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Jean Rollin CHAFFANJON (1856-1926)

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    M. CHAFFANJON (Jean-Rollin) né à Cleppé (Lyon, Loire) le 21 juillet 1856. Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 14 septembre 1876. Prêtre le 20 septembre 1879. Parti pour le Kouytcheou (Kouiyang) le 29 octobre 1879. Mort à Kouiyang le 7 juillet 1926.

     

    Jean-Rollin Chaffanjon naquit à Cleppé, petite paroisse du Forez au diocèse de Lyon, d’une famille de gros fermiers, riches des biens de la terre, plus riches des dons du Ciel. Des onze enfants que Dieu leur donna, deux devinrent prêtres et un troisième mourut Frère des Ecoles Chrétiennes. Benjamin de la famille, notre Rollin choyé de tous devint facilement capricieux et colère, mais son excellent cœur le faisait facilement excuser. Les défauts et les qualités de l’enfance passent souvent dans l’âge mûr ; ce nous fut quelquefois un malin plaisir d’exciter notre confrère ; la crise durait peu, le regret suivait de près. Joyeux confrère, aimé de tous, le cœur du missionnaire ne connut jamais la rancune.

    L’exemple et la direction d’un frère déjà prêtre conduisirent Jean Rollin au petit Séminaire de Saint-Jodard, où sa brillante intelligence et son ardeur au travail lui permirent d’occuper les premières places. Je n’ose dire la première car il avait un concurrent redoutable dans l’un de ses condisciples mort Evêque de Dijon, Mgr Dadolle. Un autre de ses condisciples vient de s’éteindre doyen des Evêques de Chine, après le plus brillant et fructueux apostolat. Appliqué à l’étude, notre confrère dut être peu bruyant en récréation. Jamais il n’aima aucun jeu ; à la balle et aux courses, il préférait les longues causeries avec quelques-uns de ses condisciples.

    Après deux ans de philosophie au diocèse de Lyon, la grâce divine dirigea le jeune clerc vers le Séminaire de la rue du Bac. Nous nous l’y figurons sans peine lévite pieux et régulier, appliqué à l’étude, attentif en classe, trop timide pour poser beaucoup d’objections. En récréation, il aime se promener le long des allées, sa haute taille déjà un peu courbée, sans doute pour se mieux mettre au niveau de ses interlocuteurs.

    Ordonné prêtre le 20 septembre 1879, il reçut, avec un autre Lyonnais, sa destination pour le Kouitcheou. De ce jour, l’union fut complète entre eux et devait durer pendant leur long apostolat. En route durant de longues journées de barque sur le fleuve Bleu, au cours des discussions du groupe apostolique, l’avis de l’un indiquait celui de l’autre.

    Après un mois de séjour à Kouiyang en compagnie des confrères réunis pour la retraite, le jeune missionnaire reçoit sa destination pour le nord de la Mission. Il doit, en dehors de l’étude de la langue, aider son curé malade à la surveillance d’un double orphelinat et à l’administration d’une nombreuse et belle chrétienté. Doué d’une grande facilité, d’une oreille très juste, l’étude de la langue fut facile. Il fut plus difficile de vaincre la timidité. Au premier sermon, quand notre jeune confrère vit braqués sur lui des centaines d’yeux, il ne put pro-noncer un mot et se retourna continuer la sainte messe.

    M. Chaffanjon passa à peine deux ans à Tongtse et fut donné comme aide à M. Chasseur surchargé de besogne. Il fixe sa résidence Meilan. Bientôt le départ du curé pour Kouiyang lui laisse toute la besogne. C’est là que le surprend la persécution de 1884. Jeune encore, peu au courant de la mentalité chinoise, notre confrère accepte comme vraies toutes les mauvaises nouvelles colportées : son voisin M. Bouchard a été tué... son compagnon de route coupé en morceaux... Il se croit seul vivant des missionnaires du Kouitcheou et, au lieu de demander protection au mandarin local, il se sauve à la campagne dans une famille chrétienne, puis moyennant rançon dans une payenne, enfin dans une nombreuse station chrétienne éloignée. Les chrétiens se réfugient avec lui dans un camp d’accès difficile, où il passe quelques mois très pénibles. Un calme relatif revenu, le missionnaire se rend à Kouiyang où il se livre pendant quelques mois à l’étude du chinois et est nommé à la direction du petit Séminaire.

    Il est là bien à sa place ; rarement professeur eut mieux le don d’inculquer la science à ses élèves. Aimé plus que craint sans rien abdiquer de son autorité, maître et élèves feront bonne besogne. En ce moment, nos séminaires subissaient une crise : le grand séminaire n’avait que trois élèves, le petit six dont la moitié était à éliminer. Bientôt les recrues vinrent et les cours purent se faire régulièrement. Jusque-là le chinois avait été trop négligé : le nouveau supérieur voulut mettre ses élèves à la hauteur des bacheliers chinois. Le recrutement des maîtres était difficile et souvent le supérieur, assez fort en chinois parlé et écrit, dut se faire répétiteur. La plupart des élèves devenus prêtres, assez bons latinistes sont encore meilleurs lettrés chinois. Les bâtiments étaient mal adaptés à leur destination ; grâce à ses ressources de famille, notre confrère les modifia et ajouta une aile. Récréations et promenades se firent attrayantes. Toute sa vie, M. Chaffanjon fut un passionné de la botanique et sut y intéresser ses élèves. Plus tard ce fut la recherche des coléoptères ; puis vint la chasse aux papillons, pour finir par une collection de fougères. Chaque année, une caisse de famille venait encourager le travail des élèves et exciter leur émulation Avec quel soin religieux elle était ouverte et quelles exclamations à la sortie du contenu ! Les objets étaient presque tous à destination des élèves, mais il fallait pouvoir les acheter. Les prix étaient étiquetés et les bons points de l’année servaient de monnaie. Quinze ans de travail assidu, et notre confrère verra 12 de ses élèves monter au saint autel. C’est bien peu sans doute si on le compare aux succès présents, mais dans ces temps déjà lointains, c’est une bonne moyenne pour une Mission qui, en plus de trente ans, n’avait donné que neuf prêtres à l’Eglise.

    La Chine en 1900 sortait de son isolement et s’adonnait aux sciences et aux langues étrangères. M. Chaffanjon fut chargé d’organiser un cours de français dans une dépendance de l’Evêché. Les élèves en grande partie païens vinrent nombreux ; le maître se fit apprécier et ai­mer des élèves. Aux examens du baccalauréat, plusieurs reçurent les félicitations du jury. La persévérance n’est pas une vertu chinoise ; l’école de français était trop loin du centre des études, et dans notre pays perdu du Kouitcheou, la connaissance du français ne pouvait encore avoir de débouché. Aussi les écoliers vinrent moins nombreux la seconde année, moins encore la troisième et l’école tomba faute d’élèves.

    N’oublions pas non plus les talents poétiques de notre confrère. Plusieurs de ses poésies sont parmi les meilleures de notre répertoire : La mort du P. Viret, le rêve du P. Alphonse Schotter désirant l’arrivée de son frère Aloys, et combien d’autres poésies encore ont souvent charmé nos réunions du Petang.

    En 1904, M. Chaffanjon devint curé de la paroisse Saint-Louis à Kouiyang, avec la charge de deux orphelinats à surveiller et cinq à six cents chrétiens à soigner. Il se fit vite aimer de tous. C’est là que nous fêtâmes ses vingt-cinq ans de prêtrise ; ce fut une de nos plus joyeuses réunions. Bientôt notre confrère se crut inférieur à sa tâche et demanda à en être déchargé.

    A deux grandes étapes de Kouiyang, à Kaitcheou, un district était en formation. Quarante-sept ans auparavant, un Lyonnais devenu le Bienheureux Néel, y avait subi le martyre en compagnie de quatre chrétiens. Notre confrère en fut chargé, y resta sept ans et y bâtit une jolie petite chapelle dédiée à Notre-Dame des Sept-Douleurs, en attendant qu’elle fût consacrée aux Martyrs. Il y trouva à peine 200 baptisés, dispersés aux quatre coins du district. Son zèle et son savoir-faire en eurent vite doublé le nombre. La guerre et la mobilisation vinrent la tirer de là ; en l’absence du titulaire mobilisé, on le charge de reprendre l’enseignement au petit Séminaire. Six mois après, il relève l’école des Catéchistes fermée au début de la guerre.

     

    Mais déjà, une maladie d’estomac contractée depuis longtemps lui cause de longues et douloureuses insomnies et l’empêche de surveiller suffisamment ses jeunes gens qui ont besoin d’une forte discipline. Son école fournit cependant aux districts de la Mission quelques instituteurs. Après quelques années, le missionnaire dut s’avouer vaincu et se retira à la paroisse Saint-Louis de Lantang.

    Pendant un an ou deux, il put encore aider le curé de l’endroit pour l’explication du catéchisme et l’audition des confessions. Sa chapelle bien montée alla peu à peu enrichir les sacristies pauvres ; son argent eût trop facilement suivi la même voie si le procureur n’y avait mis ordre. M. Chaffanjon ne savait rien refuser. Deux passions restent au cœur du malade, celles de la lecture et des fleurs. Son jardin doit être le plus beau de la Mission ; quelle joie pour lui à l’ouverture d’une fleur nouvelle ! tous les visiteurs doivent aller l’admirer.

    Parfois le malade trouve la souffrance bien longue, mais sa vive piété et son abandon à la Providence ont vite ramené le calme. Jusqu’à la fin notre confrère pourra célébrer le saint sacrifice, mais sans heure fixe. Chaque année, en quittant Kouiyang nous allons lui dire adieu, ne comptant guère le revoir sur terre, et chaque année nous le retrouvons un peu plus courbé, un peu plus affaibli.

    A la fin de juin dernier, notre confrère reçut en pleine connaissance les derniers sacrements. En l’absence du curé, Mgr Seguin, M. Guettier et deux prêtres chinois veillèrent les deux dernières nuits et le 6 juillet, à 4 h. ½ du matin, le malade s’endormit dans le Seigneur, pieusement, péniblement et sans agonie. De longues années de souffrances saintement supportées lui auront été d’un grand poids dans la balance divine. De cette belle famille de onze enfants, une sœur reste encore de ce monde, c’était la plus aimée du missionnaire.

     

     

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    • Numéro : 1429
    • Pays : Chine
    • Année : None