant de notre Père, douce et aimable ; jusqu’au dernier moment elle se cacha et nous laissa l’espoir de la guérison. C’étaient des intervalles de douleurs et de santé. Dans un de ces moments de répit, nous eûmes un de ces entretiens dont je me souviens toujours. Le vénéré malade l’a résumé lui-même en quelques mots : « L’Eucharistie ne doit « pas s’expliquer par la raison ; on ne la comprend que par le cœur. » La dernière parole qui tomba de ses élèves mourantes fut pour désirer de recevoir la sainte Eucharistie. Déjà les dents se serraient et les lèvres ne pouvaient guère articuler que des mots à peine intelligibles. Il y eut un moment solennel et pénible lorsque je lui apportai la sainte communion ; ma main tremblante tenait devant sa bouche le corps de son bien-aimé Sauveur, et sa bouche ne s’ouvrait pas. Je voyais le malade faire des efforts, mais en vain. On eût dit qu’il ne savait plus ou ne pouvait plus entr’ouvrir ses lèvres. Enfin l’amour l’emporta sur la défaillance de la nature ; sa bouche s’ouvrit, puis se referma après avoir reçu Jésus-Hostie, son Seigneur et son Dieu, comme le chantait l’Église dans l’office de ce jour, en empruntant les paroles du disciple incrédule.

    « C’était la fête de saint Thomas , apôtre, 21 décembre 1877. Il y avait douze ans, jour pour jour, que Mgr Chaveau était arrivé à Tà-tsien-loû. L’heure de monter au ciel était venue pour le fidèle serviteur. La matinée fut calme ; c’était le calme qui précède la mort. Vers les trois heures de l’après-midi, nous récitâmes lentement les prières des agonisants ; le mourant n’avait plus sa connaissance. Je le quittai un moment pour aller dans notre chapelle faire un chemin de croix à son intention. Nous étions au vendredi ; c’était le jour et l’heure où chaque semaine, il récitait lui-même ces prières , se promenant à pas lents sa chambre, serrant dans ses mains une grosse croix de bois, souvenir de Jérusalem. Je ne croyais pas l’instant de la séparation si proche. A peine suis-je de retour auprès de ce vénéré Père que ses yeux se voilent, sa respiration cesse ; sans agonie, sans le moindre effort, son âme venait de s’envoler au ciel.

    « Ainsi mourut, dans la soixante-deuxième année de son âge, muni de tous les sacrements, au milieu de ses enfants en prières et en pleurs, notre Père très-aimé, Mgr Joseph-Marie Chauveau, Évêque de Sébastopolis, ancien coadjuteur du Yun-nan, Vicaire Apostolique de l’Hassa. »

     

     

     

    • Numéro : 488
    • Pays : Chine
    • Année : None