Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Jean-Baptiste Maximilien CHABALIER (1887-1955)

Add this

    Sa famille, assez peu favorisée des biens de ce monde, vivait de la culture dans un pays montagneux qui demandait beaucoup de travail sans procurer l’abondance. Ç’est là qu’il prit l’habitude de se contenter de peu et de se trouver bien partout où il était. Il fit de bonnes études au petit séminaire et il aimait à raconter qu’il ne fut pas toujours un modèle de discipline.

     

    Il commença l’étude de la langue à Battambang, passa quelque temps à Ta Om et après la déclaration de guerre en 1914, il remplaça à Baigia, à la tête de la chrétienté cambodgienne, le P. Dalle qui avait été nommé à Rachgia.

     

    Comme il avait été réformé nº2 pendant son service militaire, un conseil de révision le maintint dans le service auxiliaire et ainsi il resta au Cambodge durant le conflit.

     

    Son zèle se dépensa sans compter dans cette chrétienté cambodgienne isolée en Cochinchine. Il employait son temps libre à visiter les postes dispersés dans les îles du delta du Mékong. Pendant un de ces voyages, sa barque fut désemparée par un brusque ouragan, la voile et le gouvernail furent emportés et il ne restait que les rames pour résister au vent qui entraînait l’embarcation vers la haute mer. Pendant trois jours, ils furent en perdition et tout le inonde croyait les voyageurs naufragés, mais la Providence permit que le vent changeât de direction et peu à peu la barque put atteindre la berge. Le Père se rendit aussitôt à Soctrang et arriva au moment où on se préparait à célébrer une messe pour lui et ses chrétiens.

     

    ——————

    1. CHABALIER Jean-Baptiste-Maximilien, né le 27 septembre 1887 à Cheylard-l’Evêque, au diocèse de Mende. Etudes primaires au pays natal, secondaires à Langogne. Entré laïque aux M.-E. le 13 septembre 1907, sous-diacre le 21 décembre 1912, diacre le 8 mars et prêtre le 28 juin 1913. Parti pour le Cambodge le 10 décembre 1913. Occupe divers postes, puis est nommé professeur au grand séminaire en janvier 1921, devient supérieur en septembre 1929. Evêque titulaire de Pharan et vicaire apostolique le 2 décembre 1937, sacré le 24 février 1938. Officier de la Légion d’Honneur, Grand Officier de l’Ordre Royal du Cambodge. Décédé à Phnom Penh le 11 juin 1955.

     

     

    En 1916, le P. Brun, missionnaire à Soctrang tomba malade et fut obligé de rentrer en France. Le P. Chabalier fit l’intérim, tout en restant chargé de Rachgia.

     

    En 1921 il fut nommé professeur au grand séminaire de Phnompenh, dont il devint le supérieur en septembre 1929. Il en construisit la chapelle. Monseigneur Hergott mourut au mots de mars 1936 ; le siège resta vacant jusqu’à la nomination de Monseigneur Chabalier le 2 décembre 1937. Il fut sacré le 24 février 1938, dans l’église de Russoykio.

     

    Son épiscopat s’annonçait sous les meilleurs auspices. Le nouvel évêque jouissait d’une bonne santé et d’une grande puissance de travail. Il voulut connaître en détail toutes les paroisses. La prospérité était revenue après la crise et partout les œuvres se développaient.

     

    En 1945, la guerre avec la Thailande sépara temporairement de la mission les provinces de Battambang. Pendant plusieurs années les Siamois voulurent imposer leurs langue et coutumes mais ne gênèrent pas la liberté du culte. Finalement les deux provinces furent rétrocédées : mais les rebelles eurent le temps d’incendier la chrétienté de Khsach Tuy et un grand nombre de chrétiens furent massacrés.

     

    Au mois de mars 1945, coup de force japonais. Monseigneur, réveillé au milieu de la nuit, voit sa chambre envahie par les soldats et est gardé à vue jusqu’au matin. Sous prétexte d’assurer la sécurité des Européens, les Japonais les concentrent dans un quartier de la ville, dont ils ne peuvent sortir. Le séjour dans ce camp ne fut pas trop pénible : le ravitaillement était difficile parfois mais demeura toujours suffisant. L’évêché, réquisitionné, reçut plus d’une centaine de réfugiés : le moindre coin était utilisé. Monseigneur Chabalier fut placé à la tête d’un comité d’entr’aide et par son influence rendit des services appréciés de tous. Ce régime dura jusqu’au mois d’août, date de la capitulation japonaise. Les missionnaires gardèrent de l’occupation japonaise le souvenir d’une “gifle magistralement donnée et évangéliquement reçue”. Le petit séminaire avait dû être licencié en 1945, le 9 mars. Du seul fait de la guerre, il n’y avait pas eu tellement de dégât matériel, à part les séminaires occupés ainsi que deux écoles et la chapelle. Les œuvres purent même continuer jusqu’à la poussée nationaliste de 1945. Par comparaison avec les missions d’Indochine, le Cambodge s’était trouvé quelque peu épargné. Les prêtres indigènes et les vieux chrétiens avaient témoigné d’un excellent esprit.

     

    Mais le 20 novembre 1945, tous les établissements catholiques de Culaogieng furent incendiés par les vietminh, le séminaire et le couvent principal des Sœurs de Portieux devaient être anéantis : Sœurs annamites expulsées, Sœurs françaises prisonnières, orphelines annamites disparues. L’action dévastatrice des communistes du Sud-Vietnam devait continuer avec plus ou moins d’acuité les années suivantes. Plusieurs dizaines d’églises, de presbytères, de couvents et d’écoles furent incendiés ou détruits, les communications interrompues. Les centres régionaux étant moins troublés, beaucoup de chrétiens vinrent s’y réfugier. Autant que cela fut possible, Monseigneur Chabalier s’y rendit par intervalles espacés et irréguliers, pour communiquer avec les chrétientés situées en zone communiste. Il avait la consolation d’apprendre que malgré tous les obstacles et toutes les misères, les chrétiens tenaient bon et arrivaient à remplir l’essentiel de leurs devoirs religieux.

     

    Le clergé du vicariat était resté en dehors de tout mouvement politique, mais plusieurs prêtres annamites n’en furent pas moins arrêtés à leur tour par les révolutionnaires vietminh, d’autant plus que plusieurs d’entre eux s’étaient vus condamnés à mort par leurs tribunaux.

     

    Au Cambodge même, la situation était sensiblement meilleure qu’en Cochinchine ; cependant, en 1949, à peu de distance de Phnompenh, plusieurs chrétientés furent détruites. Après quelques mois, avec l’appui énergique des autorités françaises et cambodgiennes, les chrétiens purent regagner leurs paroisses et relever les ruines.

     

    Monseigneur Chabalier n’avait jamais abandonné son idée de doter Phnompenh d’une, véritable cathédrale. Il devait y consacrer ses dernières années ; le 26 octobre 1952 eut lieu la bénédiction de la première pierre et aussitôt les travaux commencèrent et furent continués avec une grande activité. Lorsqu’il était à Phnompenh, Monseigneur ne manquait pas un seul jour d’aller se rendre compte de l’avancement des travaux. Il sollicita le concours de tous, Européens et Asiatiques, catholiques et non catholiques qui tous se montrèrent généreux dans leurs offrandes. Deux fois il obtint de lancer une tombola qui apporta aussi une aide efficace.

     

    Il espérait avoir le bonheur de procéder à la bénédiction, mais la Providence en avait décidé autrement. Malgré une énergie surhumaine puisée dans une foi profonde, il dut céder devant la maladie. Il avait déjà fait un voyage en France, mais on n’avait pas jugé bon de pratiquer une opération. A son retour les forces étaient revenues un peu et il avait bon espoir. Très fatigué par les cérémonies de la Semaine Sainte et une tournée de confirmation, il décida de descendre à Saigon, mais là encore on jugea impossible d’enrayer le mal.

     

    Alors seulement il consentit à admettre qu’il était irrémédiablement atteint. Il demanda à recevoir l’Extrême-Onction ; tous les missionnaires et les prêtres présents à Phnompenh assistèrent à la cérémonie. Il eut encore la force de faire ses adieux, de donner ses ultimes recommandations et sa dernière bénédiction.

     

    Il rendit son âme à Dieu le 11 juin 1955. Une salle de l’évêché fut transformée en chapelle ardente et pendant quatre jours les fidèles vinrent prier pour lui nuit et jour.

     

    Les obsèques eurent lieu le 16 juin : elles furent grandioses. Toutes les autorités, cambodgiennes, françaises et étrangères, cinq évêques, une foule de prêtres, de religieux, de religieuses et de catholiques de Phnompenh et des environs y assistèrent.

     

    Monseigneur Chabalier nous laisse de grands exemples. Toute sa vie fut remplie de l’esprit apostolique : piété, zèle, dévouement, pauvreté et oubli de soi-même !

     

    Qu’il obtienne de Dieu que la mission du Cambodge continue de prospérer et de se développer, comme il l’avait tant désiré.

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 3164
    • Pays : Cambodge
    • Année : None