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Jean-Baptiste Alexis CHAMBON (1875-1948)

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    Mgr CHAMBON (Jean-Baptiste-Alexis) né le 18 mars 1875 à Vallore-Ville, diocèse de Clermont (Puy-de-Dôme). Entré diacre au Séminaire des Missions-Étrangères le 15 septembre 1899. Prêtre le 23 septembre 1899. Parti pour Hakodaté le 24 octobre 1899. Archevêque de Tokyo en 1927 ; archevêque-évêque de Yokohama en 1937 ; démissionnaire et archevêque d’Amorium en 1940. Mort à Yokohama le 8 septembre 1948.

     

    Jean-Alexis Chambon naquit à Vallore-Ville, au diocèse de Clermont, le 18 mars 1875. Il fut privé de bonne heure des caresses de sa mère. Cette perte pour une âme comme la sienne, sensible, ardente, et qui se portera facilement aux extrêmes, explique peut-être ce qu’il y eut parfois d’un peu brusque et de saccadé dans son tempérament. Mais il n’eut pas une jeunesse triste, ni dépourvue d’affection ; le milieu dans lequel il vécut lui permit de s’épanouir et toute sa vie porte la marque des bonnes influences qui s’exercèrent alors sur lui.

     

    Il fut élevé par un oncle, un curé auvergnat sérieux et positif, mais très bon, qui réussit, à inculquer à son neveu cette aménité de caractère et cette bonté profonde qui fut l’apanage de sa vie, et qui plus tard le fit appeler souvent : ce bon Mgr Chambon.

     

    Cet oncle ne semble pas l’avoir gâté. Le jeune Chambon aimait l’étude, et fut un brillant élève. Ses condisciples de collège et de séminaire, devenus pour la plupart des hommes cultivés et appréciés parmi le clergé de Clermont, aimaient à le rappeler à leur souvenir, et son professeur d’histoire, le célèbre abbé Brugerette, connu en France par ses ouvrages érudits sur le clergé, mais plus connu encore dans son entourage pour son originalité et son esprit caustique, disait de Chambon : « Il fut mon meilleur élève. » L’amitié qu’ils lui portaient était payée de retour. Mgr Chambon était pour ses amis d’une fidélité rare ; il avait le culte du souvenir. Son bureau et ses tiroirs étaient encombrés de photographies ou d’autres objets reçus de-ci, de-là ; pour ses amis de France, il garda longtemps plusieurs malles pleines de bibelots, qu’il distribua autour de lui dès qu’il eut perdu l’espoir du retour au pays natal.

     

    A l’influence exercée par son oncle, ses condisciples et ses professeurs, il faut ajouter celle du terroir. Durant les vacances, le jeune Chambon aimait aller se promener à la campagne. Il n’oubliera jamais les coteaux couverts de bruyères violettes qu’on traverse de Vichy à Chateldon ; et si, jusqu’à ses derniers jours, il aima tant les excursions en montagne, c’est peut-être bien qu’il sentait encore dans son cœur l’élan vers les cimes qui lui avait été communiqué par la beauté des paysages auvergnats. Il ne dédaignait pas de taquiner la muse, mais chez lui l’imagination n’était pas à la hauteur du sentiment. Il préférait la science ; il aima la botanique, et aurait pu s’y distinguer s’il avait eu plus de loisirs. Il recommandait aux jeunes de savoir se créer une diversion, que ce fût la musique ou l’histoire ou la philosophie, c’est-à-dire une science préférée, à laquelle on revient volontiers pour se distraire, ce qui dénote chez lui un sens psychologique très sûr.

     

    Mais l’influence décisive sur sa formation revient à ses maîtres Sulpiciens du grand séminaire de Clermont. Il parlait d’eux avec dévotion et toute sa vie, il restera leur disciple. Sa scrupuleuse fidélité aux exercices du séminaire, son humilité, sa pratique de la mortification, c’est eux qui les lui avaient inculquées. Elle lui permettait de tirer un excellent parti, pour lui-même et pour les autres, des auteurs qu’il lisait assidûment ; il n’était pas doué de talents oratoires, mais ses sermons et ses retraites étaient très goûtés. L’ardeur de sa foi et de sa charité animait ses improvisations. Humble, il ne chercha jamais à briller. Les innombrables toasts qu’il prononça furent rarement des chefs-d’œuvre d’éloquence, mais cela ne l’empêchait pas de parler, et il savait trouver les mots délicats qui vont droit au cœur.

     

    La piété de Mgr Chambon était profonde, affectueuse et communicative. Dans son panégéryque, Mgr Doi, archevêque de Tokyo, disait qu’il avait une âme franciscaine. Doué d’une bonté agissante, il ne pouvait voir quelqu’un en difficulté sans lui tendre la main. Les Sœurs de Totsuka ont affirmé qu’il donnait ses meilleurs habits. Ce n’est pas lui qui aurait affiché dans son bureau la pancarte qu’on voyait, paraît-il, dans celui de l’abbé Brugerette : « Les visiteurs sont priés de ne pas rester plus d’un quart d’heure » ; mais au cours de la demi-heure ou de l’heure durant laquelle les visiteurs étaient autorisés à importuner Mgr Chambon, on ne disait pas de mal des absents.

     

    Mais, ce que tout le monde admirait en lui, c’était sa haute idée de la dignité sacerdotale, son esprit catholique, son obéissance aux directives romaines, c’est-à-dire les qualités du prêtre français et par excellence du prêtre sulpicien.

     

    L’abbé Chambon entra diacre aux Missions-Étrangères. Il sera ordonné un an après dans la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres.

     

    En 1900, il partit pour la Mission de Hakodaté. Mgr Berlioz pensait l’employer au séminaire, qui n’existait pas encore quand il arriva. Du reste, M. Chambon devait d’abord apprendre le japonais. Il se l’assimila assez bien, s’y intéressa, même sans livres pour l’aider à l’étude de la langue, car à cette époque les livres n’existaient pas. M. Chambon suppléait à l’insuffisance des moyens en mettant à contribution les étudiants qui fréquentaient la mission.

     

    Dans le diocèse de Hakodaté, M. Chambon fut successivement chargé du poste de Ichinoseki, puis du séminaire pendant trois ans, et de 1905 à 1914, curé de Hakodaté.

     

    En 1914, atteint par la mobilisation, il partit enthousiaste et les soldats trouvèrent en lui un infirmier dévoué, courageux et plein de bravoure.

     

    On l’a vu pendant la guerre aussi impassible sous un bombardement par avion, qu’il aurait été sous un orage. On le verra plus tard à la fin d’un salut à la cathédrale de Tokyo durant un tremblement de terre : la chorale ne chantait plus et tout le monde pensait à gagner la porte de sortie, mais une voix éraillée, très forte, dominait à elle seule le bruit des poutres qui craquaient, des tuiles qui s’entrechoquaient, c’était celle de Mgr Chambon, invitant toutes les nations à louer le Seigneur..

     

    Mgr Chambon ne fut pas courageux seulement lors du danger, il le fut toute sa vie, affrontant les difficultés de sa charge avec son sang-froid habituel. Rien ne le troublait, il ne désespérait de rien. Lorsque, par exemple, les soldats japonais menacèrent l’existence des écoles catholiques, si elles ne se soumettaient pas à leur visite comme à celle des temples shintoïstes, Mgr Chambon ayant obtenu,. avec beaucoup de peine, du Ministre de l’Instruction publique son fameux papier sur « le but uniquement éducatif de ces visites » prit sur lui d’autoriser des signes de respect qui sauvèrent la situation, jusqu’à ce que des décisions de Borne vinssent confirmer et même étendre ses directives.

     

    A la fin de la guerre, M. Chambon prit place sur le premier bateau en partance pour l’Extrême-Orient. A peine eut-il le temps de se remettre au travail, qu’il était de nouveau obligé de s’embarquer pour aller prendre place au Conseil central comme représentant des Missions du Japon. C’est là, qu’en 1927, la confiance du Saint-Siège vint le placer à la tête de l’archidiocèse de Tokyo. Il commença par diviser la plupart des paroisses existantes, et créer de nouveaux centres pour les prêtres japonais devenus de plus en plus nombreux, il encouragea M. Flaujac et le Dr Totsuka à fonder leurs œuvres sociales : sanatoria et hôpitaux aujourd’hui très florissants. Il ouvrit toutes grandes les portes de son diocèse aux Ordres religieux : Franciscains, Salésiens de Don Bosco, Paulistes, etc. Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, les Adoratrices, les Carmélites, les Mercédaires vinrent renforcer les congrégations enseignantes. Il ne resta que dix ans archevêque de Tokyo. En 1937, la ville fut confiée au clergé indigène. Mgr Doi fut nommé archevêque et Mgr Chambon devint évêque de Yokohama, ayant encore à administrer la plus grande partie de l’ancien diocèse de Tokyo. Il fut à Yokohama ce qu’il avait été à Tokyo : accueillant et encourageant les bonnes volontés. Mais l’œuvre qui restera surtout attachée au nom de Mgr Chambon, c’est l’établissement du grand séminaire régional de Tokyo, constitué quelques années plus tard Séminaire de « Droit Pontifical ». Mgr Chambon aimait les élèves et s’intéressait beaucoup à leur formation spirituelle. Le Supérieur actuel, le P. Pfister S.J., au cours de la messe de Requiem qu’il fit célébrer dans la chapelle pour le repos de l’âme de l’ancien archevêque, a rappelé combien Son Excellence avait fait impression sur les séminaristes par sa bonté, sa dignité de vie et son esprit surnaturel.

     

    Durant la guerre, les élèves d’abord, puis les professeurs furent dispersés, les bâtiments abîmés. Les hostilités terminées, les. Missions-Étrangères, dont les effectifs étaient réduits,pouvaient difficilement reprendre la direction du séminaire. Monseigneur souffrit beaucoup de cette situation ; il se réjouit cependant de voir son ­œuvre relevée et continuée par les Pères Jésuites.

     

    Après avoir, en 1940, résigné son siège de Yokohama pour répondre aux décisions de Rome, Mgr Chambon se retira au noviciat des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie où il fut leur aumônier pendant près de dix ans.

     

    Nommé par Monseigneur le Supérieur général, Supérieur régional des missionnaires de Yokohama, il leur témoigna toujours toute son affection et son dévouement. Dès que la guerre eut rendu possible les voyages et les réunions, il s’empressa de convoquer ses confrères pour la retraite annuelle. Sa dernière joie fut de préparer et de voir signer le contrat de collaboration des missionnaires étrangers avec les évêques indigènes ; mais en mai 1948, son mauvais état de santé l’obligea à donner sa démission de Supérieur régional.

     

    Mgr Marella, Délégué apostolique, dans la lettre de condoléances qu’il adressait au Supérieur des missionnaires de Yokohama, le lendemain de la mort de Mgr Chambon, déclarait : « Ce que je tiens personnellement à signaler, c’est son courageux sens de l’adaptation. En même temps qu’il était un représentant des belles traditions de générosité et de désintéressement de son Institut, il avait l’œil toujours ouvert sur les besoins nouveaux des temps, et rien ne l’empêchait d’y donner satisfaction. C’est ainsi qu’à peine nommé archevêque de Tokyo, il comprit qu’il ne pouvait faire face à lui seul à toutes les formes d’activités missionnaires aujourd’hui requises, et le premier, il ouvrit largement son archidiocèse à des Instituts religieux d’hommes et de femmes de tout genre et de tout pays. Il créait par là, peut-être sans le savoir, ce genre nouveau de la collaboration de plusieurs diocèses missionnaires dans la même circonscription ecclésiastique, genre qui tend aujourd’hui à se généraliser de plus en plus.

     

    « Je n’omettrai pas non plus de signaler parmi ses heureuses initiatives, la création du séminaire interdiocésain de Tokyo… Et plus tard, dans les sacrifices qu’exigèrent pour lui les circonstances, ce lui fut toujours une grande joie et consolation, en même temps qu’une légitime fierté de voir le clergé qu’il avait formé, continuer la tâche au point, où il la laissait, pour aller défricher ailleurs... »

     

    La robuste santé de Mgr Chambon s’altéra subitement au début de 1948. Il avait fait à Dieu l’offrande de sa vie, ses papiers étaient en, règle, mais son âme vaillante ne voulait pas cesser le travail ni s’avouer diminuée. Voici la relation d’une religieuse de Totsuka qui le soigna durant sa maladie : « Le 2 février, fête de la Purification, Monseigneur pleura beaucoup durant la lecture de l’évangile. Après la messe, il emporta soigneusement chez lui le cierge bénit. L’après-midi, Son Excellence alla confesser les religieuses de Katase, localité assez éloignée de Totsuka. Le voyant très fatigué au retour, on lui demanda d’avancer l’heure de la bénédiction du Saint-Sacrement pour lui permettre de se reposer ensuite. « Il faut respecter l’horaire », répondit-il. Le lendemain matin, il ne se leva pas. Apercevant tout à coup des religieuses auprès de son lit : « Ah oui, la messe, dit-il ; il essaya de se lever, mais il n’en eut pas la force, Il reçut ce matin-là l’extrême-onction des mains de M. Delbos, accouru de Yokohama. Trois mois d’hôpital le remirent un peu sur pied ; il se croyait guéri. Il revint au couvent en mai. Le 27 mai, procession du Saint-Sacrement au couvent ; il demanda en grâce qu’on lui permit de porter le Saint-Sacrement cette année-là encore. Mgr Marella, Délégué apostolique, constatant la fatigue extrême de Son Excellence, proposa plusieurs fois de la suppléer, mais Mgr Chambon y refusa. Il voulut reprendre ses catéchismes comme auparavant. Il eut encore la force, cet été-là, d’extraire à la main les grains d’une quantité respectable de gerbes de blé et de les envoyer au Carmel pour en faire de la farine et des hosties. »

     

    Il eut une seconde attaque le 12 août. La veille, M. Anchen était venu le voir, Monseigneur était couché. Il demanda au Père, à haute voix, de lui pardonner tous ses péchés, puis il lui dit plusieurs fois : « adieu ». Le lendemain, un dernier choc eut lieu et le médecin jugea tout de suite son état désespéré. M. Deffrennes lui donna encore une fois l’extrême-onction. Quelques  jours après, on le ramena à l’hôpital des Sœurs à Yokohama. Il resta dans un état comateux jusqu’au jour de sa mort, le 8 septembre. Il s’éteignit tranquillement et simplement dans la confiance en Dieu et en la Vierge Marie.

     

    Le corps fut exposé dans la crypte de l’église du Sacré-Cœur, à Yokohama. Les funérailles fuient très solennelles ; l’assistance des prêtres japonais et de religieux de toutes nationalités était particulièrement impressionnante.

     

    Le Saint-Père avait daigné envoyer un télégramme de condoléances. Le Général Petchkoff, chef de la Mission française, le Consul général et Mme Bouggarel, affirmaient par leur présence, le deuil de la France. Les Ministres japonais de l’Instruction publique et de l’Hygiène envoyèrent aussi des télégrammes de condoléances.

     

    Mgr Chambon repose dans le cimetière des étrangers, à Yokohama, tout près de M. Larrieu et de M. Lemoine.

     

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    • Numéro : 2534
    • Pays : Japon
    • Année : None