Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Marie Auguste CHAPUIS (1869-1930)

Add this

    Mgr CHAPUIS (Marie-Auguste), né à  Saint-Hostien (Le Puy, Haute-Loire), le 20 avril 1869. Entré laïque au Séminaire des Missions-Etrangères le 1er octobre 1887. Prêtre le 24 septembre 1892. Parti pour Pondichéry le 9 novembre 1892. Evêque de Kumbakonam en 1913. Mort au Sanatorium Saint-Théodore le 14 juillet 1930.

     

    Le 15 juillet 1930, un télégramme de M. Pessein, Supérieur du Sanatorium Saint-Théodore, nous apportait à Salem la douloureuse nouvelle de la mort de S. Exc. Mgr Chapuis. Quelle triste surprise ! Notre ancien Evêque était fatigué depuis longtemps, néanmoins rien ne faisait prévoir un dénouement aussi subit. Voici les détails qui nous sont transmis de Saint-Théodore.

    Monseigneur avait passé la matinée comme à son ordinaire, mangeant avec appétit, causant au déjeuner, sans que personne eût remarqué le moindre signe d’indisposition. Contre son habitude il ne descendit pas vers les trois heures de l’après-midi, mais personne n’y fit attention ; à quatre heures, un confrère alla frapper à sa porte, mais ne reçut aucune réponse, il n’insista pas et pensa que Son Excellence reposait. A sept heures, le domestique trouva sa porte fermée et, ne recevant, lui non plus aucune réponse à ses appels, vint prévenir M. Pessein. C’est alors seulement que la vague pensée d’une mort subite se présenta à l’esprit des confrères. En quelques minutes, une échelle fut appliquée contre le mur, une vitre brisée, la fenêtre ouverte, et l’on trouva le pauvre Evêque mort, gisant au pied de son lit : il était couché sur le dos, étendu de tout son long, la soutane bien tirée jusque sur les pieds, la croix pectorale bien en évidence sur la poitrine. Quelle surprise et quelle douleur pour nous tous ! Le second Evêque de Kumba­konam était mort, comme le premier, subitement.

    Marie-Auguste Chapuis était né le 20 avril 1869 à Saint-Hostien, au diocèse du Puy ; cette excellente petite paroisse a donné plusieurs missionnaires aux Missions-Etrangères. Ses parents étaient riches des biens de la terre, et plus encore des biens de la foi. Joseph le frère aîné, a été longtemps maire de la commune et vit maintenant dans la retraite, honoré de toute la population. Deux tantes maternelles se consacrèrent à Dieu dans des congrégations religieuses, et un oncle entra dans la Compagnie de Jésus ; deux cousines religieuses de Saint-Paul de Chartres, travaillent dans nos Missions du Tonkin. A l’âge de cinq ans, Auguste perdit sa mère ; l’enfant pleura beaucoup, mais ce ne fut que plus tard qu’il comprit toute l’étendue de l’épreuve qui le frappait de si bonne heure. Son père s’adonna sérieusement à l’éducation de ses enfants, et les pauvres petits n’eurent pas trop à souffrir de la perte de leur mère.

    Auguste fut confié aux Frères des Ecoles Chrétiennes ; son instruction primaire terminée, il commnença l’étude du latin sous la direction du curé de la paroisse et put entrer en sixième au Petit-Séminaire de la Chartreuse ; durant tout le temps qu’il passa dans cet établissement, il se fit remarquer par son application à l’étude et par une conduite exemplaire : modèle de sa classe, il y tint constamment un des premiers rangs, et Mgr Rousseau, Evêque du Puy, lui donna plus tard ce témoignage qu’il fut un brillant élève. La réussite aux examens du baccalauréat vint couronner les longues années d’étude et de labeur.

    Depuis quelque temps déjà Auguste pensait aux Missions-Etrangères, mais il n’en avait rien dit à personne et n’entrevoyait son départ pour le Séminaire de la rue du Bac qu’après ses études de philosophie. L’exemple d’un camarade décidé à partir après sa rhétorique le détermina à brusquer, lui aussi son entrée au Séminaire des Missions ; sa famille, si foncièrement chrétienne, ne mit aucun obstacle à une vocation aussi nette : donner un missionnaire à Dieu était un honneur de plus.

    Notre futur missionnaire entra à la communauté de Meudon le 1er octobre 1887 ; il s’y révéla ce qu’il avait été au Petit-Séminaire, sérieux, travailleur, pieux, modèle de ses condis-ciples ; à la com­munauté de Paris, où il passa deux ans après, ces qualités s’affirmèrent encore et lui valurent la charge de réglementaire. Son accession aux ordres sacrés et, comme conséquence, son départ pour les Missions, furent retardés d’un an par les exigences du service militaire, et ce ne fut qu’en 1892, le 25 septembre, qu’il reçut la prêtrise ; le soir du même jour on lui assignait sa destination, la Mission de Pondichéry. Le départ eut lieu le 9 novembre.

    Quelques jours après son arrivée dans l’Inde, M. Chapuis était envoyé au collège de Karikal. Cet important établissement, qui recevait les enfants et les jeunes gens de la ville, comptait à cette époque 250 élèves. Le nouveau professeur y enseigna cinq ans, et avec plein succès. Ce qu’il y fut, deux témoignages autorisés vont nous le dire : « M. Chapuis, écrit M. Veaux, alors Supérieur du collège, a laissé à Karikal la réputation d’un saint prêtre et d’un excellent professeur . Grâce à lui, la plupart de ses élèves ont occupé des places de choix, ici aux Indes ou dans les colonies françaises ». Et l’un de ses collègues de ce temps-là dans l’enseignement écrit de son côté : « A mon arrivée au collège en 1893, je fus vivement « impressionné par la bonté et l’exquise amabilité de M. Chapuis. Douceur et fermeté, voilà « ses qualités maîtresses, que relevaient encore une piétié de séminariste, un calme plein de « dignité et une charité admirable. Très sobre de paroles, il savait d’un geste faire rentrer dans « l’ordre les délinquants. Ses élèves le respectaient et l’aimaient, il avait le cœur généreux : « grâce à lui, les élèves pauvres se trouvaient pourvus de livres ; grâce à sa discrète libéralité, « les constructions du collège purent s’avancer. M. Chapuis fut un excellent professeur et un « parfait économe.

    Aux vacances de 1898, M. Chapuis fut envoyé, sur son désir, dans un poste de missionnaire « missionnant ». Vadlavicam venait d’être détaché de Tennur : il s’agissait d’organiser ce nouveau centre. Eglise et presbytère n’étaient guère que des paillotes couvertes de feuilles de cocotier ; M. Chapuis transforma le presbytère et l’agrandit de deux chambres ; il commença la construction d’une vraie église, en jeta les fondations et amassa les matériaux nécessaires. Ses ouailles, au nombre de 4.000 environ, étaient dispersées dans une trentaine de villages dans un rayon de quinze milles : braves gens, bons, simples, mais peu instruits. Le nouveau pasteur s’appliqua à les instruire et à les former à la vie chrétienne ; il tint à prêcher tous les dimanches, puis, lors de l’administration des chrétientés éloignées, tous les jours ; à l’époque des premières communions ou des mariages, les catéchismes étaient journaliers. Il s’astreignit à écrire tous ses sermons du dimanche, et c’est à cette pratique qu’il dut de parler la langue tamoule avec une grande perfection.

    En 1903, M. Chapuis succéda à Coneripatty  au vénérable M. Teyssèdre, missionnaire de grande vertu et de grand mérite, qui avait travaillé plus de vingt ans parmi les nouveaux chrétiens baptisés en 1878 par Mgr Gandy. Le nouveau titulaire continua l’œuvre de ses prédécesseurs et fit de ces chrétientés, des modèles de paroisses ; grâce à lui, ces chrétiens d’hier ne le cèdent guère aux anciens. Et pourtant les difficultés ne lui manquèrent pas : propagande protestante menaçant la foi de ces jeunes catholiques, hostilité des païens convoitant les terres allouées par le Gouvernement aux néophytes ou à l’église, procès à soutenir. Puis ce fut durant plusieurs années la famine dans ces parages, fléau qui aurait pu causer la dispersion des chrétiens aux quatre vents de l’horizon ; le pasteur sut leur trouver du travail sur place : défrichement et mise en valeur d’un immense terrain parsemé de ruines et abandonné depuis longtemps : à ce travail, M. Chapuis dépensa une partie de son patrimoine, mais il sauva son troupeau.

    Missionnaire de premier ordre, aimé de ses chrétiens,estimé de ses confrères, qui avaient pleine confiance en lui, le consultaient volontiers et n’hésitaient pas à lui demander retraites et missions pour leurs paroisses, habile à former les jeunes missionnaires arrivant de France, M. Chapuis était, en outre, grandement ap­précié de ses Supérieurs et Mgr Bottero l’avait en singulière estime. Aussi, quand en 1910 le vénérable Evêque demanda un Coadjuteur les missionnaires furent-ils unanimes à le présenter ; et quelques mois après, Sa Sainteté le Pape Pie X daignait condescendre à leur désir en le nommant Evêque de Castoria et Coadjuteur de Mgr Bettero avec droit de future succession. La joie fut générale, l’élu seul fut troublé et effrayé ; mais, devant la volonté du Pape, il s’inclina et accepta en toute simplicité le lourd fardeau de l’épis­copat

    Le sacre eut lieu le 25 juillet 1911 : c’était la première fois qu’une consécration épiscopale avait lieu dans la ville de Kumbakonam. L’enthousiasme des catholiques était à son comble ; de tous les points du diocèse de nombreuses délégations s’annonçaient et on devait prévoir une grande affluence ; inutile de songer à accomplir les cérémonies dans la petite église qui servait de cathédrale, elles n’eussent pu s’y dérouler convenablement, et le plus grand nombre des fidèles n’eût pu trouver place dans son enceinte. Un grand et magnifique pavillon en forme d’église fut érigé sur le terrain de la Mission, et ce fut là que les cérémonies du sacre purent déployer toute leur splendeur. Ce jour fut une grande joie, un vrai bonheur pour toute la Mission.

    Pendant deux ans, Mgr Chapuis fut le soutien et l’aide précieux de son vieil Evêque, le secondant de tout son pouvoir, avec une bonne volonté et un dévouement inlassables, se préparant ainsi lui-même aux responsabilités complètes de chef de diocèse. Le 19 mai 1913, Mgr Bottero mourait subitement et Mgr Chapuis recueillait la lourde succession : il devenait le chef d’une belle Mission qui comptait 90.00 fidèles, mais manquait à peu près complè-tement des ressources nécessaires à la création des œuvres urgentes. Son premier soin fut de terminer la visite commencée par son prédécesseur : il voulait se rendre compte par lui-même de l’état des chrétientés, de leurs ressources, de leurs besoins et surtout de l’esprit des catholiques, comme aussi des dispositions des païens à l’égard de la religion chrétienne.

    Les visites pastorales que Mgr Chapuis fit durant son épiscopat, et qui duraient de deux à trois mois, étaient tout autre chose que des tournées d’agrément. A cette époque, l’auto-mobile était inconnue chez nous, les voyages se faisaient en voitures à bœufs, souvent par de mauvais chemins, souvent aussi en pleine chaleur. A l’étape, il fallait subir la réception des chrétiens, toujours bruyante et pompeuse, avec profusion de compliments, de fleurs, de musique et de pétards ; dès le lendemain le labeur commençait : administration des confirmations, toujours nombreuses, puis sermon après la messe ; le soir, longues séances au confessional : Mgr Chapuis, tout comme un simple missionnaire, se mettait à la disposition des pénitents des heures entières ; dans la journée, il lui avait fallu recevoir les chrétiens, les écouter avec patience, les renvoyer contents. Ce n’est pas tout, Mgr Chapuis tenait à prendre connaissance par le détail de tout ce qui regardait le district : son origine, son passé, ses développements, ses embarras, ses espérances pour l’avenir ; de ces détails, il a laissé trois gros cahiers. D’ailleurs, il ne se bornait pas à passer quelques jours aux chefs-lieux des districts, il allait aussi dans les stations secondaires ; il y trouvait bien pauvre logement et vie bien dure, mais ces incommodités n’entamaient pas sa bonne humeur ; missionnaires et prêtres indigènes qui l’accompagnaient se trouvaient à l’aise avec lui, parce qu’il s’intéressait à leurs travaux et savait prendre sa part de leurs peines.

    C’est au cours d’une de ces visites pastorales, à cent milles de Kumbakonam, que l’Evêque fut surpris par une terrible nouvelle ; la guerre venait d’éclater en Europe ! Quatorze mission-naires étaient touchés par l’ordre de mobilisation ; quel vide dans le personnel de la Mission ! Force fut bien à ceux qui restaient de prendre le travail de ceux qui partaient, et l’on vit des missionnaires chargés de quatre, cinq et même six mille âmes. L’Evêque lui-même prit la direction de la paroisse de la cathédrale, qui comptait alors 3.565 fidèles ; comment sa santé put-eller résister à ce surcroît de besogne, ce fut une espèce de miracle. Quatre ans après, c’était le retour des mobilisés : grande joie pour le cœur de Son Excellence qui les avait si longtemps suivis par sa pensée anxieuse, par ses lettres d’encouragement et de réconfort.

    La sollicitude de Mgr Chapuis s’était portée dès le début de son épiscopat sur les œuvres  à créer ou à développer. La première de ces œuvres était assurément l’œuvre du clergé indigène. Lors de sa division de l’archidiocèse de Pondichéry, le diocèse du Kumbakonam comptait seulement une quinzaine de prêtres indiens ; Mgr Bottero désirait vivement augmenter ce nombre, mais les ressources manquaient, et l’on dut se borner, durant vingt ans, à combler les vides faits par la mort parmi les anciens. Mgr Chapuis voulut, coûte que coûte, aller de l’avant : il insista avec force et persévérance auprès des missionnaires et des fidèles sur l’importance primordiale du recrutement sacerdotal indigène ; ses appels réitérés furent compris, et le nombre des élèves du sanctuaire ne tarda pas à augmenter d’année en année. Les séminaristes en état de faire leurs études théologiques furent envoyés au Grand-Séminaire provincial de Pondichéry ou au Séminaire papal de Kandy, les autres au collège du Cuddalore. Mais l’Evêque voulait un Petit-Séminaire bien à lui ; à force de persévérance, il finit par l’avoir, et l’on peut voir aujourd’hui auprès de l’Evêché un beau et spacieux bâtiment : c’est le Petit-Séminaire du Sacré-Cœur ; il a été prévu pour une centaine d’élèves et est occupé actuellement par une soixantaine de séminaristes.

    Une autre œuvre parut nécessaire à Mgr Chapuis : il s’agissait de prolonger et de compléter l’assistance de la Mission aux orphelins dont elle était chargée, en leur enseignant un métier leur permettant plus tard de gagner leur vie ; il pensa à une Ecole Industrielle. La guerre qui survint retarda sans l’arrêter l’exécution de ce projet. Les débuts furent modestes,  puis, avec l’aide du gouvernement, on s’enhardit : le provisoire fut remplacé par du définitif, l’Ecolo se fit connaître, les commandes affluèrent, aujourd’hui sa marche est assurée, le travail abonde, c’est l’avenir garanti pour les orphelins et les enfants pauvres. Cet excellent résultat est dû à Mgr Chapuis qui, ayant pris l’initiative de cette œuvre ne lui ménagea jamais ni les encouragements ni les secours.

    L’école secondaire ou « High School » catholique est aussi une œuvre de Mgr Chapuis ; il l’avait toujours désirée, mais les difficultés à surmonter étaient telles que la réalisation de cette idée n’eut lieu qu’à la fin de sa vie. Il y avait déjà dans la ville de Kumbakonam trois écoles secondaires officielles, en faire reconnaître une quatrième était bien difficile, aussi les démarches entreprises dans ce but furent-elles sans nombre. Enfin l’autorisation fut obtenue, l’œuvre est sur pied et ne demande qu’à se développer. Enfants chrétiens et païens affluent à l’école de Sainte-Thèrèse de l’Enfant-Jésus, et, chose à noter, les parias y sont admis et y voi-sinent avec les enfants des Brabmes.

    Disons encore un mot de la part prise par Mgr Chapuis à la fondation d’un hôpital pour femmes et enfants ; cet hôpital est dirigé par les Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie-Immaculée, dont tout le monde connaît le dévouement, et, sous leur direction, est en pleine prospérité. Des malades de toutes castes, même des Brahmines et des Musulmanes, viennent s’y faire soigner, des âmes nombreuses y trouvent le chemin du ciel, et grâce à cette œuvre, l’influence de la Mission catholique s’étend chaque jour dans la ville.

    En 1920, Mgr Chapuis partit en France comme délégué des Supérieurs de nos Missions de l’Inde à la Commission préparatoire de la première Assemblée Générale de la Société. Il revit donc sa patrie, sa famille, ses amis : ce fut pour lui et les siens un grand bonheur ; avec eux il vécut la vie d’autrefois auprès de son frère Joseph surtout, qu’il aimait si sincèrement et dont le cœur allait si parfaitement au sien. De la France, où il passa plusieurs mois, de Rome, où se tenait la Commission, il gardait un contact étroit avec ses missionnaires par une correspondance pleine d’affection. Sa visite au Saint Père, son entretien avec lui touchant les choses de sa Mission, lui donnèrent un nouveau courage ; il en écrivit à ses missionnaires une lettre circulaire enthousiaste pleine de dévotion à l’égard du représentant de Jésus-Christ.

    L’année suivante, nous trouvons Mgr Chapuis à l’Assemblée Générale de la Société à Hongkong. Les travaux achevés, il rentra immédiatement dans l’Inde, à la grande joie de tous. En 1922, le départ pour la France de son Vicaire Général, curé de la cathédrale, lui laissa sur les bras le soin de cette paroisse ; en 1923, mal remis d’une crise de dysenterie, et contre l’avis du médecin, il entreprit une visite pastorale, cela en pleine chaleur ; le travail fut exceptionnellement absorbant. Cet excès lui fut fatal ; il s’avoua fatigué. Il essaya, mais en vain, d’un séjour sur les montagnes des Nilgiris, puis d’un stage à l’hôpital Sainte-Marthe à Bangalore. En 1924, malgré ses répugnances à quitter de nouveau son poste, il reconnut la nécessité d’un retour en France. Le voyage lui fut très pénible. Ni les soins reçus dans une clinique de Marseille, ni la détente au pays natal au sein de sa famille, ne purent procurer d’amélioration : il ne se remettait pas.

    C’est à cette époque que se posa d’une manière pratique la grave question du transfert du diocèse de Kumbakonam au clergé indien. Cette question déjà soulevée en 1921, puis abandonnée, fut reprise en 1926 sur l’initiative du Supérieur Général de la Société, avec quelques modifications au plan de jadis :  Mgr Chapuis céderait le diocèse de Kumbakonam au clergé indien, et irait avec ses missionnaires fonder plus à l’ouest, dans la région de Salem, une nouvelle Mission ; cette Mission serait constituée de territoires pris à l’archidiocèse de Pondichéry et aux diocèses de Kumbakonam et de Mysore, avec 17.000 chrétiens environ sur une population totale de plus de deux millions d’âmes. Mgr Chapuis désireux avant tout d’entrer dans les vues du Saint-Siège, et jugeant son clergé indien capable de diriger une Eglise, donna son approbation à ce plan, et envoya à Mgr le Supérieur Général son con-sentement dans une lettre admirable, toute pleine d’esprit de foi. La proposition fut transmise à Rome en 1926, puis ce fut l’attente, quelque  peu énervante, d’une décision

    Entre temps, Mgr Chapuis revenait dans son diocèse. Il y recevait en décembre 1928, relativement à la question pendante, non une décision du Saint-Siège, mais une proposition nouvelle de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Après mûre réflexion, l’Evêque présenta les objections les plus graves, tout en manifestant ses préférences pour le premier projet, au moins dans ses grandes lignes. Les choses en étaient là quand une demande de l’Evêque de Mylapore, s’inspirant des droits du Patronage portugais, exposa son désir de compensations en échange de sa juridiction sur certaines paroisses disséminées dans plusieurs diocèses. Une nouvelle proposition fut alors faite par S. Exc. le Délégué Apostolique :  l’Evêque de Kumbakonam céderait une dizaine de paroisses au diocèse de Mylapore ; de la sorte, le diocèse de Kumbakonam, diminué de 20.000 chrétiens environ, pourrait être administré plus facilement par le clergé indigène, et les missionnaires pourraient passer à Salem sans que leur départ portât préjudice à Kumbakonam. Mgr Chapuis se rangea à cette proposition qui fut envoyée à Rome et acceptée par le Saint-Siège.

    Ce ne fut pas en qualité d’Evêque diocésain que Mgr Chapuis agit dans la dernière phase de cette grave affaire : de plus en plus fatigué, n’en pouvant plus de négociations qui traînaient en longueur, il avait donné sa démission ; elle avait été acceptée, mais contre toute attente, il était nommé Administrateur Apostolique de son ancien diocèse. Il continua donc à porter le fardeau, et, avec un courage au dessus de tout éloge, conduisit à bonne fin la question du transfert du diocèse de Kumbakonam au clergé indien.

    Le 30 mai 1930, un télégramme apportait à Mgr Chapuis la nouvelle de la nomination du premier Evêque de Salem, et le lendemain une lettre de la Délégation lui annonçait la nomina-tion d’un prêtre indien comme Administrateur Apostolique du ­diocèse de Kumbakonam. Mais ce ne fut que le 13 juillet qu’il put transmettre les pouvoirs à ce dernier ; et, le lendemain même Dieu rappelait à lui le bon serviteur ; sa tâche était achevée.

    Les funérailles eurent lieu le 16 juillet ; elles furent présidées par Mgr Roy, Evêque de Coïmbatore ; Mgr de Mylapore, alors en vacances sur les montagnes, était aussi présent. Les missionnaires de passage au Sanatorium, les prêtres des districts voisins, plusieurs communautés religieuses, de nombreux chrétiens, apportèrent au vénéré défunt, avec le tribut de leurs prières, le témoignage de leur respectueuse affection.

    Cette Notice serait incomplète si nous ne mettions en relief quelques-unes des qualités maîtresses déjà révélées par le curriculum vitae de Mgr Chapuis. A une belle intelligence, entretenue et élargie par des lectures de tous genres, il joignait un jugement sûr et droit au service d’une volonté ferme et persévérante, qui ne connaissait ni la difficulté, ni l’insuccès, ni les déboires. Sa facilité de travail était remarquable : soit au cours de ses visites pastorales, soit dans sa résidence de Kumbakonam, il ne perdait pas un instant, ses journées étaient pleines. Tout entier à l’administration de son diocèse, à sa correspondance, à l’étude des ques-tions intéressant la religion et le bien des âmes, il trouvait encore le temps de faciliter la besogne aux missionnaires, surtout aux jeunes : témoin cet ouvrage en trois volumes intitulé Plans d’instructions catéchistiques, résumé des nombreux catéchismes qu’il fit aux-jeunes gens soit à Conéripatty, soit à Kumbakonam et qui embrasse toute la doctrine, dogme, morale, sacrements, appuyée ­de traits ou de récits empruntés à la Sainte Ecriture.

    Mais la caractéristique de Mgr Chapuis fut la bonté. Il fut bon avec ses missionnaires, et il en fut aimé ; rien ne lui était plus sensible que d’avoir à se séparer d’eux, même pour un temps ; que dire de la douleur qu’il éprouva à les quitter définitivement en donnant sa démission ? Il était bon avec les prêtres indiens, et ceux~ci, lors de son départ définitif de la Mission, surent lui dire dans une fort belle lettre leur reconnaissance, leurs regrets aussi et leur douleur. Il était bon enfin avec ses ouailles, surtout avec les plus déshéritées, avec les parias, avec les lépreux.

    Tout ce qu’il nous a été donné d’admirer dans notre regretté Père fut enfin couronné par une patience peu commune : les dix dernières années de sa vie furent des années de souffrances encore exacerbées par une insomnie continuelle ; nous n’avons jamais entendu une plainte sortir de sa bouche ; en revanche combien de fois n’a-t-il pas écrit et dit : « Fiat voluntas Dei ! » Cette volonté de Dieu, il la vit encore, après sa démission, dans la quasi-obligation, que lui dictait une délicatesse certainement exagérée, de quitter cette Inde à laquelle il tenait par toutes les fibres de son cœur, pour revenir mourir en France ; sa résolution en était prise, et elle n’étonnera pas de celui qui écrivait quelques jours avant sa mort : « Courage ! Le Calvaire ouvre droit sur le Ciel. »

     

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 2040
    • Pays : Inde
    • Année : None