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Marie Antoine Louis CASPAR (1841-1917)

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    Mgr CASPAR, Marie-Antoine-Louis, né à Obernai (Strasbourg, Bas-Rhin), le 23 juillet 1841. Entré laïque au séminaire des Missions-Etrangères le 18 septembre 1861. Prêtre le 17 décembre 1864. Parti pour la Cochinchine occidentale le 15 février 1865. Evêque de Canathe, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale le 23 mars 1880. Démissionnaire en 1907. Mort à  Obernai le 13 juin 1917.

    Mgr Caspar naquit à Obernai le 23 juillet 1841. Ses parents étaient de très honorables commerçants, d’excellents chrétiens et d’ardents patriotes. Son père, adjoint au maire d’Obernai, fut si profondément attristé des désastres de la guerre de 1870, et si inconsolable de voir sa chère Alsace au pouvoir des Allemands, qu’il en mourut de chagrin. A cette époque de nos désastres, Louis Caspar était déjà en mission ; aussi bon patriote que son père, il n’eut pas plus tôt appris qu’il était libre d’opter pour la France ou de devenir sujet de l’Allemagne, qu’il s’empressa de déclarer en bonne et due forme que né Français, il vivrait et mourrait Français.

    Après avoir étudié pendant plusieurs années au collège d’Obernai, en compagnie de son compatriote Louis Dangelzer, qu’il devait rencontrer plus tard dans sa mission de Cochin-chine septentrionale, le jeune Louis Caspar alla achever ses humanités à Metz, au collège saint-Clément, dirigé par les Jésuites. De là il passa au grand séminaire de Strasbourg, qu’il ne tarda pas à quitter pour se rendre au séminaire des Missions-Etrangères à Paris.

    Après le temps de formation habituelle dans cette maison, dont il garda toujours le meilleur souvenir, il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1864. Le 15 février de l’année suivante, il s’embarquait pour la mission de Cochinchine occidentale.

    Avec ses goûts pour la vie régulière et silencieuse, le jeune missionnaire fut heureux d’être, à son arrivée, nommé professeur au séminaire de Saïgon, et quelques années plus tard, il fut vraiment au comble de ses vœux, lorsque son évêque le chargea de fonder à Tandinh une école de catéchistes. Plus libre d’agir qu’il ne l’était au séminaire, il put appliquer à la formation de ses élèves les idées qui convenaient à son caractère sans doute plus qu’à la réalité ; car l’œuvre après avoir été interrompue, dut être reprise sur de nouvelles bases.

    En même temps il publia plusieurs ouvrages de spiritualité et de linguistique fort utiles, en particulier le Dictionnaire annamite-français (1) et les Notions pour servir à l’étude de la langue annamite (2).

     

     

    (1)   In-8º ,  992 pp. Tandinh-Saïgon, 1877.

    (2)   In-8º ,  381 pp. Tandinh-Saïgon, 1879.

     

     

    Cette existence dura jusqu’en 1880, époque où il fut appelé à succéder à Mgr Pontvianne et nommé, avec le titre d’évêque de Canathe, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale.

    Il fut sacré dans la cathédrale de Saïgon, le 24 août de la même année par Mgr Colomhert. Peu de jours après, il partit pour Hué où il arriva aux débuts de septembre.

    Le genre d’apostolat assez spécial dont Mgr de Canathe avait été chargé dans la mission de Cochinchine occidentale, ne l’avait préparé que d’assez loin à une situation d’autant plus difficile, que la mission dont il prenait la direction différait en beaucoup de points de celle où il avait séjourné pendant une quinzaine d’années.

    Cet état de choses ne lui échappa point. Mais comptant sur Dieu et sur le concours de son clergé, il se mit courageusement à la besogne. Persuadé qu’aucune exhortation ne vaut le bon exemple, il résolut, après avoir consacré quelques semaines à entretenir ses prêtres et à recevoir les dignitaires des différents districts, de se rendre dans une chrétienté dont. l’insalubrité avait empêché tout missionnaire d’y résider à poste fixe. Il y demeura quinze jours, et revint assez fatigué, mais heureux d’avoir instruit quelques enfants et vécu au milieu des fidèles, dont il n’oublia jamais le dévouement et la simplicité.

    Il se prépara ensuite à faire sa première tournée de confirmation. Il l’avait à peine commencée, qu’il apprit que le feu venait de détruire les maisons nouvellement construites de la ferme de Batruc. C’était un désastre irréparable au point de vue matériel, et l’anéantis-sement des espérances fondées par Mgr Sohier sur 1’installation de cet établisse­ment, destiné à fournir des ressources à la mission qui en manquait complètement. « Dominus dedit, Dominus abstulit. Que la sainte volonté de Dieu soit bénie », dit simplement l’évêque, et il continua sa route, comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé.

    Cette soumission entière à la Providence était un des traits caractéristiques de la physionomie morale de Mgr Caspar. Il aura souvent l’occasion de la pratiquer pendant son long épiscopat, auquel les épreuves de tous genres ne furent pas épargnées.

    Une des plus dures fut celle qui suivit la prise de Thuanan, au mois d’août 1883 et la mort du roi Hiephoa, empoisonné par les mandarins à cause de ses relations amicales avec le représentant de la France à Hué. Pendant un mois, du 30 novembre à la fin décembre, toutes les chrétientés de la province de Thuathien furent entourées de bandes soudoyées par les mandarins et prêtes à massacrer les missionnaires et les chrétiens. Certaines d’entre elles, plus avides de pillages, commencèrent même, sans ordre officiel, leur sinistre besogne, et en moins de trois jours toutes les chrétientés situées sur la route mandarinale entre Tourane et Hué, furent pillées, incendiées, et presque tous les habitants massacrés.

    Pendant ce mois, Mgr Caspar, renfermé dans l’évêché d’où il ne pouvait sortir sans danger de mort, apprenait les plus mauvaises nou­velles et sa situation était d’autant plus douloureuse, que ceux qui auraient pu l’améliorer, affectaient de ne pas croire à ses paroles et semblaient ne vouloir ajouter foi qu’à celle des ennemis des chrétiens. Enfin, la prise de Sontay au Tonkin et la retraite des Chinois à la solde de l’Annam mirent fin aux affreux malheurs qui, pendant un mois, n’avaient laissé aucun repos à l’évêque.

    Cependant ces jours mauvais devaient être suivis de plus pénibles encore, lorsque deux ans plus tard, après le guet-apens de Hué, et l’occupation de cette ville par les troupes du général de Courcy, des massacreurs aux ordres des régents de l’Annam, Tuong et Tuyet, se levèrent de tous côtés, dévastèrent la mission de Cochinchine orientale, et continuèrent leur œuvre de destruction dans la province de Quangtri et dans une grande partie de celle de Quangbinh, c’est-à-dire dans les deux tiers de la mission de Hué. Partout où ces bandes passaient, pas une église, pas une une maison chrétienne n’échappaient à l’incendie ; dans la seule province de Quangtri, en une semaine, 5 prêtres indigènes et plus de 7.000 chrétiens furent ou brûlés, ou noyés ou massacrés.

    Notre pauvre et chère mission paraissait anéantie et anéantie pour toujours, les Annamites païens le disaient, bien des Européens le répétaient : le catholicisme était mort en Cochinchine septentrionale, il n’y ressusciterait jamais. Malgré leur douleur, l’évêque et missionnaires gardaient en l’avenir un invincible espoir, et dès que la tempête se calma, ils travaillèrent à le réaliser. Mgr Caspar donna des ordres pour rechercher les chrétiens échappés au fer des massacreurs, afin de les ramener dans leurs villages et de reconstituer les paroisses.

    Mais où prendre des ressources pour aider ces malheureux à refaire leur maison, à reconstruire leur chapelle ? Les autorités françaises et annamites, refusaient de venir à leur secours. Mais leurs cris de détresse avaient été entendus en Europe. Grâce à de généreuses aumônes des villages furent établis et des chapelles relevées ; et là où le fer et le feu n’avaient laissé que des cadavres et des ruines, s’élèvent aujourd’hui de belles églises au milieu de villages dont la population aug­mente chaque année.

    Ces terribles événements ne devaient pas hélas ! marquer la fin des épreuves de la mission de Cochinchine septentrionale ; des désastres causés par plusieurs typhons très violents jetèrent la désolation dans le vicariat. Deux de ces typhons ont laissé le plus sinistre souvenir. Le premier se produisit les 15 et 16 octobre 1897 ; il se fit sentir dans toute la mission et occasionna une famine dont les victimes se comptèrent par milliers. Le second, le 11 septembre 1904, n’éprouva que la province de Hué, mais les dégâts qu’il causa furent épouvantables ; maisons européennes, palais royaux, églises, pagodes, furent totalement ou en partie détruits. Quant aux cabanes de nos Annamites, rares furent celles qui échappèrent au cataclysme dont la force fut si grande qu’elle souleva et jeta dans le fleuve quatre des six travées du pont qui relie, à Hué, la ville française à la ville annamite. Or chaque travée de ce pont, construit par les usines du Creusot, était longue de 75 mètres. Parmi les victimes on compta le P. Dangelzer, provicaire de la mission et condisciple de Mgr Caspar au collège d’Obernai. Dans ces circonstances, notre cher évêque s’empressa de secourir les sinistrés, et son intervention, vigoureusement soutenue par son clergé, sauva la vie à des milliers de malheureux et permit de reconstruire ou de réparer provisoirement les églises et les maisons détruites ou endommagées.

    En lisant le résumé de ces épreuves, qui, pendant près d’un quart de siècle, se sont succédé dans la mission de Cochinchine septentrionale, on pourrait se demander si tout le temps et toute l’énergie de Mgr Caspar ne furent pas uniquement employés à réparer des ruines. Non, cet homme humble, silencieux, presque toujours renfermé dans son cabinet, marcha de l’avant et les progrès du catholicisme pendant son épiscopat furent importants.

    La première chose qui avait attiré son attention fut l’insuffisance, pour ne pas dire le manque complet, des ressources nécessaires au bon fonctionnement du vicariat. Pour porter remède à une pareille pénurie et pourvoir autant que possible aux incertitudes de l’avenir, il réussit, à force de volonté et de persévérance, à procurer à la mission la jouissance d’une certaine quantité de rizières, dont les revenus, s’ils sont loin de suffire à l’entretien de toutes nos œuvres, garantissent, au moins en grande partie, l’existence de nos séminaires.

    A son arrivée, notre vicariat ne possédait qu’un embryon de petit séminaire, où le nombre des élèves était plus ou moins grand et leur séjour plus ou moins long, suivant les ressources. Grâce aux mesures prises par Mgr Caspar et au concours des missionnaires chargés de cet établissement, les choses ne tardèrent pas à entrer dans une voie régulière, et le nombredes élèves augmentant chaque année, finit par atteindre le chiffre de 155. Si des circonstances moins favorables ont amené une sensible diminution dans ce chiffre, la discipline et les études ont été en s’améliorant, et aujourd’hui le petit séminaire d’Anninh est dans une situation aussi satisfaisante que possible.

    Le grand séminaire doit à Mgr Gaspar son existence et son installation définitive à  Phuxuan, à moins d’un kilomètre des remparts de Hué, dans une situation excellente. De cette maison, il a eu la consolation de voir sortir 50 prêtres indigènes dont 38 sont encore vivants.

    L’évêque voulut aussi faire profiter son vicariat de la présence de religieuses françaises. Il appela à Hué des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ; il leur confia l’établissement de la Sainte- Enfance qui prospéra rapidement, et une école dans la partie française de la ville de Hué. Après les Sœurs, les Frères des Ecoles chrétiennes, grâce à des pourparlers habilement conduits, vinrent se fixer à Hué où ils ont deux écoles florissantes, un noviciat, un juvénat, et une maison de retraite.

    Il désirait aussi ardemment la présence des Carmélites, il était de ceux qui croient, et il avait raison, à la fécondité de la prière et de la pénitence. Des circonstances indépendantes de sa volonté retardèrent l’accomplissement de ce désir (1).

    Ajoutez à ces œuvres les nombreuses conversions de païens, que l’évêque, s’il n’y travailla pas aussi directement que les missionnaires, aida de ses encouragements, de son influence et de ses ressources. De 1886 à 1906, 14 nouvelles paroisses renfermant plus de 200 chrétientés ont été fondées et définitivement constituées. Le nombre des chrétiens est monté de 18.000 à  plus de 60.000.

    Cet accroissement ne s’était pas opéré sans peines et sans obstacles ; et ceux qui, parmi nous, ont été avec leurs catéchumènes les victimes de la plus inique des persécutions administratives, ne perdront jamais le souvenir des angoisses qu’ils éprouvèrent, en voyant les défections d’un certain nombre de néophytes. Pendant ce temps, l’évêque avait à lutter contre les mêmes persécuteurs, qui s’acharnaient à lui enlever les quelques biens acquis par lui pour la mission. Heureusement la Providence prit nos affaires en main. Ceux qui nous traitaient en ennemis disparurent les uns après les autres, et nous eûmes la consolation de ramener beaucoup de brebis égarées et de remplacer avantageusement celles qui s’en sont allées.

     

    (1)  Aujourd’hui  réalisé.

     

    Ces travaux n’enlevaient pas complètement notre évêque à ses chères études : il publia des Homélies sur les Evangiles en 5 volumes, un Mois de Saint-Joseph, une Méthode d’oraison, etc.

    Par caractère et par tempérament, il était homme d’études ; lorsqu’il avait achevé les choses extétieures qu’exigeait son devoir, il revenait immédiatement à ses livres ; mais c’était des livres de travail et non de délassement. Il n’était abonné à aucun journal soit de la colonie, soit de France ou de l’étranger ; sa bibliothèque était uniquement composée d’ouvrages de philosophie, de théologie, de spiritualité, de sciences et de livres chinois, dont la lecture, grâce à la connaissance approfondie qu’il avait acquise des caractères, lui était devenue facile. Pour tout dire en quelques mots, Mgr Caspar était un évêque pieux, modeste, savant et qui, pour paraître ce qu’il était en réalité, n’aurait eu qu’à sortir de sa réserve ordinaire, ce qu’il crut devoir faire quelquefois, principalement en deux occasions que nous devons signaler .

    La première se présenta au mois d’août 1883. Le port de Thuanan, situé à une douzaine de kilomètres de Hué, venait d’être bombardé et occupé par l’amiral Courbet. Le roi d’Annam, Hiephoa, et ses mandarins se sentaient trop coupables vis-à-vis de la France pour être rassu­rés sur leur avenir ; ils redoutaient même grandement de paraître devant l’amiral qui, la veille du bombardement de Thuanan, avait éconduit, sans leur permettre de monter à bord du Bayard, les deux plénipotentiaires qu’ils lui avaient envoyés.

    Dans cette fâcheuse et difficile conjoncture, le gouvernement annamite ne vit qu’un homme capable de l’aider à aplanir les voies conduisant à une entente entre la France offensée et victorieuse, et l’Annam, naguère arrogant et aujourd’hui vaincu : l’évêque de Hué. Une députation fut envoyée à Mgr Caspar pour le prier, au nom du roi et de tous ses ministres, de vouloir bien acompagner et présenter à  l’amiral les mandarins chargés de solliciter la paix. Désireux de servir la France et d’épargner à l’Annam les horreurs de la guerre, l’évêque accepta­. L’amiral le reçut solennellement, entouré de son état-major, il voulut bien, à sa demande, écouter les plénipotentiaires annamites ; quelques jours plus tard, un traité reconnaissant le protectorat de la France sur l’Annam était signé à Hué par M. Harmand, commissaire du gouvernement français, et par Tuong, ministre des affaires étrangères de l’Annam. En reconnaissance de ce service, Mgr Caspar reçut la croix de la Légion d’honneur. Bien que très touché de cette distinction, je crois pouvoir  assurer qu’il n’en porta jamais ou bien rarement les insignes.

    En 1885, il eut une nouvelle occasion d’aider les représentants de la France à sortir d’une situation qui ne laissait pas d’être inquiétante. Après la prise de Hué par nos troupes, la fuite du roi et de toutes les autorités annamites, le général de Courcy se trouvait dans une posi­tion d’autant plus difficile que d’un côté, il ne savait à qui s’adresser pour renouer des relations diplomatiques, et que de l’autre le gouver­nement français ne voulait pas d’annexion. A ce moment critique, Mgr Caspar indiqua au général les moyens de se rendre maître de la personne de Tuong, premier régent du royaume, ce qui permit de reconstituer un gouvernement provisoire, et il désigna aux représentants de la France le prince le plus capable de remplacer le roi Hamnghi dont la déchéance était un fait accompli. Ce prince, intronisé sous le nom de Dongkhanh, se montra toujours l’ami dévoué et soumis de la France. C’est son fils qui, après deux règnes relativement funestes à la prospérité de l’Annam, tient actuellement les rênes du gouvernement sous le nom de Khaidinh.

    Les services que Mgr Caspar avait rendus dans ces circonstances difficiles étaient de grande importance. Mais ceux qu’il avait aidés étaient ou d’irréconciliables ennemis ou d’incapables amis ; aussi eut-il la douleur de voir Tuong exciter les païens à massacrer les chrétiens, et le général de Courcy refuser de venir en aide à ceux que l’on persécutait en haine de la France. Il lui resta la consolation, car c’est ainsi qu’on appelle le sentiment qui adoucit souvent assez mal l’amertume d’un  regret d’avoir inutilement voulu servir son pays et le royaume annamite.

    Près de 42 ans s’étaient écoulés depuis que l’évêque avait quitté la France, 26 ans depuis qu’il gouvernait la mission de Cochinchine septentrionale. Nous croyions le garder à notre tête longtemps encore, lorsqu’un jour il nous annonça qu’il partait pour Rome où il avait à traiter des intérêts de son vicariat. Son absence, disait-il, serait de courte durée, et il ne serait véritablement heureux que lorsqu’il aurait remis les pieds sur le sol de l’Annam. Malheureusement, il avait mal choisi l’époque de son voyage. Parti de Hué vers la fin septembre 1906, il arriva en France le 14 novembre, voulut faire quelques pèlerinages et visiter la famille de ses missionnaires. Il se fatigua outre mesure, et à peine arrivé à Rome,           au mois d’avril 1907, il tomba sérieusement malade. Il crut que jamais il ne pourrait recouvrer assez de forces pour regagner sa mission et surtout y reprendre sa vie de travail, et il remit sa démission entre les mains du cardirnal préfet de la Propagande qui ne l’accepta qu’avec de véritables regrets.

    Il profita ensuite d’une légère amélioration dans son état, pour se rendre en Alsace, d’où il croyait prendre bientôt le chemin d’un monde meilleur. La tranquillité, l’air natal et les soins assidus et dévoués d’une belle-sœur qui, depuis la mort de son mari, habitait seule et retirée dans la maison natale de l’évêque, lui rendirent assez de forces pour lui per­mettre de vivre encore une dizaine d’années. De loin comme de près, il prouva son attachement et son dévouement à la mission dont il avait été le bon chef. Lorsque sa belle-sœur mourut, il alla demeurer à 1’hospice d’Obernai, il y vécut dans la solitude et dans la prière, et hélas ! depuis le mois d’août 1914 dans quelles angoisses ! Dès lors nous ne connaissons plus que la date de sa mort : 13 juin 1917.

    Bien qu’éloigné de son vicariat depuis une dizaine d’années, Mgr Caspar n’y était pas oublié, il ne le sera pas de longtemps. N’ayant pas pu rendre les honneurs funèbres aux restes vénérés de son évêque, toute la mission de Cochinchine septentrionale a prié pour lui. Pendant plusieurs jours, je devrais dire pendant plusieurs semaines, des messes ont été célébrées et des prières récitées pour le repos de son âme dans toutes les églises et chapelles du vicariat, et au service solennel célébré dans l’église de Phucam, toutes les autorités françaises et annamites et les membres de la colonie européenne se sont fait un devoir de venir rendre un hommage mérité au saint Evêque et au bon Français que fut ce fils de l’Alsace.

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    • Numéro : 868
    • Pays : Vietnam
    • Année : None