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Jean François Edouard CAVAIGNAC (1875-1917)

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    M. CAVAIGNAC, Jean-François-Edouard, né à Vaureilles (Rodez, Aveyron), le 29 mars 1875. Entré diacre au séminaire des Missions-Etrangères le 13 septembre 1900. Prêtre le 23 juin 1901. Parti pour Nagasaki le 13 novembre 1901. Tué à l’ennemi, en Champagne, le 18 avril 1917.

     

    Edouard Cavaignac naquit à Vaureilles en 1875. Il appartenait à une famille qui a donné trois de ses enfants à l’Eglise. Il fut élève de Graves, et se fit remarquer par l’ardeur qu’il apportait au travail. Il avait commencé un peu tard ses études, mais comme il était doué d’une énergie peu commune, il rejoignit rapidement ses condisciples partis avant lui. Au grand séminaire il continua d’obtenir les mêmes succès. Les confrères l’aimaient et l’estimaient chaque jour davantage, et ses maîtres, à cause de ses qualités solides et nombreuses, fondaient sur lui les meilleures espérances ; mais il avait entendu la parole du divin Maître : « Voyez, les épis se dorent déjà et le temps de la moisson va venir. Demandez donc au maître du champ d’envoyer des moissonneurs dans ces champs. »

    A la fin de sa cinquième année, il demanda et obtint d’être admis au séminaire des Missions-Etrangères. Il fut ordonné prêtre en 1901, et partit pour le diocèse de Nagasaki où il devait travailler pendant 13 ans. Il fut d’abord envoyé à Kagoshima pour y apprendre le japo­nais, et s’y former à la vie apostolique sous la direction du P. Raguet. Six mois plus tard, il fut placé à Sendai, sous-préfecture d’une vingtaine de mille habitants et située à 13 lieues de Kagoshima.

    Le district de Sendai se composait de deux groupes de fidèles, le moins nombreux habitait Hirasa, un des trois villages dont se compose l’agglomération qui porte le nom de Sendai. Dans ce village, la mission ne possédait ni terrain ni église, mais seulement une vieille maison couverte en chaume, qui servait de lieu de réunion aux fidèles, et d’abri au missionnaire lorsqu’il venait faire l’administration. La partie la plus importante de la communauté chrétienne fondée par M. Ferrié se trouvait à Sarayama ; elle était groupée autour d’une église bâtie en pierres à flanc de coteau, et se composait de pauvres gens tantôt agriculteurs et tantôt potiers selon la saison. Leur ferveur était médiocre. Pour la renouveler, M. Cavaignac fit de nombreux catéchismes et instructions, multiplia les visites à domicile et attira les jeunes gens autour de lui. Il avait obtenu quelques succès lorsqu’éclata la guerre russo-japonaise. Six jeunes gens étaient mobilisables et devaient partir pour la guerre ; or, les espérances du missionnaire reposaient sur eux. S’ils disparaissaient dans la tourmente, qu’adviendrait-il de la chrétienté ? Avec son esprit de foi il comprit tout de suite que ce qui menaçait de devenir un danger pouvait avec l’aide de Dieu être une source de grâces, une occasion de plus grands succès. Il prépara ses jeunes gens à l’épreuve qu’ils allaient subir et leur fit promettre de rester toujours et partout de bons chrétiens ; il leur inspira la confiance en Dieu dont il était rempli ; tous promirent, s’ils revenaient sains et saufs de la guerre, de se montrer très fidèles à leurs devoirs religieux.

    Le missionnaire s’efforçait également d’attirer à notre foi les païens si nombreux autour de lui ; et quoique sa résidence fût assez éloignée de la plus grande agglomération de Sendai, il chercha à s’y établir, trouva le moyen de se créer même des relations dans les rangs un peu élevés de la société.

    Il fallait d’abord acheter du terrain, affaire délicate à régler pour plusieurs motifs. D’abord, le propriétaire chercherait à vendre très cher ; et puis si les bonzes étaient mis au courant de ses projets, ils travailleraient pour les faire échouer. Force était donc d’agir par intermédiaire. Le Père confia la chose à un médecin, parfait honnête homme, et lui demanda son aide ; celui-ci se mit à sa disposition avec une entière obligeance, et les pourparlers furent engagés. Le propriétaite était exigeant, mais comme il importait d’aboutir, le marché fut rapidement conclu. Il était temps, les bonzes de Sendai, ayant pris l’alarme, se mettaient en campagne, et en usant de leur énorme in­fluence, ils auraient empêché toute vente de terrain. Sur ce terrain, le missionnaire construisit une chapelle, une salle de réunion et un petit presbytère. Chaque matin, sa messe dite, il partait de Sarayama pour se rendre sur le chantier, éloigné d’une lieue ; il surveillait les travaux, empêchait, tout incident dans la distribution des salaires. Afin de se procurer les fonds nécessaires à ses constructions, il s’adressa aux lec­teurs des Missions catholiques, à plusieurs membres de sa famille, qui répondirent à son appel ; il vendit son petit patrimoine, et pour ne pas faire de dettes il vécut dans la pauvreté la plus grande. Deux boulettes de riz cuites avec une prune marinée dans de la saumure, arrogées de thé amer, formaient toute sa nourriture. L’inauguration eut lieu à Pâques et ne manqua pas d’éclat. Les autorités officielles de Sendai, sous-préfet en tête, les personnages importants du pays : propriétaires, commerçants, industriels, répondirent à l’invitation du missionnaire. On se réunit d’abord dans l’église ; le P. Cavaignac prononça une allocution de circonstance, le sous-préfet répondit par des paroles très aimables, ensuite tout ce monde, qui entrait pour la première fois dans une église catholique, multiplia les questions sur l’autel, la table sainte, le confessionnal, le chemin de croix... C’est ce qu’avait espéré le missionnaire ; il profita de l’occasion pour semer la bonne parole.

    Ensuite avec le concours d’un catholique, il créa une école du dimanche qui lui concilia de nombreuses sympathies parmi les enfants et parmi les parents. Il installa également un cercle pour les jeunes gens, principalement les élèves du lycée et des écoles, qui vinrent s’y exercer à la parole publique, y discuter de pédagogie et de science. C’est tout ce qu’on pouvait faire avec les classes cultivées de Sendai. Le missionnaire jetait parmi elles la semence du salut. Tous les ans il récoltait quelques âmes ; il baptisa plusieurs institutrices, dont il espérait pouvoir tôt ou tard faire des apôtres. Un jour il reçut dans le giron de l’Eglise une famille de protestants, des plus fervents dans la communauté méthodiste. Cette conversion se produisit après un fait où s’affirme bien l’esprit de foi de notre missionnaire et sa ténacité.

    Le chef de cette famille, le père, âgé d’une soixantaine d’années, était ferblantier et aidé de son fils ; le P. Cavaignac les avait employés lors de la construction de la résidence, et depuis lors il était resté avec eux en bonnes relations ; ils paraissaient même avoir des velléités de se convertir, mais ne se pressaient pas de prendre une décision. La vieille mère tombe malade, le missionnaire va la voir à plusieurs reprises, l’instruit et la baptise. Le ministre protestant vient aussi, mais apprenant que le Père est présent, il s’en va, se promettant de revenir dès qu’il sera sorti et de tenter de défaire toute son œuvre en usant de l’influence acquise par d’anciennes et cordiales relations. Le P. Cavaignac vit le danger, il ne quitta plus la malade jusqu’à ce qu’elle eût rendu le dernier soupir, assez tard dans la soirée, c’est-à-dire qu’il resta assis sur les talons, à la japonaise, pendant dix heures de suite. Le ministre protestant était venu à plusieurs reprises, mais à chacune de ses visites il avait constaté la présence du missionnaire et était reparti. Touchée de cette abnégation, la famille se convertit tout entière.

    En 1909 ou 1910, il refit la toiture de l’église de Sarayama qu’avaient dévorée les fourmis blanches, et construisit une maison japonaise pouvant servir de logement pour un catéchiste et de salle de conférences.

    Il étudiait le projet de former des catéchistes femmes et d’installer une école profession-nelle de jeunes filles, quand, en 1911, il fut appelé à Kagoshima pour y remplacer M. Raguet, tout en continuant à s’occuper de Sendai.

    Il commença par réparer la résidence et la chapelle ; puis il ranima la dévotion des chrétiens en les habituant à la confession et à la communion fréquentes. Après deux ans d’efforts, il avait obtenu que les deux tiers des fidèles fissent la communion tous les dimanches. Il ramena aussi à Dieu plusieurs âmes, qui s’étaient éloignées des pratiques religieuses. Il établit sous le patronage de saint François-Xavier, premier apôtre de Kagoshima, une association d’hommes et de femmes, qu’il réunissait tous les mois.

    En même temps, il multipliait les visites auprès des païens de toutes les classes sociales, et s’y faisait apprécier par son urbanité autant qu’il édifiait par sa dignité sacerdotale. Deux fois par semaine, il donnait des leçons de français aux officiers de la garnison, à des habitants de la ville : professeurs, médecins, fonctionnaires. Il ne manquait pas non plus les réunions et les réceptions officielles auxquelles il était invité, trop heureux de rappeler l’existence de l’Eglise catholique.

    Un jour, le proviseur du lycée supérieur, sorte d’école préparatoire à  l’Université, vint lui faire sa visite d’adieu, il allait prendre sa retraite. Le Père ne le connaissait pas particu-lièrement, il l’avait rencontré parfois dans les réunions officielles et avait échangé avec lui quelques phrases banales de politesse. « Extérieurement, lui dit le visiteur, vous n’avez pas beaucoup de succès ; ne vous découragez pas, continuez comme vous le faites, vous progressez plus que vous ne pensez... car c’est dans l’Eglise catholique seule que l’action se trouve jointe à la parole. »

    Quand la guerre éclata, les dépêches du consulat général français de Yokohama prescri-virent aux missionnaires mobilisables de se trouver le 11 août à Shimonoseki, pour s’embar-quer sur l’Amazone. Le Père fit rapidement ses préparatifs de départ, régla un certain nombre d’affaires pendantes, et dit un adieu ému à ses chrétiens. Le soir, tous les fidèles et un grand nombre de notabilités de l’endroit vinrent l’accompagner à la gare.

    Il fut incorporé dans un régiment de zouaves, comme infirmier, avec le titre officieux d’aumônier de bataillon. Il fut cité trois fois à l’ordre du jour de la division, deux fois en 1916, une troisième fois en 1917. Voici le texte de ces citations :

     

    1reLe généra.l commandant la 63e division d’infanterie cite à l’ordre de la division CAVAIGNAC, JEAN-FRANÇOIS-EDOUARD, aumônier du 1er bataillon du 2e zouaves, a montré au milieu du danger un dévouement inlassable et un grand courage, se dépensant sans compter auprès des blessés.

    2eS’est toujours fait remarquer par son zèle et son dévouement, doué d’un grand courage, a été blessé au combat du 26 juillet.

    3e CAVAIGNAC, JEAN-FRANÇOIS-EDOUARD, caporal. D’un courage exemplaire avec un calme imperturbable malgré le danger ; s’est prodigué pour porter des soins à nos blessés. Déjà deux fois cité à l’ordre de la division (ordre nº 548, du 1er janvier 1917).

     

    Ce bon missionnaire, devenu un brave soldat, fut tué le 18 avril 1917, au matin, au moment où il remplissait auprès d’un blessé son ministère d’aumônier. Il a été enterré près de Cormicy (Marne).

    Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à Kagoshima, une quarantaine de notables de cette ville, quoique non chrétiens, voulurent honorer sa mémoire. « Six orateurs, lisons-nous dans l’Echo de Chine, se succédèrent pour faire revivre, chacun, quelque côté de la belle figure du défunt. Parmi les discours, il faut signaler celui du plus autorisé parmi les orateurs, le docteur Tamari : il affirma solennellement que cette guerre était une lutte de la civilisation contre la barbarie, et que, si l’Allemagne triomphait, « le monde serait livré à l’esprit du mal » (ja ga toru, hi ga toru) ; ajoutant que donner sa vie pour empêcher un tel malheur et promouvoir une telle cause était une sorte de martyre. »

     

     

     

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    • Numéro : 2603
    • Pays : Japon
    • Année : None