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Alexandsre CARDOT (1857-1925)

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    Mgr CARDOT (Alexandre) né à Fresse (Besançon, Haute-Saône) le 10 janvier 1857. Entré laïque au Séminaire des Missions-Étrangères le 11 septembre 1874. Prêtre le 20 septembre 1879. Parti pour la Birmanie Méridionale le 29 octobre 1879 ; Evêque de Limyre et Coadjuteur de la Birmanie Méridionale le 19 mars 1894. Mort à Moulmein le 18 octobre 1925.

     

    Alexandre Cardot naquit à Fresse (Haute-Saône), le 9 janvier 1857, de Charles Cardot et de Madeleine Jeanblanc. Il fut baptisé dès le lendemain. La famille Cardot était profondément chrétienne. Le père et la mère, chacun d’une famille de onze enfants, eurent eux-mêmes huit enfants dont Mgr Cardot fut l’aîné. Son père était à la fois forgeron et cultivateur.

    Dans cet intérieur de foi et de piété, le jeune Alexandre montra dès son jeune âge des signes de vocation : A six ans, il était déjà « grand’servant » de messe. A la maison, il s’essayait avec beaucoup de sérieux à dire la messe et même à la chanter avec préface et pater. Sa pieuse mère ravie, se souvenant des années où elle était chanteuse à l’église, l’encourageait et l’aidait même. Quant à son père, il disait en riant qu’il découvrait chez son petit Alexandre deux marques de vocation : il était gourmand et n’aimait pas à travailler de ses mains.

    Vers l’âge de 4 ans, il fut envoyé à l’école du village qu’il fréquenta jusqu’en septembre 1866. Le 16 avril de cette même année, il avait fait sa première communion. De ses dispositions à l’époque de ce grand acte, lui-même dit dans ses notes intimes : « Je me rappelle combien grande était ma ferveur et combien, selon le règlement que je m’étais fait, j’étais fidèle à lire chaque mois le petit livre-souvenir qu’on m’avait donné. Chaque mois aussi j’accompagnais ma mère à la confession et à la communion. »

    En novembre 1866, le jeune Alexandre commença le latin chez le vicaire de la paroisse. Depuis l’âge de sept ans, il rêvait non seulement  de devenir prêtre, mais aussi missionnaire. Il voyait chez sa grand ‘mère le portrait de Mgr Theurel dont elle parlait souvent. Elle lui avait donné à lire la vie du Père Chopard. Ces semences ne tombaient pas en terre ingrate. Pendant le carême de 1867, on lut à l’église la vie de Théophane Vénard ; le petit Alexandre fut enthousiasmé. Cette lecture confirma sa vocation de missionnaire qui, dit-il « devint plus nette et plus persévérante. Aussi, quand j’entrai au petit séminaire de Luxeuil, en novembre 1868, ce fut avec l’intention arrêtée de me faire missionnaire. Au cours de mes études, surtout de mes retraites annuelles que je fis toujours très sérieusement, cette intention ne fit que s’aviver. Je me souviens d’avoir, quelques fois pendant la nuit, pleuré à chaudes larmes en pensant d’avance à la peine que la séparation causerait à mes parents et à moi-même. »

    Le vicaire de Luxeuil l’avait poussé assez loin dans ses études de latin et il put entrer en quatrième à Luxeuil. Il était le plus jeune de sa classe et le resta d’année en année jusqu’à son entrée aux Missions-Étrangères.

    La guerre de 1870 vint interrompre le travail, Luxeuil dut être fermé. Néanmoins, pour empêcher les Allemands d’occuper l’établissement tout entier, on fit revenir un certain nombre d’élèves. Son oncle étant économe du séminaire, Alexandre Cardot fut un des premiers rappelés. Ils étaient dix-huit en tout. Sa classe ne comprenait que quatre élèves. Elle était confiée à un diacre plein de zèle et d’enthousiasme ; il faisait la classe dans sa chambre et il fallait travailler dur. Cependant le jeune Cardot usait et abusait même de cette sorte de droit naturel du jeune âge, le droit à l’espièglerie, dont l’exercice trop fréquent était suivi assez régulièrement de sévères pensums. A cause de cela sans doute, au grand désespoir de son oncle l’Econome, il ne fut jamais admis comme membre de la Congrégation de la Sainte Vierge à laquelle il avait cependant une très grande dévotion. « Je l’avais reçue de ma mère », dira-t-il plus tard.

    A Luxeuil, sa vocation missionnaire se trouvait dans un milieu très favorable. Les professeurs aimaient les missions et en parlaient souvent. Tous les ans on y organisait une loterie pour les petits Chinois de Mgr Guillemin. Vers la fin des vacances, Alexandre se donnait beaucoup de peine pour obtenir de parents et d’amis une petite somme qui partait presque tout entière dans cette loterie.

    Lorsqu’il quitta Luxeuil en 1872, Alexandre était bien décidé à entrer aux Missions-Étrangères de Paris, lorsqu’une grande épreuve vint frapper la famille Cardot et menacer la vocation du jeune étudiant. Laissons-le parler lui-même dans ses notes intimes : « Sur la fin des vacances, en octobre, mon pauvre père mourut à l’âge de quarante-cinq ans, après une courte maladie. Ce fut une terrible épreuve pour ma mère et pour nous tous. J’étais l’aîné ; étudiant pour la prêtrise, je ne pouvais lui être d’aucun secours, à moins de quitter le séminaire, ce que, dans sa grande foi, elle n’aurait jamais permis. Après moi venaient immédiatement trois filles ; le plus grand de mes frères avait sept ans, le plus jeune six mois. Mes oncles et mes tantes aidèrent ma mère et j’entrai au séminaire de Vesoul en novembre 1872. J’y passai les deux années réglementaires, étudiant la philosophie et les sciences mathématiques et naturelles. Ces deux années furent pratiquement le temps de ma préparation à entrer au séminaire des Missions. J’y pensai dès mon arrivée à Vesoul et je pris comme confesseur le vénéré M. Vuillemain à qui les aspirants aux Missions s’adressaient plus volontiers. Sur quarante-cinq élèves de ma classe, sept entrèrent au séminaire de Paris. Chaque mois j’allais entretenir ce saint prêtre de ma vocation. Nous étions quatre dans les mêmes sentiments et nous nous connaissions. Il fut décidé que j’entrerais au Séminaire des Missions. Après les examens, je dus aller en demander la permission au bon cardinal Mathieu qui me la donna sans hésiter. De fait, en me la donnant, il ne faisait pas une grande perte. Je fus admis au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. »

     

    Voilà donc notre nouvel aspirant partant en vacances, le cœur joyeux, mais non sans inquiétude sur ce qui allait arriver dans sa famille. Il était sûr que la femme de grande foi qu’était sa mère se résignerait aussitôt au sacrifice que Dieu lui demandait ; mais les oncles ? L’un d’eux avait supporté en partie les frais de ses études… De ce côté les difficultés s’aplanirent cependant. « Je rentrai, à Fresse, continue le futur missionnaire, pour préparer ma mère au grand sacrifice. Je n’oublierai jamais comment cette grande chrétienne, qui cependant comptait tant sur moi pour l’avenir, se résigna sans murmurer à ce qu’elle regardait comme la Volonté de Dieu. Elle versa d’abondantes larmes ; elle me pressa sur son cœur et me dit : « Va, mon enfant, puisque le bon Dieu t’appelle, Il ne m’abandonnera pas. Ce qu’il garde est bien gardé. » Ce fut tout. Elle m’aida à faire mes petits préparatifs de départ ; jamais elle ne me dit un mot pour me détourner de mon dessein. Jela quittai le 8 septembre. »

    Au Séminaire des Missions, l’abbé Cardot retrouvait de vieux amis de Vesoul qui l’y avaient précédé, entre autres, MM. Mossard et Robert. A la rentrée de 1874, il y avait, rue du Bac, 18 aspirants du diocèse de Besançon ; ils étaient les plus nombreux. Mgr Marcou partagea deux ans la même chambre d’aspirant que Mgr Cardot, et là se lia cette amitié qui devait durer toute la vie. En 1878, M. Cardot fut envoyé à Rome comme socius du procureur général, et c’est là qu’il fut ordonné diacre.

    Enfin, les grands jours du sacerdoce et du départ arrivèrent. Il fut désigné pour la Birmanie Méridionale, avec M. Freynet. Ils quittèrent la France en novembre et arrivèrent à Rangoon le 16 décembre 1879.

     

    Dès le lendemain de son arrivée en Birmanie, M. Cardot fut envoyé à Bassein pour apprendre l’anglais, sous la direction du vénéré M. D’Cruz. En mai 1880, il était transféré à Kyontelot, chez M. Cartreau, pour ses études de birman. Là, c’était la brousse dans toute sa réalité, et les souvenirs de Kyontelot comptèrent parmi les meilleurs de sa vie de mission-naire. De 1880 à 1883, M. Cardot fut déplacé plu­sieurs fois. Il fut d’abord nommé à la mission carianne de Bassein, puis à Rangoon à la paroisse de la Cathédrale, en 1882 ; en 1883, il fut de nouveau renvoyé à Bassein, et à la fin de l’année, il allait à Moulmein remplacer M. Gandon à la paroisse Saint-Patrick, où il demeura jusqu’à sa nomination de Coadjuteur de Mgr Bigaudet, en 1893.

    Curé pieux et zélé autant que savant et bon administrateur, il transforma en quelques années la paroisse de Saint-Patrick et en fit une paroisse modèle. Mgr Bigandet, que l’âge et les infirmités empêchaient de visiter la Mission, demanda un coadjuteur et le suffrage de tous désigna M. Cardot au choix du Saint-Siège. Il fut sacré en juin 1893, et quelques mois plus tard, quand survint, la mort de Mgr Bigandet en mars 1894, il prit en mains le gouvernement du Vicariat.

     

    La Mission était établie sur des bases solides : une vingtaine de ­postes ou paroisses avaient été créés et 27 missionnaires travaillaient avec de beaux succès à la conversion des infidèles. Cependant les 28.000 catholiques déjà enregistrés avaient besoin d’une organisation religieuse plus soignée et bien réglée. La principale préoccupation des missionnaires semblait être alors la conversion des païens. Mgr Cardot appela leur attention sur les soins spirituels qu’ils devaient donner aux chrétiens. Encore curé de Moulmein, il avait établi dans sa paroisse l’œuvre de l’Apostolat de la Prière et la dévotion au Sacré-Cœur, et l’expérience lui avait appris combien cette dévotion était puissante pour instiller la vie vraiment chrétienne dans l’âme des fidèles. Il en ordonna l’établissement dans tous les postes ; les membres s’enrôlèrent par milliers et la dévotion du premier vendredi du mois fut immédiatement suivie partout où résidait un missionnaire. Dans le même but, il fit établir des confréries comme celles du Saint-Rosaire, de la Sainte-Famille, et les nouveaux chrétiens prirent ainsi l’habitude de la prière et de la réception des sacrements.

    Pour mener de front ces œuvres de dévotion et la prédication de l’Evangile aux infidèles, le besoin d’un plus grand nombre de prêtres se fit sentir. D’autre part, la population catholique du Vicariat augmentait sensiblement chaque année. Mgr Cardot se rendit compte bien vite qu’il lui fallait immédiatement s’occuper de la formation d’un clergé indigène. Il n’y avait pas encore de séminaire, et 5 prêtres indigènes seulement, formés à Penang, travaillaient avec les missionnaires. L’ouverture d’un séminaire fut décidée ; on l’établit à Moulmein, dans une vaste maison et sur un terrain généreusement offerts par M. de Chirac, et de cette maison provisoire sont sortis déjà 32 prêtres et 18 théologiens actuellement à Penang. Le désir d’avoir vite des auxiliaires fit, peut-être, que ce clergé ne reçut pas toute l’instruction qu’il eût été désirable de lui donner, mais en général il est bon et, encadré de missionnaires européens, il rend de très grands services. Le bon évêque qui postulait la perfection de toute œuvre même dans ses commencements, exagérait donc lorsqu’il disait sur la fin de ses jours : « J’avais rêvé d’avoir en mon clergé indigène une couronne de roses et je n’ai qu’une couronne d’épines. »

    Une des premières préoccupations de Mgr de Limyre fut l’éducation de la jeunesse. Dans les villes, les écoles confiées aux religieux et religieuses étaient déjà florissantes ; mais on ne pouvait en dire autant de celles des campagnes. On en trouvait bien à peu près partout aux résidences des missionnaires, mais les instituteurs et institutrices qui les tenaient, rares d’ailleurs, n’avaient reçu aucune instruction pédagogique. Monseigneur ouvrit une école normale de garçons qui, dès le début, prit sa place à la tête des Institutions similaires de Birmanie ; en trente ans, elle a donné à la Mission plus de 200 instituteurs possédant leurs certificats élémentaires, secondaires ou supérieurs. Une école normale de filles suivit de près celle des garçons avec le même succès. De plus, Monseigneur fonda une congrégation de reli-gieuses indigènes dont tous les membres doivent prendre leurs certificats de pédagogie avant d’entrer au noviciat. Grâce à ces institutions, il fut facile d’ouvrir des écoles sur tous les points du Vicariat, et de 59 qu’elles étaient en 1894 avec 3.000 élèves, elles sont aujourd’hui 161 et 11.823 élèves.

    Les œuvres de charité étaient non moins utiles au développement de la Mission. Mgr Cardot tourna ses regards vers les Petites Sœurs des Pauvres qui lui furent d’abord refusées. Il continua les pourparlers et enfin en 1897, il en obtint quelques-unes qui commencèrent à recueillir des vieillards, dans une modeste maison à côté de la cathédrale. L’œuvre fut très appréciée du public, des païens comme des chrétiens. Il fallut bâtir, puis agrandir, et aujourd’hui les Petites Sœurs des Pauvres possèdent une magnifique maison où elles donnent l’hospitalité à 200 vieillards des deux sexes.

    Emu par la misérable condition des lépreux si nombreux en Birmanie, Mgr Cardot songea à leur procurer aussi un asile. Le Gouvernement encouragea le projet et accorda dans un faubourg de Rangoon le terrain nécessaire. En 1898, les bâtiments étaient prêts à recevoir les malades. Monseigneur, qui revenait alors d’une visite ad limina, amena avec lui neuf sœurs  Franciscaines Missionnaires de Marie et l’asile fut ouvert. La moyenne des lépreux qui y sont traités est de180.

    Mgr Cardot songeait aussi à remplacer la vieille église qui servait de cathédrale par un monument digne de ce nom. En bon diplomate qu’il était, il obtint du Gouvernement le terrain nécessaire, ainsi que l’autorisation de vendre celui qu’on occupait alors et qui avait une grande valeur. Il réalisa de ce chef une somme importante, une souscription fut organisée et lui-même alla quêter dans toute la mission. Il eût de plus la bonne fortune d’obtenir de Paris un nouveau missionnaire, M. Janzen, qui avait quitté sa profession d’architecte pour se vouer aux Missions. L’œuvre fut menée à bonne fin et la cathédrale de Rangoon est aujourd’hui, dit-on, la plus belle de nos missions.

    En vue d’obtenir un clergé modèle observateur des saints canons et des règles de la liturgie, dans le but aussi de créer l’uniformité de vues et d’action parmi ses missionnaires, Monseigneur avait pendant dix-huit ans, à chaque retraite annuelle, donné des directions et des avis pleins de sagesse. Il les réunit pour en former un « Directoire » pour la Mission. Ce précieux « Vade mecum » coûta beaucoup de travail à Mgr Cardot, mais c’est une œuvre de très grande valeur qui, avec l’érection de sa cathédrale, perpétuera son nom et sa mémoire dans la Mission de Birmanie.

     

    A cet aperçu des actes importants du long épiscopat de Mgr Cardot et de son rôle d’administrateur, nous devons ajouter quelques traits caractéristiques qui fassent revivre parmi nous cette belle figure d’évêque missionnaire,

    Mais le portrait serait incomplet si nous passions sous silence certaine faiblesse de cette nature ardente, qui se traduisait par des accès d’impatience devenus légendaires dans la mission. Il le reconnaissait lui-même, aussi ne pensons-nous pas manquer de respect à sa mémoire en les signalant dans cette notice. Ces impatiences, il suffisait pour les provoquer d’un léger retard, d’un oubli, d’une distraction, d’une lenteur, d’une négligence ; la solennité des circonstances, à la sacristie, à l’église, à l’autel, n’en arrêtait pas les effusions. Les minis-tres n’avaient qu’à laisser passer l’orage et attendre « patiemment » la manifestation d’une humeur plus sereine. Malheur au confirmand qui ne se présentait pas d’une façon convenable, dont les cheveux tombaient un peu trop sur le front ; le soufflet liturgique s’accentuait alors très sensiblement et perdait beaucoup de cette légèreté que prescrivent les rubriques.

    Ces « sautes d’humeur » fréquentes mais passagères, donnaient du relief, comme les ombres à un tableau, aux qualités éminentes qui le faisaient aimer. Mgr Cardot avait un cœur d’or. C’était un père plutôt qu’un supérieur. Il s’intéressait à nos travaux, à nos œuvres, nous aidait dans nos difficultés, nous consolait dans nos épreuves. Il savait donner un bon conseil, dire une parole d’encouragement. Nos santés étaient également l’objet de sa sollicitude : il assurait aux malades tous les soins que réclamait leur état ; à ceux qui étaient simplement fati-gués, il ordonnait le repos ou la villégiature dont ils avaient besoin.

    Il était d’un rare désintéressement. Sa générosité ne connaissait pas d’autres limites que celles de ses moyens. On ne saura jamais les aumônes qu’il a faites. Le 25e anniversaire de sa consécration épiscopale fut l’occasion de grandes fêtes auxquelles prirent part des person-nages de toute croyance et de toute nationalité, qui lui firent d’importantes offrandes en témoignage de leur estime et de leur considération. Tout ce qu’il reçut ainsi fut consacré à fonder des bourses pour des étudiants pauvres. Il a souvent prélevé sur son modeste avoir pour aider des missionnaires. Un jour, après une cérémonie de confirmation chez les Indiens du Delta, ces braves gens lui firent présent d’un billet de 100 roupies. A peine de retour au presbytère, il donnait cette somme à l’un des confrères présents qu’il savait dans des embarras financiers. Peu d’années avant sa mort, il se défit encore, au profit du petit séminaire, d’une somme importante qui lui provenait de dons particuliers. Il ne gardait à peu près rien pour son usage personnel et on peut dire qu’il est mort pauvre.

    Homme de grande foi, il était fidèle à tous ses exercices de piété. Prêtre adorateur, il ne manqua jamais son heure d’adoration, chaque semaine.

    Homme d’étude, il s’intéressait à toutes les questions actuelles, mais s’adonnait surtout à l’étude des sciences ecclésiastiques. C’était rare qu’il ne pût résoudre immédiatement une difficulté dont on lui demandait la solution. Il laisse une riche bibliothèque dont il connaissait tous les livres ; il les avait rangés lui-même avec méthode et pouvait indiquer immédiatement la place exacte de l’ouvrage qu’on lui demandait.

    Sa vaste érudition lui permettait de prêcher avec une grande facilité. Il était moins un orateur qu’un conférencier remarquable. Jusqu’en 1919 c’est lui qui fut le prédicateur de toutes les retraites aux communautés religieuses de la Mission. Il savait se mettre à la portée de ses auditeurs et dans un langage élégant, et simple, clair et précis, exposer et développer les sujets qu’il avait à traiter

     

    Cependant, l’heure avait sonné pour Mgr Cardot d’aller recevoir au Ciel la récompense de ses travaux. Il nous quitta le dimanche 18 octobre 1925. Voici comment la « Voice », revue mensuelle de la Mission raconte ses derniers moments : « Dans la première quinzaine de septembre, Monseigneur, dont la santé laissait à désirer, était allé à Moulmein dans l’espoir qu’un changement d’air lui ferait du bien. Arrivé le 23, il s’était rendu à la maison de campagne des Sœurs de Saint-Joseph, en dehors de la ville, et après quelques jours il se sentit beaucoup mieux. Il se proposait de rentrer à Rangoon avant la fin d’octobre, mais le 12 il ressentit comme un léger malaise, et dans la nuit du 15, il eut une crise si sérieuse qu’on dut appeler un docteur dès le lendemain. Celui-ci déclara que le cœur ne fonctionnait pas d’une façon normale et jugea le cas d’autant plus grave qu’il était compliqué de diabète, dont Monseigneur souffrait depuis plusieurs années. La journée et la nuit suivantes furent assez tranquilles, et le 17 le médecin constata une légère amélioration du côté du cœur, tout en déclarant que l’état du malade restait inquiétant. Au cours de cette journée on remarqua que le malade s’affaiblissait et il fut décidé de lui donner les derniers sacrements. Monseigneur paraissait avoir toute sa connaissance car il répondait aux prières d’une voix ferme. Pourtant, au moment de communier il sembla qu’il n’avait pas tout à fait conscience de son acte, mais un petit mot d’exhortation le rappela tout de suite à lui.

    La veille, il avait recommandé qu’on ne mît pas de retard à l’administrer en cas de danger et les confrères qui étaient près de lui se félicitèrent de lui avoir obéi, car deux ou trois heures après avoir reçu les derniers sacrements, il tomba dans le délire et ne parla plus que rarement et d’une manière inintelligible. De très bonne heure, le dimanche matin, 18 octobre, le râle commença et aux premières lueurs du jour il reçut une dernière absolution. Peu de temps après, il rendait paisiblement son âme à Dieu.

    Cette fin fut si soudaine que nul, en dehors de l’entourage immédiat, n’avait appris la maladie de Mgr Cardot quand se répandit la nouvelle de sa mort. Monseigneur le Coadjuteur, qui présidait à Rangoon la retraite du clergé indigène, fut averti par deux télégrammes qu’il reçut presque à la même heure, le premier annonçant l’état critique du malade et le second sa mort.

    Cette nouvelle fut un coup bien douloureux pour tous les missionnaires, les Religieux et Religieuses et les nombreux amis du défunt. M. le Gouverneur écrivit à Mgr Perroy : « Je regrette profondément d’apprendre la mort de mon vieil ami, Mgr Cardot, qui a été si long-temps en Birmanie et a tant fait pour les catholiques et pour le peuple. Veuillez accepter cette expression de ma sympathie et de ma tristesse. » Des condoléances semblables furent offertes de tous côtés par des personnages de toute race et de toute religion.

    Les funérailles furent fixées au mardi, 30 octobre, afin de donner aux personnes du dehors le temps de venir rendre leurs derniers devoirs à l’illustre défunt. Le clergé répondit en grand nombre à l’invitation et NN. SS. Foulquier et Sagrada vinrent de Mandalay et de Toungoo. Mgr le Coadjuteur, clôturant un jour plus tôt la retraite annuelle, arriva avec 22 prêtres indigènes qui voulaient donner à leur Pasteur et Père un dernier témoignage de vénération et d’affection. Le mardi matin, la levée du corps fut faite par le P. Boulanger, curé de la paroisse Saint-Patrick ; la messe pontificale de Requiem fut chantée par Mgr Perroy et après les cinq absoutes du rituel, le cercueil fut descendu dans le caveau qui avait été préparé au milieu de l’église, devant la table de communion, selon le désir exprimé par le regretté défunt dans son testament. Il voulait par là donner aux catholiques de cette paroisse une preuve permanente de la profonde affection qu’il leur avait toujours gardée, depuis qu’il s’était dévoué pour eux pen­dant dix ans de sa carrière sacerdotale 1883-1893.

    Contrairement à toute prévision humaine, il fut accordé à Mgr Cardot de mourir où il avait désiré mourir, et la garde de sa dépouille mortelle a été confiée à ses chers enfants de Moulmein. Mgr Alexandre Cardot, évêque de Limyre, était âgé de 68 ans et 8 mois ; il avait été 45 ans en mission et avait 32 ans et 3 mois d’épiscopat. Sa vie fut celle d’un bon soldat du Christ, pleine de mérites devant Dieu et devant les hommes. R. I. P. »

     

     

     

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    • Numéro : 1420
    • Pays : Birmanie
    • Année : None