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François CHAIZE (1882-1949)

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    Mgr CHAIZE (François) né le 27 mars 1882 à Mornant (Loire), diocèse de Lyon. Entré tonsuré au Séminaire des Missions-Étrangères le 17 septembre 1902. Prêtre le 29 juin 1905. Parti le 2 août pour le Tonkin occidental. Evêque d’Alabanda et coadjuteur en 1925. Vicaire apostolique en 1935. Mort à Hanoi le 22 février 1949.

     

    Mgr Chaize, né le 27 mars 1882 à Mornant, de parents viticulteurs, était l’aîné de trois enfants : ses deux frères furent tués à la guerre de 1914-1918. D’une belle intelligence et d’une piété solide, il fut vite remarqué par le curé de la paroisse qui lui fit commencer ses études de latin, puis l’envoya au petit séminaire de Verrières où il termina ses études secondaires.

     

    C’est au séminaire de philosophie d’Alix, sous la paternelle direction du futur cardinal Verdier, qu’acheva de se mûrir sa vocation missionnaire. Après les deux années de philosophie, il entra aux Missions-Étrangères : l’héroïsme de nos martyrs stimula les élans d’un zèle qui ne faiblira jamais. Aspirant modèle sous tous les rapports, ordonné prêtre le 29 juin 1905, il s’embarqua en août pour la Mission de Hanoi.

     

    Après quelques mois d’étude de la langue viêtnamienne à la communauté de Ke-So, il fut envoyé comme professeur de seconde au petit séminaire où il ne resta que deux ans. La chaire de philosophie du grand séminaire était vacante : il vint l’occuper. Mgr Bigolet, professeur de dogme et procureur ayant été nommé évêque, ce fut M. Chaize qui lui succéda dans cette double charge. Il composa pour ses élèves une théologie morale en langue viêtnamienne qui eut et a encore un grand succès. Proposé par la confiance des confrères comme le plus digne à devenir le coadjuteur de Mgr Gendreau, après la mort de Mgr Bigolet, le Saint-Père le nomma évêque en avril 1925. Le plus surpris de cette nomination fut lui­-même.

     

    Bien qu’il fût doué d’une constitution robuste, d’une vigueur physique au-dessus de la moyenne, Mgr Chaize connut la souffrance de bonne heure et l’on peut dire que tout au long de sa carrière apostolique, il ne perdit jamais contact avec elle. Une maladie, la jaunisse, croyons-nous, contractée pendant son séjour aux Missions-Étrangères, avait laissé des traces localisées principalement dans la légion stomacale et l’appareil digestif. Il éprouvait souvent des malaises, parfois des douleurs assez vives qu’il ne cherchait pas à dissimuler, mais dont il ne s’autorisait pas pour omettre aucun de ­ses devoirs professionnels, et qui n’inquiétaient pas outre-mesure les confrères vivant à ses côtés. « Maux d’estomac, pensions-nous et lui disions-nous en plaisantant, maux d’estomac, brevet de longue vie. » Au cours de ces dernières années, il est vrai, le poids de l’âge et surtout les soucis de la charge épiscopale, que les circonstances rendaient de jour en jour plus délicate et difficile, n’avaient pas été sans influer sur son état de santé. L’estomac était devenu plus capricieux, les lourdeurs de tête fréquentes, le travail intellectuel lui coûtait davantage. Il s’en plaignait, mais n’en continuait pas moins à vaquer à ses occupations avec toute l’exactitude, le soin, le goût du travail fini qui lui étaient coutumiers. Nous espérions travailler sous sa direction de longues années encore, mais les desseins impénétrables de la divine Providence ont, une fois de plus, renversé les prévisions humaines.

     

    Le dimanche 20 février, avant-veille de sa mort, Monseigneur présida, à l’église des Martyrs, la procession et le salut solennels en l’honneur de nos Bienheureux. Les cérémonies, loin de le fatiguer, parurent lui être une détente. Au cours de la petite réunion qui suivit au presbytère, il fut très gai, et même au moment du retour, il se laissa de bonne grâce photographier la main au guidon de sa bicyclette, en compagnie de M. Caillou, curé de la paroisse. Durant la journée du lendemain il donna, comme à l’ordinaire, son cours de théologie morale aux séminaristes ; nous ne remarquâmes rien d’anormal, il ne se plaignait d’aucune souffrance ou lassitude parti­culière. Le soir seulement, vers dix-neuf heures, au moment où l’on venait de se mettre à table pour le dîner en commun, le confrère assis à la gauche de l’évêque remarqua que celui-ci se passait la main sur les yeux et le front, comme au sortir du sommeil : « Monseigneur, on dirait que vous venez de vous réveiller. » — « Oh, non protesta-t-il, je n’ai pas dormi, j’ai au contraire travaillé à mon bureau tout l’après-midi ; mais les idées ne venaient pas, mes doigts étaient gourds, j’avais peine à taper à la machine. Dommage que vous ne sachiez pas dactylographier, je vous mettrais à contribution. » Puis on parla de choses et d’autres. Monseigneur raconta en particulier l’odyssée d’un prêtre viêtnamien arrivé le jour même à la Mission après s’être évadé de la zone viêtminh. « Voilà, ajouta-t-il, de la copie pour la prochaine chronique du Bulletin. » Enfin le repas terminé on se sépara vers 19 h. 45, chacun rentrant chez soi et Son Excellence regagna, elle aussi ses appartements.

     

    Que se passa-t-il ensuite ? Nous l’apprîmes le lendemain mardi matin de la bouche même de notre cher malade. Ses dévotions terminées, il s’était couché entre 20 heures 30 et 21 heures, un peu plus tôt qu’à l’ordinaire. Sans éprouver de douleur aiguë, il se trouvait mal à l’aise ; une sensation d’oppression, de serrement de poitrine qu’il avait déjà ressentie pendant la journée se manifesta à nouveau et le tint assez longtemps éveillé. Il avait fini cependant par s’assoupir, lorsque vers une heure du matin, il fut pris de souffrances de poitrine extrêmement violentes, accompagnées de suffocation, de douleurs aux épaules et aux bras. Il essaya à plusieurs reprises de se lever pour appeler, mais vainement, il se sentait comme paralysé, et ce ne fut que vers trois heures, que, la crise ayant diminué de violence, il put enfin se traîner jusqu’au timbre électrique et sonner son secrétaire, Celui-ci, accouru aussitôt, aida Monseigneur à regagner son lit, puis alla prévenir M. Vuillard qui se rendit immédiatement au chevet du malade. A ce moment, une réelle amélioration s’était produite ; sur sa demande, le provicaire l’entendit en confession. Mais rassuré sur l’issue de la crise et d’accord avec lui, il décida de surseoir à l’administration du sacrement des malades. De fait, le reste de la nuit fut relativement paisible. Le matin venu, Monseigneur ne se jugeant pas en état de célébrer la messe, se prépara à recevoir dans sa chambre la sainte communion. L’action de grâces terminée, ayant manifesté le désir qu’on le transportât à la clinique Saint-Paul, il fit lui-même ses préparatifs de départ et donna ses instructions à son provicaire. Il quitta l’évêché vers huit heures pour une absence qui, pensions-nous tous et lui-même sans doute, ne durerait que quelques jours. Dès la première consultation, le médecin reconnut la gravité de l’état du malade. Tous les symptômes faisaient craindre une angine de poitrine avec retour probable d’une autre crise. Malgré tout on ne désespérait pas : chacun priait de son mieux et le médecin prodiguait ses soins à Monsei­gneur.

     

    Vers 16 heures, un confrère venu prendre des nouvelles du malade entra dans sa chambre au moment où la Sœur infirmière lui faisait une injection intra-veineuse. Le visiteur s’excuse et veut se retirer : « Non, restez, dit Monseigneur, cela ne me fatiguera pas. » Et la Sœur partie, il se met à décrire, sans effort apparent, tout ce qu’il a éprouvé depuis le début de la crise : « Je suis à peu près dans le même état que ce matin, conclut-il, je crois bien que je vais mourir. Et comme le confrère proteste : « Après tout, dit-il en souriant, comme le Bon Dieu voudra ! »

     

    La Sœur infirmière interrogée un instant après, reconnaît que l’état de Monseigneur demeure grave, mais elle a bon espoir qu’il surmontera la crise. M. Pédebidau, à son retour de la clinique vers 18 heures, annonce à la communauté qu’il y a une amélioration. Aussi le dîner terminé, nous séparons-nous confiants que la nuit se passera sans une nouvelle alarme, lorsque vers 21 heures, les Sœurs de l’Institution Sainte-Marie communiquent la nouvelle atterrante qu’elles viennent de recevoir par téléphone de la clinique Saint-Paul : « Monseigneur est décédé. » De 17 à 19 heures, la Sœur infirmière entrant à plusieurs reprises dans la chambre de Monseigneur, l’avait chaque fois vu reposant sur son lit, et paraissant même moins souffrir que pendant la journée A 19 heures, M. Charmot, qui remplit actuellement les fonctions de chapelain à la clinique, lui fit visite. Le cher malade, après l’avoir retenu quelques minutes lui dit : « Maintenant, allez vous reposer ; si au cours de la nuit je me sens plus mal, je vous ferai appeler pour m’administrer l’extrême-onction. » Enfin vers 19 heures 30 le médecin lui-même ne remarque rien d’anormal et recommande seulement à la Sœur de faire une nouvelle injection destinée à prévenir un retour éventuel du mal pendant la nuit. C’est dans le dessein d’exécuter cette prescription que, à 20 heures, la Sœur vint frapper à la porte de la chambre. Ne recevant pas de réponse elle se retire, puis frappe de nouveau. Silence encore. Vaguement inquiète, la religieuse ouvre et se dirige vers le lit. Il est vide. Elle voit, près du lavabo et d’une petite table sur laquelle est posée la valise de Monseigneur, le malade étendu immobile sur le parquet. Elle l’appelle : point de réponse ; elle le touche, il est encore chaud, mais sans vie au moins apparente. Vite on prévient M. Charmot qui accourt, donne au pauvre évêque l’absolution sous condition et lui fait sur le front l’onction sacramentelle. Pendant qu’il se prépare à suppléer les cérémonies, la Sœur constate, hélas ! que le froid de la mort a envahi le visage et le corps. Plus de doute : le Vicaire apostolique de Hanoi a rendu son âme à Dieu.

     

    Inutile de dire la consternation que causa à la Mission, dans la paroisse et dans toute la ville la fin si brusque, si inattendue de notre cher évêque. Dans la matinée du mercredi 23 février sa dépouille mortelle fut transportée à la Mission et exposée, comme en 1935 celle de Mgr Gendreau, dans la salle des fêtes de l’école paroissiale transformée en chapelle ardente. Depuis ce moment-là jusqu’au vendredi matin, jour fixé pour les obsèques, clergé et fidèles, français et viêtnamiens, par groupes toujours nombreux, se succédèrent devant le corps revêtu des ornements épiscopaux.

     

    Le vendredi, un peu avant 9heures, le pro-curé viêtnamien de la cathédrale procéda à la levée du corps ; puis le cortège nombreux et recueilli des enfants des écoles, des communautés religieuses, des notables en habits de deuil, des séminaristes et du clergé, gagna la cathédrale dont le parvis était également noir de monde.

     

    Mgr Mazé, Vicaire apostolique de Hunghoa, en tournée pastorale dans la région de Hoa-Binh, n’avait pu arriver à temps, ni Mgr Jacq, Vicaire apostolique de Lang-Son. Ce fut Mgr Gomez, Vicaire apostolique de Haiphong, qui célébra la messe solennelle de Requiem, dans une église comble, en présence des hautes Autorités françaises et viêtnamiennes ou de leurs Représentants. Cinq absoutes furent données successivement par le T.R.P. Roy, recteur des Rédemptoristes ; MM. Milliam, provicaire de Bacninh ; Massard, représentant de la Mission de Hunghoa ; Vuillard, provicaire de Hanoi et Mgr Gomez. Enfin le corps du vénéré défunt fut déposé dans un caveau creusé au milieu du transept. Il est le premier évêque inhumé dans la cathédrale de Hanoi ; ses prédécesseurs, Mgr Retord, Mgr Puginier et Mgr Gendreau reposent dans celle de Ke-So, ancien centre du Vicariat.

     

    La mort de Mgr Chaize, à 67 ans, a été presque subite, mais non imprévue. Scrupuleusement fidèle à tous ses devoirs, il n’a sûrement point négligé le plus important, la préparation à paraître devant Dieu. Il parlait souvent, dans ses dernières années surtout, du jour où il lui serait donné de déposer le fardeau de cette vie. Il en envisageait l’éventualité sans crainte, avec une résignation entière à la volonté de Dieu.

     

    Nous avons le ferme espoir que le Maître adoré, au service duquel il a consacré toute sa vie, lui a déjà accordé la récompense promise au fidèle serviteur. Et l’assurance consolante nous reste aussi, qu’après avoir été vingt années durant notre compagnon d’apostolat, dix ans notre évêque coadjuteur, quatorze ans notre chef, il continuera Là-Haut à prier pour la Mission de Hanoi, son clergé et ses fidèles, pour le progrès spirituel des âmes et l’extension du Règne de Jésus-Christ.

     

     

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    • Numéro : 2829
    • Pays : Vietnam
    • Année : None