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Claude CHARMOT (1922-1982)

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    • Né le 11 avril 1922 à Bons, diocèse d’Annecy, Haute-Savoie
    • Entré aux Missions Etrangères le 31 octobre 1943
    • Prêtre le 29 juin 1947
    • Parti le 11 novembre 1948 pour Hung-Hoa (Nord Viêt-Nam)
    • Passe à Quinhon en 1951 et à Nhatrang en 1957
    • Rentre en France en 1975
    • Ministère en France : 1976-1978
    • Retraite à Lauris en 1979
    • Décédé à Lauris le 28 novembre 1982
    • Inhumé dans sa paroisse natale, à Bons, le 2 décembre

     

    Enfance et jeunesse

     

    Claude Charmot naquit à Bons-en-Chablais, en Haute-Savoie, au diocèse d’Annecy, le 11 avril 1922. Il était l’aîné d’une famille qui devait compter huit enfants. Son père, cultivateur dans sa jeunesse, fut très grièvement blessé pendant la guerre 1914-1918. Grand mutilé, il obtint à ce titre la gérance du bureau de tabac de Bons. Dans cette famille profondément chrétienne, l’éducation était rude. Le père dirigeait militairement son petit monde et chacun des enfants, suivant son âge et ses forces, avait sa tâche à remplir. Claude étant l’aîné devait donner l’exemple. Un jour, alors que Claude était déjà au petit séminaire, à une cousine qui lui faisait remarquer sa sévérité, le père répondit : « Vois-tu, Simone, je ne veux pas que Claude soit plus tard un prêtre enfermé dans ses livres mais qu’il pense aux autres. »

     

    Après ses études primaires à Bons, Claude fut admis au petit séminaire Saint-François de Sales à Thonon, en septième, en 1932. En octobre 1940, il entra au grand séminaire d’Annecy pour une première année. Mais, en juillet 1941 sa santé donnait des inquiétudes. C’est pourquoi, en novembre 1941, il fut envoyé au séminaire-préventorium des Voirons dirigé par Mgr Lesage. Il s’y reposa et fortifia sa santé jusqu’au mois de février 1943. C’est alors qu’il fut « mobilisé » pour les Chantiers de jeunesse à Currière, du mois de mars au mois d’octobre 1943. Tout ceci explique qu’ayant fait sa demande d’entrée aux Missions Etrangères le 10 juillet 1941 et, étant admis le 27 juillet, il n’entra effectivement que le 31 octobre 1943, afin d’y poursuivre ses études. Mais comme il était de la classe 1942, il était soumis au STO. Pour éviter d’être envoyé en Allemagne, il quitta Paris au mois d’avril 1944 et se réfugia en Savoie. En novembre 1944, il put rentrer à la Rue du Bac et se préparer au sacerdoce qu’il reçut le 29 juin 1947. Pour raison de santé, il demanda que l’on différât de lui donner une destination. Sa santé encore fragile lui permettait cependant de faire un peu de ministère. Il fut donc, avec l’accord de ses supérieurs et de l’évêque d’Annecy, vicaire bénévole dans la paroisse des Gets, en Haute-Savoie, du mois de septembre 1947 au mois de mars 1948. Rentré à Paris le 8 mai 1948, c’est le 29 juin qu’il reçut sa destination pour la Mission de Hung-Hoa, au Nord Viêt-Nam, en même temps que le jeune P. Guerry. Parti de Marseille sur le « Cap Tourane » le 11 novembre 1948, il finit par arriver à Hanoï le 1er janvier 1949. Le vieux « Cap Tourane », à bout de souffle, avait eu des avaries en route : ce qui avait entraîné « relâche » à Port-Saïd et à Djibouti pour des réparations indispensables.

     

     

    En mission

     

    Arrivé à Hanoï, le P. Charmot y trouva les confrères de Hung-Hoa réfugiés à la Mission. En raison des troubles occasionnés par la guerre, ils avaient été obligés de se replier sur la capitale. C’est donc à Hanoï que le P. Charmot commença l’étude de la langue vietnamienne et cela du mois de janvier au mois de novembre 1949. Comme la situation était devenue meilleure et la sécurité plus assurée, les confrères de la Mission de Hung-Hoa regagnèrent leurs postes, au moins en grande partie. Et c’est à Hung-Hoa que le P. Charmot continua l’étude de la langue du mois de novembre 1949 à Pâques 1950. Ensuite, il fut envoyé au petit séminaire comme professeur jusqu’à la fin de l’année scolaire 1950. Il occupa ses vacances en aidant le P. Seitz dans une colonie de vacances à Hongay. Le temps était venu pour lui de recevoir une véritable affectation. Mgr Mazé l’envoya donc comme vicaire du P. Chabert à Lao-Kay, une ville située sur la frontière nord, à deux pas de la Chine. A Lao-Kay, le P. Charmot était à une excellente école auprès du P. Chabert, un missionnaire remarquable.

     

    Très certainement le P. Charmot arrivait dans cette paroisse avec les meilleures dispositions ; il faut cependant noter qu’il était nerveusement fragile et que les événements militaires avaient sur lui un retentissement profond d’autant plus que par tempérament il était à l’affût de toutes les nouvelles vraies ou fausses, comme il en circule tant dans de pareilles circonstances. Pour le coup, les nouvelles étaient exactes : les troupes françaises avaient subi des défaites très graves. Les Viêtminh avançaient ; ils étaient sur le point de prendre Lao-Kay. Un peu plus tard ils s’emparèrent de Caobang et de Langson ; toute la Haute-Région allait ainsi être entre leurs mains. Comme il le dit lui-même, le P. Charmot fut pris de panique et le 25 octobre 1950 il quittait Lao-Kay précipitamment et partit pour Hanoï sur le premier avion militaire qui voulut bien l’accepter. Quant au P. Chabert, il resta sur place, attendant la suite des événements.

     

    Arrivé à Hanoï, le P. Charmot monta jusqu’à Hung-Hoa. Il n’avait vraiment pas de chance ! Là aussi, une fois de plus, on s’apprêtait à évacuer et le 2 novembre 1950, le P. Charmot était de nouveau à Hanoï. Comme l’occasion s’en présentait, il fit un voyage à Phat-Diêm en compagnie de Mgr Lê Huu Tu et du P. Willich pour accompagner la statue de Notre-Dame de Fatima.

     

     

    A Quinhon

     

    Il faut bien reconnaître qu’en ces mois la situation des confrères de Hung-Hoa était pénible et que l’ambiance était plutôt déprimante pour un homme comme le P. Charmot. Il demanda donc à changer de mission. Mais il lui fallait trouver un évêque qui voulût bien l’accueillir. Mgr Piquet, alors Vicaire apostolique de Quinhon, accepta de le prendre « ad experimentum » pour trois ans. Mais cette acceptation n’était pas encore acquise lorsque le P. Charmot quitta Hanoï pour Saïgon, le 1er décembre 1950. Après quelques jours de repos à la procure, Mgr Cassaigne, Vicaire apostolique de Saïgon, l’envoya pour trois semaines à Poulo-Condor, le 15 décembre 1950. Cette « mission » accomplie, le P. Charmot revint à Saïgon et pour occuper ses loisirs fit quelques voyages, notamment à Phnom-Penh et à Dalat. Pour Pâques 1951, il fut de nouveau envoyé à Poulo-Condor. Entre-temps, l’acceptation de Mgr Piquet lui était parvenue. Il quitta donc Saïgon pour se rendre à Nhatrang, comme vicaire à la paroisse. Cette ville dépendait du vicariat apostolique de Quinhon. C’est plus tard, en 1957, que fut érigée la mission de Nhatrang par division de la mission de Quinhon. La mission mère de Quinhon fut confiée à Mgr Doàn et Mgr Piquet prit la charge de la nouvelle mission de Nhatrang. C’est le 25 avril 1951 que le P. Charmot arriva à Nhatrang comme vicaire du P. Garrigues. Le 30 juin 1954, il est chargé du poste de Hon-Thiên, puis de nouveau vicaire à Nhatrang le 1er octobre 1954. Le 17 juillet 1955, il est nommé vicaire à Tourane (Danang) avec pour charge principale l’aumônerie du collège français. Au mois de novembre 1957, il revient dans la nouvelle mission de Nhatrang, comme curé de la paroisse de Ba-Ngoi. Il exerce son ministère dans cette paroisse jusqu’au mois de juillet 1958, date de son départ en congé en France. Arrivé en France le 17 juillet 1958, il repart pour le Viêtnam le 8 septembre 1959. Il est alors détaché à Tourane, où il arrive le 16 septembre 1959. Il reprend ses fonctions de vicaire et d’aumônier du collège français. Il va rester à Tourane jusqu’en 1975. Il a fait lui-même un résumé de ses activités : il est vicaire à la cathédrale où il assure avec beaucoup de dévouement un ministère assidu au confessionnal. Il est également chapelain des Sœurs de Saint-Paul de Chartres et au service des Français encore assez nombreux dans cette ville. Il assure aussi la fonction d’aumônier des hôpitaux et de la clinique Saint-Vincent. Tout cela ne l’empêche pas de s’intéresser à l’histoire du diocèse, au début de l’évangélisation dans cette région et de publier un « Guide touristique » du diocèse en français. Après un congé en France, il reprend ses activités au mois de février 1970 et y ajoute la fonction de chapelain de l’« Helgoland », un navire-hôpital allemand ancré dans la baie de Tourane. En septembre 1971, il est également chargé du service religieux à la prison civile. Malgré toutes ces activités, il trouve encore le temps de donner des cours de français à des personnes des ambassades de Corée et de Chine. En 1971, il trouve aussi moyen de s’introduire dans les milieux intellectuels de la ville : médecins, avocats, ingénieurs. Donc le P. Charmot mène une vie active qui semble lui plaire, mais les Viêtminh, eux aussi, s’agitent et non sans succès. Leur avance se poursuit sans relâche et même certains échecs cuisants ne les découragent pas, tant et si bien que dès le début de 1975, la défaite des troupes gouvernementales du Sud paraît inévitable. Les Européens quittent Danang. Les populations civiles refluent vers le Sud. La situation devient telle que le P. Charmot quitte Danang au bout de quelques mois et se rend à Saïgon. Comme il n’a rien à y faire, d’accord avec le Père Supérieur régional, il part pour la France où il arrive le 18 septembre 1975.

     

     

    En France

     

    Tous ces événements ont sérieusement secoué le P. Charmot. Il prend donc un temps de repos et reçoit les soins que nécessite son état. En 1976, il prend du ministère dans son diocèse à Douvaine, puis ensuite à Hauteville, dans l’Ain, en 1978. Mais sa santé se détériore de plus en plus, surtout au point de vue nerveux. Aussi est-il obligé de se retirer à Lauris en 1979. C’est dans cette maison de repos qu’il est décédé presque subitement d’une crise cardiaque, le 28 novembre. Le 1er décembre dans la matinée, une messe fut célébrée à Lauris, en présence des confrères de cette maison. Le P. Martin fit l’homélie. Après la cérémonie, le corps du P. Charmot fut emmené à Bons-en-Chablais, son pays natal, et déposé à l’église paroissiale, jusqu’à l’heure des obsèques le lendemain 2 décembre dans l’après-midi. Plusieurs confrères participèrent à la concélébration. C’est le P. Lagrange qui donna l’homélie. Ainsi le P. Charmot repose près des siens dans le caveau de famille, au cimetière de Bons.

     

    Tel est le curriculum vitae assez détaillé du P. Charmot. Tous ces détails nous viennent de lui, car il avait pris soin de les noter de façon précise. Comme on le voit, sa carrière missionnaire fut assez mouvementée et cela du fait de la guerre. Tout ce climat d’insécurité plus ou moins prononcée suivant les époques n’a pas été sans exercer une influence profonde sur son état nerveux et cette influence n’a fait que s’accentuer après son retour en France en 1975. Il passait par des périodes d’exaltation suivies de périodes de dépression pendant lesquelles il était d’humeur sombre et ne disait pas un mot, lui qui aimait tant parler et se renseigner sur toutes sortes de choses. Sans vouloir nuire à sa réputation, on peut cependant dire qu’à Lauris il avait parfois certaines attitudes insolites qui tenaient à son état de santé. Mais s’en tenir à cela, ce ne serait pas donner une vue exacte de l’homme et du prêtre que fut le P. Charmot.

     

    Il est bien sûr qu’il aimait se renseigner sur toutes sortes de choses. C’était certainement là une de ses caractéristiques : il voulait tout savoir. Parfois même il manquait de mesure dans ses investigations. Dans les renseignements donnés par le grand séminaire d’Annecy, le Supérieur signalait son peu de mémoire. C’était peut-être vrai pour certaines matières pendant ses études secondaires. D’ailleurs dans une fiche de renseignements remplie de sa main, le P. Charmot dit textuellement : « J’ai fait mes études d’une façon assez médiocre, puisque la moyenne étant de 5/10, je n’ai jamais eu plus de 5,5 et jamais moins de 4,5. » N’y avait-il pas un peu de paresse plutôt que manque de moyens ? En tout cas, ce qu’il y a de remarquable chez le P. Charmot, c’est qu’il avait une mémoire que l’on pourrait dire « sélective ». Il se rappelait d’une manière étonnamment précise, les figurés et les noms des gens, même après de longues années. Il en était de même pour les faits qu’il avait découverts dans ses recherches historiques. Dans tous les postes où il est passé et notamment à Tourane, ce qui est remarquable, c’est son assiduité au confessionnal. Les chrétiens venaient nombreux, car ils étaient sûrs de le trouver aux heures indiquées. Par cet humble ministère accompli avec tant de fidélité, il a fait certainement beaucoup de bien. Un autre apostolat dont il s’était fait une spécialité, c’était la visite des malades auxquels il consacrait beaucoup de temps. Il exerçait ainsi, en milieu vietnamien, un ministère apprécié dans des domaines que lui laissaient volontiers ses confrères de la cathédrale. Un Européen de Tourane signale son dévouement pour assister les mourants : on pouvait l’appeler à toute heure. Aussi serait-ce une contre-vérité de dire « qu’il passait son temps chez les Européens ». Oui, il avait des relations avec les Européens de Tourane, car il considérait qu’il avait un témoignage à donner aux Européens de Tourane, qu’ils fussent ou non assidus à fréquenter les offices. Le P. Charmot tenait à maintenir le contact avec ces familles, françaises pour la plupart, dont il retrouvait les enfants au lycée Blaise Pascal où il faisait le catéchisme. Comme il était le seul prêtre français à Tourane, if considérait comme un devoir de prendre en charge toute la « colonie » européenne de la ville. Qu’il ait sablé le champagne aux anniversaires ou autres fêtes, cela lui permettait d’être reçu par tous et d’apporter son sourire en ces temps de calamité. Ces fréquentations lui ont permis aussi de régulariser quelques situations matrimoniales, non pas à la sauvette, mais après une instruction religieuse préalable. Il avait souci aussi d’aider des familles dans la gêne, soit en trouvant du travail pour elles, soit même pécuniairement. Pour ce faire, il demandait des secours à ses amis de France ou même empruntait sur place des sommes qu’il a d’ailleurs remboursées intégralement lors de son retour en France. Il aimait aussi rendre service aux visiteurs (touristes, journalistes) et leur faire visiter les sites intéressants. Ces visites étaient accompagnées de commentaires précis. Après l’entrée des Nord-Vietnamiens à Tourane, en 1975, il continua à rayonner parmi la population, réconfortant les épouses dont les maris étaient en rééducation, aidant matériellement les familles dans la mesure de ses moyens. Sans hésitation, il parcourait à bicyclette la ville et ses environs à la recherche de familles à aider. En un mot, le P. Charmot se dévouait au maximum de ses possibilités. L’ancien directeur de l’usine électrique de Tourane qui a donné ces témoignages sur les activités du P. Çharmot conclut : « Le P. Charmot a joué un rôle irremplaçable pendant toute la période où il a été vicaire à Danang. »

     

    A la nouvelle de sa mort, l’évêque coadjuteur de Danang envoya un télégramme de condoléances au Père Supérieur général et à la famille du P. Charmot. Ce sera notre conclusion. En voici le texte : « Apprenons avec douleur décès P. Claude Charmot. Présentons Société nos condoléances. Messes et prières tout diocèse de Danang pour repos âme regretté missionnaire.»

     

     

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    • Numéro : 3824
    • Pays : Vietnam
    • Année : None