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Benoît CHAMBOST (1857-1886)

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    « Le petit P. Benoît Chambost vient de rendre sa belle âme à Dieu, ce soir à une heure et demie. Il est mort comme il a vécu, gentiment, pieusement, sans bruit, mais non sans souffrances bien méritoires. Il se préparait à la mort depuis plusieurs années. La maladie de poitrine ne pardonne pas: il ne se faisait aucune illusion sur la gravité de son mal et en parlait avec indifférence. Nous allons le déposer à côté de nos confrères, au tombeau d'Adran, où il attendra la résurrection glorieuse. »

    C'est en ces termes que Mgr Colombert nous annonçait de Saïgon, le 7 mai dernier, la mort du P. Chambost, que la persécution avait fait son hôte depuis plusieurs mois. Voici sur cette pieuse mort de notre confrère ainsi que sur les travaux et les souffrances qui la lui ont méritée, les détails que nous donne le P. Laurent de la Cochinchine Orientale:

    « M. Benoît-Thérèsa Chambost était né à Thel (Rhône), le 25 fé­vrier 1857. Entré laïque au Séminaire de la rue du Bac, en sep­tembre 1876, il en sortit prêtre au commencement de 1880 avec destination pour la mission de la Cochinchine Orientale. Il arriva dans sa mission le 17 mars de la même année.

    « Dès le début, s'appliquant avec ardeur à l'étude de la langue, il triompha bien vite des premières difficultés et fut chargé d'exercer le saint ministère dans un district au milieu des montagnes. Il tra­vaillait de concert avec un prêtre indigène, qui fut bien souvent étonné de voir tant de courage et de zèle dans un jeune prêtre de si frêle apparence et d'une santé si délabrée.

    « Le P. Chambost souffrait depuis longtemps déjà. Sa santé avait donné des inquiétudes sérieuses à ses supérieurs avant son départ de France. Avec des précautions et en modérant l'ardeur de son zèle, le cher Père aurait pu ménager ses forces et se préparer même une assez longue vie dans ces pays chauds. Mais son cœur ne voyait que les âmes à sauver, une moisson abondante à recueillir, et il se mit à l'œuvre résolûment, sans penser à lui-même. Aussi, et le tra­vail d'étude de la langue, et ses premiers travaux apostoliques ébranlèrent-ils bientôt fortement sa santé déjà faible.

    « Placé par Mgr Galibert au collège‑séminaire de Lang‑Song, en février 1881, il n'y put travailler que pendant quatre mois. Un premier accident hémoptysique annihila complètement ses forces en juillet. On craignit pour sa vie. Cependant des soins empressés réussirent à le rétablir un peu. De nouveaux accidents survinrent et furent encore conjurés. Mais le bon Père était incapable de travailler. Un voyage, que son supérieur lui fit faire à Hong‑Kong au commencement de 1882, n'aboutit malheureusement pas au but que nous désirions tous.

    « Voulant à tout prix mourir dans sa mission, le Père obtint la permission d'y revenir l'année suivante. Tout fut mis en œuvre pour essayer de le fortifier et de le mettre en état de travailler quelque peu; car son inaction forcée le contristait sans cesse. La mauvaise saison de 1884 se passa mieux pou lui; il évita les rechutes graves; et bien qu'à cette époque il fût déjà privé du poumon droit complètement atrophié, nous espérions, après cet hiver, qu'il pourrait se maintenir encore quelques années.

    « Déjà il pouvait  rendre de petits services à la mission de temps en temps. Malheureusement l'orage épouvantable, qui a fondu sur la Cochinchine Orientale en juillet et août 1885, lui porta un coup terrible. Son âme sensible fut profondément émue de tant de maux.. Obligé d'aller à Saigon, pour y chercher un refuge avec quelques confrères et plusieurs milliers de chrétiens échappés au massacre, il eut sa grande part de tous les malheurs de la mission. Le peu de force qui lui  restait, il l'employa à consoler ses confrères, à subvenir aux besoins des pauvres chrétiens en écrivant pour solliciter des secours; il l'employa surtout à prier et à souffrir pour sa mission. C'était d'ailleurs son occupation principale depuis de longues années.

    « Il avait donné tout ce qu'il avait de forces physiques, il avait donné toute son âme à l'œuvre de la Propagation de la Foi; il méritait bien d'entendre la parole du divin Maître au bon et fidèle serviteur : « Intra in gaudium Domini tui. » Malgré les soins dont le bon Père était entouré dans le collège de Saigon, où Mgr Colombert l'avait placé, la vie s'éteignait en lui peu à peu. Le poumon gauche, attaqué aussi depuis bien longtemps, s'atrophiait complètement à son tour.

    « Ce fut pendant le beau mois consacré là Marie que cette bonne Mère vint cueillir cette fleur virginale pour l'offrir à Jésus au milieu de tant d'autres empourprées du sang des martyrs. Le 7 mai, vers 1 h. 1/2 de l’après midi, son âme quitta la terre pour aller jouir du bonheur qu'elle avait tant désiré. Pendant sa longue maladie, le bon Père s'était si familiarisé avec la pensée de la mort, il s'était tant de fois représenté ce moment suprême, que, l'heure venue, il ne s'en effrayait nullement. Que de fois il a parlé de sa fin qu'il croyait tourjours prochaine, et avec quelle simplicité, quel air de gaîté même il abordait ce sujet! On en était touché.

    « Le cher Père a été pour tous un exemple et un modèle des vertus chrétiennes et sacerdotales. « Il semble, dit le Père Dourisboure,  que dans les vues de la divine Providence, la vocation du « P. Chambost ait été d'édifier par son bon exemple; et cette vocation, il l'a  bien remplie ». Condamné depuis cinq ans à s'abstenir de tout exercice du ministère, il a prié et souffert pour sa chère mission. Le bon Dieu lui a donné la consolation de pouvoir célébrer le Saint­-Sacrifice presque toujours, excepté aux époques de ses rechutes. Avec quelle piété il offrait l'auguste victime eucharistique! Quelle régularité dans ses exercices spirituels!

    « Il avait une délicatesse de conscience qu'on pourrait dire exces­sive, si en pareille matière il pouvait y avoir excès; mais à la moindre observation, il devenait obéissant comme un petit enfant. Il a espéré, et son espérance n'a point été vaine. Quelques instants avant de mourir, il disait à un confrère qui l'assistait : « Si mon agonie se prolonge, de grâce, inspirez-moi quelque « bonne pensée, insistez  surtout sur la miséricorde de Dieu, j'en ai tant besoin! »  Le confrère le consola, et de fait, le bon Dieu n'a pas voulu qu'il éprouvât les terreurs de la mort. Sa fin à été celle des justes. Aussi pouvons­nous dire de tout cœur : « Fiant novissima mea hujus similia ! »

    La cérémonie des funérailles a eu lieu, le 8 mai, dans la chapelle du Séminaire de Saïgon. Elle a été présidée par Mgr Colombert, entouré d'une vingtaine de missionnaires, qui, avec Sa Grandeur, ont accom­pagné le bon Père à sa dernière demeure.

     

    • Numéro : 1449
    • Pays : Vietnam
    • Année : None