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Jean-Baptiste CHARRIER (1882-1975)

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    • Né le 22 février 1882 à La Verrie, diocèse de Luçon
    • Entré aux Missions Etrangères le 15 septembre 1901
    • Prêtre le 22 septembre 1906
    • En mission au Tibet de 1906 à 1952
    • Aumônier aux Herbiers (Vendée) de 1953 à 1975
    • Décédé aux Herbiers le 14 février 1975

     

    Enfance et jeunesse

     

    Le P. CHARRIER est né le 22 février 1882 à La Verrie, en Vendée, au diocèse de Luçon, de parents qui donnèrent la vie à 18 enfants. La famille était animée d’une foi profonde et du sentiment aigu d’être de la race d’ancêtres héroïques vendéens.

     

    A treize ans, Jean-Baptiste entre au petit séminaire de Chavagnes où il poursuit facilement ses études secondaires. Déjà se manifeste en lui le désir de se vouer au service de l’Eglise. Beaucoup de missionnaires sont originaires de la région et parmi eux le Bienheureux Théophane Vénard, qui, de sa cage, écrivait à son père quelques heures avant son exécution : « Un léger coup de sabre séparera ma tête comme une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir ». — Dès lors Jean-Baptiste a choisi ; il entrera au Séminaire des Missions Etrangères de Paris.

     

    Ordination — Départ

     

    De fait c’est le 15 septembre 1901, à l’âge de 19 ans que Jean-Baptiste Charrier se présenta aux Missions Etrangères. Ses études de philosophie et de théologie terminées, il est ordonné prêtre le 22 septembre 1906. Il attend avec impatience sa destination et lorsque le Supérieur annonce la liste des Missions où vont aller la vingtaine de « partants », il entend : « Jean-Baptiste Charrier est destiné à la Mission des Marches tibétaines », c’est une explosion de joie et des applaudissements pour lui et trois autres confrères, les PP. Doublet, Ouvrard, Van Eslande, qui iront remplacer les quatre missionnaires qui viennent d’être torturés et massacrés, les PP. Dubernard, Bourdonnec, Mussot et Soulier. Voilà donc Jean-Baptiste Charrier destiné au Tibet, ce Tibet si désiré qu’un évêque appelait les missionnaires de cette mission « la Légion des Missions Etrangères ». Mais il n’est pas encore arrivé au bout de son long voyage.

     

    Le 28 octobre il prend le bateau à Marseille, fait escale à Suez, Colombo, Singapore, Saigon, Hongkong pour débarquer à Shanghai après 45 jours de traversée... Reste encore à traverser la Chine d’est en ouest par la voie fluviale du Yangtsé-Kiang (Fleuve Bleu), environ 3.000 km qui ne sont pas sans danger à cause des rapides qui coupent ce fleuve en plusieurs endroits. La suite du parcours se fait en chaise à porteurs ou à cheval pour atteindre l’évêché à Tatsienlu (aujourd’hui Kangting). Le voyage a duré plus de trois mois.

     

    L’accueil fait aux jeunes missionnaires qui arrivent est des plus chaleureux. Ils sont pleins de courage pour se mettre à l’ouvrage afin de remplacer ceux qui ont été massacrés. Mais en arrivant en mission, on ne peut commencer son apostolat tout de suite.

     

     

    Une carrière apostolique exceptionnelle

     

    Il faut d’abord apprendre une nouvelle langue, la langue chinoise dans le cas, avec ses « caractères » compliqués. C’est un vrai casse-tête. Il faut apprendre à bien articuler les sons, à faire les intonations justes et autres aspirations, sans quoi on n’arrive pas à se faire comprendre. Le Père Charrier a l’oreille fine ; il écoute et au bout de quelques mois il est jugé apte à « se jeter à l’eau », au point d’être envoyé seul, avec un jeune chrétien, aux avant-postes de la chrétienté où tout est à faire car la religion chrétienne y est totalement inconnue. Il va devenir un pionnier remarquable.

     

    A Taofu (à cinq étapes au nord de l’évêché) il cherche une bicoque. Il accueille ceux qui viennent le voir, peut-être par curiosité. Il parle, il écoute, il s’intéresse aux familles, donne quelques médicaments et parle du Sauveur. Au bout de quatre ans, il a déjà baptisé plus de 200 catéchumènes soigneusement instruits, construit une chapelle et une école. C’est lors d’une de ses tournées qu’il tomba de cheval et se cassa une jambe. Il se fit consolider la jambe avec un gros bâton solidement fixé et... attendit qu’il pût marcher de nouveau. Il n’était pas question d’aller à l’hôpital et pour cause !

     

    C’est à Taofu que son successeur, le P. Davenas, sera torturé, fixé à une poutre et délivré « in extremis ». En effet, le P. Charrier a été appelé à fonder un autre poste à Tampa, au nord-est, à cinq étapes encore de l’évêché. Là, ce sera encore plus laborieux. Il s’y introduit en cachette avec son fidèle compagnon chrétien. Il apprend qu’une bande d’opposants veut le faire disparaître et bloque les deux issues de la bourgade. Pour se tirer d’affaire, de nuit il endosse un manteau, prend une hotte et un sac, s’entoure la tête d’un turban usagé et cache soigneusement sa barbe. Arrivé au poste de garde, la sentinelle lui crie : « Halte-là » — « Je vais au moulin » répond-il imperturbable. « Alors, passe ». Il ne se fait pas prier et s’éloigne d’un pas rapide. Les gardes s’apercevront trop tard qu’ils ont été joués !

     

    Quelques mois plus tard il revient et réussit à louer une petite maison en planches où il s’installe. On lui demande pourquoi il a osé revenir. Il répond : « Puisque j’ai pu obtenir un logement, j’y suis, j’y reste ». Sa ténacité à triomphé. Pendant son séjour de neuf ans, il baptise 150 néophytes ; il construit une église, une résidence, une école ; en outre, deux annexes sont ajoutées au centre, avec pied-à-terre pour les visites.

     

     

    Le fleuron et les épreuves de Mowkung

     

    En 1920, il va réussir là où les missionnaires de la mission voisine ont toujours échoué, à Mowkung, à deux étapes à l’est de Tampa. Ce sera le sommet de sa vie apostolique. Mowkung est le centre urbain d’une région farcie de guérilleros fratricides, secteur de vengeance entre clans opposés où le « chic » est de circuler bardé de cartouchières et de mitraillettes. Le P. Charrier déploie toute sa finesse diplomatique pour se mettre « bien » avec toutes les tendances. Il les écoute, les conseille, les reçoit même. Un clan est-il vaincu, il se réfugie à la résidence du Père qui est le lieu d’asile inviolable ; un autre jour, ce sera l’adversaire de la veille qui sera obligé de se réfugier chez lui. S’il y a combat avec coups de feu, le P. Charrier se rend sur les lieux, arbore un mouchoir blanc au bout de sa canne et se met entre les combattants, invitant les délégués de chaque clan à venir discuter. On parlemente et la paix est rétablie… pour un temps ! En général, son influence et sa popularité sont efficaces. — Malgré toutes ces difficultés, il a réussi à former une belle chrétienté : église, écoles, dispensaire, salle de lecture : tels sont les résultats. Il est nommé Vicaire général en 1946. Entre temps, il prend un congé de six mois en Vendée. A son retour, le calvaire va commencer avec l’arrivée des communistes.

     

    Déjà une première fois, en 1934, lors de la « Longue Marche », les forces communistes ont envahi le pays et laissé derrière elles des dégâts, des ruines fumantes. Le Père Charrier a dû fuir vers la capitale du Szechwan. De retour il relève les ruines. Une seconde fois, c’est l’invasion de l’armée rouge en force. Au début elle veut se montrer libératrice, sinon libérale. Le P. Charrier vient voir le P. Valour à Tampa. Celui-ci lui dit son scepticisme sur la sincérité des troupes de Mao. Les deux Pères profitent de cette rencontre pour se confesser. Ce sera leur dernière confession pour plus d’un an. Enfin voici le désastre qui arriva au P. Charrier pendant l’été de 1951. Les « rouges » avaient subi un cuisant échec en attaquant un nid d’aigle près de Mowkung ; les résistants, excellents tireurs, avaient tué plusieurs soldats communistes. Quelques jours plus tard, le Chef d’Etat-Major convoque le P. Charrier et lui demande un service. « Je sais que vous êtes influent. Voudriez-vous accompagner un groupe de soldats pour parlementer avec les résistants ? S’ils se rendent, ils auront la vie sauve et vous aussi. Parole d’honneur ! ». Le Père accepte. Avec une escorte à cheval, il gravit la côte et interpelle les résistants. « Me voilà. Vous ne pourrez résister longtemps. Si vous vous rendez, vous serez libres ». — « Nous nous rendons à ta parole ». On descend vers la ville ; tout le monde est content. Mais, le lendemain, tous les résistants étaient fusillés et le Père jeté en prison. Quelle agonie pour le Père à la suite de ce parjure qui a coûté la vie à ses amis et ne lui a pas évité la prison !

     

    Quelques jours plus tard, sans doute par crainte d’un sursaut éventuel de la population, le P. Charrier est hissé sur un brancard, attaché, recouvert d’une couverture et dirigé vers Chengtu, où il est jeté dans un infect cachot, condamné au silence et à la solitude. Il y restera plus d’un an, ainsi que plusieurs autres missionnaires parmi lesquels Mgr Pinault, évêque de Chengtu.

     

     

    Expulsion et retour en France

     

    En 1952, ses geôliers emmenèrent le P. Charrier vers un « juge » qui lui signifia que le Gouvernement populaire avait la bonté de lui accorder la liberté. Comme on l’apprécie cette liberté quand on franchit le pont de chemin de fer qui sépare la Chine totalitaire de la Chine libre de Hong­kong ! Il fut accueilli par un Père italien qui lui dit : « Vous êtes libre ! ». Il n’osait à peine y croire et il lui faudra des jours et des jours pour se réhabituer, tellement a été profond le traumatisme de l’endoctrinement communiste. Le réflexe de ceux qui sont passés par cette épreuve est le même pour tous : on regarde d’un côté et de l’autre pour voir s’il n’y a pas un espion pour vous surveiller et vous dénoncer. Heureusement la charité des Pères de la Procure de Hongkong était là pour réconforter les âmes et les corps et remplacer les pauvres hardes souillées et déchirées par des vêtements neufs.

     

    Enfin, c’est le retour à Paris par avion. Après quelques jours de repos, le P. Charrier revoit sa Vendée natale et ce fut l’explosion de joie de tous ceux qui lui étaient chers.

     

     

    Hôpital des Herbiers

     

    Il n’était pas dans le tempérament du Père Charrier de rester inactif. Aussi prit-il du ministère à l’hôpital privé des Herbiers, non loin de sa paroisse natale. Il remplit ce ministère pendant 18 ans. Une fois devenu aveugle, il vécut encore 4 ans dans cet établissement car les religieuses qui le dirigent voulurent absolument le garder et le soigner jusqu’au bout. Ce séjour à l’hôpital augmentera encore la popularité, la renommée du P. Charrier auprès de ses compatriotes et de ses visiteurs. En plus de son ministère à l’hôpital, le P. Charrier rendait volontiers service à la paroisse, notamment pour les confessions. Bien des prêtres aussi venaient chercher près de lui conseils et réconfort.

     

    Au début de janvier 1975, le P. Charrier ne manifestait encore aucun signe de faiblesse lors d’une visite que lui fit un confrère à l’occasion des obsèques du P. Gouin. Quelques semaines plus tard il se sentit fatigué. Les choses alors se précipitèrent et le 14 février il remettait son âme entre les mains du Seigneur ; il achevait presque sa 93ème année.

     

    Ses obsèques eurent lieu le 17 février à La Verrie, sa paroisse natale. Détail remarquable : sa sœur cadette, âgée de 91 ans, assistait aux obsèques de son frère. La concélébration fut présidée par le Vicaire général du diocèse de Luçon entouré d’une quarantaine de prêtres dont plusieurs confrères des Missions Etrangères, notamment les PP. Valour, Dozance, anciens du Tibet, le P. Grasland et quelques autres. Dans son homélie, le P. Valour, ancien missionnaire des Marches tibétaines et compagnon d’apostolat du P. Charrier, retraça avec émotion les principales étapes de sa vie au Tibet et en France.

     

     

    Vertus morales et spirituelles

     

    Le P. Charrier est certainement une belle figure de prêtre missionnaire. Dans son homélie, le P. Valour dessine ainsi sa figure : « Le P. Charrier fut un pionnier, par son courage à la St Paul, bravant les dangers, les brigands, le froid, le chaud, l’inconfort et la prison pour annoncer la Bonne Nouvelle. Il fut un fondateur de chrétientés. Il avait cette vocation et ce don. Il en fonda quatre. Lorsqu’après quelques années une fondation lui semblait assez solide, il demandait à l’évêque d’y nommer un autre prêtre, et lui, il repartait recommencer un peu plus loin. Il faisait ainsi le sacrifice de renoncer à l’affection de ses néophytes, aux églises, aux résidences, aux écoles construites par ses soins. Et il repartait absolument à zéro. Le P. Charrier était servi par une connaissance remarquable de la langue chinoise et par un tempérament toujours enjoué et égal. Il « débordait » de diplomatie et savait, sans en avoir l’air, amener ses auditeurs à partager ses points de vue. Il était remarquable par sa bonté accueillante qui savait se faire tout à tous, par une jeunesse d’esprit qu’il conserva jusque dans sa vieillesse.

     

    Sur le plan spirituel, il a gardé une foi ardente, une confiance extraordinaire en Dieu et dans le secours des âmes du Purgatoire, confiance aussi en Marie Immaculée, lui qui a égrené tant de chapelets pendant ses chevauchées et ses longues marches au Tibet.

     

    Comme tout missionnaire expulsé, il se sentait un peu « exilé » en France et sa pensée se reportait sans cesse vers ses chrétiens restés sans pasteur et bien des fois condamnés aux travaux forcés. Son testament portait : « Ni fleurs ni couronnes ». Le P. Charrier a mérité une autre couronne. Au terme de sa longue vie, plein d’espérance, il pouvait dire comme St Paul : « Il ne me reste plus qu’à recevoir la couronne de justice que me donnera le Seigneur, le juste Juge ». Nous avons confiance que le Seigneur a récompensé son bon serviteur ».

     

    C’est au cimetière de La Verrie, au milieu des siens, que repose le P. Jean-Baptiste Charrier.

     

     

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    • Numéro : 2893
    • Pays : Tibet Chine
    • Année : None