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Anatole Aimé CHAILLOU (1913-1982)

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    Né le 19 août 1913 à La Tessouale, diocèse d’Angers, Maine-et-Loire
    Entré aux Missions Etrangères le 9 octobre 1940
    Prêtre le 20 mars 1943
    Destination pour la mission de Vinh (Viêtnam)
    Parti le 6 février 1946 comme aumônier militaire
    Affecté à Kunming en octobre 1948
    Expulsé de Chine en octobre 1951
    Affecté à Kôbé (Osaka) en novembre 1951
    A Kôbé de 1951 à 1982
    Décédé à Kôbé le 6 mars 1982


    Enfance et jeunesse

     

    Anatole Chaillou naquit à La Tessouale, au diocèse d’Angers, dans une famille très chrétienne. Après ses études primaires à l’école paroissiale, il commença l’apprentissage du métier de forgeron avec son père, un homme rude, dur à l’ouvrage, qu’Anatole craignait autant qu’il l’estimait. Ce dur travail, le feu, la sueur, tout cela forgea en lui un tempérament d’ouvrier fidèle, pieds et poings liés au travail. Cependant il trouvait des dérivatifs : le patronage avec son théâtre, sa musique, ses sorties à bicyclette avec les jeunes de son âge. C’est là qu’il apprit à jouer de la trompette, cette trompette qui devint son amie fidèle : tout au long de sa vie, il lui confia ses joies, ses peines ; il parlait par elle, il priait par elle. Il ne s’en sépara qu’à sa mort. Elle fut même déposée sur son cercueil pendant la messe de sépulture. Il disait lui-même : « Elle ne m’a jamais donné de déception, mais toujours la joie de vivre.»

     

    Comment a-t-il senti l’appel au sacerdoce ? Nous n’avons aucune précision sur ce point. En tout cas, à 17 ans, il quitte la forge familiale et La Tessouale pour entrer au petit séminaire de Montmagny pour y faire ses études secondaires. Le latin est une nouvelle matière qu’il met « sur l’enclume de sa nouvelle forge ». Les professeurs sont exigeants, non seulement pour le latin mais aussi pour les autres matières d’enseignement. Cependant Anatole trouve ce régime bien doux à côté de celui qu’il avait vécu jusqu’alors.

     

    Ses études terminées à Montmagny, il entre pour deux ans au grand séminaire d’Angers (1936-1938). En 1938, il a 25 ans. Il lui faut accomplir son service militaire normal. Mais la guerre éclate et au lieu d’être libéré, il est maintenu sous les drapeaux pour une durée indéterminée. A la suite des événements de 1940, il est libéré au mois d’août. Sans plus tarder, il adresse à l’évêque d’Angers une demande d’exeat pour quitter le diocèse. Une fois cette permission obtenue, il fait sa demande d’entrée aux Missions Etrangères le 30 septembre 1940. Son admission ne fit aucune difficulté. Dans sa lettre de renseignements, le Supérieur du grand Séminaire d’Angers écrivait : « C’est un bon sujet à qui je dois en conscience un excellent témoignage. » C’est le 9 octobre 1940 qu’Anatole Chaillou entra aux Missions Etrangères. Il avait 27 ans. Ordonné prêtre le 30 mars 1943, il reçut sa destination pour la mission de Vinh au Nord Viêt-Nam. Vu les circonstances, il ne pouvait partir. Il fit donc du ministère dans le diocèse d’Angers jusqu’en 1946. C’est le 6 février 1946 qu’il s’embarqua pour Saïgon comme aumônier militaire. Il exerça ce ministère pendant deux ans et, pendant ses temps libres, il se livrait à l’étude de la langue vietnamienne. Libéré au mois de mai 1948, il rentra en France, attendant une autre destination, car la Mission de Vinh, à cette époque, était inabordable. Le P. Chaillou reçut donc une autre destination, à savoir la mission de Kunming dans la Chine du Sud. Une fois arrivé à Kunming, il se mit avec ardeur à l’étude du chinois. Il eut comme premier poste Mitsao avec le P. Degenève (1949-1950), puis revint à Kunming (1950-1951). Pendant ce temps, les troupes communistes avaient occupé Kunming et les missionnaires furent expulsés peu à peu. Suivant les consignes de Rome et d’accord avec l’évêque, Mgr Derouineau, le P. Chaillou fit les démarches nécessaires et fut autorisé à gagner Hongkong, via Chungking. A Chungking, il subit un interrogatoire en règle mené par une jeune femme, une chrétienne, ancienne élève de l’Aurore (Shanghai). Peut-être le P. Chaillou fut-il quelque peu imprudent dans telle ou telle réponse. Toujours est-il que cette « commissaire politique » lui passa un « abattage » sévère. Arrivé à Hongkong, le 4 octobre 1951, il trouva moyen d’écrire à Kunming, mettant en garde les confrères qui seraient expulsés et devraient eux aussi passer par Chungking contre cette « panthère » qu’il avait baptisée « Graziella ». Cet avertissement fut très utile dans la suite.

     

    Le P. Destombes était à Hongkong, chargé d’arranger les divers cas concernant les confrères expulsés de Chine : retour en France pour les plus âgés et affectation à une autre mission pour les plus jeunes. Naturellement le P. Destombes ne décidait rien sans avoir dialogué avec les intéressés, ni sans leur faire des propositions et demandé leurs préférences. Il en tenait compte dans toute la mesure du possible. C’est ainsi qu’il procéda avec le P. Chaillou et lui demanda : « Où voulez-vous aller ? » D’après le P. Chaillou lui-même, il fut pris au dépourvu et il répondit : « Au Japon », sans trop réfléchir. Il disait lui-même, une fois arrivé au Japon : « On n’a pas idée de poser une question pareille à un missionnaire qui n’a qu’à obéir aux supérieurs. Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi le Japon, mais puisque j’y suis, j’y reste. » Il se mit donc en route pour le Japon et arriva à Kôbé le 18 décembre 1951. Il allait y travailler pendant plus de 30 ans. Son premier souci fut évidemment de s’initier à la langue japonaise. Malgré toute sa bonne volonté et un travail acharné, le résultat ne répondit pas pleinement à ses efforts. Il n’était vraiment pas doué pour les langues. A Kunming, il avait déjà eu beaucoup de mal à apprendre un peu de chinois, tout au moins pour le parler. La « bosse des langues » est vraiment un don particulier. Heureux sont ceux à qui le Seigneur l’a accordé. Malgré tout, le P. Chaillou a rendu de multiples services. Voici ce qu’écrit un confrère qui l’a bien connu : « Il a passé 30 ans à Kôbé à remplacer un vicaire, un curé en congé, un aumônier de couvent, un confesseur, etc., et je puis dire qu’il a rendu d’innombrables services aux chrétiens, aux catéchumènes, aux malades, aux faibles et aux petits, aux religieuses... » Sa déficience au point de vue « langue » était compensée par un dévouement sans faille qui parlait plus et mieux aux gens qu’un langage bien limé. Lui qui disait : « Personne ne me connaît » s’était fait en réalité beaucoup d’amis comme on le constata au jour de ses obsèques. Toute sa vie missionnaire au Japon a été faite d’intérim ou de remplacements, mais partout il avait conquis le cœur des gens.

     

    Le P. Chaillou était atteint d’asthme et souffrait aussi du cœur. Avec les années, son état de santé s’aggravait. Il fut hospitalisé le 2 février 1982 pour insuffisance cardiaque. Etant donné le très mauvais état de son cœur, le docteur lui supprima les remèdes pour l’asthme parce que contre-indiqués. La sœur infirmière lui donna des produits de remplacement, mais il n’était pas satisfait. La cuisine de l’hôpital le dégoûtait. Pendant un mois, un confrère lui apporta les petites choses qu’il demandait. Mais ses forces diminuaient de jour en jour. Même les derniers jours, il ne supportait plus qu’un tout petit peu de champagne ! Un comble pour un Angevin ! Il reçut le sacrement des malades avec beaucoup de foi et de satisfaction. Les Sœurs de Chauffailles l’ont veillé jour et nuit et trois confrères aussi se sont relayés à son chevet pendant les trois derniers jours et nuits. Malgré son extrême faiblesse physique, il garda sa connaissance jusqu’au dernier moment. Trois jours avant sa mort il disait : « Je ne pensais pas qu’on puisse tant souffrir », lui qui auparavant disait : « J’en ai vu d’autres... Ce n’est pas à moi qu’on en apprendra. » Le samedi 6 mars dans l’après-midi, le P. Méreau, supérieur de la communauté de Kôbé, alla le voir et lui porta de l’eau de Lourdes. « Comme il ne pouvait pas en boire, je lui humectai le front par deux fois et il me remercia d’un signe de tête. » Après quoi, au dire des religieuses qui le veillaient, il s’endormit paisiblement et deux heures après, à 18 h, il rendait le dernier soupir après une agonie de quelques minutes. C’était la veille du deuxième dimanche de Carême, un dimanche où toute la liturgie est orientée vers le mystère de la Transfiguration.

     

    La veillée funèbre, présidée par l’Archevêque, le 7 mars au soir, vit défiler la foule de ses amis. L’enterrement, le 8 mars, fut le plus beau jour de sa vie. Jamais il n’aurait imaginé que tout le clergé japonais, l’Archevêque en tête et la foule de ses amis d’Amagashi, d’Akashi, de Kôbé, viendraient en si grand nombre pour prier pour lui. A l’offertoire, une Arménienne de Amagasaki, les larmes aux yeux, demanda à porter au célébrant le ciboire contenant les hosties destinées aux fidèles. Le vide qu’il a laissé est d’autant plus grand qu’il occupait beaucoup de place par toutes ses petites activités. Tout le monde le regrette. Sa fidèle trompette fut déposée sur son cercueil pendant la messe, comme nous l’avons dit ci-dessus, et une chrétienne la porta jusqu’au cimetière.

     

    Un confrère de Kôbé a eu l’amabilité de relever quelques traits de la personnalité du P. Chaillou. Pour terminer cette évocation de la vie sacerdotale et missionnaire du P. Anatole, en voici de très larges extraits :

     

    « Le P. Anatole avait une mémoire à toute épreuve ; féru d’histoire et de littérature, je l’ai entendu plusieurs fois donner la liste des rois de France avec la date de leur naissance et celle de leur mort. Il en était de même pour la géographie:  il débitait sans hésiter la liste des départements avec préfectures et sous-préfectures. Il avait aussi en mémoire des « morceaux choisis » de littérature, aussi bien en latin qu’en français et les Fables de La Fontaine n’avaient pas de secrets pour lui. Il ne tirait d’ailleurs aucune vanité de ses connaissances —mais manifestait son étonnement en disant le plus souvent : « Mais qu’est-ce qu’on vous a appris au séminaire ! » Il était impitoyable pour les fautes d’orthographe et le mauvais usage de la syntaxe grammaticale. Il avait toujours sur son bureau quelques dictionnaires qu’il n’hésitait pas à brandir pour confirmer l’exactitude de ses dires.

     

    Strict pour la correction du langage, il était également très pointilleux sur l’enseignement doctrinal « orthodoxe ». Il lui est arrivé plusieurs fois, au cours de sessions, de conférences, de faire connaître clairement son désaccord avec ce qui était dit. Sans le taxer d’intégriste, on peut cependant dire qu’il était plutôt traditionaliste. Il réagissait devant certaines nouveautés qu’il considérait comme aberrantes.

     

    « Il était très humble, toujours un peu effacé. Il aimait beaucoup la compagnie des confrères. Je ne l’ai jamais vu refuser un service ; au contraire, il ne savait pas comment faire pour vous faire plaisir. Sa difficulté à s’exprimer en japonais fut certainement pour lui une épreuve très dure dont il ne parlait guère. Cela l’a certainement mis un peu à l’écart des autres confrères. Le fait aussi de n’assurer que des remplacements a aussi été pour lui une épreuve continuelle, mais il n’a jamais refusé d’accomplir ces ministères qui lui étaient confiés. Qui d’entre nous aurait, en effet, la force et la patience de rester « sur la touche » toute sa vie ? Cela montre la grande force de caractère du P. Chaillou. S’il était très strict envers les autres sur l’obéissance et les règlements, c’est qu’il était d’abord très strict envers lui-même. Il a vécu cette longue épreuve dans la fidélité à son sacerdoce.

     

    « Il avait cependant quelques dérivatifs. Il enseignait le français à de jeunes Japonais suivant une méthode bien à lui. Mais son amitié et sa délicatesse ont marqué le cœur de ceux qui ont étudié avec lui. Et il profitait de ces cours pour parler du Christ et annoncer l’Evangile. »

     

    Il se dépensait aussi dans son atelier de travail, car il n’avait pas oublié le métier de forgeron. Grâce à son imagination, son goût, ses talents, il forgeait de nombreux objets utiles.

     

    Dans sa vie spirituelle, il était à la fois très discret et très régulier. Sa dévotion à la Sainte Vierge tenait une grande place dans sa vie.

     

    Chacun a ses talents et doit les faire valoir sur le chemin de la vie. Pour les uns, ils s’expriment par de grandes œuvres. Pour d’autres, par des œuvres très modestes aux yeux des hommes, mais avec une vie intérieure profonde. On peut dire cela du P. Chaillou. Sa vie intérieure, sa prière, son humilité ont valu à d’autres de nombreuses grâ­ces pour des réalisations dont lui n’était pas capable. N’empêche que son influence discrète a été très réellement perçue. Il a rayonné par toute sa vie de charité. Dans les divers postes où il a travaillé toujours temporairement. il a su toucher les cœurs. Les témoignages de sympathie à l’occasion de son décès en sont la preuve. S’il n’axait qu’un ou deux talents, il a su les faire valoir et nous avons la ferme conviction qu’il a apporté devant le Seigneur une belle gerbe de mérites.

     

     

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    • Numéro : 3687
    • Pays : Vietnam Chine Japon
    • Année : None