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René CARTREAU (1848-1917)

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    M. CARTREAU, René, né à La Chapelle-Saint-Laud (Angers, Maine-et-Loire), le 30 mars 1848. Entré tonsuré au séminaire des Missions-Etrangères le 2 septembre 1871. Prêtre le 20 septembre 1873. Parti pour la Birmanie méridionale le 5 novembre 1873. Mort à Kanazogon le 1er mai 1917.

    M. Cartreau naquit le 30 mars à La Chapelle-Saint-Laud, diocèse d’Angers, de parents foncièrement chrétiens. Dès le lendemain, il fut présenté aux fonts baptismaux où il reçut le nom de René. Distingué de bonne heure pour sa piété par son curé, il fut envoyé au petit séminaire de Mongazon. Pour s’astreindre à une vie plus parfaite et appartenir davantage à Celui à qui il voulait déjà se donner en entier, il se fit recevoir dans le Tiers-Ordre de Saint-François, à 19 ans ; en 1867. Dès ce moment sa vocation à l’apostolat se manifesta claire-nient. Cependant, sur un avis de son directeur, il se décida à passer un an au grand séminaire d’Angers, avant de faire sa demande aux Missions-Etrangères.

    D’ailleurs en réponse à la lettre que, quelques mois plus tard, il adressa au séminaire de la rue du Bac, le vénérable M. Delpech lui conseilla de terminer son année au grand séminaire d’Angers. Peu après, la guerre éclata et à ses nouvelles instances, le P. Delpech répondit : « Ne vous laissez pas aller à la préoccupation touchant l’époque de votre venue à Paris. Ce jour bienheureux, vos supérieurs comme vous l’appellent de leurs vœux les plus ardents. »

    Lorsque Mgr Freppel engagea ses séminaristes, qui n’étaient pas encore dans les Ordres sacrés, à prendre du service militaire, M. Car­treau n’hésita pas ; il prit rang parmi les volontaires de Cathelineau et y conquit le grade de sergent. Un fait nous dira son courage. « Le mardi soir de la bataille de Mans, a raconté un de ses compagnons d’armes, après avoir passé la journée à la défense du pont de Fatines, nous étions au repos à l’abri d’un petit bois, lorsque soudain le colonel Hachette arrive à cheval, les vêtements en désordre, sans képi : « Mes amis, crie-t-il, six hommes de bonne volonté pour faire honte à mes lâches ; c’est la mort à peu près certaine, qui est-ce qui veut ve­nir ? » Il n’avait pas achevé que déjà huit hommes étaient près de lui, et parmi eux se trouvait l’abbé Cartreau, il était environ quatre heures du soir. Guidés par le colonel, nous nous élançons au pas de course, marchant littéralement sur les soldats du régiment qu’il commandait. Tous les hommes de ce régiment, affolés par les balles prussiennes, étaient couchés dans la neige, à l’exception de quelques officiers et sous-officiers. Malgré les coups de crosse que nous ne leur ménagions pas, il était impossible de les faire se relever. Le colonel nous mena à cinquante mètres en avant de ce régiment, d’où nous pouvions voir les Prussiens dans un bois à deux cents mètres environ :  « Mes amis, nous dit-il, vous ne tirerez que quand les Prussiens seront à la base du coteau, puis vous vous jetterez sur eux, tête baissée, à la baïonnette. » A ce moment un petit frisson nous passa dans le dos ; mais ce ne fut pas pour longtemps. Bientôt la nuit survint ; enfin vers huit heures un quart, l’ennemi lançait une grande fusée rouge, puis plus rien. On vint nous relever, il était temps, nous étions au trois quarts gelés. Le lendemain tous ces hommes furent cités à l’ordre de l’armée, ils le mé­ritaient bien. »

    Dès que la paix fut signée, M. Cartreau entra an séminaire des Missions-Etrangères. Quelques-unes de ses notes de retraite nous diront les meilleurs de ses sentiments :

    « O Seigneur Jésus, écrivait-il à sa retraite de 1871, je vous sacrifie ma volonté et tout mon être, bien résolu que je suis à ne plus agir que selon votre divin plaisir. » Puis suivent ses résolutions minutieusement marquées pour avancer dans l’esprit de sa vocation. Cet esprit de renoncement va s’affermissant davantage ; aussi au moment de son ordination sacerdotale, on peut dire l’homme est transformé, il est prêt à tout : « Je vais partir, dit-il, aussi il est utile que je prenne de bonnes résolutions. Je promets donc :

    1º  Une fois parti de ne plus revenir jamais ;

    2º  D’obéir partout et en tout à mes supérieurs ;

    3º De supporter avec patience les peines que me causeront les hommes, comme aussi celles que je souffrirai soit dans mon corps, soit dans mon âme. A ce sujet, il est bon que je me rappelle qu’il ne faut pas trop écouter la nature qui se plaint sans cesse ; il faut lui dire en avant, le bon Dieu arrangera tout. Je ne gagnerai les autres à Jésus-­Christ, qu’autant que moi-même je lui appartiendrai. » A la veille de partir, pour affermir ses résolutions et obtenir la grâce d’une fidélité assurée, il avait formé, avec deux confrères qui lui survivent, une asso­ciation de prières « afin obtenir l’un pour l’autre jusqu’à la fin de notre vie la fidélité parfaite à la grâce de notre vocation et la persévérance dans la résolution de mourir plutôt que de jamais abandonner le champ de bataille, quelque souffrance ou rebut qu’il s’y puisse rencontrer. »

    Arrivé en Birmanie méridionale au mois de décembre 1873, il fut placé à Bassein pour y apprendre l’anglais, et quelques mois après à Myaungmya, où il trouve le P. Domingo Tarolli (1), un des vétérans de la mission cariane. Il y resta deux ans et fut ensuite chargé d’Ombinzu, à 40 milles environ au nord-est de Myaungmya. Si, dans sa jeunesse, il avait rêvé la vie dénuée de confort, il était servi à souhait. Une pauvre hutte constituait alors toute la résidence. Il ne s’en émut pas ; mais l’endroit lui paraissant mal choisi, exposé aux inondations, il alla s’installer sur l’emplacement un peu élevé d’une ancienne pagode, et y construisit une grande maison, qui servit d’école, de presbytère et de chapelle. Ensuite, il établit une ferme-modèle pour y élever des orphelins, qui seraient avec quelques vieilles familles la base de son nouveau village. Il acquit des champs, des instruments aratoires, les bêtes de trait nécessaires, et commença à aller de l’avant ; mais hélas ! un certain nombre d’orphelins le quittèrent peu à peu pour reprendre leur liberté paresseuse. En même temps il s’occupa des écoles et construisit, au prix de beaucoup de sacrifices, un couvent et un presbytère. Il avait bien appris le birman, il étudia le carian et même le tamoul afin de donner ses soins aux 200 catholiques indiens installés dans son district. En 1899 la mission de Kyontalok était solidement fondée.

     

     

    (1)  Prêtre séculier envoyé directement par le Saint-Siège pour évangéliser le royaume d’Ava.

     

     

    Quand le P. Bertrand mourut, Mgr Cardot, qui avait pu apprécier la valeur de M. Cartreau durant les 18 mois qu’il avait passés près de lui, au début de sa vie apostolique, le nomma à Kanazogon, poste bien établi, composé de 4.000 chrétiens. A peine arrivé, le missionnaire parcourut les nombreux villages de ce district, afin de se rendre un compte exact de leur situation. Il continua, d’ailleurs, pendant 10 ans, ces fréquentes et attentives visites d’administration. Il construisit un presby­tère et une école. Il fit tous ces travaux, sans jamais omettre la pratique du règlement qu’il s’était tracé : Debout à 4 h. ½ , en toute saison, il faisait une longue méditation, sa préparation à la messe, tous ses exercices de piété comme le plus édifiant des séminaristes. Dur pour lui-même, il vivait pauvrement, comme il l’avait fait à Kyontalok au début de son apostolat et quand on le plaisantait sur son régime : « Oui, disait-il en riant,mais c’est à ce régime-là que je dois de bien me porter. »

    Sa charité était parfaite. Y avait-il quelque prêtre affaibli ou malade, il s’offrait à le prendre à sa charge, et sa patience à le servir ne se fatiguait jamais. On savait d’avance qu’il se ferait un plaisir d’aider un confrère et sa bonne grâce dans ces circonstances aurait facile­ment fait supposer qu’il était lui-même l’obligé. Il avait toujours un mot pour excuser les fautes.

    Cependant l’âge commençait à se faire sentir. On le voyait à sa démarche lente, un peu traînante ; il en accusait la guerre de 1870, mais ses intimes s’apercevaient que les jambes n’étaient pas seules à faiblir ; ses facultés également diminuaient ; lui-même le constata en 1912. Alors, il appela son vicaire, et lui confia l’administration entière du district : « Je ne suis plus bon à rien, lui dit-il, prenez ma charge ; j’essayerai de vous aider un peu. » Quelques chutes légères qu’il fit dans sa chambre augmentèrent ses craintes, il n’osait plus sortir que soutenu par un chrétien. Au début de 1915, il demanda son confesseur extraordinaire et fit sa confession générale. Il s’éteignit le mardi matin 1er mai 1917.

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    • Numéro : 1179
    • Pays : Birmanie
    • Année : None