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Jean-Baptiste Ernest CHANTICLAIR (1852-1921)

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    M. CHANTICLAIR (Jean-Baptiste-Ernest), né à Hortes (Langres, Haute-Marne), le 17 juillet 1852. Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Étrangères le 18 septembre 1874. Prêtre le 24 février 1877. Parti pour le Kouangsi le 8 avril 1877. Ensuite au Kouytchéou. Mort à Kouyyang le 9 février 1921.

     

    M. Jean-Baptiste Chanticlair, né en 1852 au diocèse de Langres, se sentit de bonne heure appelé au sacerdoce et à l’apostolat. Il fit ses études classiques au petit séminaire de Langres, et ne céda les premières places qu’à quelques-uns de ses condisciples, dont deux sont devenus évêques, Mgr Mutel à Séoul, et Mgr Villard à Autun. Après deux années de séjour au Séminaire des Missions-Étrangères, il fut destiné au Kouangsi, il n’y put entrer immédiatement par suite de l’hostilité des hautes autorités de la province, et travailla pendant trois ans dans le district de Hinyhien au Kouytcheou.

     

    En 1881, il réussit à pénétrer au Kouangsi où les misères ne lui manquèrent pas. Un jour il fut battu par la foule païenne ameutée. En 1880, il essaya de s’installer à Sylongsintcheou. Le mandarin et les habitants s’y opposèrent ; toutes les auberges se fermèrent devant le missionnaire qui alla bravement demander un asile au sous-préfet lui-même. Les coutumes chinoises ne permettaient guère à celui-ci de mettre l’étranger à la porte en employant la force. Il usa de ruse, persuada à M. Chanticlair que les esprits étaient vraiment trop montés pour qu’il pût en sûreté demeurer au prétoire, que lui-même sous-préfet, craignait une sédition qui l’empêcherait de protéger le noble prédicateur de la religion du Seigneur du ciel, mais que, un peu en dehors de la cité, non loin des remparts, il y avait une auberge où il serait bien reçu et à l’abri du danger. Le missionnaire était encore jeune, il se laissa persuader, quitta le prétoire, escorté de satellites qui le conduisirent à une des portes de la ville. A peine le missionnaire eut-il franchi la porte que celle-ci se referma et notre confrère se trouva seul dans la campagne. D’auberge il n’y en avait point. M. Chanticlair n’oublia jamais la leçon qui lui parut amère.

     

    Ne pouvant s’installer en ville il s’établit à la campagne de Kohao ; là aussi il fut en butte à de nombreux ennuis causés par la haine des païens qui trente ans avant, dans ces mêmes parages, avaient martyrisé Auguste Chapdelaine. Plusieurs fois, pour sauver sa vie, il dut se réfugier à Canton et à Hongkong. Il supportait ces misères en vaillant apôtre, mais son courage ne l’empêcha pas de succomber sous la fièvre. Malade pendant plusieurs années, sentant ses forces épuisées, espérant que le climat du Kouytcheou lui serait plus favorable que celui du Kouangsi, il demanda à faire partie de notre Mission. Mgr Lions accepta avec joie ce bon ouvrier. Après plusieurs mois d’un repos absolument nécessaire, Mgr Guichard, le nouveau vicaire apostolique, chargea M. Chanticlair de copier les procès apostoliques de nos martyrs et d’administrer en même temps la petite paroisse de Tsingay. Quelques années plus tard, il le plaça à la tête du grand séminaire qui n’avait alors que huit élèves. M. Chanticlair les poussa vigoureusement au travail ; il mettait à les enseigner une ardeur extraordinaire, et son verbe assez élevé traversait facilement les murs pour se répandre jusque dans les jardins. La piété alla de pair avec le travail, de nouveaux élèves vinrent s’adjoindre aux anciens et le séminaire devint florissant.

     

    Notre confrère s’occupait également de la petite paroisse de Lout-chongkouan, dont les vieux chrétiens, qui ont vu passer tant de missionnaires, ont gardé de lui un spécial souvenir.

     

    Sur sa demande le séminaire fut transféré à Kouyyang dans l’ancienne école préparatoire. Il continua de le diriger tout en s’occupant de la paroisse de Saint-Etienne. Après 1900, il fut nommé à Tchatso. A cette occasion, il arriva un petit fait qui prouve l’affection très vive que les fidèles de Saint-Etienne avaient vouée à leur pasteur. Dès que ceux-ci connurent son changement, ils se précipitèrent à l’évêché pour prier l’évêque de revenir sur sa décision ; leurs instances ayant été inutiles, ils résolurent de s’opposer par la force au départ du missionnaire. Hommes et femmes se relayèrent et montèrent la garde devant la porte du presbytère. Ce fut un supplice pour notre cher confrère le plus obéissant des hommes. Il finit par faire comprendre à ses chrétiens combien leur conduite était déplacée ; les sentinelles quittèrent la garde, retournèrent chez elles et tout rentra dans l’ordre.

     

    A Tchatso, il fut comme partout plein d’ardeur et d’entrain. Les fidèles de cette station, dont beaucoup sont de vieux chrétiens émigrés du Setchoan, ont bien la foi mais beaucoup, alors du moins, avaient un peu mauvaise tête. Que d’affaires, que d’ennuis ils causèrent à leur curé toujours à leur service pour les tirer du mauvais pas où l’amour de la chicane les mettait soit avec le mandarin local, soit avec les païens ! Il avait, il est vrai, un talent particulier pour toutes les affaires contentieuses. Il en avait donné des preuves au grand séminaire en se rendant acquéreur d’un terrain dont l’achat était fort difficile. Peu après son arrivée à Tchatso, il en donna une autre à Kiensy, en réussissant à prendre possession d’une propriété accordée à la Mission vers 1863. Il triompha à Kaitcheou dans une affaire du même genre. Kaitcheou avait été en 1862 le théâtre du martyre du Bienheureux Néel et de plusieurs chrétiens, que le mandarin de cette ville avait fait condamner à mort et exécuter. Après de longues négociations conduites par le ministre de France à Pékin, le gouvernement chinois avait consenti à des réparations consistant principalement dans le don d’un terrain assez vaste pour construire une église, un presbytère, une pharmacie et une école. Les autorités provinciales du Kouytcheou n’avaient tenu aucun compte des ordres du gouvernement central. Deux missionnaires, M. Bouchard vers 1866 et 30 ans plus tard M. Desvoivres avaient échoué dans leurs revendications. Tout ce qu’ils avaient pu obtenir, c’est de savoir que le terrain concédé était dans la rue de l’Ouest. Chargé du district de Tchatso dans lequel était situé Kaitcheou, M. Chanticlair résolut de faire une troisième tentative. « Je réussirai, disait-il à ses amis qui souriaient un peu de sa belle confiance. Quand il eut bien mûri son plan, il partit pour Kaitcheou, alla trouver le sous-préfet, lui exposa les droits de la Mission, lui mit sous les yeux les pièces qui les justifiaient et il conclut : « Grand homme arrangez cela, vous le pouvez ; d’ailleurs je ne partirai pas avant le règlement définitif. « Le succès paraissait bien difficile, à peu près impossible, car le terrain appartenait à quinze propriétaires qui ne voulaient pas vendre. Mais le mandarin comprit qu’il avait à faire à un homme résolu, rompu aux dédales des procès. Il promit de faire tout son possible et tint parole. Après deux ou trois mois de pourparlers, quatorze propriétaires avaient consenti à vendre leur terrain. Il n’en restait plus qu’un, mais là se présentait un obstacle qui semblait insurmontable. Celui-ci était le petit-fils d’une femme enterrée dans la propriété désirée. Or par suite de troubles survenus à l’époque du décès, cette femme avait été inhumée sans cercueil, Jamais une famille riche n consentirait à exhumer des ossements dans ces conditions. Le mandarin avertit le missionnaire. « Pour cette fois, dit-il, je crois impossible de réussir. » M. Chanticlair réfléchit : « Nous verrons, fit-il. » Quelques jours plus tard il lançait des invitations pour un grand dîner à plusieurs centaines d’habitants de Kaitcheou. Naturellement parmi les invités étaient compris tous les propriétaires des terrains cédés ainsi que le petit-fils de la femme enterrée sans cercueil. Le festin fut superbe ; les invités ne cessèrent de louer l’amphitryon qui les traitait si grandiosement. Le soir même l’exhumation avait lieu et le lendemain tout était réglé. Il y avait loin du vieil apôtre de Kaitcheou au jeune missionnaire qui se laissait si poliment expulser de Sintcheou !

     

    Fatigué par l’âge et la maladie, notre confrère demanda à Monseigneur et obtint la permission de se retirer à l’évêché.

     

    Il y mena la vie d’un secrétaire épiscopal, attentif, empressé à répondre aux lettres des missionnaires et des prêtres chinois qui consultaient sur des cas de conscience difficiles, sur des points de Droit Canon ou de liturgie. Il était fort bien doué pour ce genre de travail, possédant une érudition théologique et canonique peu commune. On l’avait bien vu en 1908 lorsqu’il avait accompagné Mgr Guichard au synode de Tchongkin. Il traduisit aussi en latin avec un grand soin « les Examens pour retraites ecclésiastiques », imprimés à Hongkong. Il se plongea dans l’étude du Règlement de la Société et de plus en plus dans celle du Droit canon qu’il avait toujours goûtée. Lorsque le nouveau codex parut, il fut, bien entendu, le premier des missionnaires du Kouytcheou à en recevoir un exemplaire. Il était près de midi. Il jeta un rapide coup d’œil sur le volume, puis se précipita au réfectoire tenant d’une main le codex pressé contre sa poitrine et de l’autre nous le montrant : « Le voilà enfin, s’écria-t-il, c’est un bijou. » Je dois l’avouer : malgré notre respect pour le Droit canon et pour notre vénéré confrère nous partîmes d’un franc éclat de rire… que Dieu nous pardonne, mais vrai, c’était trop drôle.

     

    Au milieu de ses travaux, M. Chanticlair continuait de souffrir. Quand on l’avertit du danger, il parut d’abord un peu surpris ; après un moment de réflexion il dit : « C’est bien, je vais me préparer. » Le curé de la cathédrale étant absent, le malade fit prier Mgr Seguin de lui administrer l’Extrême-onction qu’il reçut en présence des confrères. Quelques jours après il se fit donner l’indulgence in articulo mortis.

     

    Le mardi 8 février, la journée fut mauvaise bien que le Père eut pu communier le matin. Visiblement les derniers moments approchaient. A deux heures du matin, trois confrères récitèrent les prières des agonisants, le mourant s’y associa de cœur. A huit heures, le neuf février, il rendit le dernier soupir, nous laissant le souvenir d’un prêtre très pieux, très droit, d’une âme véritablement apostolique.

     

     

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    • Numéro : 1324
    • Pays : Chine
    • Année : None