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Charles Auguste CESSELIN (1882-1965)

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    Charles, Auguste Cesselin est né le 16 mars 1882 à Mont-devant-Sassey, paroisse du diocèse de Verdun, dans un foyer de petits agriculteurs, déjà riche de deux garçons. Il en sera le dernier enfant car, en décembre 1883, son père périra noyé. Son frère aîné, Gustave, sera plus tard missionnaire au Japon ; le second restera au village comme artisan forgeron. Charles veut bientôt suivre les traces de son aîné ; il entre au petit séminaire de Verdun ; ses études secondaires terminées, il passe au grand séminaire du diocèse, où il reste quelques années. En 1903, plein d’une apostolique ardeur, il demande son admission aux Missions Etrangères de Paris et arrive à la rue du Bac le 20 avril. Il y reçoit les premiers ordres mineurs le 23 septembre 1905. Un an plus tard, pressé par les lois laïques de 1906 qui veulent appeler sous les drapeaux tous les jeunes ecclésiastiques, il part le 6 décembre, avec plusieurs aspirants, pour Penang. Il y termine sa dernière année de théologie et est ordonné prêtre le 7 juillet 1907. Trois jours plus tard il s’embarque pour le Japon : il vient de recevoir son affectation à la mission de Hakodaté.

    Cette mission, fondée en 1891, est encore en 1907 « une immensité, commençant dans les environs de Tokyo pour se terminer à l’extrême nord, pas très loin de la péninsule du Kamtchatka. Il y a là une quinzaine de missionnaires éparpillés sur une longueur de 1500 kilomètres ; ils n’ont donc pas la possibilité de se voir souvent ». C’est dans la partie nord de Hondo, à Sendai, que nous retrouvons le jeune P. Charles Cesselin ; il y étudie la langue de 1907 à 1910. En 1908, il interrompt momentanément son travail linguistique pour faire, avec deux autres confrères, un voyage de prospection dans l’île Sakhaline, dont une partie appartient encore au Japon ; il y retournera plusieurs fois, pendant l’été, pour deux mois, afin de faire bénéficier de son ministère les catholiques japonais et polonais qui s’y trouvent.

    En 1910, il tombe malade : il est alors envoyé à Tsunogoro, où se trouvent le petit séminaire et un orphelinat. Il y reste jusqu’en 1912. A cette date, il est nommé à Kesennuma, ville active et commerçante du versant est de Hondo, au fond dune petite rade « délicatement découpée dans un encadrement de collines toutes boisées ». C’est par contre le poste le plus difficile d’accès par mauvais temps ; il faut alors avoir de bonnes jambes et ne pas craindre de patauger dans la boue. Il y trouve un noyau de très bons chrétiens, y établit la mission, construit église et résidence sur un nouveau terrain, l’ancien, situé dans une place idéale, se trouvant fort mal entouré. Il se montre envers ses paroissiens d’un dévouement « qu’il est impossible de surpasser et même d’égaler ». Sa piété, son zèle pour l’administration de son district font l’admiration de tous ; à combien de marches forcées et de privations de tous genres n’accepte-t-il pas de se laisser condamner ? Plus d’une fois sa santé en subit les contrecoups.

    Il reste affecté à ce poste de 1912 à 1922 ; mais son séjour dans cette place est interrompu par la guerre. De 1916 à 1919, il est mobilisé sur le front européen, alors que son frère Gustave occupe un poste « aussi important que secret » au ministère français des Affaires étrangères. En 1920 il rejoint Kesennuma et reprend ses activités pastorales avec toujours la même ardeur apostolique. En 1922 dans le bulletin des Missions Etrangères, il donne, en termes militaires, ses impressions de mobilisé au retour du front, sur la situation religieuse au Japon ; il y exprime sa confiance dans l’avenir du catholicisme malgré les efforts de l’opposition shintoïste

    En 1923, le P. Cesselin part pour Hongkong ; il est nommé directeur à la maison de Nazareth. Son premier ouvrage est, en 1924, une longue notice sur le P. Augustin Kô, originaire du Setchoan, qui a été pendant longtemps le compagnon de voyage de Mgr Forcade durant ses pérégrinations au Japon, en Corée et à Manille. Mais sa rédaction achevée, le P. Cesselin est obligé de repartir pour le Japon ; il n’a pu s’adapter au climat de Hongkong et il est tombé malade. Il est alors nommé titulaire de la chrétienté établie sur le terrain des Trappistes de Tobetsu, à 30 kilomètres de Hakodaté. Il y reste presque deux ans, heureux comme un roi, s occupant des chrétiens et des quelques novices trappistes auxquels il enseigne le latin, la philosophie et la théologie. Mais il est écrit qu’il ne doit pas rester au Japon ; en 1926, il est rappelé en France pour remplir les fonctions de professeur de morale fondamentale au séminaire de Bièvres.

    L’impression qu’il laisse à son départ est « celle d’un missionnaire très humble, effacé, peu causeur, d’une vie intérieure intense, tout à son devoir, et assez porté à exagérer dans la pratique extérieure de toutes ces vertus. Missionnaires et chrétiens, tout le monde l’aime et l’admire, non pour son éloquence, qualité qu’il n’a jamais eue, mais pour le sérieux de son comportement et la conviction avec laquelle il a vécu sa foi ».

    Il s’embarque le 20 mai sur le Kaga Maru à destination de Seattle, aux Etats-Unis d’Amérique. Son itinéraire le conduit de là à Chicago où, du 20 au 24 juin, il assiste au congrès eucharistique international. Il passe ensuite par le Canada et arrive enfin en France le 8 août. Il lui reste alors plus d’un mois avant de commencer ses cours et il en profite pour aller faire une cure à Vichy. Au début de septembre, il s’installe à Bièvres et se prépare à sa nouvelle mission.

    Sous le supériorat du P. Parmentier, puis du P. Montagu, son enseignement est sans histoire. Ce dont on se souvient encore c’est sa façon de faire réciter à la lettre le texte du manuel. De prime abord on est déconcerté par l’étrangeté de son élocution émaillée de locutions toutes faites qu’il répète à satiété ; mais au bout de quelques jours l’oreille et l’esprit des aspirants s’y habituent. Il ne sort du séminaire que le mercredi pour la promenade à Meudon, et le dimanche pour le service paroissial de Massy-Palaiseau. Le séminaire garde de lui le souvenir d’un homme intérieur, pieux et foncièrement humble. Un jour, son sermon de retraite a provoqué le fou rire chez tous les aspirants, le Père les prie de l’excuser pour sa difficulté de parole, mais leur fait comprendre qu’il doit continuer, parce que tel est son devoir.

    En 1939, il obtient son changement et vient à Paris comme collaborateur de l’administration centrale. Il n’aura jamais le titre d’archiviste, mais le P. Sy lui demande de travailler aux archives, ce qu il fera jusqu’en 1957. Il se livre à des recherches sur Mgr de Guébriant, et il laisse des notes à ce sujet qui seront, semble-t-il, utilisées par le P. Flachère dans la grande biographie écrite par ce dernier, dont un seul tome sera publié. Dans les « Echos missionnaires » il écrit en 1944 un article sur les missionnaires et les études scientifiques au Japon et en Chine, et en 1946 une monographie sur les Lolos. En 1947, il publie dans le bulletin des malades-missionnaires un article sur la femme japonaise. En 1951 il fait paraître dans le bulletin des Missions Etrangères un texte sur « la Société des Missions Etrangères et le culte de la très sainte Vierge au centre de la Société et dans les lieux à elle confiés », texte qu’il remaniera pour la publication, en 1956, d’un chapitre intitulé « La Société des Missions Etrangères et le culte de la très sainte Vierge » paru dans l’encyclopédie « Maria », ensemble d’études sur la sainte Vierge dirigées par le P. Hubert du Manoir (tome IV, pp. 1015-1037). En 1952, dans les « Missions Catholiques », il expose ses réflexions sur le problème missionnaire au Japon, où il exprime ses espoirs de conversion, et surtout demande de prier pour hâter l’heure du retour à la foi de la Russie ; c’est là, dit-il, le devoir le plus urgent pour un catholique. Mais il est spécialement chargé de préparer le Mémorial qui doit faire suite à celui de Launay, qui s’arrête à 1911. Il prépare donc une fiche pour chacun des confrères qui n’a pas encore sa notice dans Launay. Pour cela, il dépouille toutes les revues publiées par la Société, les « Missions Catholiques », les annales de la Propagation de la Foi et les annales de la Sainte-Enfance. Il relève ainsi toutes les références concernant chaque confrère, vivant ou mort, mais trébuche parfois sur des homonymies. Chaque fois que l’on annonce un décès, à l’aide de ces notes, il rédige une notice se terminant par des références. Malheureusement ce travail est à reprendre, car le style n’est pas assez poli et la rédaction est souvent hâtive ; mais il constitue une excellente base. Le P. Cesselin a ainsi rédigé des centaines de notices, jusqu’à son départ pour Montbeton en 1957.

    Outre ce travail officiel, il exerce une assez grande activité religieuse. Pendant les vacances, il rend service ici ou là pour des remplacements provisoires. Chaque matin, il accepte d’aller dire la messe en ville, d’abord chez les Clarisses puis à la clinique de la rue Viollet. Il exerce surtout son ministère à l’église Sainte-Odile ou son confessionnal est très fréquenté.

    Le P. Cesselin n’est pas un homme de société ; il se mêle peu aux conversations ; il est surtout un homme de profonde vie intérieure, qui ne s’extériorise que dans de longues séances d’adoration devant le Saint-Sacrement. En sortant de table le soir, il fait une visite à la chapelle, puis se retire dans sa chambre en chantant à haute voix le Salve Regina et diverses prières à la Vierge. Il a une grande dévotion pour Notre-Dame de Fatima et sa grande préoccupation est la conversion de la Russie. A la rue Viollet, les sœurs sont impressionnées par l’accent de conviction qu’il met dans la récitation de la prière à Saint-Michel, au pied de l’autel, à la fin de la messe. Dans son testament spirituel, adressé aux Carmélites de Lisieux, il déclare : « Je ne cesse de prier sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, comme une sœur, pour la conversion de la Russie, un peu ma seconde patrie, pour qu’elle redevienne le royaume de Marie qu’elle fut au XIIe siècle, qu’elle aide le monde entier à se libérer du communisme et à devenir e royaume de Jésus par l’heureuse intercession permanente de notre bonne Mère et aussi de sainte Thérèse, patronne de la chère Russie ». Il a appris le russe et se tient prêt pour l’instant où l’on appellera des missionnaires pour aller dans la grande nation slave.

     

    Il passe bien humblement sa vie sans se faire remarquer ; mais cela ne l’empêche pas d’être plein d’attentions pour les autres, toujours prêt à leur rendre service, dans toute la mesure de sa modestie. Durant les restrictions de la guerre, il a toujours un fruit en trop pour un aspirant. Cette modestie ne connaît qu’une exception si bizarre que cela puisse paraître : il veut être à son rang dans les cérémonies, et à table il souffre difficilement que quelqu’un lui enlève Sa place de préséance. Au réfectoire, il ne se verse jamais de vin, mais il s’en laisse verser auquel il ajoute, par principe, un peu d’eau, ne serait-ce que quelques gouttes. Il se fait cependant remarquer par son esprit d’extrême pauvreté, ne se souciant guère d’avoir parfois les chaussettes trouées à force d’usage, économisant les moindres bouts de papier pour écrire ses notes d’archives, faisant à pied le chemin de Sainte-Odile au séminaire pour ne pas dépenser d’argent. Les bénéficiaires de ses économies ne sont pas toujours des gens dignes de pitié. Mais il a toujours à la mémoire cette phrase de Lénine : il eût fallu dix François d’Assise pour convertir la Russie.

    Après plusieurs crises cardiaques survenues en 1957, le P. Cesselin se résigne à abandonner le ministère actif ; il se retire à Montbeton le 7 septembre. Il est encore alerte, mais est sujet à des crises nerveuses. Il s’occupe de la bibliothèque du sanatorium. « On le rencontre infailliblement au détour d’un couloir, affable et pressé : « C’est ici la maison de la bonne souffrance et de la bonne prière » répète-t-il en prenant bien garde de vous laisser soupçonner le poids de ses propres infirmités. Déjà il s’est éclipsé pour surgir ailleurs au chevet d’un lit : « Attention, l’heure est grave, le Bon Dieu compte sur vous » ; le temps de poser une pomme sur la table de nuit et il a disparu comme un ange dans un rayon de soleil »… il a toujours une haute conscience de son rôle d’infirmier et de malade missionnaire. Pour lui Montbeton est la « procure spirituelle » de la Société, et il vit profondément de cet idéal. En mai 1963, son état s’aggrave ; il souffre de douleurs intestinales qui nécessitent son hospitalisation à Montauban ; il sort de la clinique en juin, mais il n’est pas guéri : les médecins ont diagnostiqué un cancer des intestins. Dès lors il ne quitte plus sa chambre de Montbeton. Il ne cesse alors de remercier tous ceux qui s’occupent de lui. En novembre une forte crise est sur le point de l’emporter ; il la surmonte ; mais il n’échappe pas à la suivante, le 13 janvier 1965. Le matin même de sa mort, dans un moment de répit que lui laissent ses dernières souffrances, il renouvelle une fois de plus son offrande « pour le monde entier ». Maintenant plus que jamais nous pouvons compter sur notre « procureur spirituel ».

     

     

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    • Numéro : 2954
    • Pays : Japon
    • Année : None