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Jean Joseph CHAUDIER (1866-1949)

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    Le 2 août 1869, il y avait grande joie au foyer de la famille Chaudier, à Saint-Romain-la-Chalm, diocèse du Puy. Le bon Dieu venait de bénir une fois de plus l’union des deux époux, en leur accordant un fils, qui devait être l’honneur de leur vieillesse. Ils ne pouvaient prévoir que le petit Jean-Joseph serait l’élu du Seigneur et l’apôtre des infidèles ; ils désiraient néanmoins offrir à Dieu cet enfant, et le voir monter un jour au saint autel.

    Jean-Joseph grandit au sein de la famille, où il prit de bonne heure des habitudes de travail et de piété solide. Jusqu’à son départ pour le petit séminaire de Monistrol, il fréquenta l’école de sa paroisse et aida ses parents dans la culture des champs. Déjà se révélait en lui cette horreur du far niente qu’il conserva toute sa vie. Il accomplissait joyeusement sa tâche et aimait beaucoup l’existence laborieuse des gens de la campagne. Son attrait, dans les moments de loisir, était de s’essayer à quelque travail de menuiserie, et, pour employer une expression qui lui était familière, il faisait ses délices de « bricoler ». Au collège, au séminaire de Paris et en mission, M. Chaudier éprouva toujours ce besoin d’exercice physique : il trouva partout le moyen de s’occuper activement, même à des riens.

    Il parlait souvent du petit séminaire de Monistrol, dont il avait gardé le plus affectueux souvenir. Élève régulier et travailleur, il y fut aimé de ses maîtres et de ses camarades. Quand arrivaient les vacances, le jeune étudiant regagnait tout joyeux la maison paternelle et se livrait aux labeurs des champs avec son activité naturelle. Alors aussi, il « bricolait » de plus belle, et l’on garde encore, à Saint-Romain, de menus objets sculptés par lui, avec une charrette qu’il fabriqua lui-même.

     

    C’est à Monistrol que Jean Chaudier entendit pour la première fois la voix du Seigneur qui l’appelait à évangéliser les peuples infidèles. Il se rendit à cet appel, généreusement, sans marchander, et se choisit dès lors cette devise qui le peint admirablement bien : « Prier, réfléchir et vaincre. » Sa rhétorique terminée, il partit pour le séminaire des Missions-Étrangères.

    Rien de particulier à signaler sur son séjour à Bièvres et à Paris. Il était bon aspirant : régulier, studieux et d’une piété solide. Son humeur douce et égale lui valut l’amitié de tous ses confrères.

    Il se préparait avec le plus grand soin aux ordinations, comme ses notes intimes en font foi.

    Lorsqu’il connut sa destination pour le Cambodge, il s’empressa d’écrire à un de ses  anciens  condisciples , M. Bernard , qui  se  trouvait  alors  à Battambang : « Quel bonheur « j’éprouve, à la pensée de vous revoir bientôt. Depuis quatre ans, vous avez dû  changer  « physiquement, et  il  se  pourrait  que je ne reconnaisse pas vos traits de prime  abord ; mais  « vous  avez  certainement  gardé un peu du parfum de nos chères montagnes et, à cela seul, je « vous reconnaîtrai entre mille. » Cette simple phrase révèle tout un côté du caractère de M. Chaudier, qui, sous une apparence de froideur, était doué d’une grande sensibilité.

     

    Le jeune missionnaire quitta Paris le 31 juillet 1895. A son arrivée au Cambodge, il fut envoyé à Boot pour y étudier l’annamite. Un an plus tard, le vicaire apostolique lui confiait l’administration d’une chrétienté annamite de formation récente, dans la province de Battambang. Ce poste, appelé Ta-om, était le plus reculé et le plus arriéré de tous les postes du vicariat. M. Chaudier partit, tout joyeux, plein d’ardeur, heureux aussi de se rapprocher de M. Bernard, dont, un peu avant de mourir, il pourra dire en toute vérité : « M. Bernard  m’a  « aimé et m’a aidé dans toutes mes difficultés, comme si j’eusse été son propre frère. »

    C’est à Ta-om que devaient se manifester les qualités de M.Chaudier. Il se concilia tout d’abord l’affection de ses néophytes, et ne tarda pas à exciter leur admiration par sa vie mortifiée, sa charité sans bornes et son ardeur au travail. L’église de Ta-om tombait en ruines ; le jeune missionnaire conçut le projet de la remplacer  par un temple digne de la divine Majesté. Cette œuvre devait lui coûter bien des fatigues et des privations ; il n’en a pas vu le couronnement sur la terre. On peut dire qu’il s’est tué, pour sa nouvelle église. Les confrères avaient beau lui représenter que la peine qu’il  se  donnait  était  au-dessus  des  forces  humaines ; il allait  toujours  de  l’avant avec une ténacité plus admirable qu’imitable.

    Il n’employa pas moins de quatre ans à préparer les matériaux. On le vit, à cette occasion, mener, dans les forêts, une existence si misérable que les indigènes refusèrent bientôt de la partager avec lui.

    Pendant  sa  dernière  maladie, il  disait  un jour  à  ses  confrères : « Peut-être  me  suis-je  « trompé , en   m’imposant   tous   ces   sacrifices   pour  réaliser  mon  projet.  Quelques-uns  « ne  m’ont  point  compris. Je  puis  dire  une  chose , et  c’est  là  ma consolation : je n’ai « travaillé que pour le bon Dieu ; Dieu me jugera. »

    Au  mois  de  novembre  1901, à  son retour de la forêt, notre confrère fut atteint de la fièvre paludéenne. Transporté à Phnom-penh, il y passa quelques semaines à l’hôpital et se rendit ensuite à Hong-kong, où il demeura cinq mois.

    A peine revenu au Cambodge, il n’eut rien de plus pressé que de retourner à la forêt  ; « car, disait-il  à  ses  confrères  qui  l’en  dissuadaient, il faut que j’y aille pour  mettre tout en ordre, et ce sera, je vous le promets, ma dernière escapade. »

    La fin de 1902 s’écoula sans incident. M. Chaudier prit part à la retraite annuelle ; il se croyait guéri. Mais, le 5 janvier 1903, il arrivait malade à Battambang. La fièvre paludéenne était revenue, et elle se compliqua bientôt de dysenterie. Finalement, la fièvre typhoïde se déclara et rendit toute guérison impossible. Le cher malade supportait ses souffrances avec beaucoup de résignation et ne laissait échapper aucune plainte. La mort ne l’effrayait point, et il n’éprouvait qu’un regret : celui de laisser inachevée l’église de Ta-om.

    Cependant l’insomnie le fatiguait beaucoup et la mort n’était pas loin. Notre confrère se confessa, dès qu’il eut été averti de sa fin prochaine. Il reçut les derniers sacrements avec un grand esprit de foi et s’éteignit sans secousse, le 19 janvier à quatre heures et demie du matin.

    M. Chaudier repose dans l’église de Battambang. Tous les Européens, le consul de France en tête, assistèrent à ses obsèques, et le gouverneur siamois vint lui-même déposer une couronne de fleurs près de son cercueil. Les sympathies qu’il avait su s’attirer l’ont suivi jusqu’au tombeau.

     

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    • Numéro : 2165
    • Pays : Cambodge
    • Année : None