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Jean CASET (1909-1983)

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      Né le 17 avril 1909, à Ordiarp-Lambarre, diocèse de Bayonne, Pyrénées-Atlantiques

      Entré aux Missions Etrangères le 9 septembre 1927

      Prêtre le 1er juillet 1934

      Destination pour Chengtu

      Parti pour Chengtu le 16 septembre 1934

      En Mission : Chengtu 1934-1950

      Expulsé de Chine le 29 novembre 1950

      Malaisie (Malacca et Penang) : 1952-1975

      Retraite à Montbeton : 1975-1983

      Décédé à Montbeton le 11 novembre 1983

     

    Voir cartes nos 7 et 7 bis

     

     

    Enfance et jeunesse

     

    Jean Caset naquit à Ordiarp-Lambarre, diocèse de Bayonne, le 17 avril 1909. Après ses études primaires à Lambarre, il entra au col­lège de Mauléon pour ses études secondaires. Au cours de ces années, son désir du sacerdoce et de la vie missionnaire s’affermit. Avec l’un de ses condisciples, il lit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères, le 25 juin 1927. Le supérieur du collège de Mauléon avait joint dans la même lettre une appréciation favorable sur les deux candidats. Aussi tous les deux furent-ils admis, dès le 27 juin, et tous les deux aussi entrèrent à Bièvres le 9 septembre 1927.

     

    Jean Caset a parcouru le cycle des études ecclésiastiques sans se faire remarquer : aspirant joyeux, ardent à la pelote basque. Pour ses études, il resta dans une moyenne honorable.

     

    Ordonné prêtre, le 1er juillet 1934, il reçut le soir même sa destination pour la mission de Chengtu en Chine de l’Ouest. Avec 26 autres jeunes missionnaires, il s’embarqua, le 16 septembre 1934, pour rejoindre sa mission. Le 14 octobre 1934, on signale son arrivée à Chungking, en attente d’un avion pour gagner Chengtu. Il dut donc arriver dans sa mission dans la deuxième quinzaine d’octobre.

     

     

    En mission

     

    Après quelques mois passés à l’évêché pour prendre contact avec les beautés et aussi les difficultés de la langue chinoise, il fut envoyé, au début de 1935, à Moutchang, avec le P. Gabriac. Sa principale occupation fut de continuer l’étude de la langue. On peut dire, dans un certains sens, qu’il avait « la bosse » des langues. Il distingua facilement les divers tons du chinois et, comme il aimait beaucoup parler, il fit de rapides progrès dans la langue parlée. La preuve en est que dès la mi-1936, il est affecté au poste de Houang Ma Se pour remplacer le P. Lyet appelé au grand séminaire de Chengtu, au lieu et place du P. Dedeban, rappelé à Paris pour être directeur et professeur au séminaire. Mais le séjour dans ce poste ne lui fut pas favorable ; le climat ne lui convenait pas. Il fut obligé de faire plusieurs séjours à l’hôpital. C’est pourquoi il fut transféré en 1940 à Kien Yang, ville située au sud-est de Chengtu, sur la route qui relie cette dernière ville à Chungking, capitale de la province et grand port fluvial sur le Haut Fleuve Bleu. La chrétienté n’était pas très nombreuse, mais le P. Caset ne se renferma pas dans sa maison. Il circulait beaucoup dans la ville, abordait les gens dans la rue. La chronique de Chengtu rapporte que tout le monde connaissait le P. Caset. Pour diriger les non-chrétiens vers la vraie foi, il créa une salle de lecture qui fut très fréquentée. Il mettait à la disposition du public des livres qu’il recevait de Hongkong. Ce genre d’apostolat eut beaucoup de succès et il est possible que des conversions auraient eu lieu, peu à peu, si les événements n’étaient venus entraver l’action du P. Caset. Les communistes, en effet, avaient déjà occupé le pays. Le P. Caset fut victime d’un premier incident. En avril 1942, deux soldats pénétrèrent dans son jardin. Le P. Caset les pria de sortir. C’est alors que l’un d’eux prit un gros caillou et le lança à la figure du Père qui fut atteint au front et perdit connaissance. Alors les soldats se mirent à le frapper brutalement. Heureusement les chrétiens se portèrent à son secours, mais le P. Caset fut obligé d’aller se faire soigner à l’hôpital de Chengtu. Il y passa un bon mois et en sortit avec une cicatrice qu’il devait garder toute sa vie. Revenu à Kien Yang, il continua son apostolat sans difficulté spéciale. En avril 1950, il signale qu’il est bien en paix. Mais les choses vont changer. Dans une interview, il raconte lui-même ce qui s’est passé le 5 mai 1950. « Le matin du 5 mai, je reçus la visite de deux jeunes filles qui commencèrent à se plaindre de leur misère et à murmurer contre le régime. Elles me demandèrent ce qu’il fallait faire et, bien innocemment, je leur conseillai de quitter la province. C’était largement suffisant pour faire emprisonner un homme. Le soir même, j’étais convoqué à la police : les deux filles étaient des indicatrices à la solde du Régime et elles avaient fait leur rapport. Pendant plus de quatre heures, le chef de la police me « cuisina ». Mais je n’avais rien à avouer qu’il ne sût déjà. Pour finir, il me dit : « Au nom du Christ je te mets en prison. » Quelques jours après, le P. Caset fut transféré à la prison de Loushien, ville de la Mission de Ipin où résidait le P. Grasland. C’était le 9 mai 1950. Le P. Grasland alla le voir assez souvent pour lui porter des habits et de la nourriture, car le régime de la prison n’était pas très substantiel. Mais ils avaient défense de parler « américain » ; les deux Pères s’entretenaient donc en chinois devant les policiers. Un jour, le P. Grasland eut l’occasion de rencontrer le juge. Il lui demanda pourquoi le P. Caset était en prison. « Pourquoi ? répondit le juge. Mais c’était un chef de brigands ; il a soulevé les rebelles contre le Gouvernement, dans toute la région de Kien Yang. » Bien entendu, le juge ne croyait pas un seul mot de toute cette « histoire ». De fait, il y avait eu des soulèvements, mais c’était contre les exactions commises par les soldats communistes. Tout cela n’avait rien à voir avec le P. Caset. Les semaines et les mois passaient et le sort du P. Caset n’était toujours pas fixé. Ce n’est qu’en novembre 1950 qu’il fut jugé et expulsé. Mais, pendant ses mois de prison, le P. Caset ne perdit pas son temps. Il continua son apostolat. Voici ce qu’il dit lui-même dans l’interview citée plus haut : « Je puis vous dire que pendant mon séjour en prison, j’ai baptisé sept Chinois : des mandarins, des chefs de maquis, des intellectuels. Autant de gens qui avaient compris que l’un des points essentiels du christianisme est de souffrir en union avec le Christ. Je me souviens encore de ce grand type, un général de la Résistance, que j’ai baptisé trois jours avant sa mort ; au moment où on l’emmenait au mur d’exécution, les fers aux pieds, il se retourne vers notre groupe, fait un grand salut de la main et dit très calme : “Mes amis, adieu, au ciel”. »

     

    Après la sentence d’exécution, le P. Caset fut dirigé vers Chungking et de là vers Hongkong. Quelques jours après, il partait pour la France. Lui qui avait décidé de « mourir debout » (comme il disait), sur la terre de Chine, fut bien obligé de quitter ce pays et ses chers Chinois. Mais il devait en trouver d’autres dans un autre pays.

     

     

    Malacca – Penang

     

    Après quelques mois de repos en France, il fut affecté à la Mission de Malacca. Le 9 mai 1952, il s’embarquait pour son nouveau champ d’apostolat où il travailla de 1952 à 1975.

     

    En 1952, toute la Malaisie, c’est-à-dire ce que l’on appelle aujourd’hui la Malaisie proprement dite et Singapour, ne faisait qu’un seul diocèse, une seule mission sous la direction de l’évêque qui résidait à Singapour. C’est en 1954 qu’eut lieu l’érection de l’archidiocèse de Singapour et des diocèses de Kuala-Lumpur et de Penang. Plus tard, un autre diocèse – celui de Malacca-Johore – fut encore constitué en Malaisie proprement dite.

     

    En Malaisie, le P. Caset fut d’abord affecté au poste de Sungei Siput, non loin d’Ipoh chez les chrétiens chinois hakkas. Il se mit au travail avec entrain. Il ouvre un jardin d’enfants, répare l’église. En 1957, il ouvre une salle de lecture et une école du soir, comme il l’avait déjà fait en Chine, car il était persuadé de l’efficacité de l’apostolat par le livre. De plus, cette salle de lecture, bien fréquentée, lui donnait l’occasion de rencontrer beaucoup de gens et d’entrer en relation avec eux. C’était un moyen d’approche des non-chrétiens. En 1960, il agrandit l’église puis, les travaux terminés, il prit son congé en juin 1961. A son retour, en 1962, il est quelque temps vicaire dans une paroisse indienne, à Silibin Ipoh. En 1963, il est envoyé sur la côte Est, à Kota Baru. Il dirige la paroisse pendant le congé du curé, le P. Tavennec, et prépare la construction de l’église. En effet, la grande affaire à Kota Baru, c’est la construction de l’église qui fut terminée en 1965. En 1966, le P. Caset reçoit une nouvelle affectation : il devient vicaire d’un Père chinois, curé de Balik Pulau, dans l’île de Penang. Mais il est vivement regretté à Kota Baru, à cause de son entrain et de son humeur joviale.

     

    En 1968-1969, il est de nouveau affecté dans l’est du diocèse, non loin de Kota Baru, à Kuala Krai. Son poste est le plus difficile d’accès. Pratiquement, une seule solution commode : prendre l’avion de Penang à Kota Baru, puis gagner Kuala Krai par la route. Son poste n’est pas un palais : c’est un vieux bungalow ; l’étage est affecté à la chapelle et au logement du Père. Le rez-de-chaussée est utilisé pour un jardin d’enfants. Mais le P. Caset n’a pas perdu sa bonne humeur pour autant, et il forme de grands projets. Avant de se lancer dans leur réalisation, il prend son congé en France, du mois d’avril au mois de décembre 1970. A son retour, il regagne son poste de Kuala Krai. Ce ne sera pas pour longtemps, car il est envoyé de nouveau sur la côte Ouest, à Tapa.

     

    C’est pendant son séjour à Tapa qu’il fut victime d’un tragique accident de voiture. Il était allé à une réunion à Ipoh. Sur le chemin du retour, la voiture – qu’il ne conduisait pas – heurta pendant la nuit un camion mal garé et sans feux sur le bord de la route. Le choc fut violent. Le P. Caset fut atteint à la tête, sans qu’il y eût toutefois aucune blessure. Il resta dans le coma plusieurs jours et lorsqu’il reprit connaissance, il ne se souvenait de rien. On espérait qu’au bout de quelques semaines son état s’améliorerait, mais il n’en fut rien. Il était donc totalement incapable de tenir un poste. Le médecin, consulté, préconisa un retour en France. Il arriva à Paris le 21 novembre 1975. Ce n’était plus du tout le P. Caset que nous avions connu. Il avait l’air complètement « perdu » ; à peine reconnaissait-il les confrères. Lui, si infatigable causeur, ne disait presque plus rien. Après quelques jours de repos et une visite médicale, les supérieurs décidèrent de l’envoyer à Montbeton, où il arriva le 11 décembre 1975. Dans le choc de l’accident, son cerveau avait subi quelques lésions et son état se détériora peu à peu. Pendant quelques années, il put encore concélébrer la messe avec la communauté. A deux reprises, il put même aller passer quelques jours dans sa famille. Mais la détérioration du cerveau se poursuivait sournoisement. Insensiblement ses facultés s’altérèrent. Sa santé physique aussi se dégrada. Après quelques jours d’agonie il s’éteignit paisiblement le 11 novembre 1983.

     

    La fin de sa vie, avec perte de ses facultés, ne doit pas nous faire oublier que le P. Caset a été effectivement sur le terrain pendant 41 ans, et que partout il a travaillé avec enthousiasme, aussi bien en Chine qu’en Malaisie. Partout où il a exercé son ministère, il a laissé des regrets, car il était très près des gens.

     

    Un témoignage autorisé venant de Malaisie nous donne des précisions sur le caractère du P. Caset. « Il était l’homme des contacts et de l’amitié. Il était simple dans ses manières – trop simple diront certains – et il prenait l’initiative de la conversation. Une plaisanterie, une question accompagnée souvent d’un grand éclat de rire, et le nouveau venu se trouvait intéressé ou pour le moins interloqué. Cet étranger, plutôt petit et bien planté sur ses jambes, aux yeux rieurs et malicieux et qui maniait avec assurance le chinois terre à terre et souvent truculent de l’homme de la rue, étonnait toujours. Quelque chose passait et le P. Caset s’était fait un nouvel ami, et bien des fois il s’agissait d’un non-chrétien.

     

    Notre Basque n’était pas l’homme de la paroisse ghetto ou du missionnaire en résidence. Ne le cherchez pas au presbytère. Ses confrères de Chine étaient sûrs de le trouver dans une maison de thé. A Kota Baru, son quartier général était le pont, un pont nouvellement construit et qui était devenu le lieu de promenade de bien des gens. Tous les soirs, le P. Caset faisait les cent pas et élargissait son cercle d’amis et d’amis du Seigneur ; car on le connaissait comme prêtre et, avec aisance, parfois même avec audace, il parlait de Dieu dans des circonstances où beaucoup d’autres se seraient tus ! Manque de discrétion ou simplicité évangélique, le Seigneur seul peut le dire.

     

    Pour les confrères passant chez lui, l’accueil était toujours sympathique. Bonne table et bonnes histoires, dans un presbytère aux commodités plutôt relatives. Le P. Caset ne cherchait pas ses aises. Le repas de midi suivi d’un essai de sieste, sous un toit de zinc, ressemblait facilement à un bain turc. Mais on était entre amis et les éclats de voix du maître du lieu appelant son cuisinier étaient vraiment typiques. Pour parvenir à s’endormir, on pouvait feuilleter quelques numéros des Études, revue plutôt “huppée” à laquelle, semble-t-il, il était le seul confrère de Malaisie à être abonné ! Rien n’étonnait chez le P. Caset.

     

    Ce qui reste parmi nous, c’est cette abondance de vie et d’amitié qu’on trouvait chez lui et qu’il savait offrir à tous, d’une manière qui souvent surprenait, mais aussi enchantait bien des fois... »

     

    Cette facilité de contact lui fut fatale en Chine. Dans sa simplicité et sa droiture, il ne soupçonnait personne, ne se méfiait de personne. A Kien Yang, il recevait beaucoup de visites, surtout des étudiants et des étudiantes. Il parlait librement avec ses visiteurs, ne se doutant pas que ces jeunes étaient des espions. C’est cela surtout qui lui valut d’être arrêté et emprisonné pendant plusieurs mois.

     

    Une autre qualité du P. Caset était sa bonté. Il était toujours prêt à rendre service, dans la mesure où il le pouvait, et à donner sans calcul. Quelques séminaristes chinois, venus de Chine continentale, et élèves au collège de Penang demandèrent à quitter le séminaire, car ils estimaient ne pas avoir la vocation au sacerdoce. Évidemment, on ne les jeta pas à la rue. On leur chercha des places de catéchistes dans diverses paroisses et le P. Caset fut heureux d’en accueillir quelques-uns.

     

    Avec des moyens humains qui ne semblaient pas brillants, le P. Caset a bien rempli sa tâche et vécu une vie sacerdotale fructueuse. Dommage qu’elle ait été si brutalement interrompue par cet accident de voiture en Malaisie. Le Seigneur a ses desseins sur chacun de nous. Le P. Caset a travaillé en Chine et en Malaisie pendant quarante et un ans. Il a souffert dans sa retraite pendant huit ans. Tout cela nous donne à penser qu’il a été bien accueilli au ciel.

     

    Ses obsèques eurent lieu à Montbeton le 14 novembre 1983. C’est le P. Millacet, ancien missionnaire de Chungking qui prononça l’homélie. Le P. Caset repose au cimetière de la communauté, au milieu des anciens missionnaires de Chine et de Malaisie.

     

     

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    • Numéro : 3522
    • Pays : Chine Malaisie
    • Année : None