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Albert Georges CAPPELLE (1902-1978)

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    • Né le 16 juin 1902 à Ménin, diocèse de Bruges, Belgique
    • Entré aux Missions Etrangères le 27 septembre 1919
    • Prêtre le 6 juin 1925
    • Parti pour la mission de Mysore le 27 septembre 1925
    • En mission à Mysore de 1925 à 1978
    • Décédé à Mysore le 17 août 1978
    • Enfance et jeunesse
    • Le P. Albert CAPPELLE est né le 16juin 1902 à Ménin dans le diocèse de Bruges. Il était l’aîné de la famille. Il fit presque toutes ses études au collège Saint-Louis de Ménin et, en raison de la guerre, les termina au collège Saint-Pierre, près de Bruxelles. C’est le 2 août 1919 qu’Albert Cappelle fit sa demande d’admission aux Missions Etrangères. Les renseignements demandés aux supérieurs des collèges où il avait fait ses études furent excellents. Aussi fut-il admis sans difficulté le 11 août et le 27 septembre il arrivait à Bièvres : il n’avait que dix-sept ans et quelques mois. Ordonné prêtre le 6 juin 1925, il reçut sa destination pour la mission de Mysore au sud de l’Inde, mission dont l’évêque était alors Mgr Despature. C’est dans ce diocèse qu’allait travailler le P. Cappelle pendant cinquante-trois ans.
    • En mission
    • Dès son arrivée en mission, son premier travail fut d’apprendre la langue anglaise si utile pour tout missionnaire, mais indispensable pour lui qui était appelé à enseigner au collège. Il fut en effet nommé au collège Saint-Joseph qui se trouvait encore sous la direction des Pères des Missions Etrangères. Le peu d’années qu’il passa dans l’enseignement lui permirent de se faire beaucoup d’amis. Il n’était pas rare qu’il rencontrât, par la suite, ici ou là, l’un ou l’autre de ses anciens élèves ayant accédé à une situation importante, soit dans l’administration, soit dans les affaires. Il en était fier.
    • Le P. Cappelle était doué pour l’enseignement. Mais cette vie de collège dès son arrivée en mission n’était pas celle dont il avait rêvé. Il demanda vite à son évêque de lui donner une chance de travailler « ad gentes ». Pour cela il lui fallait s’initier à la langue « kannada ». Il fut donc nommé, en 1928, vicaire du P. Texeira, à Chikmagalur. Sa facilité pour l’étude lui permit de saisir assez tôt les difficultés de la grammaire, de parler et d’écrire le « kannada » avec assez d’aisance. Tout en s’initiant à la connaissance de cette langue ainsi qu’aux mœurs et coutumes du pays, il mettait aussi ses talents d’organisateur au service de la paroisse : il utilisait son argent personnel pour aider à l’agrandissement de l’église et du presbytère. Il n’est pas de paroisse où il ne prit à cœur de remettre à neuf, d’agrandir ou de remplacer quelque vieux bâtiment paroissial. Il n’est que de visiter les endroits où il est passé pour s’en rendre compte. Ses possibilités financières lui permettaient ce travail.
    • En 1931, il fut nommé curé de Harobale, petite paroisse non loin de Bangalore. L’année suivante, il allait à Begur où il devait rester deux ans. Dans l’un et l’autre de ces villages se trouvaient de vieilles chrétientés. Mais il restait beaucoup à faire pour relever le niveau social des gens. Il s’attela à cette tâche avec détermination et fit beaucoup pour que les conditions de vie de ses paroissiens deviennent plus humaines.
    • En 1934, il prit son premier congé en Belgique. Il avait reçu pour mission de profiter de ces quelques mois de congé pour se familiariser avec le fonctionnement des Ecoles industrielles en Belgique, en France et en Angleterre, afin de pouvoir, à son retour en Inde, prendre la direction d’une telle école que le P. Briand, curé d’une grande paroisse de Bangalore, comptait fonder avec l’aide du Gouvernement de Mysore. Ce projet d’ailleurs n’aboutit pas car, pendant l’absence du P. Cappelle en Belgique, pendant l’absence aussi de l’évêque en congé, l’administrateur du diocèse prit la décision de remettre au Gouvernement tout ce que le P. Briand avait obtenu : terrain, bâtiment, aide financière, etc., et cela sous peine de sanction ecclésiastique !
    • Sur le point de revenir en Inde, à la fin de son congé, le P. Cappelle, comme beaucoup de missionnaires, sentit combien est fort l’attachement familial. Eut-il un moment d’hésitation à la pensée du retour vers la vie missionnaire, si éloignée du confort familial ? Sa mère lui fit cette remarque, pleine de foi et de courage : « Tu sais, Albert, que tu dois partir. Il n’y a pas à hésiter ! »
    • De retour en Inde, il fut nommé à Champion Reefs, une immense paroisse à l’est de Bangalore où l’exploitation de mines d’or depuis le début du siècle attirait une foule de gens, en plus des nombreux Anglais établis là comme directeurs ou ingénieurs.
    • Le P. Cappelle réalisa dans cette paroisse un travail gigantesque. Avec l’aide de deux vicaires, il devait faire face à tous les problèmes que posent les nombreuses organisations paroissiales, scolaires, sociales et autres de cette région industrielle. Il avait l’appui de nombreux Européens, catholiques et protestants, pour subvenir à tous les besoins. De plus il était membre de tous les comités de l’entreprise minière : ce qui lui permettait de prendre une part active dans les domaines concernant les conditions sociales et autres des ouvriers et de leurs familles. Il avait à cœur surtout de développer l’éducation des enfants, tant hindous que chrétiens et pour cela il ne tarda pas à agrandir les écoles déjà existantes et à s’assurer qu’aucun enfant de la paroisse n’y soit refusé. Les plus déshérités avaient toujours accès à ses largesses. Dans cette paroisse de Champion Reefs, le P. Cappelle essaya aussi de susciter des vocations et ce fut l’une de ses grandes joies de voir entrer au séminaire les premiers étudiants originaires de Kolar Gold Fields.
    • En 1940, le diocèse de Mysore fut partagé en deux. Une partie, avec son siège à Bangalore, fut confiée au clergé local, sous la direction d’un évêque du pays. Les missionnaires des Missions Etrangères avaient le choix entre rester dans ce diocèse ou joindre le nouveau diocèse de Mysore confié à Mgr Feuga. Le P. Cappelle opta pour cette dernière solution. Il fut très tôt nommé curé de la paroisse Sainte-Marie à Ootacamund, dans les Nilgiris. Comme il avait déjà passablement assimilé la langue tamoule dans sa paroisse précédente, il n’eut pas de peine à s’insérer dans ce nouveau milieu. Là, comme ailleurs, il eut à cœur de développer la paroisse dans tous les domaines. Il remit à neuf le presbytère et fit quelques innovations dans l’église. Il termina la construction d’une « High School » et fit en sorte que chaque enfant ait la possibilité de s’instruire, puis d’obtenir du travail. Comme dans sa paroisse précédente, il porta aussi son attention sur les vocations. Un de ses enfants de chœur est devenu l’évêque des Nilgiris : Mgr Aruldas James.
    • Au milieu de toutes ses activités pastorales, sociales ou autres, le P. Cappelle ne perdait jamais de vue la vie liturgique et sacramentelle. Vivant lui-même intensément sa vie spirituelle et missionnaire, il voulut réaliser quelque chose de tangible pour ses paroissiens. Afin de développer en eux la dévotion à la Croix du Christ, il érigea un chemin de croix en pleine nature, dans la campagne près d’Ootacamund et lança une petite revue en anglais : « Kandal Cross ». Il composa même une brochure sur le Sacrifice de la Messe. A l’époque, ce petit livre de quelque 200 pages fit beaucoup d’impression sur le clergé par sa clarté et la solidité de son enseignement.
    • Le P. Cappelle était doué intellectuellement. Qui l’a vu à sa table de travail ou dans son fauteuil, entouré d’une pile de livres ou de revues, bibliques, liturgiques et autres, a pu se rendre compte qu’il puisait à la meilleure source ce dont il aimait faire profiter les autres. Il n’était pas rare de le voir s’attarder sur un article ayant trait à un passage du bréviaire qu’il s’apprêtait à dire ou sur les lectures de la messe qu’il se préparait à célébrer. Tous ceux qui ont assisté à sa messe ont pu voir avec quel esprit de foi il la célébrait et cela jusqu’à son dernier jour...
    • En 1949, conscient du rôle que le clergé local serait amené à jouer dans les années à venir, le P. Cappelle, de concert avec deux autres prêtres des M.E., décida de s’effacer et de laisser les grandes paroisses au clergé diocésain. Il voulait revivre ses premières années missionnaires et demanda à venir travailler dans le district de Kollegal où, depuis une vingtaine d’années, de nombreuses conversions avaient permis de fonder deux ou trois paroisses. Il vint s’installer à Kollegal, au centre de ce vaste champ missionnaire. Très tôt, il comprit la nécessité de la présence de religieuses. Il fit donc appel au Franciscaines Missionnaires de Marie et pendant quatre ans, travailla avec elles parmi les plus pauvres et les plus déshérités.
    • A Kollegal, il bâtit un presbytère et se hâta d’acquérir quelques arpents de terrain pour y développer couvent et école. Le P. Cappelle aimait ce travail de défrichement et son souvenir reste toujours vivant a Kollegal. Son bon cœur, plus que sa bourse, attirait ceux qui avaient besoin de se sentir aimés.
    • Malheureusement, en 1953, Mgr Feuga lui demanda un très gros sacrifice. Il avait besoin d’un prêtre compétent pour s’occuper de la grande paroisse de la Cathédrale. Le P. Cappelle accepta, mais à contrecœur. Cette nomination n’était pas en accord avec son idée de laisser certains leviers de commande au clergé local. Il dut même accepter la responsabilité de Vicaire général, poste qu’il conserva jusqu à sa mort. De nouveau il sut concilier ses talents de curé de paroisse, d’organisateur, de conseiller épiscopal et ne ménagea pas ses efforts pour mettre sur pied de nombreuses institutions, tout en perfectionnant celles qui existaient déjà. Il resta six ans à la Cathédrale, puis partit en Belgique, pour un repos bien mérité.
    • A son retour, en 1959, il demanda à être déchargé de la paroisse de la Cathédrale. A l’approche de la soixantaine, sa santé lui donnait quelques soucis et il se sentait physiquement diminué. Mgr Feuga accéda à sa demande, mais il tenait à le garder à proximité comme Vicaire général. Le P. Cappelle fut donc nommé curé de l’autre paroisse de Mysore, Sainte-Thérèse, où il devait rester une quinzaine d’années. Le P. Matthias lui succéda à la Cathédrale avant de devenir, après la démission de Mgr Feuga, le premier évêque indien du diocèse de Mysore.
    • Un nouveau congé, en 1966, ne permit pas au P. Cappelle de recouvrer complètement la santé. En 1968, il eut un accident qui faillit lui coûter la vie. Un matin, alors qu’il s’apprêtait à lire l’Evangile de la messe, il perdit connaissance. Empoignant le pupitre, il tomba de tout son poids du haut du chœur sur le palier. On craignit tellement pour sa vie qu’on lui donna le sacrement des malades. Il allait pourtant reprendre bientôt ses activités… et même les étendre avec l’aide de ses vicaires successifs.
    • A quelque 20 km de Mysore, dans un endroit quasi abandonné, le Gouvernement avait octroyé à de nombreuses familles chrétiennes et hindoues une immense étendue de terrains en friche. Chaque famille obtenait deux hectares et devait les défricher. Cette jungle se trouvait à proximité d’un village appelé Jampanahalli qui allait bientôt devenir le centre d’une nouvelle colonie de chrétiens avant de devenir paroisse. Le P. Cappelle accepta de s’occuper d’eux. Il avait sa voiture et tenait à assurer la messe plusieurs fois par mois à ces familles de langue tamoule. Il est difficile de décrire les difficultés qu’il rencontra dans cette nouvelle aventure. Son zèle, son dévouement, son aide financière furent mis à contribution pour aider chaque famille, éviter les jalousies, fournir travail et nourriture jusqu’à la prochaine récolte. Peu à peu les maisons du nouveau village sortirent de terre grâce à la générosité de bienfaiteurs de Hollande et de Belgique.
    • En 1974, le P. Cappelle résolut d’aller passer un an au pays pour se faire soigner sérieusement, afin de pouvoir revenir en Inde et continuer à travailler jusqu’à la limite de ses possibilités. Il aurait pu finir ses jours dans le confort familial. Ses proches et ses amis aussi bien que les docteurs essayèrent de le dissuader de repartir. A son âge, et vu son état de santé, n’était-ce pas une pure folie ? Le P. Cappelle était pleinement conscient de ce sacrifice et il l’accepta de bon cœur. Il se sentait encore utile à ses amis de Jampanahalli.
    • Il revint donc en 1975, toujours plein d’enthousiasme et avec des forces un peu renouvelées. Il aurait pu se retirer tranquillement dans la maison qu’il avait construite près de l’église Sainte-Thérèse à Mysore. Le clergé diocésain espérait le voir à Mysore et demeurer encore longtemps le conseiller et l’ami que tous connaissaient. A la surprise générale, il insista pour retourner s’installer dans la jungle de Jampanahalli. Une nouvelle paroisse y fut donc érigée, dédiée à saint Paul Ermite. Ermite, le P. Cappelle le devenait un peu lui-même dans ces dernières années de sa vie, ces années qu’il considéra comme les meilleures. Il est difficile d’apprécier le temps passé dans la jungle, loin de toutes commodités. Pendant les longs mois de mousson, il devait laisser sa voiture au garage et aller à pied, dans la boue, aidé de son fidèle chauffeur. Les six kilomètres qui le séparaient de la route carrossable allaient être un sérieux handicap en cas de maladie, pour lui-même et pour les autres. Aussi acheta-t-il une jeep qui, le cas échéant, pourrait servir d’ambulance. Dans cette jungle, il sentit également le besoin d’avoir des religieuses qui consentiraient à vivre pauvrement et à s’occuper de l’éducation des enfants. Il construisit une grande école dont une partie servait de chapelle. Il érigea un couvent. Chaque famille ayant sa maison, et son terrain, il ne restait plus qu’à aider les chrétiens à développer leur village et à subvenir à leur propre subsistance. Malgré cet isolement, le P. Cappelle recevait de nombreuses visites, de prêtres ou d’amis venus lui demander conseil. En 1977, il entrepris de construire un orphelinat pour garçons, car il souffrait de voir les enfants des environs, hindous autant que chrétiens, laissés à eux-mêmes. Cet orphelinat fut sa dernière œuvre à Jampanahalli. Sa santé déclinait vite et il ne lui était plus possible de sortir de chez lui que soutenu par quelqu’un.
    • En janvier 1978, Mgr Fernandès lui demanda de se retirer à Mysore. Il n’avait pas d’autre choix que d’accepter. « Mais quoi faire en attendant l’éternité ? » aimait-il à répéter. Il arrivait au bout de sa course, épuisé sans doute, mais l’esprit encore alerte. Sa vue seule baissait et ne lui permettait plus de lire son bréviaire. Ce fut pour lui un gros sacrifice : il aimait tant à passer des heures à méditer les psaumes. Le chapelet, celui de sa mère, qu’il portait sur lui nuit et jour, fut son fidèle compagnon et sa meilleure consolation.
    • A Mysore, il vint s’installer à l’évêché pendant quelques semaines. Mais craignant de déranger, il demanda à séjourner dans la chambre qu’il avait fait construire près de l’église Sainte-Thérèse. Vers le mois d’avril, sur les instances de sa famille, il partit pour l’hôpital Saint-John de Bangalore où il espérait trouver des soins plus sérieux et peut-être reprendre des forces. Mais, au bout de trois semaines, son cœur s’affaiblit et il dut être transporté d’urgence dans le service de cardiologie de l’hôpital Sainte-Marthe.
    • Son état de santé semblait empirer de jour en jour. Par suite d’une très mauvaise circulation du sang, l’irrigation du cerveau se faisait mal. Il en résultait des troubles mentaux. Son jeune frère André et sa belle-sœur firent le voyage pour venir le voir à Bangalore. Ils repartirent sans espoir. Apparemment, le P. Cappelle avait tout au plus encore quelques jours à vivre. Par deux fois, les religieuses qui veillaient sur lui crurent devoir informer le P. Supérieur régional que le P. Cappelle ne passerait sans doute pas la nuit... C’était au mois de mai-juin.
    • Mais à la surprise générale, peu à peu le P. Cappelle reprit des forces. Il retrouva tous ses esprits et demanda à retourner à Mysore où il fut transporté le 28 juin. Il s’installa de nouveau dans sa chambre près de l’église Sainte-Thérèse. Les Sœurs Salésiennes Missionnaires de Marie-Immaculée veillaient sur lui. Il pouvait se déplacer, dire la messe. On pouvait espérer que le P. Cappelle vivrait encore plusieurs années. Il parlait même de retourner à Jampanahalli !
    • Puis tout à coup, dans le chœur de l’église, alors qu’il s’apprêtait à concélébrer, le P. Cappelle s’affaissa : il était mort !
    • Les obsèques eurent lieu le 18 août en présence de trois évêques, de très nombreux prêtres et d’une grande foule. Il fut inhumé à côté de l’église Sainte-Thérèse.
    • Le P. Cappelle était un homme d’une grande envergure. Il avait aussi un très grand cœur. Il y a des réflexes qui ne trompent pas. Comme tous les grands malades qui ont perdu plus ou moins l’usage de leurs facultés, il arrivait au P. Cappelle, lors de son hospitalisation à Sainte-Marthe en mai-juin 1978 de se montrer déraisonnable. Il existait alors un moyen bien simple d’obtenir de lui une attitude plus calme. Il suffisait de lui dire : « Vous avez fait de la peine à telle personne... » Il s’empressait alors de demander pardon et de faire ce qu’on lui demandait. Ces réflexes dénotaient sans aucun doute le fond de son caractère.
    • L’un de ses anciens vicaires, prévenu par télégramme du décès, écrivait d’Allemagne, le jour même de sa mort : « Je suis très triste. C’était un grand homme. J’ai eu la chance de travailler avec lui pendant deux ans. C’est lui qui m’a initié au travail pastoral. Ce furent les meilleures années de mon ministère sacerdotal. Je lui dois beaucoup. Je lui suis très reconnaissant pour ses directions et son affection. J’ai conservé toutes ses lettres et je les relis de temps en temps... »
    • Numéro : 3278
    • Pays : Inde
    • Année : None