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Félix Marie CHABANEL (1880-1940)

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    M. CHABANEL (Félix-Marie) né le 8 août 1880 à Polignac, diocèse du Puy (Haute-Loire). Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 12 septembre 1900. Prêtre le 29 juin 1905. Parti pour le Laos le 16 août 1905. Mort à Thakhek le 6 janvier 1940.

    M. Chabanel Félix-Marie naquit en 1880 d’une vieille famille d’agriculteurs à Communac, commune de Polignac, en Haute-Loire. Il était le septième enfant ; deux autres devaient suivre. De ces neuf enfants, cinq moururent en bas âge, deux devinrent prêtres : Félix et son plus jeune frère Joseph, curé de Saint-Jean Lachalm (Haute-Loire) ; une fille fut institutrice libre et l’autre resta dans le monde.

     

    Jusqu’à l’âge de 12 ans, Félix fut le plus heureux des enfants, faisant ce qu’il voulait. A 5 ans il raisonnait déjà comme un autre à 10 et était très pieux. Un jour que sa sœur gardait les vaches, il vint à elle et lui dit : « veux-tu que je dise le chapelet avec toi ? » Et il le récitait avec beaucoup de ferveur.

     

    Il fit ses études primaires à Polignac chez les Frères qui n’eurent qu’à se louer de son obéissance ponctuelle et de son travail assidu ; il n’eut jamais à encourir de reproches de la part de ses maîtres. Jamais, nous écrit sa sœur Laurence, je ne l’ai vu en colère, on pouvait lui dire tout ce qu’on voulait, il restait calme. Elle avait essayé un jour, sans réussir, de le pousser à bout : elle lui reprochait des choses qui n’étaient pas vraies. Il répondit simplement : « On a bien des défauts que l’on ne connaît pas, c’est peut-être vrai ! » En revanche, il était distrait. C’est souvent qu’il devait répondre : « Oh ! j’ai oublié ! » Le mensonge, la dissimulation et la duplicité l’impressionnaient défavorablement et il ne se gênait pas pour le dire.

     

    A 12 ans, il manifesta le désir d’être prêtre ; c’est alors qu’il fut envoyé chez un oncle, curé dans le diocèse de Bourges. Il y commença l’étude du latin en compagnie de son cousin germain, Jean Chabanel, actuellement missionnaire à Moukden. Il entra en cinquième à La Chartreuse, près du Puy, où son caractère droit et franc lui attira de solides amitiés. La rhétorique terminée, il prit place au milieu des aspirants des Missions-Étrangères malgré les supplications de ses parents qui auraient voulu le retenir dans le diocèse.

     

    Nous y arrivions ensemble, dit le chroniqueur. Sérieux, pieux, studieux, fidèle observateur du règlement, il le fut tout le temps qu’il passa au Séminaire. Ordonné prêtre en juin 1905 par Mgr Bottero, évêque de Kumbakonam, il reçut sa destination pour la Mission du Laos et au mois d’août suivant nous nous embarquions sur le Calédonien. A Saïgon, nous rencontrions M. Delalex qui remontait au Laos. Après onze jours de navigation mouvementée nous arrivions enfin à l’évêché, où nous attendait Mgr Cuaz, qui se fit quelques jours plus tard notre professeur de langue siamoise et laotienne. Je n’ai jamais oublié la patience inaltérable de notre vénéré maître. Mais ce que j’admirais le plus, c’était les encouragements prodigués après chaque leçon, alors que nous nous rendions compte du peu de progrès obtenu.

     

    Quand M. Chabanel connut suffisamment, la langue pour être à même de se rendre utile, son Supérieur l’envoya à Kham-Kom, village chrétien situé à quelques kilomètres de l’évêché pour aider M. Fresnel et s’occuper plus spécialement de deux annexes, jusqu’alors un peu délaissées. M. Chabanel a déployé dans ce poste beaucoup de zèle et lait preuve d’une patience admirable, car au milieu de ces peuplades, l’européen est soumis à de rudes épreuves.

     

    Son séjour à Kham-Kom ne dura pas longtemps, il alla prêter son concours à M. Barriol, son compatriote. C’est à Don-Dôn qu’il devait exercer son zèle. Ce poste, situé dans une île au milieu du Mékong, un peu en amont de l’évêché, est composé d’anciens chrétiens, les premiers de la Mission du Laos, foyer de vocations sacerdotales ; un de ses élèves devenu prêtre tient une place très honorable dans le district du Laos siamois. Là, M. Chabanel menait une existence semblable à celle des indigènes qu’il aimait. Ils étaient pauvres et éprouvaient de grandes difficultés pour vivre. M. Chabanel s’ingénia à procurer à ses chrétiens des terrains, pris sur la forêt vierge, où ceux-ci pourraient cultiver des rizières et être ainsi plus à l’aise. Il fallait refaire l’église et le presbytère tombés en ruines. Il se mit à l’œuvre avec son calme et sa ténacité coutumière, fabriquant lui-même les briques, rabotant les planches, etc. Avec l’aide de chrétiens non spécialisés pour ce genre de travail, il construisit une jolie église et un confortable presbytère. Une telle activité extérieure ne l’empêchait nullement de pourvoir au besoin spirituel de ses ouailles et lui-même était très régulier pour ses exercices de piété.

     

    Après avoir si bien travaillé dans ce poste, il aurait été heureux d’y demeurer longtemps, mais le missionnaire est comme l’oiseau sur la branche, aujourd’hui il est ici, demain il ira ailleurs selon les besoins du Vicariat. Mgr Gouin cherchant quelqu’un pour aller occuper le poste déshérité de Huei-Lehmeu, porta son choix sur M. Chabanel ; celui-ci accepta avec résignation et grand esprit de foi ce nouveau déplacement. Là comme partout où il est passé, il se dépensa sans compter. Tant de travail et de nombreuses privations devaient avoir raison de la plus forte constitution ; aussi notre confrère très anémié avait-il besoin de repos. Après la guerre 1914-1918, Mgr Gouin lui proposa un voyage en France pour refaire sa santé, mais M. Chabanel déclina la proposition. Plus tard, alors que son cousin Jean Chabanel, missionnaire de Moukden, se trouvait en congé en France, on lui suggéra de nouveau un retour au pays natal ; il refusa nettement ; il voulait mourir à son poste sans avoir revu Polignac.

     

    En janvier 1940, M. Chabanel dut prendre froid en venant à la retraite annuelle. A son arrivée à l’évêché, on s’aperçut qu’il était très fatigué. Il fut conduit à l’hôpital de Thakhek où le médecin diagnostiqua une pneumonie double. Les Sœurs de la Charité l’entourèrent de tous leurs soins, mais l’anémie trop profonde faisait perdre tout espoir de guérison. Les missionnaires réunis pour la retraite, Mgr le Délégué Apostolique, de passage à Thakhek et Mgr Gouin se relayaient à son chevet. Deux jours après son hospitalisation, le malade s’éteignit doucement, sans souffrance, après avoir reçu les derniers sacrements.

     

    Tous ses confrères et les Français de l’endroit accompagnèrent M. Chabanel au cimetière de Thakhek où il repose en attendant la résurrection. Il laisse à tous les prêtres de la Mission un exemple de fidélité à la vocation missionnaire, de dévouement obscur, de mortification continuelle et de travail acharné. Daigne le divin Maître accorder à son bon et fidèle serviteur la récompense d’une vie si bien remplie.

     

     

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    • Numéro : 2852
    • Pays : Laos
    • Année : None