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Fernand CASSAN (1907-1977)

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    • Né le 10 mai 1907 à Millau (paroisse du S.C.) Rodez (Aveyron).
    • Etudes primaires à Millau.
    • Etudes secondaires au P.S. d’Espalion.
    • Grand séminaire de Rodez.
    • Entré aux Missions Etrangères (acolyte) le 25 octobre 1930.
    • Ordonné prêtre le 29 juin 1932.
    • Parti le 9 septembre 1932 pour la mission de Mandalay.
    • En mission à Mandalay de 1932 à 1977.
    • Décédé à Maymyo le 11 janvier 1977.

     

     

    C’est à Millau que naquit Fernand CASSAN, le 10 mai 1907. Ses parents étaient originaires de Saint-Georges-de-Lévéjac en Lozère. Mais c’est à Millau qu’ils se marièrent et eurent 7 enfants : 3 garçons et 4 filles dont une morte à l’âge de 11 ans. Fernand avait un frère jumeau prénommé Jean.

     

    Son frère Emile nous dit : « Mes parents étaient de simples ouvriers qui ont élevé parfaitement leurs enfants. La maison de mes parents était accueillante ; les voisins et de nombreux amis y venaient très souvent. Comme tous les enfants de son âge, Fernand aimait rire et jouer. Il a fréquenté l’école paroissiale de Millau, puis a poursuivi ses études au petit séminaire d’Espalion et est entré ensuite au grand séminaire de Rodez en 1925. D’après le témoignage de ses amis, il était intelligent et studieux et il n’eut aucune difficulté au cours de ses études. Pendant son service militaire, il suivit le peloton des E.O.R. et sortit sous-lieutenant ».

     

     

    Aux Missions Etrangères

     

    Il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères le 26 septembre 1930. Les renseignements donnés par le Supérieur du grand séminaire de Rodez furent excellents. A la date du 29 septembre il écrivait : « Il m’est très agréable de vous dire que Monsieur Cassan est un excellent séminariste : très intelligent, très pieux, très régulier et de très bonne santé. Que Notre-Seigneur vous en envoie beaucoup comme celui-là ». Le 2 octobre, Fernand Cassan fut admis et une fois libéré de ses obligations militaires, il entra au séminaire de Paris le 25 octobre. Il avait déjà reçu tous les ordres mineurs. Il poursuivit ses études au séminaire de la Rue du Bac et fut ordonné prêtre le 29 juin 1932. Au soir de son ordination sacerdotale, il reçut sa destination, selon la coutume de cette époque. Et c’est pour la mission de Mandalay qu’il fut désigné. Après ses adieux à sa famille, il s’embarqua pour sa mission le 9 septembre 1932. Dès ce moment, il avait déclaré à plusieurs parents et amis que son départ était définitif et qu’il ne reviendrait pas en France : ce qui de fait s’est réalisé.

     

    Au témoignage de son frère « le grand chagrin de ses parents a été de ne plus revoir leur fils après son départ en mission. Mais ils n’ont jamais cessé de parler de lui ; son souvenir était toujours présent, au point que son beau-frère et sa belle-sœur , ses neveux et nièces qui ne l’ont pas connu se sentaient par la pensée très proches de lui. Il ne se passait pas une fête ou une réunion de famille sans que nous ne pensions à lui ».

     

     

    En Birmanie.

     

    A la demande de l’archiviste du diocèse de Rodez, le P. Cassan a lui-même rédigé des notes détaillées sur toute sa vie missionnaire en Birmanie. En voici de très larges extraits. « En 1932, les voyages par avion n’étaient pas à la portée des missionnaires et ce n’est qu’après un voyage d’un mois par bateau que le P. Cassan arriva en vue des côtes de Birmanie. La flèche de la pagode de Shwe Dagon, dominant la ville de Rangoon, lui rappela, ce qu’il ne savait que trop, que la Birmanie est le pays des pagodes, un pays bouddhiste à plus de 86 % et où les conversions sont difficiles.

     

    De Rangoon, il se rendit à Mandalay par chemin de fer et il fut reçu sur le quai de la gare par Mgr Falière, son Vicaire apostolique, un Aveyronnais comme lui et qui ne lui était pas inconnu car il avait assisté à son sacre à Villefranche-de-Rouergue quelques années plus tôt. Arrivé à l’évêché, il y trouva Mgr Foulquier, un Aveyronnais lui aussi, qui avait dirigé la mission de Mandalay de 1906 à 1930. Il était complètement aveugle et c’est cette infirmité qui l’avait obligé à donner sa démission. Durant son épiscopat, il s’efforça d’implanter l’Eglise dans la région de Bhamo parmi les Shans bouddhistes et les Katchins qui, eux, sont animistes. Mais en raison du climat malsain de cette région, nombreuses furent les victimes parmi les missionnaires et l’évangélisation se développa très lentement dans cette région.

     

     

    Apostolat chez les Katchins.

     

    Monseigneur Falière continua l’effort vers les Katchins et il décida d’y envoyer le jeune Père Cassan. Au mois de mars 1933, il l’accompagna à Bhamo et de là l’envoya sur les montagnes à Prang Hkudong qui était le centre de la « Mission Katchin ». Le fondateur de cette mission était le P. Gilhodes, un Aveyronnais, qui travaillait parmi les Katchins depuis 1903. Voyant que ses efforts étaient vains pour convertir les adultes, il résolut de gagner la jeunesse en ouvrant des écoles à Prang Khudong et dans les villages environnants. Par ces écoles, il réussit à convertir les enfants et, par les enfants, les parents. Par cette méthode et sa bonté, il établit solidement l’Eglise parmi les Katchins malgré la concurrence sérieuse des Baptistes.

     

    C’est sous sa direction que de P. Cassan commença sa vie apostolique. A cette époque, il n’était pas question d’école de langue. C’est par ses contacts avec les gens, surtout les enfants, que le Père dut se débrouiller pour apprendre le katchin. Ensuite, pour le jeter à l’eau, le P. Gilhodes le chargea de visiter quelques villages aux alentours de Hkudong. Dans un de ces villages, à Mahtang, le P. Cassan trouva, près de la chapelle, la tombe d’un Millavois, le Père Lafon, mort très jeune en 1912. Un autre de ces villages avait été fondé par un autre Aveyronnais, le P. Juéry, qui pendant 15 ans fut le compagnon d’apostolat du P Gilhodes. C’est le village de Lamaibang.

     

    A la fin de 1934, à la mort du P. Herr, le P. Cassan dut le remplacer à Bhamo et s’occuper des villages katchins établis dans la plaine. L’année suivante, il remonta sur les montagnes pour prendre charge de la région de Tingsing. Ce poste avait été fondé par le P. François Collard, mais celui-ci malade dut descendre à Mandalay pour se soigner. Pour continuer son œuvre, le P. Cassan ouvrit une école à Tingsing même et visita les chrétiens des villages environnants. Il eut la joie de voir d’autres familles rejeter le culte des Nats (esprits) pour adorer le vrai Dieu. Bien plus, il fut appelé dans d’autres villages païens pour brûler les Nats, bénir les maisons et instruire de nouveaux catéchumènes. C’est ainsi que le poste de Tingsing se développa et s’étendit jusqu’à l’extrémité sud du district de Bhamo, à six jours de marche du centre.

     

    Un jour que le P. Cassan était descendu à Bhamo pour faire ses provisions, il apprit la nouvelle que la Mission de Mandalay avait été divisée et que les districts de Bhamo, Myitkyina et Katha formeraient une nouvelle mission. Comme la Société des Missions Etrangères ne pouvait fournir le personnel pour cette nouvelle mission, le St-Siège avait fait appel aux Pères irlandais de St-Colomban et leur avait confié la Préfecture apostolique de Bhamo. Ce fut une douche froide pour le Père. Il ne lui restait plus qu’à attendre les Pères irlandais, leur donner le temps d’apprendre la langue et de se mettre au courant de l’état de la mission. Après quoi il déménagerait... Ce fut vers la fin de 1938 qu’il quitta, non sans regret, son premier champ d’apostolat.

     

    Toutefois son ministère parmi les Katchins n’était pas terminé car le Vicariat apostolique de Mandalay comptait encore, dans les Etats Shans à l’est de Mogok, un bon nombre de villages katchins. Le P. Herr avait déjà converti quelques familles dans cette région. Après sa mort, le Père Cassan allait chaque année, de Bhamo, visiter ces chrétiens et recevoir de nouvelles familles. A son retour à Mandalay, il y fut envoyé par Mgr Falière. Il arriva à PANGPAU pour la fête de Noël 1938 ; dans les mois qui suivirent, il bâtit une chapelle et construisit une école.

     

     

    Maymyo.

     

    Mais son séjour dans ce poste fut de courte durée. A la fin de 1939, Monseigneur le rappela pour être supérieur du petit séminaire et curé de la paroisse du S.C. à Maymyo, station militaire bâtie par les Anglais sur le plateau shan à cause de son climat idéal.

     

    C’était déjà la guerre en Europe, nouvelle que le Père n’apprit qu’à son retour de Pangpau à Mogok. Puis ce fut la guerre dans le Pacifique et l’invasion de la Birmanie par les Japonais. A cause des bombardements le petit séminaire fut évacué dans un village birman sous la conduite d’un Père du clergé local. Le P. Cassan resta a Maymyo pour s’occuper de la paroisse, du couvent des Sœurs de St-Joseph de l’Apparition et de leur noviciat réfugié à Maymyo.

     

     

    Evacuation.

     

    Au début de 1943, les Japonais réquisitionnèrent tous les bâtiments de la Mission : séminaire, couvent, presbytère, maison de campagne des Frères de Mandalay. Aucun étranger ne fut autorisé à rester à Maymyo. Le P. Cassan alla d’abord avec un groupe de Sœurs à Amarapura où se trouvait un orphelinat des Sœurs de St-Joseph. Mais vers la fin de l’année ce couvent fut à son tour réquisitionné. Le P. Cassan, les Sœurs et les orphelines furent envoyés à Mandalay où, près de la cathédrale incendiée, les Sœurs avaient un autre orphelinat dirigé par Sœur Marie de la Sainte-Famille, la sœur aînée de Mgr Bazin, décédée à Millau en janvier 1976.

     

    Durant l’occupation japonaise, le P. Cassan employa son temps à apprendre le birman et à réparer les dégâts causés par les bombardements. Comme il était bon bricoleur, il se distrayait en réparant les montres.... Au début de 1945, les Japonais qui avaient essuyé de graves défaites dans le Pacifique, commencèrent à évacuer la Birmanie, se repliant méthodiquement à mesure que les Anglais avançaient. Dans leur retraite, ils ramenaient les Pères qui étaient restés à leur poste. C’est ainsi que le Père Gilhodes qui avait eu le privilège de rester dans la mission katchin qu’il avait fondée fut obligé de quitter Prang Hkudong et c’est au bout d’un long voyage en barque sur l’Irrawady qu’il arriva épuisé à Mandalay. Malgré les soins qu’on lui donna, son estomac refusant toute nourriture, il devait mourir le 21 novembre 1945 à la léproserie St-Jean de Mandalay.

     

    Le jour où les Anglais arrivèrent à Mandalay, ils bombardèrent d’abord la ville ; l’orphelinat, pris sous leur feu, devint la proie des flammes. Le P. Cassan ne put que sauver le St-Sacrement. Le lendemain, après une nuit passée dans les ruines de l’évêché, le Père, les Sœurs et les orphelines allèrent du côté des Anglais qui les évacuèrent dans un village au nord de Mandalay.

     

     

    Retour à Maymyo.

     

    Après la libération de Maymyo, le P. Cassan y fut envoyé aussitôt par Mgr Falière. Il y trouva tous les bâtiments de la mission sans toiture... En effet, dans l’intervalle qui suivit le départ des Japonais et l’arrivée des Anglais, les gens des villages environnants vinrent avec leurs chars à bœufs et s’emparèrent des tôles de zinc soit pour les revendre soit pour se faire un toit à bon marché.

     

    Le Père dut acheter de vieilles tôles pour recouvrir l’église et ensuite l’aménager avant de la rouvrir au culte. Les Sœurs de St-Joseph revinrent aussi et avec l’aide de l’administration anglaise purent recouvrir leur couvent-école avec du chaume. A leur tour, des villages où ils s’étaient réfugiés, les gens demandèrent aux Sœurs de rouvrir leur école et d’instruire leurs enfants. – Les Frères qui n’avaient à Maymyo qu’une maison de campagne furent moins favorisés. Ils ne purent reprendre leur école à Mandalay car celle-ci avait été réquisitionnée pour être l’hôpital de la ville. Par la suite, ils ouvrirent à Maymyo une école qui devait prospérer et devenir plus tard St Albert’s High School.

     

    Après les réparations nécessaires et les aménagements indispensables, le petit séminaire rouvrit ses portes. Le P. Cassan en prit la direction et y enseigna le latin jusqu’au jour où le P. Burck fut nommé supérieur. A partir de ce moment, le P. Cassan se consacra totalement à la paroisse et aux Communautés religieuses.

     

     

    L’Eglise en Birmanie.

     

    En 1948 vint l’indépendance de la Birmanie, suivie par le départ des Anglais. Après eux, beaucoup d’Anglo-Indiens et d’Indiens incertains du lendemain, quittèrent à leur tour le pays. La population de Maymyo ne diminua pas, mais changea, se « birmanisa ». De plus, dans les écoles, l’anglais ne fut plus langue véhiculaire pour l’enseignement mais devint langue secondaire. La nouvelle génération ne parla plus anglais. Par suite, la paroisse, d’anglaise qu’elle était, devint paroisse birmane et les offices, la prédication, le catéchisme se firent désormais en birman.

     

    La nationalisation des écoles en 1965 porta un rude coup à l’Eglise catholique qui, privée de ses écoles, n’eut plus l’influence qu’elle avait autrefois. De ce fait dans les villes les conversions se raréfièrent. De plus le gouvernement socialiste veut tout faire par lui-même et ne permet aucune initiative privée, non seulement dans le domaine de l’enseignement, mais encore dans les œuvres caritatives et sociales. Hôpitaux, dispensaires, léproseries, orphelinats ont été nationalisés. Ils sont désormais sous la direction de l’Etat. L’action de l’Eglise est donc très limitée ; les Frères et les Sœurs ont dû changer leurs méthodes d’apostolat. Autrefois la plupart d’entre eux résidaient dans les villes où ils dirigeaient de grandes écoles très prospères et très appréciées. Actuellement les Frères enseignent dans quelques petits séminaires ou aident les curés de paroisse dans leur travail paroissial. Les grandes communautés de Sœurs se sont fractionnées et ont ouvert de petits couvents dans les villages et parmi les tribus animistes des montagnes. Elles enseignent le catéchisme, visitent les malades et suppléent à l’absence du prêtre dans la mesure où l’Eglise le leur permet.

     

    Le renvoi des missionnaires étrangers en 1966 fut un autre rude coup pour l’Eglise en Birmanie. Les prêtres restants durent se partager la besogne et bien des postes qui avaient un prêtre résident n’eurent plus que des visites occasionnelles. Mais ce ne fut que pour un temps relativement court, car le grand séminaire de Rangoon, dirigé par les prêtres du pays après le départ des Jésuites américains, fournit chaque année un certain nombre de nouveaux prêtres (23 en 1973, 9 en 1974, 26 en 1975, 11 en 1976). Si l’on considère le petit nombre des catholiques dans le pays, on peut dire que les vocations sont nombreuses. Il y a actuellement des prêtres de toutes les principales races de Birmanie : birmans, chins, katchins, karians, kayahs, indiens, chinois. Les vides ont été comblés. La question d’ordonner des diacres n’a jamais été envisagée en Birmanie. Malgré le départ d’un bon nombre de missionnaires, l’Eglise en Birmanie est en état de continuer l’œuvre commencée. On peut dire qu’elle est désormais entre les mains du clergé local.

     

    La « hiérarchie » fut établie en 1954 : 2 archidiocèses et 6 diocèses. Le premier prêtre birman élevé à l’épiscopat fut Mgr U Win nommé en 1954 auxiliaire de Mandalay. Il succéda à Mgr Falière en 1961. En 1955, lorsque le diocèse de Bassein fut détaché de l’archidiocèse de Rangoon, le St-Siège plaça à sa tête un évêque karian. Plus tard, les diocèses de Rangoon. Toungoo et Kengtung furent confiés à des évêques originaires du pays. Cette année (1976) un prêtre birman a été sacré évêque de Prome et les Pères américains de La Salette vont complètement se retirer. En avril (1976) le diocèse de Bhamo-Myitkyina a vu le sacre du premier évêque katchin, nommé auxiliaire et destiné à gouverner l’Eglise dans l’Etat Katchin. De plus, cette année (1976) également les Etats Shans du Nord ont été détachés du diocèse de Kengtung pour former une nouvelle Préfecture apostolique confiée aux Pères Salésiens qui tous, sauf un, sont du pays. Ainsi, à une exception près (le diocèse de Taungggyi dirigé par les Pères italiens de Milan), tous les diocèses de Birmanie ont à leur tête un évêque originaire du pays.

     

    Cela ne veut pas dire que la Birmanie soit complètement évangélisée. Les catholiques ne sont qu’une faible minorité : 294 000 d’après le Directoire catholique de 1975. Et parmi eux, plus de 70 % appartiennent aux tribus animistes des montagnes. C’est parmi ces tribus que se font les conversions. Ceux qu’on appelle catholiques birmans sont en fait pour la plupart des descendants de Portugais et de Français faits prisonniers par les rois birmans et séquestrés dans certains villages. D’autres Birmans ont été convertis soit par l’école, soit à l’occasion de mariages avec un parti catholique. Les Birmans bouddhistes qui forment la majorité de la population ne sont pas près de se convertir. Le climat, leur vie facile, leur religion qui pour beaucoup se réduit à assister à des fêtes plus profanes que religieuses, ne les disposent pas à embrasser la religion de la Croix. Parmi les bouddhistes qui se convertissent, il y en a beaucoup qui abandonnent. Il leur manque la force de volonté pour persévérer. Dans les villes on en rencontrent qui vous disent : « Dans le temps, j’étais catholique ». Il y en a d’autres qui voudraient bien embrasser notre religion, mais si on leur demande de venir se faire instruire, on ne les voit plus. Il leur faudrait une religion sans obligations. Le conversion des bouddhistes n’est pas pour demain....

     

    Quelles que soient les difficultés, l’Eglise en Birmanie poursuit sa tâche en toute liberté. La constitution du pays garantit à tout citoyen la liberté de professer la religion de son choix. Toutefois, en raison de la situation politique (communistes ou rebelles qui veulent l’indépendance dans certains Etats, partisans de l’Ex-Premier ministre U NU qui de Thaïlande s’infiltrent dans le pays pour s’adonner à des sabotages) le Gouvernement a imposé des restrictions à la circulation des étrangers dans le pays et par suite à celle des missionnaires.

     

    Ceux-ci ne peuvent être transférés d’un poste à un autre et s’ils veulent voyager, ils doivent demander un permis. Ils peuvent quitter le pays mais ne peuvent y revenir. Par suite, les missionnaires, sans espoir de congé au pays natal, continuent leur apostolat dans leur poste respectif. Pour conclure, on peut dire que les missionnaires qui ont travaillé en Birmanie ont accompli la tâche que leur avait confiée le St-Siège. Ils ont établi, organisé l’Eglise dans le pays et l’ont remise entre les mains du clergé local. Les derniers missionnaires peuvent disparaître, l’Eglise en Birmanie VIVRA ».

     

     

    Les dernières années.

     

    Le récit qu’on vient de lire est presque entièrement de la plume du P. Cassan lui-même. Ajoutons quelques détails donnés par un confrère de la Mission de Mandalay. « Quand le séminaire de Maymyo fut rouvert, le P. Cassan en laissa bientôt la charge à son auxiliaire et se contenta de donner quelques cours aux élèves en attendant que le corps professoral fût complet. Alors ce fut pendant 32 ans une vie toute de dévouement aux paroissiens, aux enfants des écoles, aux religieux et religieuses. En 1963, le P. Cassan laissa la petite église et le presbytère au séminaire et occupa une autre maison et l’église anglicane bien délabrée. Cette église avait été donnée à l’Eglise catholique. Il y fait les travaux nécessaires. Il était heureux : les enfants venaient chez lui pour le catéchisme ; souvent les pauvres frappaient à sa porte, jamais en vain. Si quelque confrère venait à Maymyo pour se reposer, il était heureux de le recevoir et ainsi d’avoir des nouvelles de la Mission des Chin-Hills surtout où travaillaient nos confrères.

     

    Le P. Cassan était un grand travailleur. Il apprenait ses sermons par cœur ; ses conférences aux religieuses étaient toujours écrites, ses catéchismes bien préparés, la visite des malades, soit à l’hôpital, soit chez eux, régulière. Il ne prenait jamais de vacances. Il descendait à Mandalay pour la retraite annuelle ; il arrivait quelques heures avant la première conférence et rentrait chez lui dès la fin de la retraite. Les deux dernières années il ne put y assister. Il ne s’absenta de la Mission que pour aller faire imprimer son livre « La vie de Jésus » en katchin à Toungoo et une autre fois pour aller prêcher la retraite des confrères des Missions Etrangères à Rangoon. Il ne séjourna dans la capitale que juste le temps de la retraite.

     

    Ces dernières années, il était souvent indisposé. Il suivait un régime pendant quelque temps, puis dès qu’il allait mieux, il se contentait de ce qu’on lui donnait. Jamais il ne se plaignait. Il ne s’inquiétait que de son ministère.

     

    En décembre 1976, il était vraiment souffrant. Il accepta la visite d’un docteur catholique. Celui-ci jugea son état grave et estima qu’une opération était nécessaire. Quant au P. Cassan, il ne se croyait pas si mal et il disait à un confrère : « Le docteur exagère ». Bien que ne pouvant absorber qu’un peu de liquide, il était fidèle à aller célébrer la messe chaque matin et à Noël il entendit les confessions et célébra les 3 messes. Les jours suivants c’est un Père de passage qui célébra la messe à la paroisse. Pour le jour de l’an, il tint absolument à dire la messe paroissiale. Ce fut sa dernière messe. Il était complètement épuisé et les paroissiens durent le rapporter au presbytère. Mgr l’Archevêque et quelques confrères lui rendirent visite. Il avait encore bon espoir et pensait qu’après quelques jours de repos il pourrait reprendre son travail. Le 8 janvier un confrère alla le voir ; il n’y avait pas d’amélioration dans son état. Il lui proposa de recevoir le sacrement des malades. Il accepta de suite, bien résigné à la volonté du Seigneur qu’il avait si bien servi pendant 44 années de sa vie en mission. Après avoir reçu le sacrement des malades, il donna quelques consignes au Père pour ses affaires...

     

    La veille de sa mort, le lundi 10 janvier, il accepta d’aller consulter un spécialiste à l’hôpital militaire. Le docteur constata que son état était bien grave et il ne pouvait plus être question d’opération. Le P. Cassan revint chez lui. Le lendemain, les séminaristes qui le veillaient s’aperçurent qu’il avait perdu connaissance. De suite ils appelèrent les Pères du séminaire et c’est pendant la récitation des prières pour les agonisants que le P. Cassan rendit sa belle âme à Dieu.

     

    Le corps fut exposé dans l’église paroissiale ; les fidèles vinrent nombreux jour et nuit prier pour le repos de son âme et vénérer leur Père qui s’était tant dévoué pour eux. Les obsèques eurent lieu le jeudi 13 janvier dans l’après-midi. Neuf prêtres concélébrèrent la messe des funérailles ; l’église était trop petite pour contenir la foule. Le Père Cassan repose dans le petit cimetière de la Mission auprès du Père Jarre, fondateur de la mission de Maymyo et de quelques autres missionnaires :  les PP. Pelletier, Herr, Darne...

     

    Le P. Cassan nous laisse l’exemple de la fidélité à sa vocation missionnaire. Grand travailleur, il accomplissait son ministère sans bruit ; chaque jour il notait le travail de la journée : catéchisme, nombre des enfants qui y assistaient, visite des malades, conférences, nombre des confessions (environ 500 par mois) et il faisait un court résumé de sa lecture spirituelle : une belle vie de prêtre entièrement consacrée à Dieu et aux âmes pour Dieu ».

     

    « L’Eglise en Birmanie vivra » : c’est ainsi que le P. Cassan terminait ses notes. Le grain semé par lui pendant sa vie missionnaire sur cette terre a levé et lèvera, car du haut du ciel il reste et restera missionnaire pour la Birmanie.

     

     

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    • Numéro : 3462
    • Pays : Birmanie
    • Année : None