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Eugène Etienne CHARBONNIER (1821-1878)

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    Mgr Eugène-Étienne Charbonnier naquit à Pierrevert (diocèse de Digne) , le 21 mai 1821. Il n’était que clerc tonsuré, lorsque, cédant aux aspirations de son cœur d’apôtre, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères le 28 octobre 1846. Après y avoir achevé ses études théologiques, il fut ordonné prêtre le 17 juin 1848, et s’embarqua le 9 août de la même année , avec M. Néron, pour le Tong-King occidental.

    Au moment où il arriva dans sa Mission (mars 1849), les chrétiens jouissaient de quelque tranquillité ; Tu-Duc venait d’inaugurer son règne, et les premiers actes de son gouvernement permettaient aux chrétiens d’espérer des jours meilleurs. Leur espoir fut de courte durée. De nouveaux édits, spécialement dirigés contre les Missionnaires , et le martyre des Vén. Schoeffler et Bonnard leur apprirent bientôt que la fin de leurs épreuves n’était pas encore venue. Ce fut au milieu de ces alternatives de tranquillité et de persécution que le nouveau Missionnaire fit ses premières armes, à l’école du grand Évêque d’Acanthe. Digne disciple d’un tel maître,  M. Charbonnier se fit remarquer par son zèle , par sa piété, par toutes ces vertus apostoliques qui lui gagnèrent l’estime et l’affection de ses supérieurs, de ses Confrères et des indigènes , prêtres et fidèles. Aujourd’hui encore la mémoire de Mgr Charbonnier est en vénération au Tong-King occidental. De si précieuses qualités attirèrent sur lui l’attention de son Vicaire Apostolique qui lui conféra, en 1857, le titre et les pouvoirs de provicaire.

    L’Église d’Annam était alors à la veille de la plus violente persécution . Une expédition franco-espagnole se préparait à demander à Tu-Duc compte de la mort de plusieurs Missionnaires , enfants de la France et de l’Espagne. A cette nouvelle, le tyran déclare à la religion chrétienne une guerre à outrance. Partout, des milliers de néophytes sont ruinés, jetés en prison, torturés, condamnés à l’exil ou à la mort. Au Tong-King occidental, 30 prêtres indigènes versent leur sang pour Jésus-Christ et 11 meurent de faim et de misère. Les Missionnaires ne trouvent plus d’asile ; tantôt cachés dans les profondeurs de la terre, tantôt errants dans les montagnes et les forêts, sur les fleuves et sur la mer ; exposés à tous les périls, témoins de tous les désastres, ils pleurent sur les ruines de cette Église du Tong-King, hier encore si florissante. Leur guide, leur maître et leur père, Mgr Retord, succombe à tant d’afflictions et de souffrances. M. Mathevon reçoit son dernier soupir au fond des bois (22 octobre 1858). MM. Néron et Vénard, tombés entre les mains de ceux qui les poursuivent, ajoutent aux mérites d’une sainte vie la palme du martyre.

    MM. Charbonnier et Mathevon, après avoir vainement tenté de joindre la flotte française, sont découverts par un bûcheron (29 août 1861) et livrés aux mandarins. Une lourde cangue pèse sur leurs épaules, une chaîne de fer tient leurs mains captives, mais la joie de souffrir pour Jésus-Christ éclate sur leurs visages. « Je me représentai, écrivait plus tard M. Charbonnier, notre divin Maître conduit dans Jérusalem, et la joie la plus douce remplaça la douleur dont j’avais d’abord été saisi. » En présence de leurs juges, la prudence de leurs réponses en égale la fermeté. Sur leur refus de compromettre les chrétiens qui leur ont donné asile, ils sont soumis à une cruelle torture. Mais à la barbarie de leurs bourreaux ils ne répondent que par le silence : « Dieu permit, écrivait encore M. Charbonnier, que j’éprouvasse de la peine de ce que le mandarin eût fait sitôt cesser le supplice. » A la vue d’une telle constance, mandarins, bourreaux et soldats ne peuvent se défendre d’un sentiment d’admiration. Leurs gardes ont pour eux des égards inaccoutumés, et leurs juges confessent la bonté d’une religion qui inspire un tel courage.

    Au bout de quelques jours, la cangue fut remplacée par une cage de bois. Cette cage avait environ deux pieds de large, trois et demi de haut, et peut-être cinq de long. « Avec un peu de « bonne volonté, racontait M. Charbonnier, je pouvais m’y coucher ; mais c’était bien juste ; « et, en courbant bien la tête, je parvenais à m’y mettre à genoux. » Ce fut là que, pendant onze mois, les deux confesseurs de la foi languirent, exposés aux insultes journalières des païens , condamnés à toutes sortes de privations, et continuellement éprouvés par la maladie. Durant cette longue et cruelle détention, M. Charbonnier règle l’emploi de son temps ; sa vie est ordonnée comme celle d’un séminariste ; d’ailleurs la prison n’est-elle pas, pour les martyrs, comme le séminaire du ciel ? La prière occupe la plus grande partie de ses loisirs forcés ; toutefois il n’oublie pas qu’il est apôtre, et la prédication a ses heures marquées dans son règlement.

    C’était ainsi que les deux confesseurs de la foi se préparaient au martyre ; mais le martyre leur manqua. Ils l’attendaient cependant avec une généreuse impatience, ils l’appelaient de tous leurs vœux , plusieurs fois même ils crurent que leurs désirs allaient être exaucés. – « Hélas ! « s’écriait M. Charbonnier, la couronne du martyre n’était pas faite pour nous ! » Après onze mois de détention, lors de la conclusion de la paix avec la France, Tu-Duc les rendit à la liberté (juillet 1862), et les fit reconduire à Saïgon.

    Mais tant de souffrances avaient épuisé leurs forces. Atteint de la dyssenterie, M. Charbonnier, par l’ordre des médecins, dut, retourner en Europe. Dieu, qui le destinait à de nouveaux labeurs le rendit heureusement à la santé.

    La Cochinchine orientale était alors privée de son premier pasteur : Mgr Cuenot avait succombé sans sa cage, la veille du jour fixé pour son exécution (14 novembre 1861). Ce fut au confesseur de la foi au Tong-King qu’échut la glorieuse et redoutable succession du martyr de la Cochinchine. M. Charbonnier fut, en 1864, élu Évêque de Domitiopolis, Vicaire Apostolique de la Cochinchine orientale , et sacré dans la chapelle du Séminaire des Missions-Étrangères par le vénérable évêque de son diocèse , Mgr Meirieu.

    Le 13 avril 1865, Mgr Charbonnier , après avoir reçu la bénédiction de Pie IX, quitta la France et s’embarqua pour sa nouvelle Mission. A son arrivée, il ne trouva guère que des ruines. Les établissements du Vicariat avaient à peu près disparu ; les chrétiens , décimés par la persécution , étaient réduits à une grande misère que la famine allait encore aggraver ; le clergé surtout avait été éprouvé : bon nombre de prêtres et de catéchistes étaient morts de privations ou sous le fer du bourreau. Ce fut à réparer de tels désastres que Mgr Charbonnier consacra les treize années de son épiscopat. Grâce aux efforts persévérants du vénérable Prélat, et malgré de nouvelles épreuves , le Vicariat de la Cochinchine orientale s’est relevé de ses ruines.

    La mission de Mgr Charbonnier était accomplie, l’heure de la récompense était venue. Vers le milieu du mois de juin 1878, Mgr Charbonnier éprouva une attaque de dyssenterie, qui, sans paraître bien grave tout d’abord, nécessita un changement d’air. Il se mit donc en route pour Hong-kong ; mais, à son arrivée à Saïgon, les médecins, craignant les fatigues du voyage, conseillèrent un séjour dans cette ville. Leurs craintes n’étaient, hélas ! que trop fondées : bientôt l’état du malade s’aggrava et ne laissa plus d’espoir. A l’annonce de sa mort prochaine, Monseigneur, loin de s’attrister, fit à Dieu le sacrifice de sa vie avec le plus grand  calme et le sourire sur les lèvres, et ne cessa de donner des marques de sa conformité à la volonté de Dieu. Il demanda lui-même les derniers sacrements qu’il reçut avec les sentiments de la plus vive piété. Après avoir donné d’une main défaillante une dernière bénédiction aux témoins émus de cette scène, Mgr Charbonnier entra en agonie , et vers deux heures de l’après-midi, le mercredi 7 août 1878, son âme allait recevoir au tribunal de Dieu ce glorieux témoignage que Jésus-Christ a promis à ceux qui, devant les hommes, auront confessé sa foi : Omnis ergo qui confitebitur me coram hominibus, confitebor et ego eam coram Patre meo qui in cœlis est.

    Aux obsèques solennelles qui lui furent faites dans la chapelle du collège de Saïgon , les autorités locales , à leur tête l’Amiral gouverneur , et tous les Missionnaires de la ville et des environs donnèrent au défunt un dernier témoignage de leur sympathie et de leur vénération. Les restes mortels de Mgr Charbonnier reposent aujourd’hui , en attendant la résurrection glorieuse, près des tombeaux de Mgr Pigneau de Béhaine et de Mgr Miche.

     

     

     

    • Numéro : 570
    • Pays : Vietnam
    • Année : None