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Claudius CHASSAIN (1879-1933)

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    M. CHASSAIN (Claudius) né le 11 mai 1879 aux Salles (Lyon, Loire). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 5 octobre 1901. Prêtre le 26 juin 1904. Parti pour la Mission de Kumbakônam le 17 août 1904. Mort à Marseille le 29 août 1933.

    Claudius Chassain naquit le 11 mai aux Salles, petit village du canton de Noirétable (Loire), sur les confins du Puy-de-Dôme, d’une famille très chrétienne de cultivateurs, où l’amour de la terre et du travail opiniâtre était de tradition. Son père mourait en 1883, laissant une lourde charge à son épouse, désormais seule pour élever huit jeunes orphelins. Mais cette personne forte et courageuse porta sa croix sans faiblir. Quand elle mourut à 83 ans passés, l’admirable mère laissait à ses enfants, tous bien éduqués, de grands exemples de vaillance et de foi. Pour élever plus aisément sa famille, elle dut quitter les Salles en 1894 et aller s’établir à Montbrison dans la large plaine du Forez. Elle s’y fixa. Entre temps le jeune Claudius faisait sa première communion le 28 avril 1890 à l’âge de 11 ans était envoyé à l’école des Frères à Clermont-Ferrand, où il reçut une excellente et solide instruction primaire. A cette époque le jeune écolier ne pense pas encore aux Missions, toute son ambition est de continuer ses études pour être Frère et il en parle souvent.

    Cependant, sur les conseils d’un cousin, curé à Champoly, il se décide à entrer à l’école cléricale de son village natal aux Salles ; il y passe trois ans et y ressent des attraits pour le sacerdoce, si bien qu’il se rend au petit Séminaire de Montbrison pour y achever ses études secondaires. Puis, c’est le Séminaire d’Alix où il ne fait qu’une année de philosophie, pour s’acquitter en 1900 du service militaire. A la caserne, Claudius retrouve un de ses anciens camarades, aspirant missionnaire, qui, par sa bonté, ses beaux exemples, la fermeté de son caractère, et aussi ses pieuses exhortations, l’entraîne à sa suite aux Missions-Étrangères. A la fin de cette année d’épreuves, il fait sa demande d’admission au Séminaire de la rue du Bac, où il entre le 5 octobre 1901.

     

    A Bièvres comme à Paris le jeune aspirant se montrera pieux, humble, docile, studieux et gravira petit à petit les degrés du sanctuaire. Le 26 juin 1904, c’est la prêtrise, puis le départ pour la Mission de Kumbakônam avec MM. Croze et Bulliard. Le 13 septembre suivant, Mgr Bottero reçoit avec joie et à bras ouverts ces nouveaux collaborateurs. Le séjour à l’évêché ne fut pas long. Le premier, M. Chassain est désigné pour le district de Mayavaram, où il fera ses premières armes tout en apprenant la langue. Il se jette à corps perdu dans l’étude du tamoul ; une mémoire plutôt ingrate et une oreille très peu musicale mettent sa bonne volonté à l’épreuve ; mais il est persévérant, parle avec tout le monde, interroge et écoute les enfants, ou bien, seul dans sa chambre, il s’essaye à rendre les sons, à saisir les tons ; il feuillette, tourne et retourne, note et souligne soit sa grammaire soit son dictionnaire. Ah ! ce fameux et gros dictionnaire tamoul de M. Chassain, il mériterait bien une petite place sous les vitrines de la salle des Martyrs, à côté des chaînes, des sabres et des cangues ; il inculquerait certainement aux futurs missionnaires des leçons d’énergie, en même temps que l’amour du travail opiniâtre pour l’étude des langues en Mission, en dépit des difficultés et des découragements.

     

    Au bout d’un an, à même de bien s’exprimer et de se faire comprendre des indigènes, M. Chassain est envoyé à Uttamanur, très ancien district où il trouvera une vieille église, un vieux presbytère et une population chrétienne disséminée en de pauvres hameaux, assez distants les uns des autres au milieu des rizières. Le Père est heureux de se mettre au travail : habile et pratique il fait le maçon et le menuisier, approprie son église, remet l’autel à neuf, transforme son presbytère, etc. Les chrétiens, éloignés du centre, ne peuvent guère venir que le dimanche assister à la Messe ; pendant la semaine il va les visiter ; la boue, l’eau, le sable brûlant, rien ne l’arrête. Il ne ménage guère sa belle santé et ne se soigne pas. Ses amis l’avertissent d’être prudent, il sourit mais reste sourd à leurs exhortations. On l’a vu revenir de ses tournées, faites sans chaussures sur le sable brûlant, la plante des pieds à vif, souvent avec la peau arrachée et sanglante ; il a prêché, catéchisé, et le soir épuisé, ruisselant de sueur, il se jette sur une natte et s’endort exposé au vent d’ouest qui, dans ces rizières, est des plus malsains. Aussi, lui si fort se voit, au bout de trois ans de mission, pris du côté de la poitrine, les poumons sont atteints ; son évêque inquiet, lui enjoint de quitter Uttamanur et d’aller se reposer à Musiri, une petite station dans le district de M. Massol. Là il y a peu de travail, et il pourra se soigner en compagnie de son confrère. Mais le repos ne le guérit pas, les crachements de sang continuent, son état empire au point que son ami. M. Bulliard, doit le conduire au sanatorium de Wellington. Le bon air de la montagne, le repos au milieu des eucalyptus, déterminent un mieux sensible et les hémorragies cessent, mais le malade doit se résigner à quatre années de souffrances et d’inaction. Après le sanatorium ce sera l’hôpital, après l’hôpital ce sera de nouveau le sanatorium. Le Père ne se découragera cependant jamais. Il ne retrouvera plus sa santé d’autrefois, mais le mal finira par céder ; les poumons se cicatrisent, il prend de l’embonpoint et se trouve réellement mieux. Il le sent et veut réparer le temps perdu. Il demande à M. Chapuis de le prendre avec lui à Koneripatty, il pourra lui rendre des services, tout en continuant à se soigner. Là le climat est bon, M. Chapuis, futur évêque de Kumbakônam, est lui aussi bonté même, il accepte avec plaisir la proposition et M. Chassain s’installe auprès de lui. M. Chapuis est tout heureux de confier à son auxiliaire l’adminis-tration de ses fermes-colonies, cultivées par les chrétiens. M. Chassain s’y donne-tout entier ; le fils du cultivateur de Noirétable se retrouve là comme chez lui. Les améliorations succèdent aux améliorations, les cultures de riz, de cocotiers, de tabac n’ont bientôt plus de secret pour l’entreprenant missionnaire. L’eau vient-elle à manquer dans les puits ? ils les creusent plus profondément l’un après l’autre ; les canaux d’irrigation se perfectionnent. Il nivelle, comble, défriche, fume-les terres longtemps négligées ; sous l’œil du maître, les fermiers travaillent avec plus d’activité, et parmi eux naître une certaine émulation.

     

    A côté de ces heureux résultats la santé de notre confrère se maintient bonne, sans doute il ne peut pas prêcher, mais il travaille de son mieux pour la gloire de Dieu. Koneripatty a une belle grande église, surmontée d’un dôme malheureusement lézardé en plusieurs endroits. M. Chassain tient à le réparer, il a son plan, et avec un ouvrier forgeron du pays, il le renforce à l’intérieur et à l’extérieur d’une armature de cercle de fer, travail vraiment ingénieux et qui sauva l’église.

     

    En 1911 Mgr Chapuis, devenu évêque, est remplacé par M. Palluel. M. Chassain continue, avec son nouveau curé, la même vie de collaboration et de dévouement jusqu’en 1920. A ce moment, M. Bricaud, titulaire du district de Kalkavery depuis 45 ans, a besoin d’un bâton de vieillesse, Mgr pense lui donner M. Chassain qui accepte. La situation n’était pas des plus facile, mais notre con­frère se donne à sa nouvelle tâche avec entrain. Il commence par construire à Kalkavery une belle église, ce qui ne l’empêche pas de faire marcher de pair l’administration spirituelle du district. M. Chassain se procure un bon cheval, et le voilà parti à courir, sous les ardeurs d’un soleil tropical, pour visiter son district ; il oublie qu’il est un rescapé.

     

    Ses travaux, ses courses, auxquels sont venus s’ajouter d’autres soucis, provoquent en lui une forte dépression nerveuse qui l’oblige à se retirer sur les montagnes à Yercaud pour y prendre un repos devenu nécessaire. Le calme et la tranquillité n’amènent cependant aucune amélioration dans son état. On craint même une nouvelle et plus forte crise. Conduit à Bangalore, les docteurs se rendent maîtres du mal, mais un retour en France est jugé urgent. Le 1er mai 1926, M. Chassain allait donc à Colombo prendre le paquebot pour Marseille. A Montbrison il est heureux de retrouver sa vieille mère, ses deux sœurs et un frère, grand mutilé de guerre. Les bons soins prodigués par les siens, agrémentés des joies de la vie de famille, le rétablissent relativement vite. Vers la fin de 1929 M. Chassain fait alors ses adieux à sa bonne maman qu’il ne reverra plus en ce monde et regagne sa chère Mission de Kumbakônam. Il s’installe de nouveau à Koneripatty, d’où il n’aura pas le souci de déménager au moment de la cession du diocèse de Kumbakônam au clergé indigène, ce district restant attaché à la nouvelle Mission de Salem. Il y devient l’auxiliaire de M. Hourmant , titulaire de Kosseri. Mais bientôt ce confrère est chargé d’un autre poste par son évêque et, de ce fait, M. Chassain se voit investi des charges et des responsabilités de chef de district. C’est trop pour lui, le voilà de nouveau fatigué et obligé de tout quitter, pour se retirer à Yercaud auprès de M. Ligeon. Mais l’inaction lui pèse, il tente de faire encore, au cours de l’année 1932, un peu de ministère dans le petit poste de Mattigiri, auprès de son ami M. Bulliard ; en janvier 1933 la maladie revient, l’appétit et le sommeil disparaissent, le pauvre Père maigrit sensiblement, il souffre en silence, alors ses confrères voisins s’inquiètent de son état, et le déterminent enfin à aller à l’hôpital de Bangalore. Le patient éprouve des souffrances de plus en plus violentes, mais les docteurs ne peuvent découvrir la racine du mal qui le dévore intérieurement et provoque parfois de fortes hémorragies. Vu la gravité de son état, un retour en Europe est jugé indispensable par les médecins. La traversée fut pour le pauvre malade assez pénible, mais rendue sup­portable grâce aux bons soins du personnel du bord, et à l’agréable compagnie de Mgr Colas et de M. Boudoul de Pondichéry.

     

    A son arrivée à Marseille, M. Chassain fut d’urgence admis à l’hôpital Saint-Joseph, où les docteurs finissent par découvrir chez notre confrère un cancer au pancréas. A la suite de deux opérations demeurées sans résultat, le malade ne fit que s’affaiblir. Malgré d’atroces douleurs, il garda toujours le sourire et ne se plaignit jamais jusqu’au dernier moment. Le 29 août à midi et demi, sans agonie et en pleine connaissance, il rendit sa belle âme à Dieu.

     

    M. Chassain repose maintenant dans le cimetière de cette ville, d’où il était parti si joyeux et si fort vingt-neuf ans auparavant. Nous ne doutons pas que Notre-Dame de la Garde, l’étoile des Partants, ne l’ait conduit sûrement au port éternel, avec son précieux bagage de souffrances, de misères et d’épreuves si vaillamment supportées jusqu’à son dernier soupir.

     

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    • Numéro : 2800
    • Pays : Inde
    • Année : None