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Léonard Amédée CANAC (1858-1925)

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    M. CANAC (Léonard-Amédée) né à Saint-Affrique (Rodez, Aveyron) le 30 juin 1858. Entré sous-diacre au Séminaire des Missions-Étrangères le 9 septembre 1881. Prêtre le 17 février 1883. Parti pour le Kouangtontg (Canton) le 28 mars 1883. Mort à Tchaotchéou le 20 août 1925.

     

    Amédée Canac naquit le 30 juin au village de Sauveplane, paroisse de Bournac commune de Saint-Affrique. De nombreux frères et sœurs faisaient de la famille Canac une des plus honorables de la région ; le domaine de Sauveplane assurait le bien-être du foyer où les nouveau-nés étaient accueillis comme un gage des bénédictions du Ciel.

    Après la guerre de 1870, quand fut rouvert le petit Séminaire de Belmont, Amédée y fut envoyé, et y fit toutes ses classes jusqu’à la rhétorique inclusivement. Il fut en même temps l’homme de confiance de ses supérieurs. Par son application au travail il cueillit tous les ans de nombreux lauriers.

    Sans hésitation aucune, Amédée passa du petit séminaire au grand séminaire de Rodez. A un moment il avait pensé aller directement après la rhétorique au séminaire des Missions-Étrangères : sur le conseil de son directeur, il voulut d’abord mûrir sa vocation sous la sage tutelle des Sulpiciens qui dirigeaient le grand Séminaire. Il resta à leur contact quatre années entières qui lui donnèrent un cachet de vraie piété et de solide formation intellectuelle. Dans un cours qui comprenait des hommes supérieurs, Amédée se plaça dans les premiers rangs et, à plusieurs reprises soit en philosophie soit en théologie, il eut les honneurs de l’argumentation. Là, il se lia d’une manière plus intime avec l’abbé Amans Bessière, mort il y a quelques années provicaire de Mgr Ramond dans la Mission du Haut Tonkin ; ils se confièrent leur projet de se consacrer aux missions. Au jour de leur sous-diaconat, nul ne fut surpris de les voir placés sur le même rang et tous deux revêtus d’une dalmatique rouge. A cette époque, on voyait l’horizon de l’apostolat lointain teinté du sang des martyrs...

    En octobre 1885, Amédée Canac et Amans Bessière se retrouvent au Séminaire de la rue du Bac. Avec eux sont entrés aussi plusieurs aspirants aveyronnais, car c’est l’époque où le diocèse de Rodez occupait le second rang sinon le premier parmi les diocèses de France où le Séminaire des Missions-Étrangères recrutait le plus grand nombre de vocations. Cette source de vocations apostoliques s’est bien affaiblie depuis, mais elle n’est pas tarie : il est impossible que les missionnaires comme M. Canac, les Séguret, Metge, Bessière, Soulié, Mazel et tant d’autres, Rouergats jusqu’à la moelle, n’obtiennent pas de Dieu le souffle qui inspire sur leur diocèse les vocations si nombreuses jadis. Qu’on pardonne à un Rouergat cette petite digression… de clocher.

    Au Séminaire des Missions-Étrangères, il continua sa préparation à l’apostolat. Il reçut la prêtrise, le 17 février 1883, et sa destination pour la Mission de Kouangtong. Il quitta la France le 28 mars suivant.

    Presque aussitôt après son arrivée, Mgr Chausse l’envoyait faire ses premières armes dans le district de Lioungtchon. Il y était à peine depuis un an qu’éclatait la guerre du Tonkin et, comme les autres confrères, il dut, sur l’ordre de son évêque, se réfugier à Hongkong. Le vice-roi de Canton avait mis à prix la tête des officiers français ; il était à craindre que la population ne fît pas de distinction : tout Français eût été de bonne prise. Il fallait donc voyager de nuit et avec toutes sortes de précautions.

    M. Canac se déguisa de son mieux et, encore ignorant du pays et de la langue, se confia à des guides qui devaient le conduire chez le missionnaire voisin. La seconde nuit ils s’égarèrent, et le missionnaire à bout de forces décida d’attendre le jour pour reconnaître la route. A l’aurore, les guides se reconnaissent : on est tout près d’arriver. Mais, ô stupeur ! les collines qui entourent la résidence sont occupées par des gens en armes. Il n’y a qu’à fuir. Heureusement le Père avait été aperçu et il est bientôt rejoint. C’était des chrétiens qui mon-taient la garde pour défendre la résidence. Mais quelle alerte !

    La paix signée, M. Canac regagna aussitôt son district. Pendant la tourmente, les chrétiens avaient subi de nombreuses injustices ; après le traité ce fut l’heure des revendications, la plupart sans succès. Mais M. Canac en profita pour s’initier aux arcanes de la procédure chi-noise et y acquit une science qui lui fut dans la suite très utile. Le district de Lioungtchon lui doit les chapelles de Vounayhang et de Taimiao.

    En 1890, Mgr Chausse envoya M. Canac au Tchingpin, comme aide et successeur de M. Bernon. Il devait y passer le reste de sa vie.

    Sous sa direction, l’essor de cette colonie de chrétiens, fondée par M. Bernon après la révolte des Tapings, fut rapide. Il dut son succès à plusieurs causes. Un procès qu’il gagna, dès les premières années, contre les païens qui voulaient l’empêcher de construire une chapelle fit grand bruit et lui valut une grande réputation. Il raconte ainsi lui-même cette affaire : « A Lammientsia, l’oratoire était devenu trop petit et je me décidai à acheter une colline inculte pour y bâtir un plus grand. Païens et chrétiens de la famille Ho, à qui appartenait cette colline me la cédèrent volontiers. Avant de commencer, je demande au sous-préfet un édit de protection qui m’est accordé sur-le-champ ; mais à peine est-il affiché que les propriétaires voisins déclarent s’opposer à la construction. Néanmoins je fais procéder au déblaiement. Alors les événements se précipitent. Les membres de la famille Wong accusent deux notables et quelques chrétiens de la famille Ho d’avoir violé le tombeau de Wong shan yen, ancêtre de la treizième génération et d’avoir jeté ses cendres dans le ruisseau voisin. Le sous-préfet cite les deux parties à son tribunal : il interroge les païens pour la forme, invective les chrétiens et les deux notables païens de la famille Ho, les menace de la prison et leur enjoint de restituer dans dix jours les cendres de Wong shan yen.

    Les deux notables arrivent chez moi plus morts que vifs, me suppliant de les tirer de ce mauvais pas. Je fais prendre copie de tous les noms gravés sur les pierres tombales de la famille Wong jusqu’à la quinzième génération. Le nom de Wong shan yen ne s’y trouve pas. Comment un individu qui n’a jamais existé pouvait-il avoir un tombeau ? Je transmets cet argument avec preuve à l’appui au sous-préfet qui donne ordre de régler cette affaire à l’amiable. » Le nouvel oratoire fut élevé et les deux notables se firent chrétiens avec toute leur famille.

    Ce n’est pas le seul oratoire qu’ait construit M. Canac. On lui doit encore les chapelles de Shinkonha, Tongfoulkleang, Sanhapeang, Samhopa.

    Ce qui contribua le plus à gagner à M. Canac le cœur des païens comme des chrétiens, fut sa charité et sa patience. Il ne rebuta jamais personne. « Que de fois, écrit M. Rey, son voisin depuis vingt ans, je l’ai vu exténué après une journée entière passée à recevoir des visiteurs, qui ne le quittaient que pour laisser la place à d’autres. Il arrivait parfois qu’une personne venait à la fin d’une journée de fatigue, au moment où il se disposait au repos. — « Oh ! c’est assez, disait-il, je vais le renvoyer à demain. » Mais la bonté l’emportait toujours et la conversation durait autant que le voulait son interlocuteur, sans qu’il montrât la moindre impatience. Sa porte était ouverte à tout le monde et chacun savait qu’il n’était nul besoin d’un introducteur pour pouvoir l’approcher. »

    M. Canac avait presque complètement fait abstraction de sa mentalité européenne pour s’adapter à celle des Chinois. Il s’était fait quelques maximes bien apostoliques qu’il suivait et qu’il aurait bien voulu voir suivre aussi complètement par tous. « Les Chinois, disait-il, ont leur mentalité qui ne cadre pas avec la nôtre : ce que nous prenons pour de l’impolitesse est souvent chez eux une marque de confiance. Supportons leurs manières. Dieu se sert souvent d’un mot jeté au hasard pour les éclairer… Ayons une grande largesse d’âme pour nos chrétiens ; tenons la corde assez longue afin de pouvoir les ramener d’aussi loin qu’ils s’égarent. Les Chinois sont ennemis du silence et de la discipline. A force de sévérité, vous pourrez enrégimenter un groupe de vos chrétiens et le contraindre à une certaine discipline, mais vous en rebuterez beaucoup et vous éloignerez en même temps les païens qui auraient quelque velléité de se rapprocher de vous. »

    C’est dans l’oraison que M. Canac puisait cette patience illimitée. Les confrères témoins, aux réunions de retraite, de sa gaieté exubérante auraient difficilement soupçonné en lui l’homme de vie intérieure que connaissaient bien ses intimes. M. Canac profitait de ces rares occasions pour se détendre, « se déchinoiser », comme il disait. Détente bien justifiable et même nécessaire à sa santé, car ce fut ce don continuel de lui-même qui amena la maladie qui devait l’emporter : maux de ventre et maux de reins. « Si vous continuez ce genre de vie, lui avait dit le médecin, vous n’en avez pas pour deux ans. » Notre confrère tint-il compte de ces observations ? Pas assez, certaine­ment.

     

    Depuis 1910 il avait pour l’aider un prêtre indigène chinois, et cela allégea beaucoup sa charge ; mais le germe de la maladie prenait peu à peu racine et il souffrait toujours des intestins.

    Au commencement d’août 1925, le P. So nous annonçait que M. Canac souffrait de la dysenterie. Le 16, le malade allant de plus en plus mal s’embarquait pour Swatow. A Tsoungkeou, le capitaine du bateau, voyant la gravité de son état, refusa de l’admettre à bord, et il dut continuer son voyage dans la barque qui l’avait amené. La fatigue du voyage avait augmenté une fièvre qui s’était déclarée au moment du départ, et arrivé à Tchaotcheou, il avait presque complètement perdu connaissance. Ce fut sur un brancard de l’hôpital qu’il fut trans­porté à la Mission. Les soins du docteur appelé par M. Le Corre furent inutiles et le 20 août, quelques heures après son arrivée, il rendait doucement son âme à Dieu, assisté de M. Le Corre et en présence de toute la communauté religieuse.

    C’est dans le cimetière de cette chrétienté que reposent les restes de M. Léonard Canac en attendant la résurrection.

     

     

     

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    • Numéro : 1552
    • Pays : Chine
    • Année : None