Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Jean CHABAGNO (1881-1975)

Add this
    • Né le 10 décembre 1881 aux Aldudes, diocèse de Bayonne.
    • Entré aux Missions Etrangères le 16 octobre 1903.
    • Prêtre le 22 septembre 1906.
    • En mission au Japon de 1906 à 1914.
    • Mobilisé 1914-1919.
    • En France : Directeur au séminaire 1919-1933.
    • Secrétaire général : 1933-1960.
    • Retiré aux Aldudes en 1961.
    • Retiré à Montbeton en 1969.
    • Décédé le 11 avril 1975 à Montbeton.

     

     

    Enfance et jeunesse

     

    Le Père Jean CHABAGNO, doyen d’âge de la Société des Missions Etrangères de Paris, s’est éteint doucement, dans sa 94e année, à la Maison St-Raphaël de Montbeton, près de Montauban.

     

    Né aux Aldudes (diocèse de Bayonne), le 10 décembre 1881, à la maison Chotrœnea, il fut baptisé le même jour. Il était le second d’une famille de 6 enfants, 3 garçons et 3 filles. Il racontait que son père, homme énergique et autoritaire, qui, comme beaucoup de Basques, avait fait un long séjour en Amérique du Sud avant de se marier, avait rêvé de le voir médecin, estimant sans doute qu’il était l’intellectuel de la famille. De son frère Michel, il pensait faire un militaire, tandis que Ferdinand, le dernier des garçons, serait destiné à la ferme familiale. Or, Ferdinand devint médecin, Michel industriel et Jean missionnaire !

     

    C’est dans la maison elle-même de Chotrœnea que le futur missionnaire commença ses études primaires, dans une salle qui était affectée à l’enseignement des enfants du quartier. Au début de 1891, il fut placé en pension chez M. Esprabens, instituteur communal à St-Jean-Pied-de-Port. C’est là qu’il passa son certificat d’études. De ce séjour chez M. Esprabens, date, comme il le racontait lui-même, l’origine de sa vocation missionnaire.

     

    En octobre 1893, il entrait au petit séminaire de Larressore. En 1898, approuvé par le Chanoine Abbadie, supérieur du séminaire, il pensa se faire missionnaire. La lecture du livre du P. Dourisboure « Les sauvages Bahnars » l’avait incliné dans cette direction. Son père, tout en acceptant sa vocation sacerdotale, désirait le voir plutôt prêtre dans le diocèse de Bayonne. Aussi, pour ne pas brusquer les choses, le jeune séminariste résolut de commencer ses études de philosophie au grand séminaire de Bayonne. En 1901, il y terminait sa 2e année, lorsqu’il faillit être emporté par le choléra. Quelques mois après, il commençait son service militaire. Quand il revint de l’armée, il reparla à son père de son désir de se faire missionnaire.

     

     

    Aux Missions Etrangères - En mission au Japon

     

    Cette fois, le père accepta, et c’est ainsi qu’il entra aux Missions Etrangères le 16 octobre 1903. Ordonné prêtre le 22 septembre 1906, il reçut sa destination pour la Mission de Tôkyô, au Japon. Son séjour en Extrême-Orient ne devait pas être bien long puisque, dès 1914, il revenait en France pour y être mobilisé.

     

     

    Guerre - Fonctions en France

     

    Il fit toute la guerre de 1914-1918 en qualité d’infirmier, à l’arrière d’abord, à Lourdes, puis au front en Macédoine et en France. Démobilisé en février 1919, il ne repartit pas pour l’Asie, car le 30 juin de cette même année, il était nommé professeur de dogme au Séminaire de la rue du Bac. Sa carrière professorale devait se poursuivre jusqu’en février 1933, date à laquelle il devenait représentant des missions du Japon au Conseil central de la Société et « Secrétaire du Conseil ». De 1950 à 1960, il fut Secrétaire général.

     

    En retraite

     

    Quelque temps après l’Assemblée générale de 1960 (il avait alors près de 80 ans), il quitta définitivement Paris pour se retirer dans sa maison familiale de Chotrœnea. Il devait y mener la vie de « gentleman-farmer », s’occupant de la maison, de la ferme, des bêtes, tout en recevant de nombreuses visites. Voyant ses forces décliner, il demanda, en 1969, à être admis à la Maison de Société de Montbeton, près de Montauban. C’est là qu’il devait passer les cinq dernières années de sa vie, dans l’attente paisible du grand départ.

     

     

    L’Homme - Le prêtre

     

    Le Père Chabagno fut une figure marquante de la Société des M.E. Ce Basque bien racé, taillé dans le roc, tant au moral qu’au physique, fut avant tout un missionnaire. Tout au long de quarante années de travail surtout administratif au centre de la Société à Paris, il garda un souffle apostolique qu’il communiquait naturellement à tous ceux qui l’approchaient. Certes, il n’était plus en territoire de Mission ; mais qu’importe ? Il se sentait tout autant missionnaire par une fidélité sans faille à toutes les tâches qui lui étaient confiées à Paris au service de la Société et de ses membres. C’est ainsi que, de par ses fonctions, il fut le collaborateur le plus proche de trois Supérieurs généraux successifs : Mgr de Guébriant, le P. Robert et Mgr Lemaire. Doué d’un solide bon sens, il acquit peu à peu une large expérience des affaires de la Société et en particulier de la législation canonique qui la concerne. C’est pourquoi ses supérieurs tout comme ses confrères avaient volontiers recours à ses avis, qu’il exprimait dans un langage direct et souvent pittoresque. On trouverait d’ailleurs maints exemples savoureux de l’originalité de son style dans les « Echos de la rue du Bac », qu’il rédigea pendant près de 20 ans, ou les anecdotes racontées par ses anciens élèves.

     

    Le Père Chabagno était un esprit très ouvert, curieux de tout et très alerte. Les domaines auxquels il s’intéressa sont nombreux et variés. Naturellement, durant ses années de professorat, l’enseignement de la théologie lui demandait un travail assidu. Ses élèves ont gardé le souvenir de l’aspect assez « rationnel » de ses cours. Tout ce qui relève en effet de l’essentiel du « donné révélé » lui semblait tellement aller de soi – tant sa foi personnelle était simple et robuste – qu’il était naturellement amené à privilégier les « questions controversées ». Les séminaristes, non sans un brin de malice, y trouvaient facilement matière à des questions insidieuses. Dans le désir de répondre immédiatement aux objections soulevées, le P. Chabagno s’animait, provoquant dans la classe des « mouvements divers » qui, au fond, n’étaient pas pour lui déplaire.

     

    Il s’intéressa aux sciences, à l’astronomie en particulier. Les soirs d’été, pendant ses vacances dans sa maison natale, il aimait enseigner à ses neveux et nièces les noms des étoiles et constellations. Il se passionnait aussi pour la cartographie, la photographie. Très adroit de ses mains, il aimait bricoler.

     

    Mais comment ne pas signaler son attachement tout particulier à la culture, l’histoire et la langue basques ? Il était correspondant de l’Académie basque de Bilbao. Il faut noter toutefois qu’il n’eut jamais de sympathie pour les mouvements politiques basques. Il fut un fervent du jeu de pelote, où il excellait. Il était de ceux qui n’aiment pas perdre. Gare aux séminaristes qui avaient gagné contre lui ! Ils savaient qu’ils s’exposaient ainsi à se faire interroger à la classe de dogme suivante...

     

    Sa présence à Paris le mit nécessairement en relations suivies avec les Basques de la capitale. Aux divers mouvements qui les groupaient, il fut toujours prêt à proposer conseils et suggestions, s’évertuant à arrondir les angles, sans pour autant les supprimer. En faveur des Basques qui « montaient » à Paris en quête de travail, il exerça toujours une action charitable, grâce à ses nombreuses relations dans les milieux basques de Paris. C’est sur son initiative que fut instituée, à la Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, la Messe de la Toussaint, où se pressent encore chaque année de nombreux Basques, heureux de venir y prier et chanter ensemble.

     

    Ce fut lui aussi qui inaugura les cours de langue basque à Paris. A ce sujet, M. de Menditte écrit dans « Elgar », le journal des Basques de Paris, numéro de juin 1975 : « Ce furent au début des petits groupes qui se réunissaient chez l’un ou chez l’autre, le plus souvent rue du Dragon ou rue du Rocher, dans une pièce obligeamment prêtée par Paul Légarralde. Ceux qui ont suivi les cours du P. Chabagno à cette époque se souviennent des joutes oratoires qui l’opposèrent souvent au philosophe Georges Lacombe, à propos de la signification de tel ou tel mot. Chacun d’eux, entêté comme un Basque, n’acceptait de céder que lorsque l’évidence des arguments adverses ne pouvait plus vraiment être contestée. »

     

    Cet attachement à la culture et au peuple basques s’enracinait dans un amour passionné de sa ferme natale. Il aurait voulu y mourir ; mais une fois retiré à Montbeton, il savait que c’est là qu’il serait enterré. Un jour, il écrivit à son neveu, en s’excusant presque de l’idée qu’il présentait : il voulait qu’on lui apportât un peu de terre de sa ferme natale de Chotrœnea, afin qu’elle fut mélangée à celle de sa tombe. Il fut facile de lui donner satisfaction. C’est ainsi que le jour de son enterrement, ce petit paquet de terre de Chotrœnea fut pieusement jeté au fond de sa tombe.

     

    Le P. Chabagno fut certes un homme de son temps, qui n’est déjà plus le nôtre ; mais ce temps, il le vécut avec un intérêt intense et soutenu. Il laisse donc le souvenir d’un esprit bien vivant, passionné, jusqu’à la fin de sa longue existence, pour tout ce qui touche à l’Eglise et au Pays basque. Il lui arrivait de parler de sa vieille maman, de la foi qu’elle lui avait transmise et à laquelle il désirait toujours rester fidèle. Il nous semble qu’il y a bien réussi. Le terroir, la foi : qui se hasarderait à en démêler les fils dans la trame de la riche et sympathique personnalité du Père Jean Chabagno ?

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 2899
    • Pays : Japon France
    • Année : None