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Jean-Marie CARTON (1848-1906)

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    M. Jean-Marie Carton naquit à La Renaudie, canton de Courpière (Clermont, Puy-de-Dôme), le 16 mars 1848. Après avoir fait ses humanités au collège de Billom, il entra au grand séminaire de Clermont-Ferrand pour y suivre les cours de théologie. Ordonné prêtre le 30 novembre 1872, il fut nommé vicaire de la paroisse de Ris. Depuis longtemps, il aspirait à dépenser son zèle dans une sphère plus large.

    L’état précaire de sa santé ne lui permettant pas de réaliser immédiatement son désir de se consacrer aux missions étrangères, il demanda et obtint une place parmi les missionnaires de son diocèse. C’était un bon noviciat. M. Carton parcourut les paroisses, prêchant missions et retraites, entendant les confessions. Dieu seul sait le bien accompli par le zélé missionnaire durant cette période, car l’humilité le maintint toujours muet sur ce sujet. Après avoir ainsi travaillé pendant quatre ans, le missionnaire diocésain alla frapper à la porte du Séminaire de la rue du Bac. Il fut admis et, après un an de noviciat, ses supérieurs le désignèrent pour la mission du Su-tchuen occidental, où il arriva le 14 mars 1879.

     

    A trente et un ans, M. Carton dut redevenir écolier et apprendre la langue chinoise. Quelques mois d’étude suffirent pour le mettre à même de diriger une paroisse. En vingt-cinq ans, il administra successivement sept ou huit districts. Les changements fréquents de district ont leur bon et leur mauvais côté ; ils ont, par conséquent, leurs partisans et leurs adversaires. A ceux qui lui manifestaient leur étonnement de ses nombreux déplacements, M. Carton répondait par des arguments, qui n’étaient pas sans valeur au point de vue du bien des âmes, et qu’il appuyait sur son expérience du saint ministère en France. Quoi qu’il en soit, il passa partout en faisant le bien : matériellement, par la construction ou la restauration de quelques oratoires ; spirituellement, par son zèle à distribuer à ses ouailles les dons de Dieu.

    Il visita tour à tour la plaine et la montagne. A Tsong-kin-tcheou, district renommé pour l’aisance et la générosité des familles chrétiennes, M. Carton a laissé la réputation d’ami des pauvres. Il affectionnait les gens simples, les braves montagnards surtout, dont le pays lui rappelait le sien et plaisait à son âme poétique. Sur ses vieux jours, il aimait à raconter les délicieux moments qu’il avait passés dans la contemplation des merveilles de Iang-lieou-pa, région montagneuse, littéralement tapissée, au printemps, de rhododendrons en fleurs.

     

    Tout ne fut pas poésie dans la vie de notre regretté confrère. Lors de la persécution de 1895, il visitait une station de la sous-préfecture de Ta-i-hien. Il dut fuir devant les bandits, et s’en alla chercher un refuge auprès de M. Têtu, qui s’était caché à la campagne, chez une famille chrétienne, après la destruction de son église de Tsong-kin-tcheou. Privations matérielles, souffrances physiques et morales, tel fut le partage des missionnaires qui eurent l’honneur et la gloire de voir ces tristes jours. M. Carton supporta tout sans se plaindre, et sut trouver des paroles de consolation pour les chrétiens persécutés.

    La paix rétablie, il fut chargé de relever les ruines du poste de Ou-mien-chan ; et, le gros ouvrage achevé, Mgr Dunand le nomma au poste de Tee-iang. Il y accomplit son stage habituel de trois ans, et fut envoyé de là à Kouang-gan. Malheureusement, sa constitution, faible dès le début de sa carrière, avait déjà beaucoup souffert de l’âge, du climat et des privations inhérentes à la vie de missionnaire. Il sentait ses forces décliner, et il se vit bientôt incapable de diriger un district. Il demanda donc un poste de repos relatif et fut envoyé à Juên-tong-tchang. Il n’y fit que passer, car, au bout de quelques mois, il comprit qu’un repos absolu lui était nécessaire.

    En partant pour le sanatorium de Hong-kong, M. Carton nous fit des adieux qui laissaient peu d’espoir de retour. Son séjour à Hong-kong fut de courte durée et il continua sa route vers la France.

    Arrivé au pays natal, le bon air et les soins de sa famille lui procurèrent un grand soulagement. Mais l’hiver vint et le força à quitter précipitamment sa chère Auvergne. Il dut chercher un refuge sous le ciel plus clément du Midi, au sanatorium de Montbeton. Hélas ! ses jours étaient comptés et, malgré tout le dévouement qui lui fut prodigué, il s’endormit pieusement dans la paix du Seigneur, le 29 janvier 1906.

     

    Nonobstant les souffrances et les infirmités corporelles, dont sa vie fut remplie, M. Carton était un confrère joyeux et plein d’entrain. Nature délicate, il sentit vivement les épines dont le chemin de la vie est semé ; il goûta aussi les douceurs que la bonne Providence distribue libéralement à ses serviteurs.

    Homme de foi, comprenant les avantages de la vie intérieure, il vécut sans bruit, sous le regard de Dieu, travaillant à sa sanctification et à celle des âmes qui lui étaient confiées. Ceux qui ont eu le bonheur de le voir de près ont éprouvé les attentions délicates de sa charité fraternelle.

    Il n’a rien fait d’extraordinaire ; il n’a pas opéré des miracles de conversion parmi les païens, mais il a été fidèle dans les petites choses. Aussi espérons-nous que le bon Dieu lui a déjà donné la récompense promise au bon et fidèle serviteur : Serve bone et fidelis, intra in gaudium Domini tui.

     

     

     

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    • Numéro : 1380
    • Pays : Chine
    • Année : None