Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Louis Philippe CHAREL (1889-1965)

Add this

    Philippe CHAREL naquit le 12 août 1899 à St-Bonnet-le-Froid, en Haute-Loire. Nous ne connaissons rien de sa famille (sauf qu’il avait un oncle missionnaire à Madagascar), rien de sa jeunesse. Nous commençons à le découvrir en 1910 quand il entre à l’école St-Thomas-d’Aquin qui servait de petit séminaire au diocèse de Lyon. Il y passa sept années, consacrées à un travail méthodique et consciencieux et, en octobre 1911, entra au grand séminaire de Lyon, à Francheville, pour y commencer sa philosophie.

    Mais la première guerre mondiale dévorait les hommes et Philippe fut mobilisé en avril 1918. Il participe aux dernières batailles, d’où il sortit avec un caractère mûri, mais ne fut libéré qu’en mars 1921. Re-mobilisé en mai de la même année, il fut définitivement renvoyé dans sa famille en juin.

    Il ne se représenta pas au séminaire de Francheville, car il avait déjà le désir d’entrer aux Missions Etrangères de Paris. Retenu plusieurs mois dans sa famille pour aider son père et un de ses oncles, il fit sa demande d’admission en janvier 1922 et entra au séminaire de Bièvres le 18 février suivant.

    Il semble bien qu’il eut assez de peine à s’habituer aux jeunes aspirants parmi lesquels il se trouvait. Il aimait à se retrouver dans la compagnie des anciens qui, comme lui, avaient participé aux dernières opérations de la Grande Guerre.

    Ordonné diacre le 29 mai 1926, il remplit les fonctions de diacre des martyrs, puis fut ordonné prêtre le 18 décembre de la même année. Destiné à la mission de Chengtu, il eut un départ très difficile. En effet, alors que le bateau était prévu pour le mois d’avril 1927, il tomba malade au début de l’année, puis il perdit son père pendant le mois des adieux. Il put tout de même partir à la date prévue. Le voyage était plein d’aléas. La guerre civile battait son plein en Chine. Le jeune père Charel fut retenu plusieurs mois à Shanghai, la voie fluviale étant coupée : à l’époque, seul le Fleuve Bleu permettait de traverser la Chine d’est en ouest

    Finalement, au début de 1928, Mgr Rouchouse, qui avait été sacré en 1918, eut la joie de recevoir son premier renfort. Il confia celui qui fut longtemps appelé le « fils unique » au Père Gabriac. Le nouveau missionnaire, doué d’une étonnante mémoire, s’assimila très rapidement les rudiments de la langue chinoise. Au bout de six mois, il put faire ses premières armes comme chef du district de Tsi Toui Oua où il ne resta que peu de temps. En 1929, la chaire de philosophie du grand séminaire de Chengtu perdit son titulaire, le Père Laroche, obligé, pour raison de santé de regagner la France. Le Père Charel fut désigné pour la succession, et il resta à son poste, l’année suivante, quand le séminaire, de diocésain, devint provincial.

    En 1932, il quitte l’enseignement pour reprendre du ministère : il est chargé du district de Nienchushien dont le titulaire venait de mourir. Le poste est important à un double titre : il comporte une chrétienté nombreuse et bien vivante, et possède le minuscule vignoble chargé d’approvisionner la Mission en vin de messe.

    Ce ne fut là qu’un séjour d’un an, car dès 1934, il est nommé supérieur du séminaire de Chengtu, poste qu’ilgardera jusqu’en 1947. Et voilà qu’en 1938, chassé par les bombardements japonais, il va regagner Nienchushien avec ses élèves qu’il installe dans les locaux de sa résidence. Il va cumuler les fonctions de supérieur et de curé, assisté d’un vicaire chinois. Après la guerre, le séminaire ayant pu récupérer ses locaux, le Père Charel s’installe à nouveau avec ses élèves à Chengtu. Il quitte le séminaire en 1947 et devient alors aumônier des religieuses FMM, de l’orphelinat et de l’hôpital catholiques de la ville.

    En 1948, alors que l’horizon politique s’assombrit, le Père Charel est prié par son nouvel évêque Mgr Pinault, de prendre la procure et de s’occuper des questions matérielles du diocèse. Avec son calme coutumier, il accepte cette lourde responsabilité. Bientôt ce sera la « libération » par les troupes communistes, suivie, très vite, de règlements de comptes, d’avanies et de tourments continuels. Même dans son entourage, ceux qui n’étaient pas au courant de ses mille difficultés ne pouvaient soupçonner tous les ennuis du Père Charel sommé, dune part, de remplir le tonneau des Danaïdes et, d’autre part, tourmenté par le souci lancinant de fournir le pain quotidien au clergé, aux orphelins, aux séminaristes et à une foule de malheureux.

    Que de fois dut-il assister, à côté de son évêque et ami, à des séances pénibles agrémentées de menaces, souffrant, lui, si sensible, de voir souffrir les autres. Et pendant tout ce temps, il réussit le tour de force de ne laisser personne mourir de faim, quitte à servir aux quelques-uns du dernier carré, qui s’en délectaient, les dernières boîtes de conserve, gonflées comme des cadavres en décomposition.

    Passé en jugement populaire, il trouve moyen, dans une atmosphère d’enfer, de sourire quand une dame déchaînée lui vomit des imprécations dignes d’une héroïne de Corneille, le prenant pour l’évêque... Or l’évêque était à côté de lui, et rien ne les différenciait : la pauvre accusatrice agissait sur ordres supérieurs, mais ne les connaissait ni l’un, ni l’autre.

    A partir du 15 décembre 1951, adieu la liberté : c’est la résidence surveillée, à l’évêché même. Le 18 mars 1952, les deux responsables du diocèse, l’évêque et le Père Charel sont reconnus criminels et arrêtés, bien avant le jour. Mis au secret, ils sont conduits, menottes aux mains et escortés de quarante soldats armés de mitraillettes, à la prison politique pour des séances d’aveux spontanés. Le Père Charel est très affaibli. Il ressent de terribles douleurs, dues sans doute à des calculs. Il a faim. Monseigneur, à travers les barreaux de sa cellule, le voit à bout de forces quand, une fois par jour, son gardien l’emmène aux toilettes. Il ne peut laisser mourir ainsi son compagnon si dévoué. Il intervient auprès de son propre geôlier pour qu’on donne des soins au malade. Et un prisonnier, docteur en médecine, est autorisé à donner une consulta­tion. Quelques pilules et une assez rapide expulsion de Chine permirent au Père Charel de franchir ce mauvais pas.

    Le 29 mars 1952 commença un voyage de dix-huit jours qui le conduisit à Hong-Kong. Bien fatigué, il reçut une nouvelle mission : prendre l’avion avec Mgr Jantzen, archevêque de Chungking, encore plus malade que lui, pour lui prodiguer en cours de route les soins que pourrait requérir son état.

    Quelques mois au pays natal qu’il n’avait pas revu depuis près de trente ans lui valurent une amélioration notable de sa santé. Dès le mois de novembre 1952, il fut jugé apte à seconder le Père Pasteur, supérieur du centre d’accueil de Voreppe. Jusqu’à la fermeture de cette maison, il s y dévoua avec la charité extraordinaire qui était la marque de sa personnalité. Il aurait pu avoir comme devise : « Ne jamais faire de la peine à qui que ce soit ». « Toujours prêt à rendre service à ses confrères, il aurait fait à genoux, écrit le Père Pasteur, le voyage de la maison au village pour procurer à un Père un paquet de tabac ou une boîte d’allumettes ». Il soignait les malades, veillait les moribonds, écoutait doléances et confidences, servait à table, aidait à la cuisine, et tout cela avec le sourire et sans un mot d’humeur. De plus, il répondait aux curés ayant besoin d’être aidés ou remplacés et il prêchait les journées missionnaires qui lui étaient demandées. C’était un homme qui ne savait pas refuser, qui ne savait pas dire « non ».

    Or, tout cela, le Père le faisait dans un état de santé qui se dégradait rapidement. Calculs dans les reins, troubles de la vessie, faiblesse cardiaque. Bientôt des syncopes fréquentes alertèrent son entourage. Lorsque les Missions Etrangères quittèrent Voreppe pour Lauris, durant l’été 1964, le Père Charel accepta avec joie de rester à Voreppe comme chapelain des religieuses clarisses qui avaient acquis le domaine.

    Hélas, moins d’un an après, le Père Charel succombait, le 22 août 1965, à un œdème pulmonaire, magnifiquement soigné par la Rev. Mère Abbesse et ses religieuses. Il repose maintenant près du Père Gabriac : le maître de jadis avait inauguré le cimetière missionnaire de Voreppe, l’élève termina la série.

    Le Père Charel laisse à tous ceux qui l’ont connu et aimé — et tous ceux qui l’ont connu l’ont aimé — le souvenir d’un confrère très sensible, très doué, d’une grande finesse et d’une non moins grande charité. Bien sûr, on peut, sans malice, évoquer en souriant certains traits de son caractère : Il ne fut jamais très doué pour l’autorité, ou pour purger sa chambre de tout désordre, mais, en fait de bonté, de patience et d’oubli de soi, on ne peut guère faire mieux. Lui si calme, a eu une vie très mouvementée, toujours au service de Dieu et des âmes. Il a aimé, beaucoup aimé, son pays d’adoption.

    Ayant eu l’honneur de confesser courageusement sa foi, il aura sûrement atteint l’objet de son espérance, Là-Haut, où ne règne que la charité.

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 3332
    • Pays : Chine
    • Année : None