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Bernard Joseph Hippolyte CHAPUIS (1852-1891)

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    M. Bernard-Joseph-Hippolyte Chapuis naquit à Barges (Côte-d’Or) le 3 août 1852. Entré au Séminaire des Missions-Étrangères, le 10 mars 1874, il fut ordonné prêtre le 10 octobre 1875, et partit pour la Procure générale de Hong-kong, le 24 février 1876.

    Le 7 juillet, M. Boutier écrivait, de Shanghai, à M. le Supérieur du Séminaire de Paris, la lettre suivante :

     

    « Très cher et très vénéré Père,

    « Le télégraphe vous a sans doute appris déjà la mort de notre bien cher confrère M. Chapuis. Il avait assez travaillé et peiné ; Notre-Seigneur l’a rappelé à lui, que sa très sainte et bénie volonté soit faite ! Mais nous sommes bien tristes : il nous le pardonnera lui qui a pleuré sur Lazare, son ami : Amicus noster dormit.

    « Après son retour de France, M. Chapuis ne fut pas longtemps sans s’apercevoir que la maladie qui l’avait forcé au repos n’était pas guérie. Dès le mois de juillet 1890, le mal reparaissait, et ne devait plus lui laisser que quelques intervalles de santé relativement bonne. Les travaux de la nouvelle procure, auxquels il se donnait tout entier, contribuèrent beaucoup à augmenter sa fatigue. Dans le courant de juin, M. Chapuis dut renoncer au travail. Ce fut alors que M. Martinet me demanda de venir à Shanghai pour aider notre cher procureur dans sa rude besogne. Je le trouvai sur son lit avec une figure de « Cochinchinois ». Nous les connaissons bien, à Saïgon, ces figures hâves, émaciées, ces yeux caves et cerclés de noir ; il me fit peur. Je l’avais quitté le 26 décembre 1890, et je le retrouvais Quam mutatus ab illo ! Quelques jours après mon arrivée, il reprit le dessus et se sentant mieux se remit au travail tout comme s’il n’avait jamais été malade. Nous n’y pouvions rien ; le docteur qui l’avait soigné le grondait bien de temps en temps, mais c’était peine perdue. M. Chapuis se sentait quelques forces, ne devait-il pas les consacrer sans réserve à son devoir ? C’était sa manière de raisonner à lui, mais à lui seul. Il n’était que trop facile de voir qu’un tel surmenage ne pourrait durer longtemps.

    « Le 1er août, il se sentit trop fatigué pour s’occuper de ses maçons, ses jambes ne le portaient plus. Le matin de ce jour, il eut toutes les peines du monde à dire la messe, il me l’avoua dans la matinée. Le 2 août, il ne put célébrer le saint sacrifice. Dans la soirée, il dut se mettre sur le lit, une fatigue accablante l’envahissait de plus en plus. La nuit fut très mauvaise, il ne put dormir un instant. Le 3, le doc­teur le trouva en fort mauvais état et conseilla le transport à l’hôpital, où il aurait les soins que son état exigeait impérieusement, mais comment lui faire entendre cela ? Il n’en fallut pas parler. Le soir, un mieux sensible se manifesta, le médecin fut plus satisfait. La journée du mardi 4 août se passa sans aggravation, sans amélioration ; impossible de décider le malade à aller à l’hôpital (tenu par les sœurs de Saint-Vincent de Paul). Le mercredi, le médecin insistant de plus en plus, M. Chapuis finit par consentir, et, à 5 heures et demie du soir, M. Robert allait confier aux bonnes sœurs notre cher malade. A 7 heures 30 minutes, le docteur voit le malade : rien d’anormal ; une heure après, une des sœurs le visite encore, et ne voit absolu­ment rien d’inquiétant dans son état ; elle lui souhaite une bonne nuit, et se retire. Quelque temps après, l’infirmier entend le Père se retourner sur son lit, il s’approche pour lui offrir ses services, s’il en a besoin… l’âme de M. Chapuis était devant Dieu. Les pauvres sœurs furent consternées : tout le monde se précipite et peut constater, la douleur dans l’âme, que notre pauvre cher ami n’est plus. Je n’es­sayerai pas, Monsieur le Supérieur, de vous dire l’état où nous mit le billet qui nous arriva à 10 heures 30 minutes à la procure. Sans doute l’état du malade était grave ; mais le mieux des derniers jours, la manière de voir du médecin, la veille, le jour même, tout nous rassurait, rien ne pouvait faire prévoir un dénouement fatal à si courte échéance.

    « Les RR. PP. Jésuites ont été excellents pour nous : ce matin a été célébrée, à l’église paroissiale (résidence de Yang-kin-pang), la messe d’enterrement. Le R. P. Sédille, supérieur de la mission des Pères Jésuites, qui est toujours plein de bonté et de complaisance pour nous, a chanté la messe à laquelle ont assisté un grand nombre de Pères. Les Pères Lazaristes y étaient aussi. Si quelque chose pouvait, après le bon Dieu, nous rendre moins amère la perte que nous venons de faire, ce serait la sympathie si pleine de cordialité que tout le monde nous témoigne. M. le Consul général de France, à la tête de toute la colonie française de Shanghai, a assisté au service funèbre. »

    M. Martinet, procureur général des Missions-Étrangères à Hong-­kong, nous a fourni les intéressants détails qui suivent, sur les tra­vaux et la maladie de M. Chapuis :

    « A vrai dire, la carrière apostolique de notre cher P. Chapuis a été le plus souvent occupée par la maladie. Il avait contracté la fièvre, à Rome, pendant le séjour qu’il y fit en 1875. Elle le suivit en mis­sion. Dès l’année 1878, notre cher confrère est déjà souffrant : il descend à Singapore pour porter secours à M. Holhann, et là sa maladie se développe : fièvre, diarrhée chronique, épuisement général. Il ne peut tenir à Singapore et revient à Hong-kong en septembre 1880. L’hiver lui fait un peu de bien, mais à peine les cha­leurs reviennent-elles que M. Chapuis est de nouveau à bout de forces. Il monte à Shanghai en mai 1881 et ne peut y tenir que jusqu’au 5 août. « Je mourrai ici, me disait-il alors, s’il me faut y rester plus « longtemps, » et il revint à Hong-kong où il resta jusqu’en décembre 1882. A bout de forces et ne pouvant entreprendre le tra­vail important des comptes de fin d’année, il vint encore à Shanghui où il géra des affaires de la Procure, jusqu’au mois de juin, époque à laquelle il fut obligé de venir se reposer au sanatorium. Depuis lors il va s’affaiblissant de plus en plus, reprenant quelques forces pendant l’hiver, retombant aussitôt que la température remonte un peu.

    « En 1887, il essaie encore du climat de Shanghai, puis de celui du Japon. Rien n’y fait et, bien malgré lui, le cher P. Chapuis est obligé de rentrer en France. Vous savez dans quel triste état il y est arrivé, au commencement de 1888. Le climat, le repos, les soins dévoués qu’il trouve soit au sanatorium soit dans sa famille ravivent ses forces, au bout de deux ans, en mai 1890, notre cher confrère revenait à Hong-kong, mieux portant que jamais, semblait-il. Peut-être revint-il trop tôt, car à peine se trouva-t-il dans les pays chauds que la fièvre le reprit. Voici ce que j’ai lu dans ses notes de voyage : « Colombo : un peu de fièvre. Singapore : fièvre, Hong-kong : fièvre.» Il fut envoyé à Shanghai pour gérer les affaires de la Procure, pen­dant que je gérais celles de la Procure de Hong-kong, en l’absence de M. Lemonnier, malade lui aussi et en congé au Japon. Outre le travail ordinaire,M. Chapuis eut à s’occuper immédiatement de la construc­tion d’une nouvelle Procure. Notre confrère se mit de tout cœur  à cette besogne importante, et il est bien à craindre qu’il ne s’y soit fatigué outre mesure. Dès le mois de juillet, environ cinq semaines après son arrivée à Shanghai, la fièvre le saisit et ne le quitta plus. « Je souffre, depuis quatre ou cinq jours, du côté gauche, écrit-il. J’ai déjà eu cela, mais ça pourrait mal tourner. » Et depuis lors, il va s’affaiblissant de plus en plus. En octobre, le docteur français qui le soigne lui déclare qu’il a tous les symptômes de son ancienne maladie et qu’il ne guérira pas dans ces pays-ci. Notre confrère n’en croit rien, il compte sur ses forces jusqu’à ce qu’enfin, complètement épuisé, il est obligé de s’arrêter. — C’était en juin dernier. « Je suis dans mon lit, m’écrivait-il le 12, incapable de rien faire ; c’est « la troi­sième rechute, plus forte que les précédentes ; mon.état est inquiétant, me remettrai-  « je ? Je n’en sais rien. Comme le bon Dieu voudra. » — Je lui envoyai alors le cher P. Boutier pour l’aider dans les travaux de construction, et je lui conseillai de venir passer au sanatorium les mois de juillet et d’août que je redoutais pour lui. « Ma présence ici est « nécessaire, me répondit-il ; du reste, je vais mieux, et j’espère que le bon Dieu me donnera « la force d’aller jusqu’au bout. Je continue le régime que m’a prescrit le docteur. » Le bon P. Chapuis se croyait plus fort qu’il n’était en réalité : le docteur avait voulu l’éloigner de Shanghai, lui ordonnant d’aller à Chefoo ou au Japon, pour l’empê­cher de s’occuper des constructions dans lesquelles il se fatiguait outre mesure. Le P. Chapuis refusa de faire le voyage.

    « Le 31 juillet, se trouvant plus fatigué, il ne put aller à  Sikawei célébrer avec les RR. PP. Jésuites la fête de leur saint fondateur. Le 1er août, il dit encore la messe, mais avec beaucoup de peine, ce fut la dernière fois qu’il monta au saint autel. Le lendemain, dimanche, il ne put même pas assister à la messe. La nuit fut mauvaise ; le docteur qui le vit, le lundi, le trouva très faible et conseilla de le faire transporter à l’hôpital ; mais, un mieux sensible s’étant fait sentir dans l’après-midi, M. Chapuis refusa d’aller à l’hôpital. Même état le mardi ; le mercredi notre confrère consentit à se laisser transpor­ter à l’hôpital. Vous savez le reste.

    « Le bon P. Chapuis était un saint prêtre ; la mort ne l’aura pas surpris. Comme procureur, il était homme d’ordre et actif, intelli­gent dans les affaires et charitable pour ses confrères. Nous comp­tions sur lui pour occuper dignement le poste de Shanghai, pour lequel il avait reçu, un mois auparavant, le 4 juillet, sa nomination officielle. Le bon Dieu en a décidé autrement, que sa sainte volonté soit faite ! Espérons que du haut du ciel le cher P. Chapuis priera d’une manière toute particulière pour ses confrères en procure, avec lesquels il a toujours été cor unum et anima una. »

     

    • Numéro : 1287
    • Pays : Chine
    • Année : None